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Full text of "Bulletin de la Société Imperiale Zoologique d'Acclimatation"

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BULLETIN 

MENSUEL 

DE LA SOCIETY IMPfiRIALE 

ZOOLOGIQUE 

D'ACCLIMATATION 



PARIS. — IMPRIMERIE DE L. MARTINET, 

RUB Mir.NON, 2. 



BULLETIN 

DE LA SOCIETE IMPER1ALE 

Z00L0GIQUE 

D'ACCLIMATATION 

FONDEE LE 10 FEVRIER 185/i. 



TOME SIXIEME. 

\\\i l 1859. 




PARIS 



A LA LIBRAIRIE DE VICTOR MASSON, 

PLACE DE L'KCOLE-DE-MEDKCINE, 

ET AU SlfiGE DE LA SOClfiTE, 

HoTEL LAURAGIMIS, RUB DE LILLE, 19. 



1859 



(1 



■ 



V I 






. 



: 






SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION . 



ORGANISATION POUR L'ANN^E 1859. 
LISTE DES SOCIfiTfiS AFFILES ET AGRfiGfiES 

ET DES COM1TES REGIONALX, 
ET TROISIEME LISTE SUPPLEMENTAIRE DES MEMBRES. 



S. M. LEMPEREIR, protecteur. 



BUREAU OE LA SOCIETE. 

MM. Isidore GEOFFROY SAINT-HILAIRE, president. 

Le prince Marcde BEAUVAU, > 

DROUYN DE LHUYS, . : . • 

„. ,„„ > vice-presidents. 

Antoine PASSY, j v 

RICHARD (du Cantal), ) 

Le comte d'EPREMESNIL, secretaire general. 

Auguste DUMERIL, secretaire des seances. 

E. DUPIN, secretaire pour la correspondance a I'interieur. 

GUERIN-MENEVILLE, secretaire duConseil. 

Le comic de SIN ET Y, secretaire pour la correspondance a I'etranger. 

Paul BLACQUE, tresorier. 

E. COSSON, archiviste. 

CONSEIL D'ADMINISTRATION. 

Les Membres do Bcread ET MM. 



FreU JACQUEMART, 
MOQUIN-TANDON, 
Le marquis de SELVE, 
Jacques VALSERRES. 



Fr<5denc DAVIN, 

Jules DELON, 

POMME, 

Le marquis SEGUIER, 

Conscillcrs Ubres. 



J. CLOQUET, 

De QUATREFAGES, 

RUFFIER, 

Le baron SEGUIER, 



MM. le marquis AMELOT, le comte de COUESSIN, le baron de PONTALBA, 
Emile TASTET. 

A 



n> 



lj SOCIETE IMPERIALS ZOOLOCIQUE D ACCUftUT ATION . 

.MOITATAft 

DELEGUES DU CONSEIL EN FRANCE ET EN ALGERIE. 

Alger MM. GERY, preTet du d^partement d' Alger. 

Bordeaux BAZIN, professeur de zoologie a la Faculte 

des sciences. 
Caen " LE PRESTRE,chirurgienen chef de l'Hdtel- 

Dieu, professeur a l'Ecole de me'decine. 
Cernay (Haut-Rhin). . . ZURCHER (A.), proprigtaire. 

Clermont-Ferrand . . . LECOQ (H.), professeur d'histoire naturelle 

a la Faculte" des sciences. 

Le Havre DELAROCHE (H.), negotiant. 

Lyon LECOQ (F.), directeur de l'Ecole v£t£rinaire. 

Marseille HESSE (A.), banquier. 

Mulhouse ZLBER (F.), proprieTaire, raanufacturier. 

Nancy MOJNNIEK, membre du Conseil gtiiti-al dela 

Meurthe. .;' %t* 

Poitiers HOLLARD, prof, a la Faculte" des sciences. 

Rouen POUCHET, membre correspondantdel'Insti- 

tut, directeur du Museum d'hist. naturelle. 
Toulon AGUILLON,propri6taire, membredu Cornice 

agricole de Toulon. 

Toulouse JOLY, professeur a la Faculte des sciences. 

Wesserling (Haut-Rhin). SACC,ancien professeur a l'Acadtmiiede ]Neu- 

chalel (Suisse). 

DELEGUES DU GONSEIL A L'ETR ANGER. 

^/eccandn'e(Egypte). . . MM. SABATIER, consul general de France. 

Batavia WASSINK (G.), chef du service sanitaire dans 

les possessions n^erlandaises aux Indes 
orientales. 

Caracas (Venezuela). . . TOURRE.IL (de), consul de France. 

Chang-hat MONTIGlNY(de),antienministre pl£nipoten~ 

tiaire, consul general de France. 

Florence DEMI DOFF (le prince A. de). 

Francfort BETHMANN (le baron Maurice de) , consul 

general de Prusse. 

Geneve. GOSSE (le docteur). 

Lausanne. I CHAVANNES (le docteur). 

Londres MITCHELL, secret, dc la SpcicHe zoologique, 

charge" dela direction du Jardin zoologique. 

Madrid GRAELLS, directeur duM usee d'hist. natur. 

Milan . " BROT (Ch.), banquier. 

Moscou KALIN'OWSKI (J.), coiiseiller de Cour, pro- 

fesseur d'agric. a 1' University imperiale. 



FORMATION DluS BUREAUX l)K LA SOCIETY. iij 

Neuchdtel CARBONNIER, proprieiaire. 

I'hiladelphic. WILSON (T.),memb. del 1 Acad, des sciences. 

Rio-Janeiro CAPANEAIA (le capitaiue de), professeur de 

physique a PAcademie impeViale du genie. 
Sainl-Petersbourg. . . . BRANDT, conseillerd'Etatactuel.meinbrede 

l'Acadt'mie impe'riale des sciences. 
Sidney (Australie). . . , MAC ARTHUR, coininissairegeneraldel'Aus- 

tralie pres TExposidon universelle de 1855. 
Turin BAHUFFl (le chevalier), professeur a l'Uni- 

versite". 
Vienne ARENSTEIN, commissaire de rAutrichc pres 

PExposilion universelle de 1855. 

BUREAUX DES SECTIONS. 

1™ Section. — Mammiferes. 

MM. RICHARD (duCantal), dilegue du Conseil et president. 
Fre'de'ric DAVIN, vice-president. 
DARE;>TE , secretaire. 
Albert GEOFFROY SAINT-MLAIRE, vice- secretaire. 

2° Section. — Oiseaux (Aviculture). 
MM. Le comte d'EPREMESNIL, delegue du Conseil. 
BERRIER- FONTAINE , president. 
CHOUIl'PE, vice-president. 
DAVELOUIS, secretaire. 
HUBERT-BRIERRE, vice-secretaire. 

3' Section. — Poissons, Crustacea, Annelides, Mollusques (Pisciculture). 

MM. PASSY, delegue du Conseil et president. 
MILLET, vice-president. 
LOBLIGEOtS, secretaire. 
Charles WALLUT, vice-secretaire. 

W Section. — Insectes (Scricicullure et Apiculture). 
MM. Le prince de BEAUVAU, delegue du Conseil. 
GUERlN-MENEV'lLLE , president. 
BIGOT , vice-president. 
L. SOUBEIRAN , secretaire. 
A. PERROT, vice-secretaire. 

b* Section. — Vegetaux. 
MM. DROUYN DE LUUYS, delegue du Conseil. 
MOQUIN-TANDON, president. 
CHATIN, vice-president. 
J. MICHON, secretaire. 
PRILLIEUX, vice-secretaire. 



IV SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE D ACCLIMATATION. 

COMMISSION PERMANENTE DE L'ALGERIE. 

MM. RICHARD (du Cantal), president; le ge"tnh-al DAUMAS, president 
honoraire; le prince Marc de BEAUVAU, BIGOT, CHATIN, COSSON, 
DARESTE, DAV1N, DELON, DUPRE DE SAINT -MAUR, DUVAL, 
FOCILLON, Victor FOUCHER, le vicomte GARBE, GUERIN-MENEV1LLE, 
LAPERLIER, LOBLIGEOIS, J. MICHON , MILLET, de NABAT, PEUT, 
et A. GEOFFROY SAINT-HILAIRE, secretaire. 

COMMISSION PERMANENTE DES COLONIES. 

MM. A. PASSY, president; AUBRY-LECOMTE, BELLIET-MONTROSE, 
DAVID, le comte DESBASSAYNS DE RICHEMONT, DEVILLE, DUTRONE, 
LIENARD pere, MALAVOIS, MENNET-POSSOZ, RAMON DE LA SAGRA, 
RUFZ DE LAVISON, secretaire. 

COMMISSION PERMANENTE DE L'ETRANGER (1 ). 

MM. DROUYN DE LHUYS , president; de QUATREFAGES, vice-pre- 
sident; J. CLOQUET, DAVID, DEBRAUZ, DUPERREY, FAUGERE , 
JOMARD^ PAYER, l'amiral PENAUD, POEY, RAMON DE LA SAGRA, 
ROSALES, TASTET, TAUNAY, Pierre de TCIIIHATCHEF, Platon de 
TCHIHATCHEF, de VERNEUIL, WEDDELL, YVAN, ct de CLERCQ, 
secretaire. 

Commission climatologique. — MM. BECQUEREL, president; CHATIN, 
DUPERREY, J. DUPRE DE SA1NT-MAUR, le comte d'ESCAYRAC DE 
LAUTURE, POEY, Ch. DEVILLE, le marquis de VIBRAYE, WEDDELL, 
et Edmond BECQUEREL, secretaire. 

Commission industrielle (pour Pexamen des produits designed comme 
propres a etre introduits dans l'industrie). — MM. le baron SEGUIER, 
president ; DAVIN, Charles DOLLFUS, DOYERE, FOCILLON, FREV1Y, 
GERVAIS (de Caen), HEUZEY-DENEYROUSE, Fre"de"ric JACQUEMART, 
LE PLAY, MENNET-POSSOZ, PELOUZE, PERSOZ , Florent PREVOST, 
Natalis RONDOT, et Ch. DARESTE, secretaire. 

Commission medicale (pour l'examen des produits de'signe's comme 
propres a etre introduits dans l'industrie). — MM. J. CLOQUET, president; 
MOQUIN-TANDON, BOUCHARDAT, BOULLAY, E. CAVENTOU, CHATIN, 
J. GUERIN, N. GUILLOT, JOBERT DE LAMBALLE, le baron LARREY, 
LEBLANC, MIALHE, Michel LEVY, MICHON pere, REVEIL, RUFZ DE 
LAVISON, et L. SOUBEIRAN, secretaire. 

(t) Les ambassadeurs, ministres, charges d'affaires et consuls etrangers, qui 
resident a Paris, et qui sont membres de la Societe, font de droit partie de la 
Commission de l'Etranger. 



LISTE DES SOCIETES AFilLlEES ET AGREGflES (« 

A LA SIMIlll I MIM It I II I ZOOLOGIQUE D'ACCLMAf ATION 

ET DE SES COM1TES REGIONAUX (2). 



SOCIETES AFFILIEES 

ET COM1TES REGIONAUX FRANQA1S. 

La Societe zoologiqued'acclimatation pour la region des Alpes (Socidld zoo- 

logif|ucdes Alpes), a Grenoble. 
La SocitSte* rt*gionale d'acclimatation pour la zone du nord-est, a Nancy. 
La Socie'te* du Jardin zoologique de Marseille. 

Le Comite* regional de la Socie'te* impe'riale d'acclimatation a Bordeaux. 
Le Comite' colonial d'acclimatation de la Guyane franchise. 
Le Comite* colonial d'acclimatation de Tile dela Reunion. 
Le Comite regional de la Societe imperiale d'acclimatation, 5 Poitiers. 
Le Comite' regional de la SocieUe* impe'riale d'acclimatation, a Alger. 
Le Comite* colonial d'acclimatation, a la Martinique. 
Le Comite* colonial d'acclimatation, a la Guadeloupe. 

SOCIETES AFFILIEES 

ET COMITES REGIONAUX ETRANGERS. 

Le Comite' de la Socie'te* impe'riale d'acclimatation pour l'Egypte, a Alexandrie. 
La Socie'te d'acclimatation pour le royaume de Prusse {Acclimatisations 

Verein fur die Koniglich-Preussischen Staaten), a Berlin. 
Le Comite zoologique d'acclimatation de Moscou. 
Le ComitC d'acclimatation des vege'taux de Moscou. 
La Socie'te' centralc d'agriculturc ct d'acclimatation des Basses- Alpes, a Digue. 

SOCIETES AGREGEES FRANCHISES. 

Le Cornice agricole de Toulon. 

La Societe* d'emulation, d'agriculturc, sciences, leltres et arts du de*parte- 

ment de l'Ain, a Bourg. 
La Societe d'agricullure de Verdun (Meusc). 
La Socie'te* d'agricullure, belles-lettres, sciences el arts de Poitiers (Vienne). 

(1) Le litre de Societes afPili^ES est spdcialcment rdscrve aux Societes fondees dans lc but 
d'appliqucr a unc region delcrmince les principes poses par la Societe imperiale d'Acclimatation. 

Le litre de Societes aguegees est donne a des Societes scientifiques, agricoles, industrielles 
on de bicn public, qui font entrer dans le ecrele de leurs travauxl'application des principes poses 
par la Societe. 

(Pour les Societes affiliecs et agregees, voycz lcReglement, chap. II (Bulletin, t. II, p.x et Xl). 

(•2) Lc litre de Comite de la Societe imperiale d'Acclimatation est accorde a des reu- 
nions locales de membrcs de la Societe desireux de concourir plus activement, et par des efforts 
communs, au but de la Societe. 

Les Comites d'acclimatation jouissenl de tous les avantoges attribuei par le Reglement tux 
Societes affilidcs. 



VJ S0C1ETE 1MPEIUALE ZOOLOGjyUE 1) ACCLIMATATION. 

La SocMte" protectrlce des animaux, a Lyon (Rhone). 

La Societe d'agriculture du departementdes Bouches-du-Rhone, a Marseille. 

Le Cornice agricole d'Aubigny-sur-INerre (Cher). 

La Societe d'agriculture, arts et commerce du de"partement de la Charcnte, 

a Angouleme (Charente). 
La SocieMe d'agriculture d' Alger. 

La Societe d'agriculture et de stalisiique de Roanne (Loire). 
La Societe" d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres de l'Eure, a Evreux. 
La Societe d'agriculture du Puy-de-Ddme, a Clermont-Ferrand. 
La Societe" des sciences naturelles et archeologiques de. la Creuse, a Gueret. 
La Societe d'liorticulture de la Gironde, a Bordeaux. 
La Societe" d'agriculture, sciences, arts et commerce de la Uaute-Loire, auPuy. 
La Societe d'agriculture de l'an ondissement de Ddle (Jura). 
La Societe" d'agriculture de la Haute-Garonne, a Toulouse. 
Le Cornice agricole de l'arrondissement d'Alais (Card). 
Le Cornice agricole d'Epinal (Vosges). 

La Societe" des sciences, agriculture et arts du Bas-Rhin, a Strasbourg. 
La SocieUe" centrale de l'Yonne pour l'encouragement de 1'agriculture , a 

Auxerre. 
La Societe" d'agriculture de Seine-et-Marne, a Melon. 
La Societe" d'agriculture de Provins (Seine-et-Marne). 
La Societe d'agriculture et de l'industrie de Tonnerre (Yonne). 
La Societe" d'horticulture de 1' Aube, a Troyes. 

La Soci&e" d'agriculture, industrie, sciences et arts de la Lozere, a Mende. 
Le Cornice agricole des arrondissements de Melun et de Fontainebleau. 
La Societe" d'horticulture de Nantes. 
La Societe d'agriculture de Louhans (Sadne-et-Loire). 

SOCIETES AGREGEES ETRANGERES. 

La Societe* d'utilite" publique de Lausanne (Suisse). 

L'Association agricole des Etats sardes (Associazione agraria degli Stati 

sardi), a Turin. 
La Societe" d'e"conomie rurale de la Cote (canton de Vaud) (Suisse). 
L'Acade^mie royale d'agriculture de Turin (Reale Accademia d'agricoliura 

di Torino). 
La Societe" du Cercle litte"raire de Lausanne (Suisse). 
La Classe d'agriculture de la Socitfte" des arts de Geneve (Suisse). 
La Section d'industrie et d'agriculture de l'lnstitut ge"nevois (Suisse). 
La Societe" impe"riale et royale d'agriculture de Vienne {Die kaiserliche 

konigliche Landwirthschafts-Gesellschaft in Wien). 
La Societe" se"ricicole de Pologne {Spolkajedwabnicza polska), a Varsovie. 
La Societe agronomique du Frioul (Associazione agraria Friulana), a Udine. 
La Chambre d'agriculture de Port-Louis (ile Maurice). 
La Societe" d'agriculture du duche" de Nassau. 
L'lnstitut agricole Catalan de San Isidro, a Barcelone (Espagne). 



QUATRIEME LISTE SUPPLflENTAlRE 

DES MEMBRES 

DE LA SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION 



Membres admis du 23 avril 1858 au 22 avril 1859 (1). 



S. S. LE SOUVERAIN PONTIFE. 
S. M. LE I'iOI DE DANEMARK. 

S. M. LE Roi d'Espagne. 

gfa M. LE llO£ DE BAVIERE. 

S. A. R. le grand-tluc de Saxe-Weimar. 

It A. 1. et U. I'archiduc Fekdinand-Maximilien d'Autriche. 

MM. 

Adelsward (le baron), cnvoye* exlraordinaire et ministre ple"nipotentiaire 

de S. M. le Roi de Suede el de Norve"ge, ;i Paris. 
Alcochete (le vlcomte d'), conseillcr de la Legation portugaise, a Paris. 
Ali-Naghi (Mirza), geniilhomme de la chambre de S. M. le Schah de 

Perse, et second secretaire de I'Ambassade peisane, a Paris. 
Althammer, ornitbologiste, membre fondatenr de la Soctete d'acclimata- 

tion du Tyrol, a Rovcredo (Tyrol). 
Andigne (le marquis d'), ancien pair de France, a Paris. 
Andre (Ce\sar-Ernesl), membre du Corps Idgislatif, a Paris. 
Andre" (Francois- Edouard), officiei* aux guides de la garde, a Paris. 
Archamrault (le doclcur), ancien mldecin en chef de la maison impdriale 

de Cbarenton, a Paris. 
Arnould (A.), proprie'taire-agriculteur, a Toussicourt (Marne) et a Alger, 
Arraclt, pbarmacien-cbimiste, a Monlmartre. 
Autellet, proprie"taire, a Poitiers (Vienne). 
Avaray (le comte Camille d'), a Paris. 
Aymes, membre du Conseil gdntfral du ddpartement d'Alger, a Perkadji, 

commune de l'Arba, pres Alger. 
Barorier, de la maison Jacquemet, Bonnefond, d'Annonay, a Lyon. 
Bach (S. Exc. Je baron A. de), consciller intime actuel, ministre de Pin- 

te"rieur d'Aulriche, a Vienne (Autriclie). 
Baillarget (le docteur), m^decin des hopitaux, membre de l'Acadthnie 

impe"riale de me"decine, a Paris. 

(i) Pour les membros .micrieureiuciit aitmis, vovez la Liste gintrale des membres, t. II, 
p. xxu a xiau; la Vremievc liste suppUincnlaire, t. Ill, p. xn a xix ; la Deuxieme lute 
supple'mentaire, I. IV, p. IX it xx ; et la Troisieme liste suppltmentaivr, I. V. p. xi ii xxiv. 



Viij SOCIETE IMTEKIALE ZOOLOUIQUE d'aCCLIMATATION. 

Bailly, membre du Conseil general de la Vendee, juge de paix, a la Sour- 

derie, pies Peyre'-sur-Vendee, canton de Saint-Hilaire des Loges (Vendee). 
Balcarce (de), charge d'affaires de Buenos-Ayres, a Paris. . 
Ballyet (le baron), ancien inlendant militaire, ancien maitredes requetes 

et membre du Conseil de l'Algerie, a Lantilly, par Corbigny (Nievre). 
Banes, adminisirateur du Credit foncier de France, a Paris. 
Barailon (J.-B.), proprietaire, a Chambon (Creuse). 
Barny, conseiller a la Cour imperiale d'Alger. 
Barrallier (le docteur), m^decin en chef de la marine imperiale, profes- 

seur a l'Ecole de me'decine navale, a Toulon (Var). 
Basagoitia (Manuel-Mariano), h Lima (Perou), et a Paris. 
Bassery (Jules), a Paris. 
Baudier, a Paris. 

Beaumont- Vassy (le vicomte de), ancien preset, a Semilly,presLaon (Aisne). 
Beaurin (Guillaume), proprietaire, fabricant de sucre, a Margny, pres 

Compiegne (Oise). 
Belcastel (le baron de), premier secretaire d'ambassade, a Toulouse. 
IJelleroche (de), proprietaire, a El-Biar, pres Alger. 
BhTllet, avocat et proprietaire, a Saint-Gervais, pres Magny en Vexin 

(Seine-et-Oise), et a Paris. 
Belliol (le docteur), a Paris. 
Belmont (de), capitaine d'artillerie, a Alger. 
Belurgey de Granville, prefet de la Mayenne, a Laval (Mayenne). 
Benardaki (Leonidas), proprietaire, a Saint-Pdlersbourg (Russie). 
Benjamin, veterinaire, a Paris. 
Berard, membre correspondant de l'Academie des sciences, doyen dc la 

Faculte de medecine a Monlpellier. 
Berard, peintre ct voyageur, a Paris. 
Berdin (Henri), avocat, a Paris. 

Berenger, juge de paix du 1" arrondissement, a Paris. 
Bersolle (Auguste), secretaire de l'ambassade de Fiance en Chine, a Paris. 

Besson (A.), membre du Conseil general del'Aisne, mairede Guise (Aisne). 

Bietrix-Sionest, proprietaire, a Lyon. 

Blanche (le docteur), a Passy (Seine). 

Blanche (Alfred), secretaire general du Minislere de l'Algerie et des 
Colonies, a Paris. 

Blanchet (le docteur), a Paris. 

Bochet, avoue, a Paris. 

Boissonnet (le baron de), lieutenant-colonel d'artillerie, vice-president du 
Conseil general, a Alger. 

BOittelle, prefet de police, a Pails. 

Bonneau du Martray, a Paris. 

Bonneau du Martray (Edmond), chef d'escadron d'etat-major, a Pari*. 

Bonnet (Gustave), ingenieur en chef des ponts et chaussees, a Lyon. 

Bonnin, entrepreneur des eaux de Paris, Bordeaux, Lyon, etc., a Paris. 



QUATHIEME LISTE SUprLEMENTAIRE DES MEMBRES. \\ 

Bosquillon de Jenlis (Ernest), ,'t Paris. 

Bouchard (Constant), proprietaire, a Fiancheville, pres Lyon. 

Bouge-Kesler, piopi i«5laire, a Paris. 

Bouillod, proprietaire, a Chalon-sur-Sadne (Sadne-et-Loire). 

Bouilloux, proprietaire, a Chalon-sur-Sa6ne (Sadne-et-Loire). 

Boulard (Gustave), a Paris. 

I'.ui i.di mm':, ancien magistrat, proprietaire des eaux iniiu'rales de Vittet, a 

Vittet (Vosges). 
Bourbeau, ancien repre'sentant, professeur a la Faculty de droit, avocat 

pies la Cour d'appel, a Poitiers. 
Bourguin, ancien magisirat, a Paris. 
Boussiere, vice-president honoraire de la Societe impe'riale et centrale 

d'horticullure, a Paris. 
Bouvy (E.-W.-M.-L.), atlachd au Ministere de l'Alg^rie pour les affaires 

commerciales, a Paris. 
Boyer, inspecleur des lignes teiegraphiques, a Paris. 
BRACOUnoT, a Paris. 

Brenier, ministre pienipotentiaire, a Paris. 
Bresson, ingenieur-mecanicien, a Alger. 

Bretonneau (le docteur), membre correspondant de Plnstitut, associe" na- 
tional de PAcademie imperiale de medecine, a Tours. 
Brimont (Gaston de), a Paris. 
Broglie (le prince Raymond de), au chateau de Saint-Georges, par Aulnay 

(Calvados). 
Brosselard, sous-prefet, aTlemcen (Algerie). 
Brouzet (Alexandre), capitaine de frigate, a Paris. 
Bruch (S. Exc. le baron de), conseiller intime actuel, Ministre des finances 

d'Autriche, a Vienne (Autriche). 
Buor (Alfred de), proprietaire, a Velaudin, par la Chataigneraie (Vendee). 
Bureau, juge de paix, a Mortagnc-sur-Sevre (Vendee;. 
Burger (S. Exc. le baron Frederic de), conseiller intime actuel, gouverneur 

de la Lombardie, a Milan. 
Busson-Duviviers(J.-J.-E.), proprietaire, a la Riboulliere, par Grand-Luce 

(Sart he), et a Paris. 
Caffe (le docteur), a Paris. 

Calligas, pharmacien de l'armee turque, a Constantinople (Turquie). 
Campeau (de), ancien receveur general, a Laon (Aisne). 
Cartigny (Henri), homrae de letires, a Paris. 
Castel-Branco (de), membre de la Societe des sciences medicales de 

Lisbonne, a Funchal (Made're). 
Castellani (le comte Jcan-Baptiste), a Casalta, pres Luccignano (Toscane). 
Caulaincourt (le marquis de), membre du Corps legislatif, a Paris. 
Caventou (Eugene), pharmacien, a Paris. 

CHABERT-MOREAU,defenseur a la Cour imperiale, adjoint au maire, a Alger. 
Cham bray (le comte Raoul de), a Paris. 



X SOCIETE IMl'EKIALE 200LOGIQUE D ACCLIMATATION. 

Chancel (Ausone de), sous-prefet, a Blidah (Alge>ie). 

Chantin, horticulteur-pe'pinieriste, a Montrouge (Seine). 

Chasseriau, maitre des requetes, a Paris. 

Chasseriad, architecie, a Alger. 

Chassiron (le baron de), secateur, a Paris. 

Chasteigner (le comte de), proprietaire, a Paris. 

Chatellus (Ernest de),a Paris. 

Chauvin, proprietaire, a Lannion (Cotes-du-Nord). 

Chevallereau (Giistave), membre du Conseil ge"ne>al de la Vendue, a 

Sainte-Hermine (Vendue). 
Chevandier, membre correspondant de l'Acade*mie des sciences, adminis- 

traleur du chemin de fer de l'Est, a Cirey (Meurthe). 
Christofle (Charles), negotiant, a Paris. 
Citadella Vigodarzere (S. Exc. M. le comte Andre"), grand maitre de la 

cour de S. A. T. et R. rarchiduchesse Charlotte, a TMiJan (Lombardie). 
Claudon (le docteur Ch.-A.), & Clermont (Oise). 
Clos (Dominique), professeur a la Faculty des sciences et directeur du 

Jardin des plantes de Toulouse (Haute-Garonne). 
Colladon (le docteur), a Paris. 
Conti (Joseph), proprietaire, a Milan (Lombardie). 
Corcelles (de), ancien depute", a Essai (Orne). 
Cordier (Gustave), proprietaire, a Saint-Quentin (Aisne). 
Cordier, agriculteur, a la Maison-Carree, pres d'Alger. 
Cornay (le docteur), a Paris. 

Cornudet (le comte), ancien pair de France, a Paris. 
Costallat, sous-prefet de Milianah, a Milianah (Algerie). 
Cottenet (Pierre-Eugene), notaire honoraire, ancien maire du I" arron- 

dissement, a Paris. 
Cottier, proprietaire, a Paris. 

Cougny (Emilede), proprietaire, maire de Savigny,presLencloitre (Vienne). 

Courcy (le comte de), membre du Conseil general de Seine-et-Marne, 

president de la Societe d'agriculture de hozay et du Cornice agricole de 

Coulommiers, a Paris. 

Courval (le vicomte de), membre du Conseil general de l'Aisne, au chateau 

de Pinon, par Anisy-le-Chateau (Aisne). 
Cousin (Adrien), notaire, a Paris. 
Croy (le vicomte de), membre du Conseil general d'Indre-et- Loire, au 

chateau de Cremault, par Vouneuil (Vienne). 
Cossy (le vicomte de), ancien officier superieur, a Paris. 
Czoernig de Czernhausen (le baron Charles de),chef de section auminis- 
tere du commerce et des iravaux publics d'Autriche, a Vienne (Autriche). 
Dalmas (de), sous-chef du cabinet de S. M. l'Empereur, a Paris. 
Danyau (Ic docieur), membre de l'Academie imperiale de mddecine, 

Paris. 
Dariste (Auguste), senateur et proprietaire, a Paris. 



QUATRIEME L1STE SUPI'LEMENTAIRE DES MEMRRES. xj 

Daru (le baron Eugene), a Paris. 

Dauger (le comte), a Menneval, par Rernay (Eure). 

Dkbutrik (E. de la), proprie'taire. a la Debutrie, par Chantonnay (Vendue). 

DegOve (Jules), receveur gdn^ral de la Vienne, a Poitiers (Vienne). 

Delacroix, recteur de l'Acade"mie d'Alger. 

Delaware (Alexandre), ancien cultivaleur,a la Chapelle-Saint-Denis(Seine). 

Delaville le-Roulx, proprie'taiie, a la Gue'ritande, pres Tours, et a Paris. 

Delesvaux (Camille), proprit'taire-agriculleur, a Vendat (Allier). 

Demarqday (le docteur), cbirurgien des hopitaux, a Paris. 

Demontzey, garde general, a Orle*ansville (Alge>ie). 

Denonvilliers (le docteur), professeur a la Faculty de mddecine, inspec- 

teur ge'ne'ral des Faculte's et des Ecoles de mMecine de France, a Paris. 
Dequevauvillkr (le docteur), a Paris. 
Desaix (le baron), sous-prdfet, a Nontron (Dordogne). 
Deschamps (Jacques), introducteur du Colin de Gallfornie, a Paris. 
Descollard oes H6mes, maire d'Epannes, au chateau d'Epannes, par 

Frontenay-Rohan-Rohan (Deux-Sevres). 
Devalois, regent de la banque de France, a Paris. 
Devilliers (le docteur), a Paris. 

Ddbied (G.), proprie'taire, a Saint-Sulpice, canton de Neuchfitel (Suisse). 
Dcbois (le baron Paul), doyen de la Faculte* de me*decine, a Paris. 
Dobourg (A.), membre du Conseil ge'ne'ral de Seine-et-Marne, a Paris. 
Duchesne, membre du Conseil g^ne'ral de I'Aisne, maire de Vervins (Aisne). 
Duchesne de Bellecourt, consul ge'ne'ral de France au Japon, a Paris. 
Duclos (Nicolas-Auguste), propri^taire, a Lieusaint (Seine-et-Marne). 
Dufeu, sous-inspecteur des forets, a Alger. 
Dumesnil (Henri), a Paris. 

Dupont, ancien oflicier du ge"nie, a Rouge-Perrier, par le Neubourg (Eure). 
Duquesne (le baron Melchior), proprie'taire, a Paris. 
Dutfoy (Auguste), proprie'taire-cultivateur, a Eprunnes, arrondissement 

de Melun (Seine-et-Marne). 
Dutfoy (Paul-Edouard),chefde culture a la fermedes Bergeries de Senart, 

par Montgeron (Seine-et-Oise). 
Ellice (Sir Robert), membre du Parlement britannique, a Londres. 
Erlanger (Raphael), consul ge'ne'ral de Portugal, consul de Suede et de 

Norve'ge, a Francfort. 
Ernemont (d'), membre du Conseil ge'ne'ral de la Seine-Infe'rieure, a Paris. 
Errazu (de), a Paris. 

Escamps (Henri d'), ancien administrateur de la marine, a Paris. 
Esgonniere (Aiistide), membre du Conseil derarrondissementdeNapole*on- 

Vendee et maire de la Chaise-le-Vicomte (Vendue). 
Esn-ault (Paul-Eugene), ne'gociaut, a Paris. 

Espierre, conseiller d'arrondissement, a Fontenay-le-Comte (Vendue). 
Ettling (Guillermo), proprie'taire, a Madrid (Espagne). 
Eynard (Gabriel), proprie'taire, a Val-Ombre', pres Vevey (Suisse). 



Xij S0C1ETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE u'aCCLIMAT ATION. 

Eyrocx, oflicier d'administration, a Alger. 

Exinger (J., aine^, fournisseur de la vdnerie de la Cour, a Vienne (Autriclie). 

Fabre (Gdraud), proprietaire, au chateau du Claux, pres Aurillac (Cantal. 

Fantoni (le r£v£rend pere) (U.), missionnaire au Chang-tong (Chine). 

Ferrari (le comte Jules de), a Paris. 

Ferratoiv, me'decin-major, a Phopital du Dey, a Alger. 

Festa (Pierre), proprietaire et negotiant, a Milan (Lombardie). 

Feoillet de Comches (le baron), maitre des ce're'monies, introducteur des 

ambassadeurs aupres de S. M. l'Empereur, a Paris. 
Fitz-James (le due de), a Paris. 
Fleury de Senlis (le docteur), medecin de 1" classede la marine francaise, 

inspecteur des hdpitaux turcs, a Constantinople (Turquie). 
Foltz (lege'ne'ral), commandant de l'Ecole d'e'tat-major, a Paris. 
Fould (S. Exc. M. Achille), Ministre d'Etat et de la maison derEmpereur. 
Fourchy (Paul), a Paris. 
Fourrier, propridtaire, defenseur, a Alger. 
Franche (Andre - ), 1" adjoint au maire de Boulogne (Seine). 
Francmeu (le comte de), proprietaire, a El-Biar, pres Alger. 
Franclieu (Henri de), capitaine de fre"gate, a Alger. 
Fremunger (le docteur), a Paris. 
Freschi (le comte Ge"rard de), a San-Vito (Frioul). 
Fresne (Eugene de), a Paris. 

Freteau de Peny, conseiller re'fe'rendaire a la Cour des comptes, a Paris. 
Freville (Eugene), proprietaire, a Paris. 
Galignam (Antoine), proprietaire, a Paris. 
Galignani (William), proprietaire, a Paris. 
Gallien, manufacturier el proprietaire, a Puteaux (Seine). 
Gallifet (le marquis de), lieutenant aux guides, a Melun (Seinc-et-Marne). 
Gallwey (le comte Edouard de), proprietaire, a Paris. 
Ganneval (Auguste), a Paris. 

Garnier (le docteur Marcel), proprietaire, aux Sables-d'OIonne (Vendue). 
Gautier (Louis-Henri), juge au tribunal de Napoleon- Vendue (Vendee). 
Gavarret, professeur a la Faculle de medecine, a Paris. 
Gellineau (Georges), proprietaire, a la Cigogne, pres Barbezieux (Charente). 
GERAUD,-vtHe"rinaire de l'armee, en mission a Constantinople (Turquie). 
Germain, avoue, aux Sables-d'OIonne (Vendee). 
Giaccobi, conseiller a la Cour imperiale d'Alger. 
Gilbert-Boucher tC-G.), membrc du Conseil ge'ne'ral de Seine-et-Oise, 

a Paris. 
Gillet de Grandmont (Ernest), avocat, a Paris. 
Gingembre (L. -Francois) , fabricant manufacturier, a Paris. 
Giraud, redacteur des proces-verbaux a la Chambre des de'pute's, a Paris. 
Girard (Maurice), agre"ge des sciences physiques et naturelles, professeur 

au college Rollin, a Paris. 
Glatigny (Edouard de), a Paris. 



QUATRIEME LISTE Sl'PPLEMENTAIRE DES MEMBRES. xiij 

Godet de la Ribouillerie, an chikicau dc nicrmcnatilt (Vende*e). 
Gohin (Eugene-Arthur), proprictaire, a Paris. 

Gonneaud (Pierre), pharmacien, a Chalon-sur-Sadnc (Sa&ne-et-Loire). 
Godliiot de Saint-Germain (de), secateur, mcmbre du Conseil gt 5 ne*ral de 

la Manche, a Paris. 
Goordin (Aristide), notaire, membre du Conseil d'arrondissement et maire, 

I Horn, par Melle (Deux-Sevres). 
Gourdin (D.-D.), docteur en droit, avocat, a Napoldon- Vendue (Vende*ej. 
Gouttes, chef de bureau au Ministere des finances, a Paris. 
Gravillon (Hector de), lieutenant-colonel dYtat-major, a Paris. 
Grenier lils, propric*taire, a Cerilly (Allier). 
Grisolle (le docteur), profcsseur a la Faculty de me'decine, a Paris. 
Gross (Jean), proprhftaire-agriculteur, a Griiningen, canton de Zurich 

(Suisse). i 

Grunelius (Charles), a Francfort (Allemagne). 
Guastalla, banquier, a Paris. 
Gudler (le docteur), mldecin des hopitaux, a Paris. 
Gu6rie (P.), proprie"taire-agriculteur, au Longpre*,a Bernay (Eure). 
Gdgenheim, banquier, a Alger. 

Guillemard, procureur ge"ne*ral a la Cour impe"riale d' Alger. 
Gdtllemeau (le docteur), a Paris. 

Gditton (Henri-Ernest), notaire, a Napoleon- Vendue (Vendue). 
GtYON (le docteur), membre correspondant de 1'Institut (Acade*mie des 

sciences), inspecteur du service de same* des armies, a Alger. 
Guyot (le docteur Jules), a Paris. 
Haas (Marie), chef dc division a la prefecture de la Haute-Marne, membre du 

Conseil d'hygiene publique et de salubrite, a Chaumont (Haute-Marne). 
Hamilton (le due de), pair d'Angleterre, a Paris. 

Haering (Frederic), directeur de la pe*piniere impe"riale de Bone (Alge"rie). 
Harcourt (le comte Bernard d'), a Paris. 
Harel (Pierre- Francois), a Monlrouge (Seine). 
Harris (le capitaine), agriculleur, a Constantinople (Turquie). 
Hautpoul (le comte d'), a Trouville-sur-Mer (Calvados), et a Paris. 
H6bkrt, d«5pule\ membre du Conseil ge"ne"ral de l'Aisne, a Chauny (Aisne). 
Helot (Leon), chef du bureau de la colonisation et des travaux publics, 

la prefecture d'Alger. 
HenneqciN, chef du bureau de l'inscription maritime de la police de la 

navigation et des pGches, au Ministere dc la marine, a Paris. 
Hennequin (Henri), propridtaire, a Anlnay (Seine), et a Paris. 
Hbrelle (Felix), a Pari*. 

Herissk, agriculteur, a la Revitison, par Beauvoir-sur-Niort (Deux-Sevres). 
Herpin (le docteur), a Paris. 
Hervez de Chegoin (le docteur), membre de PAcadc"mie imperiale de 

me'decine, a Paris. 
Hetet (le docteur), professeur a I'Ecole de nuklecine navale de Toulon (Var). 



xiv SOCIETE IMPEK1ALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

IIeyraud, proprietaire et scricicultcm-, a Villencuve-de-Berg (Ardecliei. 
Hill (le vicomte), pair d'Anglclerre, a Hawkston-Salop (Angleterre). 
Hitier, consul general, a Saint-Nom-la-Bretesche (Seinc-et-Oise). 
Hocede du Tramblay, proprietaire, a Rubelles (Seine-et-Marne). 
Hofmann (P.-W.)j conseiller d'economie, a Vienne (Autriclie). 
Hoc (1'abbe H.), I Paris. 
Huguenay, lieutenant-colonel, commandant les compagnies du train dcs 

equipages militaires de l'armee d'Afrique, a Alger. 
Hoillier, notaire, a Paris. 

Fmberdis, president de chambre a la Cour imperiale d'Alger. 
Imecourt (le comte d'), membre du Conseil general de 1' Aisne, au chateau 

de Rousey (Aisne). 
[risson, notaire, a Oradour, pres Pierrefort (Cantal). , 

Jalabert de Huparlac, a Paris. 
Janiset (Pierre), proprietaire, a Montrouge (Seine). 
Joly de Lotbiniere (Gustave), a Quebec (bas Canada). 
Josse (H.-F.), president du tribunal civil, aux Sables-d'Olonne (Vendee). 
Josseau (Francois -Jean-Bapiiste), depute au Corps legislatif, a Paris, 
Jourdain, ne*gociant, a Louviers (Eure), et a Paris. . 

Jullien (Theodore- Pierre), ancien magistral, president honoraire de la 

Societe d'agriculture de Joigny, a Paris. 
Kevore Sdimaradjan, ancien elcve de Grignon, agriculteur et directeur 

du Nizam des soies d'Ismidt, a Constantinople (Turquie). 
Koechlin (Andre"), ancien depute, a Paris. 
Koenigswarter (Henri-Jules), charge" d'affaires de S. A. le due de Saxe- 

Cobourg-Gotha, a Paris. 
La Boulie (de), sous-prefet, a Medeah (Algerie). 
Labussiere, inspecteur des forets, a Clermont-Ferrand (Puy-de-D6me). 
Lacroix (Leopold), proprietaire, a Paris. 
Lafaulotte (Ernest de), proprietaire, a Paris. 
Laffiley (le docteur Jean), secretaire du Cornice agricole de Melun et 

Fontainebleau, a Coubert (Seine-et-Marne). 
Lafont (Emile), inspecteur general des prisons dela Seine, a Paris. 
Lagneau (le docteur), a Paris. 

Lagrene (de), ancien ministre pienipotenliaire, a Paris. 
Lairtullier, notaire honoraire, a- Paris. 
Laisne, membre du Conseil general de PAisne, directeur au Ministere de 

l'interieur, a Paris. 
Laisne, proprietaire, a Braisne (Aisne). 

Lalliet (A.), attache au contentieux du chemin de fer de l'Ouest, a Paris. 
La Mare Koeler (Rodiigo de), proprietaire, a Rio-Janeiro (Bresil). 
Lamote-Babace (le comte de), au chateau de Coudray, pres Chinon (indre). 
La Planche (de), proprietaire, membre du Conseil general de la Nievre, 

a Autun (Sa6ne-et-Loire). 
La Rochefoucauld (le comte Frederic de), a Paris. 



QUATKIKMK LISTR SUPPLK.MKNTaIKK DES MKMBRKS. XV 

La Rochefoucauld (Ic comtc Ilippolyte tie), ancien minMre pienipoien- 

tiairc, a Paris. 
La Roque (de), proprieiaire, a Saiatc-Baudile de la Sylve, pres Gignac, 

par Montpellier (lierault). 
Larriku, chef da cabinet de la prefecture d'Alger. 
Lasnonnier (Eugene), avocat et membre du Conseil general des Peux- 

Sevrcs, a Niort (Deux-Sevres). 
Laugier (le docteur), professeur a la Facullc* de medecine, a Paris. 
Laval (Adolplie), proprietaire, a Fontenay-le-Comte (Vendue). 
La Vallee (Alphonse), a Paris. 
Lebaii.lt, notaire, a Alger. 

Le B£alle-Antier, professeur au college Rollin el a Sainte-Barbc, a Paris. 
Leckner (le docieur Alexandre), directeur de la section eniomologique du 

Comite* zoologique d'acclimatalion de Moscou, 5 Moscou (Russie). 
Lecointe, juge au tribunal de Corbeil (Seine-et-Oise). 
Leemans (Emile), proprie'taire, a Paris. 
Lefevre (Valere), negociant, a Paris. 

Legentil, president de cbambre a la Cour impe'riale de Poitiers (Vienne). 
Lelievre (le docteur), a Paris. 
Lemaistre-Chabert (Ad.), proprie'taire, president du Cornice agricole de 

l'arrondissement de Strasbourg, a Aclienheim (Bas-Rbin). 
Leonard, medecin en chef de la division de Medeah (Alge"rie). 
Le Pelleg, marcband grainier, a Saint-Brieuc (Coles-du-Nord). 
L'Espine (le vicomte Oscar de), secretaire de Pambassade de Prance, a 

Saint-Petersbourg, a Paris. 
Lestiboudois, conseiller d'Etat, membre correspondant de PAcadOmie des 

sciences, a Paris. 
Levavasskur, ancien depute, a Paris. 
Lillie (le general John Scott), a Londres (Angleterre). 
Limers (le general de), commandant la subdivision de Medial) (Alglrie). 
Lizot (Edmond), docteur en droit, a Argentan (Orne), 
Loche ( le capitaine ) , directeur du Musle d'bistoire naturelle d'Alger. 
Loffler (Charles), a Berlin (Prusse). 
Lombard (Henri), negociant, a Mmes (Card). 
Louvrier, conseiller a la Cour imperiale de Poitiers (Vienne). 
Madrid (le vicomle de), membre du Conseil general de PAisne, au Heric- 

la-Vieville, canton de Selain (Aisne). 
Magnan (S. Exc le marechal), commandant en chefde Tarmeede Paris. 
Maisonneuve, aine, proprietaire, a Ambert (Puy-de-Ddme). 
Maisons, proprietaire, a la Maison-Carree, pies Alger. 
Maisonseul (de), capitaine de fregate, directeur du port d' Alger, a Alger. 
Mallarme, inteudant de la division d'Alger, a Alger. 
Mallet (Jean-Fianc.ois), proprietaire, a Paris. 
Manigault (Louis), a Charleston (Caroline du Sud), et a Paris. 
Marchand, maltre de poste, a Toury, ligne d'Orieans (Eure-et-Loir). 



XVJ SOCIETE 1MPEKIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMAJTATION. 

Marchesseaux, directeur de l'usinc a gaz, a Alger. 

Marconnet de docteur), a Paris. 

Marcotte, phar macien, a Paris. 

Marengo (le colonel), maire de Douera, a Douera (Alge*rie). 

Marguerite, chef d'escadron, commandant lecercle de Laghouat (Alge*rie). 

Marion, president du tribunal civil d'Alger, a Alger. 

Marnier (Jules), colonel d'e"tat-major, maire de Montmorency (Seine-et- 

Oise), a Paris. 
Maroin (le docteur), chirurgien principal de la marine, a Toulon (Var). 
Marquet, gerant de la colonie penitentiaire de Fontevrault (Maine-et-Loire). 
Martins (Ch.), professeur a la Faculty de medecine de Montpellier, direc- 
teur du Jardin botanique, a Montpellier (lle"rault). 
Masson (Alfred), employe au Ministere de la marine, a Paris. 
Mathieu (le contre-amiral Aym£), a Paris. 
Madrice, avocat, a Douai (Nord).. 
Maurice-Allard (Alexandre), proprie"taire, a Paris. 
Maury (le commandant) (H.), a Washington (Etats-Unis). 
Mercier (Emmanuel-Prosper), proprie'taire, a Napoleon-Vendee (Vendue). 
Merck (Charles), syndic des affaires etrangeres de la republique de Ham- 

bourg (Allemagne). 
Meusnier, juge de paix, a Clermont (Oise). 
Millet, depute" au Corps le"gislatif, a Orange (Vaucluse). 
Mingault (Philippe), pharmacien, membre de plusieurs socieHe's savantes, 

a Paris. 
Miran-Bey, gouvcrnetir de l'hdtel des monnaies, a Constantinople. 
Mniszech (le comtc Georges de), a Paris. 
Mon (S. Exc), ambassadeur de S. M. Catholique, a Paris. 
Montagne, membre de rinstilut, etc., a Paris. 

Montellano (le due de), proprigtaire en Espagne et en Belgique, a Paris. 
Montmorency (le due de), a Paris. 
Montmort (le marquis Jean de), au chateau de Rouvres, par Auberive 

(Haute-Marne), 
Mora (Pascal de), proprie^aire, a Paris, et a Moulins (Allier). 
Moreau (le docteur), medecin en chef de l'hdpital civil et membre de la 

SocieUe" d'agriculture de Bdne (Algerie). 
MoREaU-Duchon, essayeur en chef de la monnaie, a Constantinople. 
Morel (le comte), proprieiaire, a Paris. 

Moreno de Mora (Jean), attache" a l'ambassade d'Espagne, a Paris. 
Morere (le docteur), conseiller d'arrondissement, membre de la SocieHe" 

d'agriculture de Seine-eMMse, a Palaiseau (Seine-et-Oise). 
Moret (Augustin-Jean), negotiant, a Paris. 
Moustier (le comte de), membre du Conseil ge"ne"ral de Seine-et-Marne, a 

Paris. 
Munster (Louis), proprieiaire, a Paris. 
Murga (Jose"-Maria de), proprietaire, a Marquina, pres Bilbao (Espagne). 



QUATRIKME LISTR SUPPLEMF.NTAIRF. PES MEMBUES. X\i| 
Mutiaux, proprhHaire et negotiant, a Paris. 
NGgrin, chirurgien en chef de Fhdpital civil d'Alger. 
N£laton, profcsseur a la Faculte" de mddecine, a Paris. 
ISiza (le marquis de), pair du royaume de Portugal, a Lisbonne. 
Noel (fitienne-Le"on), propritftairc, a Paris. 
Nouhes (Frederic des), propritMaire, a Velaudin (Vendue). 
Nouhes de LA Cacaudiere (des), au chateau de la Cacaudiere (Vendue). 
Onsenbray (le vicomte Paul d'), a Paris. 
Oraison (le ge"ne"ral comte d 1 ), a Paris. 

Orihuela (Andres- A velino), vice-consul de PUruguay en France, a Paris. 
OiJDiN, libraire-e'diteur du Courrier de la Vienne, a Poitiers (Vienne). 
Oudry, directeur de Pusine electro-me^allurgique d'Auteuil (Seine). 
Pahdd(S. Exc. M.), gouverneur ge"ne"raldes fndes nt$erlandaises, a Batavia 

(lie de Java). 
Paillet (Louis), horticulteur, a Paris. 
Pailloux (le docteur), maire de Saint- Ambreuil, par Sennecy-lc-Grand 

(Saone-et-Loire), et a Paris. 
Palffy (le comte Jean), a Presbourg (Hongrie), et a Paris. 
Paltschikoff (Alexandre), proprie"taire, conseiller d'Etat et gentilhomme 
de la chambre de Sa Majeste" Impe"riale, a Saint-Pe*tersbourg, et a Paris. 
Paothonnier, lieutenant-colonel Selim, secretaire du Vice-Roi d'Egypte. 
Peaut, proprit$taire, ancien magislrat, a Saint-Cyr, pres Lyon (Hlidne). 
Pelletier (Joseph), chimiste, a Paris. 
Pellon y Rodriguez (de), agronome, a Madrid (Espagne). 
Pepin, directeur des cultures au Museum d'histoire naturelle, membre des 

Socie*t<5s impe*riale et centrale d'agriculiure et d'horticulture, a Paris. 
Percheron, receveur ge*n£ral, a Rhodez (Aveyron). 
Perrot d'Estivareilles, inspecteur ge'ne'ral des lignes te*le"graphiques, en 

retraite, a Paris. 
Philippe, jardinier en chef du Jardin botanique de l'Ecole de me'decine 

navale de Saint-Mandrier, pres Toulon (Var). 
Piazza (Francois), proprigtaire, a Milan (Lombardie). 
Pigeon (Alexis), inaire de Saclay, membre de la Socie'te' d'agriculture de 

Seine-et-Oise, a Saclay (Seine-et-Oise). 
Pihoret, sous-prgfet de Sarreguemines (Moselle). 
Plantamodr (Philippe), proprie'taire, a Geneve (Suisse). 
Plessy (Mathieu), chimiste a Pimprimerie imperiale d'indiennes, a Constan- 
tinople (Turquie). 
Poilly (le baron de), membre du Conseil gendral de FAisne, au chateau 

de Folembray (Aisne), et a Paris. 
Poirson (Louis), naturaliste, a Bar-le-Duc (Meuse). 
Poisson (le baron Charles), proprie'taire, a Paris. 
Poisson (le docteur J.-B.), a Vieillevigne (Loire-Inferieure). 
Pons (de), capitaine de spahis, commandant la smala de Be*ragouya , a 
M<Sd<5ah (Alge"rie). 



XVllj S0C1ETE IMPERIALS ZOOLOGIQUL D ACGL1MATATION. 

Portalis (A.), sdriciculteur et filateur dc soie, a Beyrouth (Syrie). 
Poujade (Eugene), consul general, a Paris. 

Poussin (Alexandre), proprietaire-manufacturier, a Elbcuf (Seine-lnferieure). 
Pouyer-Quertier, nieinl)ro du Corps legislatif, membre du Conseil ge"nt ! ral 

de l'Eiire, propri^taire, a Rouen (Seine-lnferieure). 
Prado (Gamille), colonel du genie, a Guadalajara, pies Madrid (Espagne). 
Prive, syndic des noiaires, a Alger. 

Quadt d'Isny (le comte de), secretaire de la legation de Baviere, a Paris. 
Radigiset (Prosper-Stanislas), a Paris. 

Rallet (Alphonse), proprie'lairc-agriculleur, a Biviers,pres Grenoble (Isere). 
Rallex (Eugene), id. id. 

Rapet, inspecteur de l'instruction priniaire, a Paris. 
Ravan, consul de Portugal el de Bre"sil, a Alger. 
Rayner (le docteur), a Paris. 
Real (Felix), ancien depute 5 , president de la Societe" d'acclimatalion des 

Alpes, agriculleur-eieveur, a Grenoble (Isere). 
Rechberg (S. Exc. M. le comte Rothen-Boven), ministre pl^nipotentiairc 

d'Autricbe, president de la diele germanique, a Francfort. 
Reinhard (S. Exc. M. de), envoys extraordinaire et ministre plenipoten- 

tiaire de S. M. le roi de Wurtemberg a la diele germanique, a Francfort. 
Reiset (le comte de), ministre pl^nipotentiaire, a Paris. 
Reveie, vice-president du Corps legislatif, a Lyon (Rhone). 
Revoltella (le chevalier P. ), vice -president du Conseil municipal et 

banquier, a Trieste (Autriche). 
Rey, professeur a l'Ecole impe"riale ve'tdrinaire de Lyon, a Lyon (Rhdne). 
Rianzares (S. Exc. M. le due de), a la Malmaison (Seine-et-Oise). 
Richard (le docteur Adolphe), chirurgien des hdpitaux, professeur agrdge 

a l'Ecole de medecine, a Paris. 
Ricord (le docteur), a Paris. 
Rietschel, medecin principal de l'armee, a Alger. 
Ritter (Charles), ingenieur des ponts et chaussces, au service du gouver- 

nement ottoman, b Constantinople (Turquie). 
Rivocet (Paul de), auditeur au Conseil d'Etat, a Paris. 
Rivocet (de), membre du Conseil general de l'Aisne, au chateau de Fon- 

tenay, par Soissons (Aisne). 
Rivolet, avocat a la Cour imp£riale, membre du Conseil general de l'ordre, 
. a Paris. 

Robert (Camille), vice-consul d'Oldenbourg, a Valence (Espagne). 
Rolin (le g6n£ral), adjudant general du palais des Tuileries, a Paris. 
Romanu (le baron de), ancien preset, a Paris. 

Rosnovano (Georges de), preset du district de Niamso, a Pialra (Moldavie). 
Rossini, associe" Stranger de ITnstilut de France, a Paris. 
Rostan, professeur a la Faculte" de medecine, a Paris. 
Rouland (S. Exc. M.), Ministre de l'instruction publique et des cultes. 
Roussel (le docteur), a Paris. 



QUATIUEMfc LISTK SL'l'PLEMENTAlKE DKS MKMBIiBS. XIX 

Kousset (Won), avocat, a Paris. 

Roy (le docteur), inspecteur dc colouisation , a Alger. 

Royer (S. Exc. M. de), Ministre de la justice, a Paris. 

Royer, soiis-inspecteur des forfils, a Alger. 

Rozier, proprieiaire, deTenseur, a Alger. 

Rumigny (le marquis M.-H. de), ancien ambassadeur, a Paris. 

Sabatini (Domenico), membre de PAcade'mie d'arche'ologie de Madrid, dc 

la SociiHe" royale des antiquaires de Gopenhague, etc., a Naples. 
Sainte-Reine (Earmain de), a Paris. 
Saint-Cricq (le vicomte Arthur de), a Paris. 
Saint-Paul, depute" de la Hauie-Vienne, ;i Paris. 
Saint-Pierre (le baron de), proprtetaire, a Paris. 
Saint-Vanne (Jean-Baptiste-Jules de), architecte, a Paris. 
Sarlande, maire d'Alger, a Alger. 

Sauzey, conseiller a la Cour imp^riale de Lyon, a Lyon (Rhone). 
Schldmberger (Jules), negotiant, a Guebwiller (Haut-Rhin). 
Seager (Edward), ancien officicr general, proprieiaire, a Londres. 
Seguin (Paul), inge*nieur, a Paris. 

Senez, inge^iieur en chef des mines, a Villefranche-de-Rouergue ( Aveyron). 
Serrano (S. Exc. le marshal Don Francisco), stmateur, a Madrid. 
Serres (J.), proprit'taire, a Auvenay, par Meursault (COte-d'Or), eta Paris. 
Sery (de), ingthiieur en chef des ponls et chaussges, a Alger. 
Sieyes (Paul), a Paris. 

Stirbey (S. A. le prince), ancien hospodar de Valachie, a Paris. 
Sudda (Georges Delia), professeur a l'Ecole de m&lecine. a Constantinople. 
Tandead de Marsac (Henri), a Brignac, par Saint-Leonard (Haute-Vienne). 
Tardy de Montravel (Louis-Marie-Francois), capitaine de yaisseau, gou- 

verneur de la Guyane franchise, a Paris. 
Teixeira-Leite, propria lai re, province de Minas-Geraes (Br£sil), 
Terray de MoRKL-ViNDE(le vicomte), conseiller a laCour imperiale.a Paris. 
Terson (le docteur Samuel-Emilc),, a Puylaurens (Tarn), eta Paris. 
Th£rouanne (Emile), a Paris. 

Thiehr^e (Theodore), maire de Champlan, a Champlan (Seine-et-Oise). 
Tisserand (Lucien), proprieiaire, a Chamarandes, canton de Chaumont 

(llaute-Marne). 
Tollard (Eugene), marchand grainier, horticulteur, a Paris. 
Toustain-Dumanoir (de) , secretaire general de la prefecture d'Alger. 
Treuillk (Edmond), proprieiaire, a Chatellerault (Vienne). 
Trevise (le marquis Napoleon de), attache" a la mission extraordinaire de 

Chine, a Paris. 
Turenne (le marquis de), proprietaire, a Paris. 
Ucciani (le docteur), a Constantinople. 
Vaillant (Leon), proprietaire, a Paris. 
Valabr4:gue de Lawoestine (le comte Auguste de), prefet du palais de 

l'Empereur, a Paris. 



XX SOCIETE IMl'ERIALE ZOULOGIQUE IVACCLIMATATION. 

Valade-Gabel, directeur honoraire de l'inslitut imperial des sourds- 

muets de Bordeaux, a Paris. 
Vard (le capitaine W. Henri), agriculteur, a Constantinople ( Turquie). 
Vaucher (Albert), ne"gociant, consul de France a Uong-kong (Chine). 
Vaucher (Alfred), negotiant, a Fleurier, canton de Neuchatel (Suisse). 
Vadtrin, proprietaire, a Alger. 

Vaux (de), premier president de la Cour impe"riale d' Alger. 
Verollot (le docteur), me'decin en chef de l'hopital francais, a Constan- 
tinople. 
Vidal (le docteur Ignacio), professeur de mine'ralogie et de zoologie a 

rUniversite" de Valence (Espagne). 
Vieville (Luzin), rnembre du Conseil general del'Aisne, a Pouilly (Aisne). 
Viguier, inspecteur ge"ne"ral honoraire de l'Universite, a Paris. 
Vilcoq, proprietaire, a Couibevoie (Seine). 
Villafranca (le comte de), dans le duche de Lucques, et a Paris. 
Villars, proprie'taire-agriculteur, a Macon (Sadne-et-Loire), et a Paris. 
Vinet (Jules-Theodore), a Paris. 
Vitallis, proprietaire, membre du Conseil general de Saone- et-Loire, a 

Mctcon, et a Paris. 
Vries (le docteur), botaniste, a Batavia. 
Waechter (le baron de), envoye* extraordinaire et ministre pienipotenliaire 

de S. M. le roi de Wurtemberg, a Paris. 
Wagner, proprietaire, a Courcelles (Aisne). 
Wattecamps, proprietaire, a Paris. 

Willermoz, directeur de PEcole d'horiiculture pratique, a Ecully (Rhone). 
Wimpffen (le baron Francois de), attache a la legation de France , a 

Francfort. 
Wodianer (Maurice de), banquier, directeur de la banque nationale d'Au- 

triche, a Vienne (Autriche). 
Wurtz (le docteur), professeur a la Faculte dc medecine de Paris. 
Zamoyski (le general comte), a Paris. 



troisieme skvv:i; miuiju: \\m hit. 



LA SOCIETE IMPERIALS Z00L0GIQUE D'ACCLIMATATION. 



PROCES- VERBAL. 

Cede seance a etetenueaTH6teldeville,le 17 fevrier 1859(1). 

S. Exc. Mgr le Nonce du saint-siege aposlolique assistait 
a la seance, et avail pris place au bureau, avec M. Isid. Geoftroy 
Saint-Hilaire, president, MM. le prince Marc de Beauvau, 
Drouyn de Lhuys et A. Passy, vice-presidents; le comte 
d'Epremesnil , secretaire general; Auguste Dumcril, E. Dupin 
et Guerin-Meneville, secretaires; Cosson et de Quatrefages, 
membres du Conseil d'administration. 

Sur l'estradese trouvaient places le Conseil, les Presidents, 
Vice-Presidenis et Secretaires des Sections, la Commission des 
recompenses et an grand nombre de membres de la Societe. 
On remarquait aussi sur Teslrade M. Tinspecteur general, 
vice-recteur de l'Academie de Paris, et plusieurs etrangers 
de distinction. 

La disposition de la salle avait ete confiee, comme les annees 
precedentes, aux soins de MM. E. Dupin, Fred. Jacquemartet 
le comte de Sinety. Un autre membre du Conseil, M. le mar- 
quis de Selve, avait bien voulu encore se cbarger d'en faire 
les honneurs avec plusieurs Commissaires qu'il avait designes 
a cet effet. 

(1) Cette stance devait etre tenue, comme les annees precedentes, le 
10 fevrier, jour anniversaire de la foudation de la Societe, mais la salle 
Saint-Jean de rilotel de ville n'ayant pu etre mise a sa disposition pour ce 
jour-la, la seance a etc remise au 17. 

T. VI. — Janvier ct Fevrier 1859. <* 



II S0C1ETE 1MPERIALE Z00L0G1QUE d'aCCLIMATATION. 

— La seance a ete ouverte par im discours de M. Isid. 
Geoffroy Sainl-Hilaire, president. 

— M. Aug. Dumeril, secretaire des seances, a presente un 
Rapport sur les travaux de laSociete pendant Tannee 1858. 

II a annonce dans ce rapport : 1° la fondation par la Sociele 
de deux nouveaux prix extraordinaires,]'un pourl 'introduction 
et I ' acclimatation a la Martinique d'un animal destructeur 
du Bothrops lanceole (vulgairement appele Viper e fer-de- 
lance) ; l'autre pour la propagation de la race ovine Grauxde 
Mauchamp. 31. Frederic Davin, membre du Conseil, a double 
ce prix en y ajoutant 1000 francs ; 2° la fondation d'un prix par 
31. le docteur Sacc pour V amelioration de la Chcvre d Angora. 
La Societe se reserve de triplerle prix s'il y a lieu. 

Le programme des prix extraordinaires presentement pro- 
poses, est en consequence le suivant : 

PRIX EXTRAORDINAIRES PROPOSES PAR LA SOCIETE. 

Seance publique annuelle du 10 fevrier 1857. 

1. Introduction dans les montagnes de l'Europe ou de 1'Algerie d'un 
troupeau d'Alpacas (Auchenia paco) de race pure. 

Ce troupeau devra se composer au minimum de 3 males et de 9 feinelles. 
Concours ouvert jusqu'au 1" decembrc 1861. 
Prix. — line medaille de 2000 francs. 

II. Domestication complete , application a 1'agriculture ou emploi dans 
les villes de TH^mione (Equus hemionus) ou du Dauw (E. Bur- 

chellii). 

La domestication suppose necessaircment la reproduction en caplivite. 
Concours ouvert jusqu'au 1" decembre 1862. 
Prix. — Une medaille de 1000 francs. 

III. Domestication et multiplication d'une grande espece de Kangourou 

(Macropus giganteus, M. fuliginosus, ou autre espece de meme 
taille). 

On devra posseder six individus au moins, et avoir obtenu deux generalions en donicsticitc'. 
Concours ouvert jusqu'au 1" decembre 1862. 
Prix. — Unc medaille de 1000 francs. 

IV. Introduction et domestication du Dromee (Casoar de la JNouvelle-Hol- 

lande, D. Nova; Hollandice), ou du Nandou (Autruche d'Ameriquc, 
Rhea americana). 

Memes conditions et delais quo pour le prix precedent. 
PRIXi — Une medaille de 1500 francs. 



PROCES-VEHHAL l)E LA SEANCE PUBLIQUE. Ill 

V. Domestication de lu grande Outarde (Otis tarda). 

Ce prix serait cgalement accorde pour la domestication tin Houbara ou do toutc autre 

espoce d'une taille superieurc a celle de la Cnnopeticre. 
On devra justifier de la possession d'au moins six individus adnllcs ncs en domcslicilc. 
Concours ouvert jusqu'au {" decembre 1859. 
I'kix. — Une nuMaille do 1000 francs. 

VI. Introduction et acclimatation d'nn nouvcau gibicr pris dans la classc 
des Oiseaux. 

Sont cxceptees lcs cspeces qui pounaient ravager lcs cultures. 
Concours ouvert jusqu'au 1" dt'-ccmbre 1859. 
Prix. — Une medaille dc 500 francs. 

VII. Introduction d'tin poisson allmenlalie dans lcs eaux douccs ou sau- 
malres de l'Alg^fie. 

Concours ouvert jusqn'au i" docembre 1800. 
I'UIX. — Une medaille do 500 francs. 

VIII. Acclimatation accoraplie d'une nouvellc espece de Ver a soie, produi- 
sant de la soie bonne a filer. 
Concours ouvert jusqu'au 1" decembre 1800. 
Prix. — Une medaille de 1000 francs. 

IX. Acclimatation en Europe on en Algesic d'uu lnsecle producteur de 
circ, autre que TAbeille. 

Concours ouvert jusqu'au 1" decembre 1859. 
Pivix. — Une medaille de 500 francs. 

X. Creation de nouvelles varies d'lgnames de la Chine (Dioscorea ba- 
tatas), superieures a cellesqiron possede de"ja, etnotamment plus 
faciles a cultiver. 

Concours ouvert jusqu'au 1" decembre 1861. 
Prix. — Une medaille de 500 francs. 

XI. Introduction, culture et acclimatation du Quinquina dans le midi de 
l'Europe oudans une des colonies europdennes. 

Concours ouvert jusqu'au 1" decembre 1860. 
Prix. — Une medaille de 1500 francs. 

Stance publique annuelle du 17 feurier 1859. 

I. Propagation de la race ovine Graux de Maucbamp en dehors de la 

localite ou elle a pris son origine (en France ou a Granger). 

On devra justiflcr de la possession d'au moins 100 beHes, noes choz le propridiaire, et 
prcsenlant toutcs le type dc la race Craux de Mauchamp pour la laine, et une bonne 
conformation. 

Concours ouvert jusqu'au 1" decembre 1864. 

Prix. — Une medaille de 1000 francs. — Plus 1 000 francs offerls par M. Davin (voycz 
page suivante). 

II. Introduction et acclimatation a la Martinique d'un animal destructeur 

du Bothrops lance*ole (vulgairemenl appele* Vipere fer-de-lance), a 
l'e"tat de liberie". 

On devra avoir obtenu trois generations. 

Sout exc^pties les especes qui pourraient rdtager les cultures. 

Concours ouvert jusqu'au 1" decembre I860. 

Prix. — Uuo medaille de 1000 francs. 



IV SOCIETE IMPERIALE Z00L0GIQLE .D' ACCLIMATATION. 

PRIX FONDES PAR DES MEMBRES DE LA SOCIETF. 

Seance publique annuelle du 10 fevrier 1858. 

Prix fonde par M. CHAGOT aim 1 , negocianf. 
Domestication de l'Autruche d'Afrique (Struthio camelus) en France, en 
Algesic ou au Se"ne"gal. 

On devra avoir obtenu , de deux ou plusicurs Aulruches privees , deux generations au 
moins, justifier de.la possession aetuelle de six individus produits a l'ctat domestique, 
et fairc connaitre les moyens employes pour fairc reproduirc ces oiseaux tomrac ccux 
de nos basses- cours (1). 

Concours ouvert jusqu'au 1" decembre 1863. 

Prix. — Une medaille dc 2000 francs. 

Seance publique annuelle du 17 fevrier 1859. 

Prix fonde par M. F. I) \VI\. manufacturer. 

Propagation de la race ovine Grauxde Mauchamp. 

Concours ouvert jusqu'au l er decembre 1869. 

Prix. — Une somme de 1 000 francs a ajouter a la medaille de 1000 francs fondce par la 
Societe pour le meme objet (voyez page precedente). 

Prix fonde par M. le docteur SACC. 

Amelioration de la Chevre d'Angora. 

Concours ouvert jusqu'au 1" decembre 1862. 

Prix. — Une prime de 100 francs pour la toison la plus lourde dc Cbcvre d'Angora. 
Si cctte toison est en memo temps reinarquable par ses qualites, la Societe triplera 
cetle prime. 

N. B. Dans le cas oil un ou plusieurs de ces prix seraicnt gagne"s avant les 
lermes indiques pour la cloture des concours, ils seraient de'eerne's 
dans la stance publique du 10 f«5vrier suivant, pourvu que les pieces 
constatant les droits des concurrents eussent ete" envoyees a la Societe" 
avant le i" decembre, terme de rigueur. 

La Societe" se reserve, s'il y a lieu, de de"cerner des seconds prix ou d'ac- 
corder des encouragements. 

— M. le docteur Cosson a lu une Notice sur les cultures du 
Sahara algerien au point de vue de I ' acclimatation. 

— M. de Quatrefages a donne ensuite lecture d'une Notice 
sur l' acclimatation des Oiseaux. 

— M. lecomte d'Epremesnil, secretaire general, a presente 
le Rapport sur les travaux de la Commission des recom- 
penses ; puis apres la proclamation des nouveaux membres 

(1) Pour le prix fonde par M. Chagot, voyez la lettre de notre honorable 
confrere, Bulletin, 1858, t. V, p. £5. A cette lettre sont ajout&s quelques 
indications que doivent aussi consulter les personnes d^sireuses de concourir 
au prix Cliagot. Voyez, en outre, Id., p. 306 et 581, deux Notices de 
MM. Hardy et le docteur Gosse. 



1M10CKS-VERBAL DE LA STANCE I'UBLIQl K . V 

honoraires, il a ete procede a la distribution des medailles, 
mentions lionorables et recompenses pecuniaires. 

Les recompenses decernees cette anneesont les suivantes : 

1" Deux litres de membres honoraires; 

2° Trois grandes medailles d'or, recompenses bors classe; 

3° Vingt et une medailles d'argent, medailles de premiere 
classe ; de plus, il y a eu rappel de medailles d'argent pour 
cinq laureats des annees precedentes ; 

h a Douze medailles de bronze, medailles de seconde classe ; 

5° Sept mentions bonorables; 

0° Cinq recompenses pecuniaires. 

Les titresde membres honoraires ont eteconferes : 

Au Reverend Pere Annibale Fantoni, de Bielle (Piemonl), 
missionnaire, au Chan-tong (Chine); 

AM. le commandant Maury, de la marine des Etals-Unis, 
surintendant de Tobservatoire national de Washington. 

Les trois grandes medailles d'or ont ete decernees : 

A M. Hardy, directeur de la Pepiniere centrale du gouver- 
nement, a Alger (cette medaille est celle qui a ete mise a la 
disposition de la Societe par S. Exc. M. le ministrede ('agri- 
culture, du commerce et des travaux publics) ; 

A M. D. W. Mitchell, secretaire-gerant de la Societe zoolo- 
gique de Londres; , 

A M. le major Henry Wayne, a Washington (E(ats-Unis). 

(Pour les autres recompenses, voyez ci-apres, le Rapport de 
M. le Secretaire general.) 

Parmi les laureats, presque tousceux qui habitent Paris on 
ses environs et plusieurs habitants des departements eloignes 
sont venus recevoir les recompenses qui leur avaientete altri- 
buees, et qui leur ont ete remises par S. Exc. Mgr. le Nonce du 
Pape, par M. le President, par MM. les Vice-Presidents et Secre- 
taires, et par MM. les membres du Conseil d'administration. 

Le Conseil a amHe que toutes les pieces lues dans la seance 
publique du 17 fevrier seraient imprimees in extenso dans le 
Bulletin, et placees en t6te du volume en coins d'execulion. 

Le Secretaire des seances. 
Aug. Dlmeril. 



VI SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE UACCLIMATATION. 



DISCOURS D'OUYERTTRE 



Par M. Is. GEOFFROY SUM I1IIMKI . 

President <le la Sori('U'. 



MoNSEIGNEUR, MESSIEURS, 

Le reglement et les usages do la Societe imperiale d'Accli- 
matation veulent que, chaque annee, un de ses presidents et 
un de ses secretaires fassent publiquement connaitre les pro- 
gres generaux de Fassociation, et les travaux rceents de ses 
membres. Ce devoir derivait pour nous de notre institution 
elle- meme. La Societe doit compte a tons de ce quelle fait, de 
ce qu'elle tente, de ce qu'elle veut; car elle a ete creee, ce sont 
les termes memos de son premier programme, pour accomplir 
« avec le concours de tous » une oeuvre entreprise « a Favan- 
» tage de tous ». 

Jusqu'a present, et puisse-t-il toujours en etre de meme! ce 
devoir nous a ete doux a remplir. Chaque annee, nous avons 
eu le bonlieur de retrouver devant nous la meme assembleo, 
amie du progres, amie du bien public; et nous avons pu lui 
dire : 

La Societe n'a rien neglige pour justifier les esperances que 
vous avez mises en elle, et meriter vos sympathies •, elle vient 
d'ajouter encore quelques services a ceux qu'elle avait deja 
rendus, ([uelques conquetes a celles qu'elle avait deja faites j 
ses moyens d'action a tous les points de vue se sont multi- 
plies et accrus-, son developpement en France, son expansion 
au dehors et sur le globe entier, ne. se sont pas ralentis ; elle 
est plus prospere que jamais. 

Tel etait deja le resume de notre situation, lorsque j'ai eu, 
pom- la premiere fois, Fhonneur de vous en rendre compte 
dans cette meme enceinte •. et je n'ai pas besoin de vous 



NMM I> <H VKMTRE. VII 

rappeler (car c'estM. Drouyn do Lhuysqui vous Pa (lit, et il 
est. des paroles qif on rfoubUe pas) ou nous etions parvenus au 
terme do l'annee suivante. Heureuse la Societe qui venait 
d'accomplir en quelques mois de si nombreux et de si grands 
progres, et qui trouvait un tel interprete pour en rendre compte 
au public et en feliciter les auteurs ! 

Heureusement pour moi, Messieurs, les faits ont aussi, 
dit-on, leur eloquence; et n'est-ce pas vrai de ceux dont j'ai 
a vous entretenir, et que je vais vous faire connaitre avec 
toute la simplicite d'un compte rendu ? 

La Societe, a son origine, ne se composait que de cinquanle 
inembres : des le lendemain de sa premiere seance prepara- 
toire,ellcen comptait cent cinquanle; Tan dernier, cenombre 
elait decuple. Cinq cents nouvelles admissions viennent de 
porter notre cbiffre a plus de deux mille. Association a la fois 
scientifique et pratique, e'est parmi les naluralistes, les agri- 
culteurs, les industries, les medecins, que nous avons, comtnc 
toujours, trouve le plus grand nombre de nos nouveaux adhe- 
rents ; mais quelle profession et quel pays ne nous ont pas donne 
leurs plus bautes notabilites? Sur nos dernieres listes nous 
voyons encore briller des noms dont s'bonorent l'administra- 
tion, I'eglise, la diplomatic, la magistrature, les armees, les 
ilottes franchises et etrangeres ; et bien que les beaux-arts ne 
nous en aient donne cette annee qu'un seul, nous pouvons, 
encore ici, trouver notre moisson ricbe : car ce nom unique est 
un nom immorlel, Rossini. 

Enlre les pays qui sont representee sur les listes de 1858, 
nous remarquons, sans parler des Etatsvoisins de la France, 
la Norvege, la Pologne, la Russie, la Moldavie, la Turquie, 
Java, Madere, la Caroline du Sud, le Bresil, le Chili, la Nou- 
velle-Grenade. Presque tous ces Etats liguraient deja sur nos 
listes anterieures, et plus de trente autres avec eux. Desor- 
mais, un membre de la Societe d'Acclimatation peut faire le 
tour du monde, en trouvant parlout des confreres associes a 
sa pensee. 

Ou ne renconlrerait-il pas aussi des associations, fillesdela 
noire ou deja meme nees de ses lilies? Grenoble, Nancy, Bor- 



VIII SOCIETE UUPKIUALE Z00E0GIQLE d'aCCLIMATATION. 

deaux, en France, Cayenne et Saint-Denis dans nos colonies, 
Alexandrie d'Egypte, Berlin, Moscou, a Tetranger, avaient 
deja leurs Societes ou Comites d'acclimalation : Poitiers, 
Alger, Roveredo du Tyrol, Saint-Petersbourg, Orel, viennent 
de constituer les leurs. D'autres, en voiede formation, temoi- 
gneront bient6t a leur tour de la vitalite de notre association, 
et de la force cTexpansion des idees dont elle a ete le premier 
foyer. 

Chaque annee aussi augmente le nombre de nos augustes 
protecteurs. « Dans le nombre desesnouveaux associes, disait, 
» il y a un an, M. Drouyn de Lhuys, la Societe est Here de 
» compter plusieurs tetes couronnees » : six souverains, et 
trois princes de maisons souveraines. De semblables faveurs 
viennent de nous eUre accordees par LL. MM. les Rois de 
Danemark, de Saxe, d'Espagne, et par S. A. I. etR. Tarchiduc 
Ferdinand-Maximilien, vice-roi de Lombardie, dont le concours 
nous a ete promis dans les termes les plus bienveillants. Et deja 
il nous est permis de ne pas nous arreter ici ; la tiare romaine 
ne nous est pas moins favorable que les couronnes imperiales 
et royales : la Societe vient d'etre aulorisee a inscrire aussi 
sur la liste sans egale de ses membres protecteurs, le nom du 
souverain Pontife, qui avoulu, nousecrit le cardinal secretaire 
d'Etat, encourager et benir nos travaux. La Societe d'Accli- 
matation a connu, dans sa derniere seance, ce temoignage 
d'une baute bienveillance. Elle le place au nombre des plus 
precieux encouragements qu'aient recus les bienfaisants tra- 
vaux auxquels elle s'est vouee, et qui sont si bien selon cette 
parole de I'Ecriture : v Dieu dit a l'homme : Preside a tous les 
» animaux de la terre, a tous les poissons de la mer, a tous 
» les oiseaux du ciel, afin de t'assujettir la terre. » 

Le mouvement de notre Societe est si rapide, que cette liste 
ou nous venions a peine d'ecrire cinq noms augustes, en 
compte deja deux de plus. Ala veille meme de cette seance, 
le Conseil d'administration de la Societe a regu la nouvelle, et 
nos confreres Tapprendrontici, queS. M. le Roi de Baviere et 
S. A. le due regnant de Saxe-Weimar, daignentnous accorder 
aussi leurs rovales adbesions. La Societe compte maintenant 



DISCOURS n'OITERTlRE. IX 

dix-huit Souverains pour protecteurs (1) : elle a dix-huit mem- 
bres couronnes. Elle est justement fiere de ceshonneurs sans 
exemple, et heureusede la protection qu'ils assurent partout a 
une oeuvre qui, sans cesser d'etre eminemment francaise, revel 
de plus en plus le earaetere d'une institution internationale. 

La Societe a marque chacune de ses annees par des deve- 
loppements nouveaux. Des son origiue, elle avait commence ce 
recueil de ses travaux, par lequel ses deux mille membres et 
les Societes regionales d'acclimalation suivent de tous les 
points du globe le mouvement de l'association centrale, et, 
pour ainsi dire, assistent cbaque mois a ses seances. Par re- 
stitution de delegues speciaux qui represented la Societe dans 
trente-cinq villes des cinq parties du monde, elle s'est rendue 
presente partout administrativement, comme elle l'etait deja 
scientifiquement par ses publications periodiques. C'est a 
1'aide de cette organisation complexe, mais necessaire, que 
sont devenus possibles ces concours annuellement ouverts en 

(1) En Europe : Seances dit 

S. M. l'Empereur des Francais 30 mars 1855. 

S. A. B. le Prince Albert d'Angleterre .... 23 Janvier 1857. 

S. M. le Roi des Beiges 29 mai 1857. 

S. M. le Roi des Pays-Bas Idem. 

S. M. le Roi de Wurtemberg 7 aodt 1857. 

S. M. la Reine d'Espagne i decembre 1857. 

S. M. le Roi de Portugal Idem. 

S. A. le Prince regnant de Lichtenstein. ... 5 fgvrier 1858. 

S. Mi le Roi de Saxe 23 avril 1858. 

S. M. le Roi de Danemark l\ juillet 1858. 

S. M. le Roi d'Espagne 10 dCcembre 1858. 

S. S. le Pape U feeder 1859. 

S. M. le Roi de Baviere 17 f<5vrier 1859. 

S. A. le Due regnant de Saxe-Weimar. . . . Idem. 

En Amerique : 

S. M. l'Empereur du Bre^il 12 decembre 1856. 

En Asie : 

S. M. le premier Roi de Siam Idem. 

S. M. le second Roi de Siam Idem. 

S. A. le Maharajab de Jobore 29 mai 1857. 



X SOCIETY IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

tout pays, pour tout progres utile dansl'ordrc dcnos travaux, 
a la suite desquels nous distribuons, sans distinction de natio- 
nality, des recompenses meritees dont un public d'elite veut 
bien doubler le prix par sa presence et ses sympathies. Cinq 
medailles d'or, dont la premiere, en 1857, a ete decernee a 
un illustre et savant marechal de France (1), et la premiere, en 
1858, a un Souverain etranger (2); cinquante medailles d'argent 
et cinquante-cinq de bronze, ont deja ete distributes dans 
tous les Etats de l'Europe, en Algerie, en Egypte, a Madere, 
a Maurice, dans l'lnde, dans la Guyane, au Bresil et aux Etats- 
Unis. Et, partout, on a attache a nos modestes recompenses 
un prix qu'on n'accorde pas toujours a de plus brillantcs. 
C'est que, si elles ont quelque chose de la simplicite de Tan- 
tique couronne de chene, elles ont quelque chose aussi de ce 
qui la mettait au-dessus de la couronne de laurier : dans cha- 
cun des progres qu'elles recompensed, il y a un service rendu 
a nos semblables, et parfois a l'humanite. 

La Societe ne doit pas se borner a susciter partout le pro- 
gres par ses encouragements et ses recompenses ; elle doit 
donner Vexemple, et comme il lui appartient, par de grandes 
creations, selon le programme trace, il y a un an, d'une 
main si ferme, par un prince eclaire, protecteur constant de 
nos travaux, auxquels il a voulu prendre, a plusieurs reprises, 
unepart directe et active. « Nousvoulons, » vous disaitS. A. I. 
le prince Napoleon dans notrederniere seance annuelle, « ame- 
» liorer la condition de tous, des classes souffrantes en parti- 
» culier, par le developpement de Fagriculture, cetle vraie 
» richesse de la France... Nous voulons aujourd'hui sortir du 
» domaine de la theorie pour entrer dans celui de la pratique, 
» et mettre les resultats de nos efforts sous les yeux de tous 

(1) M. le Marechal Ministre de la guerre. 

(2) S. M. le Roi (TEspagne. La 01(5(131116 d'or, de*cerne"e a ce Souverain, 
hii a e"te* remise par une deputation de membres espagnols de la Socie'le', a 
la t£te de laquelle e"laient M. Graells, directeur duMuse*e d'Histoire naturelle 
de Madrid, deiegue" de la Societe d'acclimatation en Espagne, et notre 
illustre confrere le ge"ne"ral Zarco del Valle, se"nateur, commandant supgrieur 
du ge"nie et president de rAcade"mie des sciences de Madrid. ^ 

i 



nisnoi'Rs ihh'vkrti're. n 

v> par la fondation (Tun Jardin d'acclimatation et par celle 
» d'un grand depot de reproducteurs. » La Societe s'est crue 
assez forte pour repondre, des cette annee, a ce double voeu ; 
pour poursuivre do front la creation du Jardin d'acclimatation 
el celle de l'etablissement complementaire dont le prince 
Napoleon avait coneu la pensee ; et des aujourd'hui , nous 
pouvons dire I'existence de Tun assuree, et Tautre en grande 
partie realise. 

C'est en Auvergne qu'a ete organise, par les soins de notre 
honorable et devoue vice-president, M. Richard (du Cantal), un 
premier depot de reproducteurs specialement destine aux ani- 
maux de montagnes, tels que les Yaks, les Lamas et les 
Chevres d' Angora. Un troupeau de ces Chevreset trois Yaksont 
forme, il y a cinq mois, le premier noyau du nouvel etablisse- 
ment; d'autres Chevres et d'autres Yaks y ont ete bientdt con- 
duits, etdes Lamas le seront a leur tour, aussitot que la saison 
le permettra. Un agriculteur, eleve d'une de nos principales 
ecoles regionales, a ete prepose par la Societe a la direction 
des soins donnes a nos animaux, et des etudes et essais dont 
le programme a ete trace par M. Hichard : l'ensemble de ces 
travaux a ete place sons I'active surveillance de delegues de 
notre Conseil d'administration. La Societe est, des a present, 
assez riche en animaux pour avoir pu constituer ce depot sans 
interrompre d'autres essais anterieurement commences dans les 
Alpes et sur d'autres points, en France et hors de France (1), 
par les soins de plusieurs de nos confreres et de nos Societes 
affiliees. 

Notre depot d'Auvergne a pu etre presque improvise ; rien 
ici n'etait au-dessus des ressources materiellesde la Societe et 
du zele de ses membres. La creation du Jardin d'acclimatalion 
n'elait, au contraire, possible qu'apres avoir ete preparee par 
de longues etudes, et dans des conditions qu'il n'appartenait 
pas a nous seuls de realiser. Et c'est pourquoi une pensee qui 
s'etait fait jour dans le sein de la Societe des 4854 va se 
realiser seulement en 1859. Toutes les dil'ucultes sont main- 

(1) I'.n Allomagne et en Sicile. 



XII SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

tenant levees, tous les obstacles aplanis, grace a la souveraine 
protection de l'Empereur, a I'appui da prince Napoleon, qui a 
bien voulu accepter la presidence d'honneur d'une ceuvre en 
grande partie la sienne ; grace aussi a la bienveillance de FAd- 
ministration, et a la faveur publique, qui ne fait jamais defaut 
a une entrepriseveritablement utile. La Societe est aujourd'hui 
en possession de pres de 15 hectares du bois de Boulogne, con- 
cedes par la ville de Paris; et le capital necessaire pour appro- 
prier ces vastes terrains a leur destination, et assurer l'exis- 
tence du nouvel etablissement, a ete entierement souscrit, et en 
presque totalite par des membres de la Societe. On est venu 
a nous, non-seulement de plusieurs Etats de l'Europe, mais 
de par dela les mers. « Je ne verrai jamais noire Jardin, ecri- 
» vait de 3000 lieues un de nos confreres; mais il sera utile, 
» et je tiens ahonneur de n'y pas rester etranger. » 

Nous n'attendonsplus, Messieurs, qu'un dernier acte admi- 
nistratif : nous avons lieu de penser que ce complement ne- 
cessaire de nos longs travaux preparatoires sera sous peu de 
jours en notre possession, et aussitdt nous nous metfrons a 
l'ceuvre « pour creer ce Jardin ou la Societe pourra tout a 
» la fois elever, multiplier, eludier et ameliorer les nouvelles 
» especes introduces, et le public voir, apprecier et se pro- 
» curer ces conquetes utiles etagreables. » C'est ainsi que de- 
finissait notre futur Jardin, dans un remarquable rapport qui 
restera une des pages principales de Thistoire de cet etablisse- 
ment, un des membres qui ont le pluslieureusement contribue 
a amener leresultat auquel nous touchons aujourd'hui, notre 
devoue collegue M. Frederic Jacquemart. 

Utile et agreable, c'est la, en eff'et, le double caractere que 
nous voulons, que nous devons dormer au nouveau Jardin. 
Utile, pour qu'il soit digne de la Societe; agreable, elegant, 
pour qu'il le soit du pare sans egal ou il va trouver place, 
et de cette elite de la population parisienne, ou plutot euro- 
peenne, qui fait du bois de Boulogne le lieu privilegie de ses 
delassements. V utile pare, tel doit 6tre, tel sera le Jardin 
d'acclimatation. 

II aura en m6me temps un troisieme caractere, il sera nou- 



DJSCOURS d'OUVERTURE. Xlll 

veau. Nous navons pas a creer un second Jardin desPlanles, 
comme celui que i'ondait, il y a deux cent vingt-quatre ans, le 
savant Guy de lalJrosse 5 une seconde Menagerie comme celle a 
la creation de laquelle, en 1793, un jeune homme de vingt et un 
ansosaitattaeher sonnom, en attendant qu'il l'attachat a tant 
de travaux qifil nvappartient moins qu'ii tout autre de louer, 
inais plus qu'a tout autre de venerer. La Menagerie, et je suis 
heureux de pouvoir reproduire, au sujet d'un etablissement 
qui in' est cher a plus d'un titre, ces paroles recueillies d'une 
boucheauguste; la Menagerie « est bien ouelle est, etil n'en 
» fautpasune seconde. » Telle est la volonte de I'Empereur, 
et, pour y deferer, la Societe n'a rien eu a changer au pro- 
gramme qu'elle s'etait trace a Tavance. Elle n'a jamais 
voulu creer une concurrence a un etablissement dont elle- 
meme tire son origine, mais lui donner un complement en 
sele donnant a elle-meme. Le jardin que nous voulons creer, 
est le Jardin zoologique d'application 5 la reunion, jusqu'a 
ee jour sans modele, ni en France ni ailleurs, des especes ani- 
males qui peuvent nous donner avec avantage leur force, leur 
chair, leur laine, leur soie ; enrichir l'agriculture, I'industrie, 
le commerce ; ou encore, utilite tres secondaire, mais digne 
aussi qu'on s'y attache, qui peuvent servir a nos delassements, 
a nos plaisirs, comme animaux d'ornement, de chasse, ou 
dagrement, aquelque titre quecesoit. Voilales animaux qui 
devront peupler le nouveau jardin, et s'y meleraux especes 
vegetales les plus dignes de culture aux memes points de vue : 
utiles et bienfaisantes , ou belles et d'ornement: nouvelles 
ricbesses pour nos champs, nos forets, nos vergers, ou nou- 
velles parures pour nos jardins et nos pares. 

Le Jardin dacclimatation sera, pour les etudes relatives au 
Hegne animal , la troisieme creation due a l'initiative fran- 
caise : 

En 1793, la premiere Menagerie d'observation zoologique; 

En 1854, la premiere Societe d'acclimatation ; 

En 1859, le premier Jardin d'acclimatation. 

Puissions-nous, Messieurs, etre aussi heureux que l'ont ete 
nos devanciers, que nous Tavons ete nous-memes une premiere 



XIV SOCIETE IMPER1ALE ZOOLOG1QUE d'aCCLIMATATION. 

ibis! Si le Museum d'histoire naturelle, dans son vaste en- 
semble, est reste unique en Europe, il a ele, parties par par- 
ties, imite chez presque toutes les nations civilisees : a 
l'exemple desa Menagerie, dix grandes villes ont successive- 
ment cree des jardins zoologiques. La Societe tl'Acclimatation 
a ete plus heureuse encore : quatorze associations se sont 
deja constitutes a son exemple, pour developper et appliquer 
les vues quelle emettait il y a cinq ans. Puisse notre nouvelle 
creation trouver a son tour des imitateurs! Et puisse-t-il 
etre donne a nos premiers successeurs, si ce n'est a nous- 
memes, de voir de nombreux jardins d'acclimatation s'elever 
bientot autour du n6tre , comrne des colonies autour de la 
metropole ! 









IlAl'l'OIlT BUR LES TRAVAUX DE LA SOCIETE. XV 

RAPPORT 

SUR LES TRAVAUX 

DE LA SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION 

I'ENOAWT l'annee 1858, 

Par M. Auguste l»l Mi'icil. 

Secretaire des seances. 



MoNSElGNEUR, MESSIEURS, 

II appartenait a notre illustre President de tracer devant 
vous le tableau des progres accomplis par notre (Euvre depuis 
le jour de sa fondation , et vous venez de voir revivre dans ce 
recit eloquent notre passe deja si riche, malgre l'origine recente 
de nos travaux. 

Pourquoi done cet elan general et ce concours remarquable 
de tant d'intelligences d'elite preoccupees d'une mfrnepensee? 
(Test que notre drapeau , Messieurs , porte cette belle devise 
d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire : A l'Utilit£I Comment, en 
effet, ne pas elre saisi du desir de contribuer pour sa part, 
quelque faible qu'elle puisse 6tre, a Taccomplissement d'un 
programme si expressif et si riche de precieuses promesses? 
Reunir nos efforts communs pour arriver a accroitre les res- 
sources de tout genre que le regne animal et le regne vegetal 
peuvent fournir a Thomme, n'est-ce pas travailler a la realisa^ 
tion des desirs genereux du celebre naturaliste? 

Heureux et justement Piers des resultats deja obtenus, sou- 
tenus par l'esperance legitime de les voir se multiplier, conti- 
nuons a marcher avec contiance dans la voie que nous nous 
sommes Iracee. Chaque pas nouveau fait sur cette route nous 
rapproche du but-, il importe done de ne negliger aucun detail 
de notre itineraire. Le role de votre Secretaire est de vous en 
presenter un expose fidele, et il s'estimera heureux si, dans 



XVI SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE b'ACCLIMATATION. 

l'exercice de ce devoir, vous daignez , comme les annees pre- 
cedentes, lui accorder voire bienveillante attention. 

Soumettre a une etude pratique les animaux et les plantes 
dont la zone geographique semble pouvoir etre agrandie dans 
l'interet des pays qui ne les possedent pas encore : tel est 
l'objet constant de nos travaux. Pour proceder avec surete et 
de maniere a eviter, autantque possible, les erreurs, il est in- 
dispensable, vous le savez, Messieurs, de tenir exactement 
compte des conditions climatologiques dont l'influence sur les 
resultats des experiences d'acclimatation est si manifesto . Or, 
des longtemps convaincue de cette necessite , et voulant, 
desormais, prendre pour base de ses tentatives, plus encore 
qu'elle ne Favait fait jusqu'ici , les donnees fournies par la 
science des meteorologistes, la Societe a institue dans son sein 
une Commission de, climatologie (1). Presidee par M. le pro- 
fesseur Becquerel, qu'il sullit de nommer pour rappeler tous 
ses droits a ce tilre, la reunion dliommes babiles dont il s'agit 
ne peut manquer de nous rendre les services les plus signales. 
Elle saura nous eviter des deceptions et nous assurer des 
succes. 

Deja plus d'une fois, au reste, nos efforts ont ete heureux. 

Si nous passons d'abord en revue ceux qui ont trait a 1'accli- 
matation de vegetaux utiles, combien n'avons-nous pas a nous 
rejouir des resultats obtenus? Ainsi, par exemple, est-il neces- 

(1) Voir, pour la composition dc cette commission, le Bulletin, t. V, 
p. 217. On y trouve, p. 361, un travail de M. Becquerel, lu le 11 juiii 1858 : 
c'est en quelque sorte un programme des travaux a executer par la com- 
mission, et le savant physicien l'a intitule : Considerations generates sur le 
mode d' intervention desphenomenesmeteorologiques dans I'acclimatation 
des animaux et des vegetaux. 

II faut citer comme de tres heiireuses applications des principes propres 
a guider les tentatives d'acclimaiatiou et qui ont H6 exposes par M. Becque- 
rel, les succes que lui a donnes a lui-meme la culture de ce"pages du Midi 
et d'orangers au centre de la France, a sa propriete de Chatillon-sur-Loing 
(Loiret). {Id., t. V, p. 623 et 77; t. VI, p. 35.) 

A Poccasion des vignes, je ne dois pas ne"gliger les communications qui 
nous ont e"te" faites sur ce sujet par nos confreres MM. Graindorge (p. 56/t) 
ct Mares (p. 229). 



ItAI'l'UHl SLR LES TRAVALX DL LA SOCIETE. XVII 

saire dc vous rappeler les deux precieuses plantes de la Chine, 
rapportees en Europe par M. de Montigny, dont le noin se 
ratlache d'une facon glorieuse a tous nos travaux ? Je veux 
parler de Tlgnamc, cetle dioscoree dont noire savant collegue 
M. ]\lo(|uin-Tandon a su, dans notre demiere seance solen- 
nelle , vous presenter une histoire complete d'une fa^on tout 
;i la t'ois si instructive et si attrayanle (1) , et du Sorgho , gi- 
ganlesque canne a suae du nord de la Chine, qui fournit des 

(1) Bulletin, t. V, p. lxii. Ce travail, redigc" sous une forme piquantcct 
originalc, est devenu une rcuiarquablc monographic par l'addition de notes 
scicnlifiques nombreuses ou 1'auteura ralluclie habilementa son sujet tout 
ce qu'il importait de mentionner pour rendre complete l'hisloire de cetle 
precieuse plante alimentaire. 

EIlc a e"t£ l'objet deludes inte"ressantes de la part de M. le professeur 
i Jut in qui, a Tenonce* des beaux rdsultats qu'il a obtenus, a joint des details 
stir la culture de diverses especes d'Ignames originates dc la Nouvelle-Ze"- 
lande, des Indes orientates et des Moluqties (Bulletin, t. V, p. 26). 

DcsrechcrcbesdeM. Hardy {Id., p. 546), il rt'sullcquededi verses especes 
d'Ignames adresse*es a la Soci£te\ l'Alglrie, ainsi que le dit lui-meme l'habilc 
dirccteur de la Pe"piniere centrale, pourra tircr un trcs grand parti comme 
aliment, et comme nourriture pour les bestiaux. 

L'cxamen comparatil des produits qu'on obtient selon que telle ou telle 
partie des tubercules d'lgnaine est mise en terre, a demontre a M. Fre"d. 
Jacquemart, dans une sdried'experiences nettcs et precises telles que Ton 
pouvait les attendrc de lui, quele gros bout des tubercules, celui qui fournit 
la portion la plus considerable dc la substance alimentaire, estheureusement 
le moins convenable pour la plantation (Id., p. 511). Voyezdes observations 
de .VIM. le baron d'Avene et Moquin-Tandon (p. 147). — Les personnes qui 
cultivent I'igname tronveront aussi d'utiles renseignements dans le Rapport 
dtMaille de M. II. de Calanjan (Id., p. 589) sur les divers modes dc culture 
auxquels il a soumis cetle dioscoree en 1858, ainsi que dans une Note de 
ML Bourgeois sur le choix des plants d'Ignames et sur leur reproduction par 
les bulbilles (Id., p. 32."i) . — Jc dois rappeler que lc ve'ne'rable et illustre 
M. Jomard a continue avee succcs sa culture d'Ignames a Lozerre, pros 
Paris (Id., p. 40, 137, li7) ; que M. Hardy, qui a pu rccueillir des graincs 
de cetle plante, a vivement engage", cetle annde, a en faire des semis, dans 
I'espoirde rgussir par ce moyen a cr£er des races normalement moins dis- 
posers a pivoler (p. 284). De son cote", M. Foucbez, cbef des cultures de 
I'un dc nos vice-presidents, M. ie prince Marc de Deauvau, s'est livre" a 
differents essais en vue dc PameMioration de cetle utile plunle (p. 621), qui, 
au resle, donnc des tubercules arrondis, quand le sol, pen profond, est assis 
T. VI. — Janvier et Fevrier 1851). b 



XVIII SOCIETE 1MPEKIALE Z00L0G1QUE d'aCCLIMATAT ION. 

produits varies et nomhreux que je me suis plu a enumerer 
avec detail dans cette enceinte, Tan passe (1). 

Je dois done me borner a dire aujourd'hui que la culture de 
ces deux vegetaux reussit de faeon a depasser toutes nos espe- 
ranees. Et ce n'est pas seulement parmi nous que Ton doit 
se i'eliciter de cette double introduction : l'Europe adeja donne 
le Sorgho a notre colonie algerienne. a la Sicile (2) et a rAme- 
rique septentrionale (3). — Je n'oublierai pas de mentionner 
ici la perseverance et le succes des efforts de M. le docteur 
Sicard, de Marseille, pour vulgariser l'emploi de tous les 
produits qii'il a su en extraire {Bulletin, t. V, p. 351) (4). 

sur un banc do pierres, ainsi que M. le vicomle de Valmer l'a monire - eu 
presentant a Tune de nos assemblies des produits deM. Lasnier, jardinicr au 
Mee pies Melun (p. 472). 

Sur bien des points de la France, la culture de l'lguame est mainlenant 
poursuivie avec succes : e'est ce que constatent les rapports de MM. le cointe 
de Galbert (p. 95), Brierre, de liiez en Vendde, qui les accompagne d'ele- 
gantes peintures a I'huile (p. 554, 612 el 417), et Monnier, delegue" de notre 
SocieUe" aHili(5e de Nancy (p. 148). 

(1) Rapport sur les travaux de l'anne"e 1857 {Bulletin, p. xlii et 138). 

(2) Par les soinsde notre confrere M. le baron Anca (Id., p. 222 el 289). 
— Voyez (Id., p. 408) un rapport de M. Bourlier sur la culture du Sorgho en 
Algerie, ou sont consignees des documents interessants dus a M. le docleur 
Lauras. — M. Jomard a parle du Sorgho d'Egypte (p. 417). 

(3) Des ecbantillons de sucre de Sorgbo cristallise ont ete" transmis a la 
Socie'te' au nom de M. Lovering, de Pbiladelphie, par notre confrere 
M. Louis Vilmorin qui, des 1854, e"poque de ses premieres et heureuses 
tentatives d'acclimatation sur notre sol, avail concu de vives esperances 
de la culture du Sorgho en Amerique [Id., t. V, p. 611). De semblablcs 
produils ne larderont sans doute pas a eire obtenus parmi nous, car uue 
Socie'te" industrielle se preoccupe serieusement de l'emploi de cetle canne a 
sucre sur une grande ecbelle dans le midi de la Fiance (Id., p. 289). 
L'bistoire du Sorgbo et de ses applications par l'industrie se Irouve dans 
rimportaut ouvrage de M. Sicard, 1858, 2 e (5dit. (Id., p. 611). On en doit, en 
outre, une bistoire complete a M. Henry, S. Olcott, qui a recueilli dans un 
volume e^dite" a New- York en 1857 tout ce qu'on hail jusqu'ii present sur 
celte canne a sucre du nord de la Chine, et sur la variele dite Imphij, ou 
canue a sucre de rAfrique australe (Id., p. 611). 

(4) M. le professeur Hdlel, dc Toulon, doit fitre egalemcnt cite pour ses 
rechercbes sur les substances colorantes tirees de ce precieux vCgetal 
(Id., t. VI, p. 35). -^Saracine, selon M, Sacc, pourruit servir comme sue- 



HAl'l'ORT SIK LKS TKAVAIX DE LA SOCIETK. X4* 

Lc Sorgho el I'lgname ne sont pas les seuls vegelaux <|iio 
nous avons reeus de la Chine (1). Ainsi , pour ue ciler, panui 
les espeees utiles a dill'erenls litres , que des planles tinclo- 
riales, deux Nerpruns importes en Europe par MM. Natalis 
Houdot et Robert Fortune (2), enrichiront notre Industrie, il 
\ a lout lieu de l'esperer, de la magnitique couleur verte dite 
vert de Chine ou lo-kao (%). 

cedan^e du Chiendent (Id., I. V, p. 107). — Voyez les observalionsdc II. le 
vicomledc Valmer sur le produit comparatif du Sorgho dans diverses loca- 
liltSs (p. 94). — Entre les mains de S. Exc. Koenig-bey, il reussit bien a 
Alexandrie, alnsi que d'dutres planles elrangeres (p. 106). En France, on a 
des succes dans les Landes (p. 137), dans leTarn, dans l'Oise, dans le Cal- 
vados (p. 101 et289). Enfin, sa culture est poursuivie en Espagne (p. 559). 

(1) Sans m'arrtter sur ce sujet, je renvoie a un Rapport de M. Frederic 
Jacquemart sur l'Ortie blanche (Urtica nivea) (Bulletin, t. V, p. 512; 
voy., en outre, p. 621), et a une Note de M. Lachaume sur le Pois olCagineux 
(Soja hispida) (7d.,p. 131). 

De plus, Mgr Perny a apporte" vivants les arbres a cire et a vernis [Rhus 
succedanea et R. vernicifera) (Id., p. 156 et 126), et un envoi a e"te* annonce" 
par le II. P. Furet, missionnaire apostolique au Su-tchuen et membre hono- 
raire de la Societe (p. 1&8). 

(2) Ces deux arbrisseaux, qui donnent le vert de Chine, ont ete" decou- 
verts par notre confrere, M. de Monligny, et introduits Tun, le Rhamnus 
chlorophorus, en France, par M. N. Ilondot en Janvier 185/j, et l'autre, le 
Rhamnus utilis, plus tard et en Angleterre, par M. R. Fortune (Notice sur 
le vert de Chine, par M. Rondot, 1858, p. 42-53). Les determinations spe - - 
cifiques de ces deux Nerpruns, qui ont offei t de grandes diflicultes, sont 
dues au savant botaniste, M. le professeur Decaisne (Bulletin, t. V, p. 285), 
dont lc nom se rattache egalemenl ii Thistoire de l'lgname de Chine, qu'il 
a distingu(5e par la designation universellement admise de Dioscorea ba- 
tatas (Id., p. lxv). 

(3) Les ressources imporlantes que la llore chinoise offre a Industrie des 
teintures ont ete e'liume'r^es avec grand soin par M. Nalalis Rondot dans une 
lettre interessante (Bulletin, t. V, p. 206) qu'il a ecrile en faisant hommage 
a la Societe d'un savant ouvrage sur le vert de Chine, publie par lui sous les 
auspices de la Chambre de commerce de Lyon, el dont il a recueilli les 
principauv documents pendant son sejour en Chine, comme deiegue com- 
mercial attache" a l'ambassade de M. de Lagrenee (Id., p. 285). — Parmi 
It's differents Rapports sur la culture du Lo-za, denomination par laquelle 
les Chinois designent les Nerpruns qui donnent la belle couleur verte dont 
il est ici question, je citerai celui de M. Fred. Jacquemart jinsere au Bulletin^ 
t. V, p. 514. 



XX SOClliTE IMl'EKtALE ZOOLOGIQUE i> ACCLIMATATION . 

Apres ces produits du Celeste Empire, ouverL maintenant au 
commerce du monde entier par la puissance de nos ilottes 
alliees. et ou tant de completes pacifiques restent a entre- 
prendre (1), je me hate, ne voulant cpreffleurer ce vaste sujet, 
de nommer ceux que le Japon semble pres de nous ceder. 

Grace a l'liabile exploration de la tlore de cet empire par 
M. von Siebold, nous avons recu de ce botaniste distingue dix 
varietes de Riz , et particulierement quelques-unes de celles 
qui offrent le grand avantage de pouvoir etre cultivees sans 
l'etablissement de rizieres, dont les emanations miasmatiques 
sont trop souvent une cause d'insalubrite (2). Nous avons done 

(1) On trouve un apercu interessant de quelques-unes cles richesses in- 
dustrieiles promises par ce riche pays dans la lettredeja citee,ou M. Natalis 
Rondot parle, en observateur exact etplein de sagacite, dediversesplantes 
tinctoriales de Chine. II y a, d'ailleurs, plus que des esperances relativenient 
au produit remarquable que donne le Sophora japonica, arbre acclimate 
en France depuis plus d'un siecle. Appliquons-nous done, suivant les con- 
seils de noire confrere, a gtudier et surtout a utiliser les proprieMes tinclo- 
riales des boutons de fleur de cet arbre, qui fournissent une magniliquc 
couleur jaune (N. Rondot, Notice sur ce sujet; Bulletin, t. V. p. 325). 

Rappclons, enfin , que la Chine possede un cotonnier qu'il scrait ires 
desirable, en raison des belles quaiites de son produit, de voir introdtiirc 
dans les Landes, ainsi que S. M. I'Empereur en a manifest^ ledesir. Celte 
contree de la France a die designee comme etant la plus favorable a des 
essais par M. de Montigny, qui a envoye de Shang-hai des graines de cet 
arbre {Id., p. 340). 

L'industrie, ainsi que le suppose M. Sacc, pourra peut-elre lirer un 
utile parti d'un cryptogame fort abondant sur les rochers, au bord de la 
mer, a llong-kong et a Canton, et dont notre confrere a envoye un echati- 
iillou. On en obtient une gelee epaisse et incolore, sans doute ties proprc a 
servir d'appret pour les gtoffes [Id., p. Zi72). 

(2) Une note de M. von Siebold sur le fit's du Japon el sur quelques 
autres veyetaux du meine pays est inseree au Bulletin, t. V, p. 125. — 
Cette contree possede un murier {Morus japonica), qui peut jouer un role 
important dans replication des Vers a soie, au moyen de son feuillage 
d'auiomne, comme l'a constate M. Emile Nourrigat a Lunel (lierault) {Id., 
p. 842). 

Citons encore, parmi les produits de ce pays, le JMeflier japonais, dont 
M. Aguillon a adresse des graines provenant de pieds qu'il possede dans 
ses belles plantations de vegotaux pres dc Toulon. Plus d'une fois, au resie, 
ce g^nereux confrere a mis des produits dc ses cultures a la disposition dc 
lit Socicte {Id., p. obi). 



RAPPORT SIR LER TRAVAUX M LA SOCIKTl':. XXI 

fait un nouveau pas vers la possession des Riz sees , dont la 
eulture en Burope est, depuis I'origine de notre Soeiete, I'une 
de ses preoccupations les plus constantes (1). 

Par les soins de ce confrere, nous avons recu une Bdr- 
dane comestible (Lappa edulis) , dont la racine, ties volu- 
mineuse, se mange comme les Scorsoneres. Elle a bien reussi 
cntre les mains de M. Sacc (2), de meme qu'une utile planle 
fourragere , egalement d'origine japonaise , et nominee, en 
l'lionneurdu savant voyageur hollandais, Renouee de Siebold 
{Polygonum Sieboldii) (Bulletin, t. V, p. 341). 

Tout ce qui peut multiplier les moyens d'alimentation de 
nos besliaux et de la race chevaline doit trouver aupres de vous 
appui et encouragement. Aussi avez-vous accueilli avec intc- 
ivl, non-seulement les communications relatives al'emploi des 
tiges (In Sorgho, comme fourrage (Bidletin, t. V, p. 41), mais 
encore celles plusrccentes deM. Sacc, sur lesavantages olferls 
par le Lupin jaune dans les terrains arides et sablonneux (A/., 
p. 82 el13S), et de M. Anselme Petetin sur la belle Avoine de 
Siberie(/r/.,p. 279) (3). 

Votre attention a ete plusieurs fois appelee sur les ressources 
■■ 

(1) Depuis le jour ou notre confrere, II. Emile Tastet, qui connait si bien 
les produits de PInde et de la Chine, a appele* Pattention de ses collegues 
sur les avanlages offerts par la culture du Riz sec et sur les moyens de Pin- 
lioduire en France (Bulletin, t. II, p. 217 et suiv.), de nombreux documents 
onteie" consignees dans notre Recueil. Voy., en particulier, t. V, p. xliv, un 
passage du Rapport sur les travaux de Panned 1857. 

(2) Bulletin, t. V, p. 341, 610, et t. VI, p. 30. M. le docteur Turrel, le ztMe 
secretaire du Cornice agricole de Toulon, a eu a se louer de la culture de 
cette plante (p. 624). 

(3) La Sibe*rie possede un Cerfeuil bulbeux (Chcerophyllum Preacolii), 
dont la SociCte" a recu des grainessur la demande de M. Drouyn de Lhuys, 
et par les soins de notre confrere, M. Louis de Clercq (Id., p. 282). Elle 
nous a donne une bonne Pomme de terre, re"pandue par M. Cliaicl , a qui 
Pondoit aussi une varield australicnne (p. xlvi, 147 et 622). 

L'Oiient, a qui PEurope est depuis longtemps redevable d'especes ani- 
males el ve"getales pr^cieuses maintenant acclimate*es en Europe, nous tient 
sans doute encore en reserve plus d'une richesse (Lettrede M. de Saint- 
Quentin, membre de la Socie"te", e"crite de Te*beran (Perse) a M. Drouyn de 
Lhuys, Id., p. 419). 



XXII SOCIETY 1MPERIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION . 

que les flores etrangeres peuvent founiir a la therapeutique 
(Id:, p. 39, 228, M9, 620, 621), et une Commission medi- 
cale {Id., p.' 22$), presides par M. le professeur J. Cloquet, 
est chargec de l'examen de tout ce qui, dans le cercle de nos 
etudes, se rattache a l'art de guerir [Id., p. 295) (1). 

Enfin, pour clore le recit sOmmaire de nos travaux relatifs 
al'acclimatation de plantes destinees aremplir, dans leur nou- 
velle patrie , un role d'une utilite reelle, mais variable suivant 
les produits qu'elles fournissent, je dois nommer le Pyrethre 
du Caucase (Pyrethrum elongatum). 

Employe sous forme d'une poudre resultant de la trituration 
des flours, il constitue, dans les contrees ou il croit naturelle- 
men't, un puissant moyen de destruction contre les insectes 
parasites si nuisibles aux vegetaux et aux animaux {Id., t. V, 
p. 3/|6 et 563). En introduisant parmi nous ce vegetal, qu'il 
commence a cultiver sur une grande echelle, M. Willemot rend 
un service signaled l'agriculture et a l'economie domestique, 
trop souvent trompees , jusqu'a ce jour, dans les esperances 
que faisaient concevoir des annonces mensongeres (2), 

(1) Outre les travaux des Sections, il y a, pour l'examen des questions 
soumises a la Socielc, un certain nombre de Commissions permanentes. Je 
viens de citer la Commission medicate, et j'ai parle* plus hautde la Commis- 
sion de meteorologie. Je dois en indiquer une autre, egalement institute 
cette anne"e, c'est la Commission industrielle. Pre'side'e par M. le baron Si- 
guier, elle aura souvent a nous faire profiler de l'experience des hommes 
6elaire*s qu'elle renferme dans son sein (Id., p. 228). Enfin, en 1858, outre 
1'ancienne Commission de I'Algevie et des colonies pre'side'e par M. Antoine 
f'assy, le Conseil en a de'signe' une qui, sous la prdsidence de M. Drouyn de 
Lbuys, a pris le titre de Commission de I'etranger (Id., p. 136). On voit 
sans peine combien est utile cette division du travail dans une Socie'te' ou 
tant de sujets divers sont sans cesse sounds a son appreciation. 

(2) Afin de laisser aussi pen de lacuncs que possible dans le releve' de nos 
travaux, je signalerai ici : 1° les observations presentees par MM. O. Reveil 
et Ramon de la Sagra sur Pavantage qu'il y aurait a cultiver en France le 
Soucbet dit Cyperus esculentus, qui fournit, en Espajme, sous le nom de 
chusa, une boisson saine, agre'able, et d'un prix ties modique (Id., p. 352) ; 
2" les details inte'ressants donne's par noire confrere, M. J. Bourcier, sur le 
succes de 1'acclimatation en France, par ses soins, du Hoca, sorte ftOxalis 
originaire du Pe"rou, et dont lestubercules se mangent comme les Pommes 



RAPPORT SUR LES TR.WUX DE LA SOCIETE. Will 

Les ennemis qu'ils'agit ici de combattre forment des legions 
inuombrables, dont la multiplicity, exige les efforts les plus 
serieux, etpar cela m^me, tout ce qui tend a nousdelivrer de 
leurs ravages a droit a une mention speciale. 

C'est a ce titre quo je dois signaler a votre approbation les 
utiles et perseverantes recberches de M. Florent Prevost, sur le 
regime alimentaire des Oiseaux (Bulletin, t. V, p, 262) (1). 
Explorer avec une assiduite soutenue les matieres contenues 
dans leur estomac , ainsi que l'a fait, pour un tres grand 
nombre d'espeees, notre babile confrere, qui s'est livre, pour 
quelques-unes, a une investigation renouvelee a cbaque mois 
de 1'annee, c'est, vous en conviendrez, Messieurs, jeter la plus 
vive lumiere sur la part active que certains oiseaux dont le 
regime est essentiellement insectivore jouent dans la destruc- 
tion necessaire des especes nuisibles. Deja saisis, Tannee pre- 
cedente, de cette importante question, par de chaleureux 
appels (2), qui ne sont pas restes sans echo, nous sommes 



de tc.rre (Id., p. 284) ; 3° les essais auxquels a donne lieu la culture de la 
Pomme de terre de Sainte-Marlhe, introduite par M. Du Cotirlhial (Id., 
p. xlvi, 47, 340, 352, 353, 611, 621 et 622) ; 4° les faits relalifs a diffe"- 
rents Mais (Id., p. 101, 289 et 559), au Chervis (p. 340), et au Houblon 
(p. 283) ; 5° les ressources considerables promises par rutilisation de di- 
verges fibres ve*gdtales pour la fabrication du papier. C'est un fait qui ressort 
ties nettement d'un Kapport pre"sente* a la Societe par M. Dareste, 5 l'occa- 
sion d'une se*rie de papiers soumis a notre examen par M. Curti, qui a fajt 
usage, pour les confectionner, de diffe'rentes plantes (Id., p. 199). 

(t) Le travail mentionne ici est complete" par une Note interessante trai- 
lant de I'utilite de la conservation des Oiseaux dans l'interet de ragricultnre, 
el que ce meme zoologiste a inse"r£e dans le Bulletin de la Societe protec- 
trice des animaux (1857, p. 141), oil se trouve, pour la Fauvette d'hiver 
ou Traine-buisson (Accentor nodularis, Cuv.), un tableau du regime ali- 
mentaire. de ce Passereau pendant lesdouze mois de Tannee. C'est un spe- 
cimen de ce qu'il a fait avoc le mfime soin pour un grand nombre d'oiseaux, 
car ce sujet 1'occupe dcpuis une trcntaine d'anndes deja. 

(2) Bulletin, t. V, p. un, Rapport sur les travaux de 1857. — C'est dga- 
lomcnt pour montrer le role important de beaucoup d'Oiseaux comme des- 
Iructcurs d'insecles nuisibles a ragriculluie.quc M. V. Cbntcl a lu, cette 
annee, dcvant la Societe un travail interessant atiquel il a donne ce litre 
signilicalif : Utilitr et ri'habilitation du Moineau. 



XXIV SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

aujourd'hui mieux instruils encore des abus de la chasse trop 
active faite a nos precieux auxiliaires. 

Ce n'est point ici le lieu de montrer toutes les consequences 
instructives a deduire de ces recherches (1), mais elles sont 
nombreuses et dignes du vif interet que l'ctude des mopurs 
inspire au vrai zoologiste. 

A ce dernier point de vue, les Rmiarques de M. le comic 
Jaubert stir les avcmtages que petit offrir le rapprochement 
des etudes zoologiques et botaniques (Bulletin, t. V, p. 462) 
ont fixe voire attention. Elles portent sur certaines observations 
curieuses relatives aux habitudes et au genre de vie de difl'e- 
rents animaux. On y trouve, en outre, des temoignagesfrap- 
pants de ce fait, que les Oiseaux migrateurs peuvent trans- 
porter au loin et disseminer des graines contenues dans lenr 
tube digestif. 

Si nous revenons maintenant aux progres accomplis par 
notre (Euvre, nous avons d'abord a constater ceux qu'a fails 
1'acclimatation de nouvelles especesdeVersa soie.Nous avons 
marche a cette conquete d'un pas plus rapide que nous n'au- 
rions ose l'esperer. 

Je reserve pour une autre de nos seances solennelles le recit 
detaille de tout ce que la Societe a deja entrepris en vue^soit 
de regenerer 1'espece qui vit sur le murier par Introduction 
de races recueillies dans des pays ou la maladie epidemique 
ne s'est point encore m on tree (2), soit d'augmenter, dans les 

(1) Elles ont £te* fort nettement signaldes par M. Fl. Prtfvost dans le 
Mdmoire que je viens de citer, comme on peut le voir (Bulletin, t. V,p. 263 
et 264) par l'dnoncg des diverses questions auxquelles ses observations se 
rapportent. 

(2) Deja, l'annde derniere, la Caisse franco-suisse de l'agriculture avait 
prGie' un gdndreux appui a la Societe" (voycz le Rapport sur les travaux 
de 1857, Bulletin, t. V, p. xlix). Des travaux entrepris avec cette aide, il 
est rlsuite* des consequences heuretises que M. Guerin-Me'neville, toujour* 
si zeMe" pour les int«5r6ts de la sdriciculture, a fait connaitre dans un Rapport 
plein d'observations precises (Id., p. 55). Cette annee, la Societe a continue' 
a s'occupcr des moyens de contribuer pour sa part a cette regendrescence 
tres desirable des races du Bombyx du murier. 

Ainsi, 1° ellc a charge un de ses membrcs, M. Bourlier, de mcttre a pro- 



RAPPORT SIR LFfi TRAVAUX DE LA SOCIKTK. \\\ 

contrees pcu iavorisees sous ce rapport , le nombre des insectes 
producteurs de soie. 

En ce moment , il suffit de rappeler quelques-uns des fails 
les plus saillants de cette phase de notre histoire. 

Ainsi , nous devons a Thabile entomologiste , M. H. Lucas, 
qui en a suivi l'education, une espece de la Nouvelle-Orleans. 
nourric par M. Vallee avec des feuilles de chene (1). 

• 

Jit un sejour on Asie Mineure pour y recueillir de la graine dans les localite's 
jusqu'alors i ! pargne>s (Id., p. G13). Cette graine sera employee concur- 
remment avec celle que nous pourrons obtenir du Cornice agricole d'Alais, 
dont nous avons reeu des offres, et qui s'en est procure* £galement en Orient 
avec toutes les precautions ntfeessaires pour n'introdture que des oeufs pro- 
venant de races non encore atleintes par la maladie (7c?., t. VI, p. Zi3). 

2" La SocieMe s'est efforcde de seconder, autant qu'il depend d'ellc, une 
entreprise projettfe par MM. les comtes Freschi et Castellani, qui vont se 
rendre en Chine alin d'y dtudier les Vers 5 soie et d'y faire faire de la graine 
propre a re"g£n£rer nos races frapp«5es de la gattine (Id., p. 557 ). Aussi 
a-t-elle adopt*: les conclusions d'un Rapport sur ce sujet pr£sente par une 
Commission compose"e de ses membres les plus components sur les questions 
de cette nature, et qui avail clioisi M. Gu£rin-M(5neville comme secretaire- 
rapporteur (Id., p. 537). 

Peut-fitre obtiendra-t-on de bons r&ultalsde la graine adressdedu Mexique 
par M. Jules Laverriere [Id., p. 421), et de celle qui a £te recueillie par 
M. Bourgeois a la suite d'dducations de Vers elevens en liberty sur les mfl- 
riers(/d.,p. 220). 

Parmi les documents parvenus surlVpidemie, je doisciter, en parliculier, 
un travail de M. le professeur E. Cornalia (Id., p. khl). En outre, de tres 
utiles renseignements sur cette cause si grave de d£p£rissement de l'indus- 
trie se^ricicole sont contenus dans un Rapport que M. Gu£rin-M£neville a 
pr^sente* a Toccasion des experiences th£oriques et pratiques faites par lui 
pour la Socieie", en 1857, a la Magnanerie expe*rimentale de Sainte-Tulle, 
mise a notre disposition par notre confrere M. Eug. Robert, l'habile directeur 
de cet e*tablissement (Id., p. /jOi; voyez aussi p. 290). 

(1) Cepapillon est le Saturnia Polyphemus. Des essais ante*rieurs Itaient 
mallieureusement Teste's infructueux entre les mains de MM. Blanchard et 
Cliavannes, par suite des conditions de7avorables dans lesquelles se trou- 
vaient les cocons expedite des Elats-Unis. L'alimentation , a la menagerie 
des reptiles du Museum, a 6l£ fournie par les feuilles du Chene nomnie" 
(Juercus pedunculata (Bullet., t. V, p. 360, /i20 et xlix, note 2). 

I'ne autre larvc, celle du papillon dit Rombyx prometheus, a eie" e"gale- 
ment elevee par M. Valine avec les feuilles du Diospyros viryiniana 
I«.,p. 564). 

> 



XXVI S0CIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

Nous savons, d'apres les resultats encore imparfaits, il est 
vrai, mais obtenus par M. Ie docteur Chavannes, a la suite 
des soins les plus assidus et les plus perseverants, que les 
Vers a soie sauvages du chene peuvent se developper sous 
notre climat, comme, au reste , M. Guerin-Meneville l'avait 
deja demontre (1). C'est a M. Perrottet que nous en avons du 
Tenvoi fait cette annee de Pondichery, ou notre savant con- 
frere s'est livre a une education complete de cette espece; il 
nous a communique, a cette occasion, un travail interessant et 
riche de details instructifs (Bulletin, t. V, p. 485). 

Une autre espece, qui vit egalement sur le chene, mais dans 
1'empire chinois, nous procurera des cocons. Nous sommes 
en droit de Fesperer, d'apres les promesses de Mgr Perny, 
qui se montre partisan eclaire de nos travaux. Nous avons 
la certitude que, pour doter son pays d'un insecte si utile, 
aucun soin ne sera epargne par ce zele missionnaire, qui, 
en ce moment m6me , retourne plein de foi et d'ardeur a son 
ceuvre d'evangelisation (2). II comprend toutes les ressources 
qu'on peut attendre de cette race, et dans la vaste province de 
Kouy-tcheou, dont il est le vicaire apostolique, il Pa etudiee 
avec l'attention la plus minutieuse, comme Fa prouve une 
monographie qu'il nous a adressee (Id., p. 317). 

Un autre de ces ardents missionnaires, non moins preoccu- 
pes des inter6ts de la patrie que devoues au succes de leur 
sainte cause, M. l'abbe Bertrand, fixe dans le Su-tcbuen, a, 
depuis dix ans environ, entrepris sur les Vers sauvages du 
Ch6ne differents essais, dont il nous a signale les resultats 
(Id., p. 195) (3). II a pu ainsi transmettre des reponses pre- 

(1) Bulletin, t. V, p. 229 et 562. L'espece dont il s'agit est celle que Ton 
nomme Saturnia Mylitta. 

(2) Bulletin, t. V, p. 3i2. — On trouve (p. 565) Tindication des pre"cau- 
lions prises pour assurer le succes des envois de cocons querciens, qui nous 
seront faits, a la demande de Mgr Perny, ou par ce prdlat lui-meme, quand 
il sera de retour au poste pdrilleux qu'il occupe en Chine. — M. Sacc, pro- 
litant du se*jour de Tun de ses parents a Ilong-kong, a sollicite de ce voyageur 
Texp^dilion de cocons vivants file's par les Vers du ch£ne {Id., p. IftO). 

(3) Le M^moire de M. Tabbe Bertrand est accompagne' d'une courte Notice 
historique sur les efforts que la SocitHe' n'a cesse' de faire , depuis sa fon- 



RAPPORT SIR LES TRAVAUX I)E LA SOCIETtf. XXVII 

rises A un Questionnaire detaille, redige par les soins d'une 
Commission composee des membres les plus verses dans 
lY'tude si difficile de la sericiculture (Id., p. 272). 

Kn presence de tant d'eflbrts diriges vers un meme but, 
comment pourrions-nous ne pas esperer l'accomplissement de 
nos vceux pour la naturalisation parmi nous de ces precieux 
insectes ! Tar leur incroyable fecondite, ne sont-ils point une 
veritable source de ricbesses, puisqu'ils fournissent la matiere 
premiere d'une immense fabrication, dont les produits, sans 
avoir, il est vrai, V eclat de lasoie du Ver qui vit sur le Murier, 
lYmpor'tent par leur solidite. Vous avez pu juger vous-mt^mes, 
iMessieurs, de Taspect des etofles qu 1 on en obtient. De beaux 
ecbantillons vous ont ele presentes par M. Sacc(l), et M. le 
marechal Vaillant, qui ne laisse echapper aucune occasion de 
nous accorder des temoignages de sa baute bienveillance, a 
fait placer ces ecbantillons sous lesyeux du cbef de l'Etat, et 
a decide qu'on en consacrerait une partie a des essais pour 
la confection des petites tentes-abris de nosar'mees (2). 

(Test encore de la Chine, dont les productions naturelles 
semblent appelees a jouer un r6le si important en Europe, que 
nous avons rec,u un nouveau Ver producteur de soie. 

De meme que pour les especes qui mangent des feuilles de 
cbene, et qui pourront trouver, dans leurnouvelle patrie, une 
nourritureabondante, les moyens d'ali mentation ne manque- 
ront pas a cette nouvelle espece : elle vit sur le feuillage d'un 
arbre deja acclimate dans differenles contrees de l'Europe, 

dalion, poor se procurer les Vers qijerciens. Elle est rddige"c par M. Fre'de'ric. 
Jacquemart , avec cette liicidite* qu'il apporte dans l'e'tude de toutes les 
questions dont il s'occupe. 

Yoyez aussi, relativement a ces Vers (Id. , p. 139 et 353), des derails 
concernant la culture des Chenes chinois sur notre sol. 

(1) Ge zele" confrere a fait filer et tisser une certaine quantite* de cette 
soie provonant de cocons acquis a une maison de commerce, qui les avait 
recus de Chine (Bulletin, t. V, p. k'S et 101). II a montre" que, tons finis 
compris, la valeur d'un metre de cette tftoffe de soie est de 2 fr. 85 c. 
(Id., p. 221). Enfin, il a pu lui donner des teintes di verses (Id., p. 95). 

(2) Peut-£tre mi'me ces eloffes pourront-elles etre employe"es pour cer- 
taines parties de la voilure desnavires (Id., p. 43). 



XXVIII SOClfrNE IMPERULE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. 

FAilante gianduleux (Ailantus f/Iandulosa, Desf.; du nom 
chinois, Ailanto) ,faussement nommeVernis du Stupon (Bullet., 
t.V, p. 421). 

Apres les heureux essais de 1857, dus a MM. Griseri et 
Comba, de Turin, qui avaientre^u des cocons par les soins 
d'un missionnaire piemontais, le pere Fantoni (1), il importe 
de rappeler l'education poursuivie dans les salles de la Mena- 
gerie des reptiles au Museum d'histoire naturelle, sous la direc- 
tion de M. Guerin-Meneville, qui a, le premier, introduit ce 
Ver en France (Id., p. 545) (2). 

Je dois surtout une mention toute speciale amadame Drouyn 
de Lhuvs, qui non-seulement a mene a bien une education de 
cette espece, en y consacrant les soins les plus attentifs et les 
mieux entendus, mais a complete l'ceuvre difficile qu'elle 
avait entreprise, par la redaction d'un journal ou se tronvent 
consignees, sous une forme precise et elegante, tous les details 
utiles a connaitre pour des tentatives ulterieures (3). 

(1) Cette introduction du Verde l'ailante en Europe a attire* sur le pere 
Fantoni les suffrages unanimes de la Societe", quand le Conseil, d'apres le 
voeu £mis par la Commission des recompenses, a propose, dans la stance 
du U f£vrier 1859, de lui de"cerner le titre de membre honoraire. 

(2) On trouve l'historique complet de cette introduction en France, la- 
quelle est un titre de plus a la reconnaissance que l'industrie sericicole doit 
a M. Gue'rin-Me^neville, dans un M^moire que cet entomologiste distingue* 
a lu a l'Acaddmie des sciences le 7 fe*vrier 1859. II insiste sur l'utilite de 
cette espece jusqu'alors inconnue parmi nous a l'tftat de vie, et qui, e*leve*e 
par les Chinois sur l'Ailante gianduleux, en plein air, donne deux re*coltes 
par an (Comptes rendus des seances de I'Academie des sciences, t. XLVlIf, 
p. 281; voyez aussi, t. XLVH, p. 615). 

M. Valine, qui a rendu, dans la Menagerie des reptiles, des services si- 
gnaled que la Socie*te* se plait encore a reconnaitre publiquement aujour- 
d'hui (voyez plus loin le Rapport sur les recompenses), a fait usage pour 
cette espece, et avec succes, des feuilles du Hicin, en comparant les 
re*sultats obtenus avec ceux que lui donnait l'emploi de l'Ailante gian- 
duleux. 

(3) On comprend, sans qu'il soit necessaire d'y insister, toutes les diffi- 
cultes que pre"sentait l'e*ducalion d'une espece qn'on n'avait point encore 
e*lev£e en France. 

Ce ver, qui vit sur l'Ailante, parait fitre le vrai Bombyx Cynthia, dont 
le nom avait £te" donne" a tort, comme on l'a reconnu maintenant, a l'espece du 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOClETE. XXIX 

Enlin, en terminant cet expose sommaire de nos travaux 
rclatil'saracclimatationdesVers asoie,jesuisheureux depou- 
voir proclamer ici nos nouveaux succes avec l'espece indienne 
qui vit sur le ricin (1). Son education reussit pariaitement 
an Bresil [Bulletin, p. 612). Elle se continue sur une grande 
echelle et dans diverses localites. L'Algerie on elle est encou- 
rage par le gouvernement (Id., t. V, p. 220), livre des quau- 
tites considerables de cocons (/o?., p. 612), et la Socie'tc 
mdustrielle de Mulhouse, frappee des avantages offerts par 
cette matiere textile, vient de fonder un prix important 
pour en encourager la production (Id., p. 111). Enfin, 
MM. CI), de Jongh et H. Schlumberger, habiles filateurs de 
notre industrieuse Alsace, en ont obtenu des soies remar- 
quables (Id., p. 566) (2). 

Sa possession, d'ailleurs, nous estd'autant plus assureeque 
Ton peut varier sa nourriture. Par madame Drouyn de Lhuys, 

Ricin. Bien des renseignements, au reste, nous manquent encore sur les 
Vers sauvages, mais il y a lieu d'espe*rer qu'on recevra d'uiiles indications 
par MM. les comtes Castellani et Freschi (voy. phis haul, p. xxv, note 2, 
cc qu'il est dit du projet de voyage en Chine de ces deux sericiculteurs). 

(1) Je dois mentionner des experiences de M. Gue'rin-Mdneville, qui est 
parvenu a faire passer l'hiver a des cocons vivants (Bulletin, t. V, p. 229). 
On conQoit toutc l'importance de ce re"sultat, puisqu'on e"vite ainsi que 
reclosion ait lieu dans une saison ou, sous notre climat, le Ricin manque. 
— D'autres details sur l'influence de la temperature sont consigned dans 
une communication de Sir W. Reid (Id., p. 230). 

(2) Voyez en outre, pour des communications de M. Sacc, au sujet des 
cHoffes fabriquees avec cette soie (Bulletin, t. V, p. 42 el 139). 

M. Is. GeolFroy Saint- Hilaire, qui se plait a entretenir de nos iravaux scs 
confreres de l'Acad£mie des sciences, a place" sous leurs yeux les beaux 
produits fournis par les cocons du ver qui vlt sur le ricin, et leur a pr£- 
sente une histoire rapide des efforts de la Society pour l'enrichissement de 
I'industric s£ricicole (Comptes rendus de I'Acadeinie des sciences, t. XLVII, 
p. 722; voyez aussi Bulletin, t. IV, p. 526). 

M. Gu£rin-Mdneville n r a ne"glige" aucune des questions industrielles 
necessairement soulev«$es par l'introduction de nouvelles especes de Vers a 
soie, et dont la solution offre tant d'importance au point de vue de la pra- 
tique. II les a etudiges avec grand soin, dans le Moniteur des cornices, ou il a 
public" (20 mai 1858, t. V, p. 69) des Considerations sur I'acclimatation 
des Vers a soie du Ricin et du faux Vernis du Japon. Elles sont surtout 



XXX SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

il a ete mis sans inconvenient au regime de l'Ailante glan- 
duleux, et M. Vallee, de son cote, a donne la preuve qu'il est 
possible de substituer completement an Ricin le f'euillage du 
Chardon a foulon, dont la culture est plus facile dans lescoti- 
trees septentrionales (Bulletin, t. V, p. 221 et 211-214) (1). 

Tout concourt done, vous le voyez, Messieurs, a seconder 
l'heureuse initiative de notre Societe. Si elle est vivement 
preoccupee depuis son origine (2), des interets de I'industrie 

relatives a l'emploi industriei de la bourre de soie que ces Vers donnent et 
a la valeur de leurs cocons. — En parlant de nos travaux en ce qui concerne 
i'acclimatation de nouveaux Vers a soie, je dois indiquerles reflexions tres 
justes pr£sent£es sur ce sujet a notre Societe" re'gionale pour la zone du N.-E. 
par Tun deses membres,M. Maudheux {Bullet, de cette Socie'te', 1858, 3 e tri- 
mestre, p. 219). La Lorraine, comme il clierche a le de'montrer, peut, en 
effet, avoir sa part dans 1'extension sur notre sol des especes nonvelles. Tout 
ce qui se lie a ce sujet est analyse avec grand soin dans ce meme Bulletin de 
Nancy par le secretaire general de la Socie'te, M. le baron de Dumast. 

(1) Noire confrere, M. Kaufmann, qui s'est occupy avec beaucoup de 
soin du ddvidage des cocons (Bulletin, t. V, p. 95), a etudie" le papillon 
que ces cocons fournissent, et a communique d'intdressantes observations 
sur les rdsultats de pontes non precedes d'accouplement (Id., p. 3Z»1). Des 
recberches analogues de M. von Siebold ont eMe" cilees par M. Dareste, 
qui a appele" l'attention sur des faits ties curieux et relatifs aux Abeilles 
liguriennes. lis sont dus a M. Dzierzon : cet observateur a etudie\ dans des 
croisements avec des Abeilles d'Allemagne , le role du male de la race de 
Ligurie, lequel n'a jamais transmis ses caracteres qu'aux femelles et aux 
neutres {Id,, p. 341, et plus loin au Rapport sur les recompenses). 

(2) Tout ce qui se rapporte a la production de la soie a droit a notre in- 
te"ret et peut devenir un utile sujet delude. C'est ainsi que la Societe a recu 
des communications sur les usages auxquels est employee en Autricbe la 
matiere soyeuse du cocon forme" par la chenille du moyen Paon (Saturnia 
Spini (Bulletin, t. V, p. 220)* et sur le produit fourni par les larves de 
certains Bombyces dites Chenilles processionnaires (Id., p. 42). 

Des insectes aulres que des larves de Lepidopteres fournissent-ils une 
soie qui puisse devenir un produit vraiment industriei? On ne le sait point 
encore, malgre des etudes d£ja anciennes sur ce sujet. Comme elements 
nouveaux dans la question, il convient de renvoyer a deux communications 
faites cette anne^e a la Societe" sur le travail des Araigndes fileuses, l'une par 
Mi le capitaine Girard (Id., p. 109), et l'autre par M. C. Duval (p. 221). 

Apres les insectes sericigenes, ceux qui produisent la cire me"ritent aussi 
d'etre recberches, et la Societe" doit fetre fort reconnaissante du soin que 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIETE. XXXI 

sericicole, elle Test tout autant tie celle non moinsimporlante 
ties peches. Aussi a-t-elle vu avec plaisir clans les communi- 
cations fakes cette annee sur la pisciculture la preuve irre- 
cusable des progres tie cet art d'ensemencer les eaux, tlont 
['extension est due surtout a l'etablisseuient d'Huningue. 
qui a etc londe sous la savante inspiration deM. Coste.Parles 
soius des ingenieurs des pouts et chaussees charges de la di- 
rection, il s'y fait, tous les ans, des distributions d'oeufs de 
plus en plus abondantes. Des chiffres ofticiels presentes par M. le 
professeur Cloquet resulte la preuve de l'essor considerable 
qu'a pris ce vaste laboratoire, devenuun instrument en quelque 
sorte universel de propagation pour cette nouvelle industrie. 

Cet eminent confrere nous a, en outre, montre comment, 
a cote des travaux poursuivis par notre (Euvre pour rendre a 
nos peches in ari times leur ancienne prosperite, M. Coste se 
tlirige vers le memebut, soutenu par la haute bienveillance de 
S. M. l'Empereur. toujours acquise aux entreprises d'utilite 
publi(iue, et dont nous avons nous-memes rec,u de si eclai- 
lants lemoignages. C'est ainsi que d'importantes etudes pra- 
titjues out pu etre entreprises par ce professeur, avec l'aide 
de M. Gerbe, dans le but d'arriver a trouver les moyens les 
plus convcnables pour arreter la destruction des bancs d'hui- 
tres de nos c6tes et celle des crustaces et des poissons qui 
habitent notre littoral (1). 

Mgr l'crny u pi is d'apporler en France, etl'insectea cirede la Chine, eten 
nicme lemps un pied vivantde l'arbre sur lequel on le trouve (Id., p. 111). 
Pour ne rien omettre de ce qui concerne les fnsectes clans nos travaux 
de celte annee, il faul noler : 1" qu Rapport de M. le docteur Blalin sur un 
proco"de mis en usage par M. Anloine, de Reims, et qui permct de pratiquer, 
sans l'einploi de la fumee oude l , anesthe'sie,lc maniementdes Abeilles et la 
rdcolle de leurs produils (Id., p. 313); une Note de l'habilc apiculteur, 
M. Debcauvoys, sur les causes qui permettent d'eufouir ralionnellement les 
insectes (Id., p. 221 et 353). L'introduclion d'un Saule (Salix acuti folia) 
des bortls du lac Ladoga semblerait etre fort utile pour la nourriture des 
Abeilles an printemps, si, comme en SuMe, cet arbre se couvrait, deux ou 
trois semaines avant loute autre planle, de ses fleurs, qui sont tres riches en 
miel (Id., p. 282). 

(1) J. Cloquet, Notice sur la pisciculture en France pendant I'annee 
1857 [Bulletin, t. V, p. 49 ; voycz, en outre, p. 135 et 142). 



XXXII SOCIETE IMPEUIALE ZOOLOGIZE D AECLIMATATlON. 

Cetle rapide indication de ce que nous sommes en droit 
dattendre de la culture des mers nous donne une fois de plus, 
Messieurs, la preuve (ju'il y a de tres utiles travaux a accom- 
plir dans cette direction. Soutenons done par ncs encourage- 
ments tous ceux qui, comme MM. Barthe de Sainte-Fare 
(Bulletin, t. VI, Rapport sur les recompenses), Rene Gaillaud 
(t.V, p. 395) (1), de Causans (t. VI, Rapport), Chauvin (t.V, 
p. 190),lecomte de Galbert(p.l38), Guillou (l.Y I, Rapport), 
Lamiral(t. V,p.614),deMaude(p. 190 et6lA), Millet (p. 109, 
136 et 291), Montes (t. V I, Rapport), le baron de Tocqueville 
(t. VI, Rapport), et le marquis de Vibraye (t.V, p. 106 et 270), 
nous ont entretenus de leurs tentatives et de leurs succes, 
soit sur les cotes de TOcean, soit dans les rivieres etdans les 
lacs d'eau douce (2). 

Favoriser, autant qu'il est en notrepouvoir, la multiplica- 
tion des animaux utiles, et qui, en particulier, servent a la 
nourriturede rhomme, n'est-cepas, en effet, Messieurs, satis- 
faire a 1'un des vceux les plus pressants de notre association? 
Aussi devons-nous appliquer tous nos soins a rechercher dans 
les diverses classes du regne animal, et de preference aux 
especes de simple agrementou d'ornement, celles quipeuvent 
augmenter les ressources de notre alimentation. Or, e'est sur- 

(1) A l'occasion d'une communication de M. Millet relative aux essais 
d'ostr&culture deM. Caillaud, une discussion instructive s'est engaged sur 
les causes de la viridite des huitres (Bulletin, t. V, p. 96 et 99). 

(2) Je dois, pour completer cette partie de mon Rapport, indiquer lade- 
couvertc intdressautc, dans certaines eauxdel'Alge'rie, d'une Truitequiy a 
etc trouvee en assez grande abondance par M. le commandant Lapasset, 
et que nous a adresse'e M. Lucy, receveur ge*ne*ral a Marseille. Elle 
appartient a une espece distincte que j'ai nommec Truite a grandes taches 
(Salar macrostigma). Je l'ai decrite (Bulletin, t. V,p. l\hk-hh§), et j'en ai 
donne une figure (Revue de zoologie de M. Gu^rin-Me'neville, 1858, pi. 10). 

Enfin, e'est ici le lieu de signaler les curieuses et savantes Observa- 
tions sur les perles des coquilles bivalves d'eau douce, presentees par 
MM. les professeurs J. Cloquet et Moquin-Tandon, a l'occasion des singu- 
lieres perles artificielles que les Chinois se procurent en introduisant des 
corps Strangers de dilferente nature et de forme bizarre enlre les valves 
pendant la vie de l'animal (/(/., p. Zi52-/i61). 



ItAIM'ORT SUR LliS TRAVAIX DE LA SOCIETK. XXXIII 

tout parmi les Oiseaux ct les Mammiferes, ou il reste tant de 
conqiuHes a cntreprendre, qu'il iaut s'efforcer de puiser les 
richesses qui nous manquent encore. 

On y travaillc activement, au reste ; et pour ce qui concerne 
les Oiseaux, M. de Quatrei'ages vous le dira tout a 1'heure dans 
un repit oil vous aimerez a retrouver le narrateur elegant, qui 
a si habilement deroule devant vous, dans notre seance solen- 
nelle de 1857, les phases successives de Introduction en 
Europe des Yaks et de la Chevre d' Angora (1). 

Apres ce qu'on avait deja dit sur cette precieuse espece 
asiatique de la race caprine, il s'est trouve encore d'utiles 
instructions a puiser dans une letlre de nuulame la princesse 
C Trivulce de Belgiojoso, qui, aux qualites remarquablcs dc 
Tecrivain. sait joindre celles d'un esprit finement observateur 
{Bulletin, t. V, p. 89 et 294). 

M. Sacc, I'ardent proinoteur de la naturalisation de cette 
Chevre en Europe, a entrepris, et nul mieux que lui ne pou- 
vait y reussir, un examen approfondi des diverses opinions 
emises et des experiences failes sur son histoire naturelle, 
son acclimatation et son utilite. Aussi les travaux ante- 
rieurssur le meme sujet ont-ilsete, par cela meme, completes 
de la lac, on la plus heureuse et la plus fructueuse pour l'avenir 
par le Memoire de notre confrere de Wesserling {Id., p. 569). 

(l)Je laisse done de cote\ dans remuneration de noslravauxde I'annee, 
ceux qui onl eu les Oiseaux pour objet ; mais la savante Notice de M. de 
Ouatrefages (Ihdletin, t. VI, p lxi) comble cette sorle de lacunc que mon 
Rayport semblc presenter. 

Je n'ai a citer icl que les travaux qui, par leur nature, sont ne"cessaire- 
ment resits en debors du cadre que notre confrere s'tftait trace". Telles sont 
des observations tres justes sur la classification des races gallines presentees 
par M. le docteur Chouippe, qui a montre dans cet Essai les qualites d'un 
observateur judicieux et exact (Bulletin, t. V, p. Zj30). Tel est encore un 
Rapport de M. Davelouis sur les especes ornitbologiques qui figuraient au 
dernier concours agi icole de Versailles, et qu'il a etudiees avec un grand 
soin (Id. , p. 530). 

De plus, il est convenable de rappeler le zele et le soin avec lesquels la 
2 C Section, pendant toute I'annee , examine les questions d'ornithologie 
importantes a dludicr a notre point de vue. 

T. VI. — Janvier et Fevrier 1859* c 



XXXIV SOCIETE IMl'EKIALE ZOOLOG1QUE u'.YCCLlMAT A'llON . 

On y trouvc la preuve, comme il le dit lui-meuie, et surlout 
eomme il le prouve par des chitfres, (jue notre Societe a rendu 
on immense service a 1' agriculture francaise en lui donnaut 
la Chevre d'Angora. qui lui apporte, avec une nouvelle source 
de viande et de suif a bon marche, un lainage dont manquent 
nos manufactures pour satisfaire aux exigences du com- 
merce {Id., p. 579, 414, et t. VI, p. 48). 

Afin d'exciter le zele des eleveurs, M. Sacc, dont les senti- 
ments de generosite se sontdeja montres tant de fois a regard 
de notre ceuvre, vient den fournir un nouveau temoignage. 
II met a la disposition de la Societe les fonds necessaires pour 
la creation d'une prime qu'elle devra decerner a celui qui pre- 
senlera la toison la plus lourde de Chevre d'Angora [Bulletin, 
t. VI, p. lib). Si cette toison est egalement remarquable par 
ses autres qualites, la Societe triplera cette somme [Id., t. VI. 
au Proces-verbal de la seance generale). 

Pour obtenir de la Cbevre dont il s'agit tout ce qu'elle peut 
et doit donner, il faut la placer dans les conditions les plus 
favor ables. 

Ces heureuses conditions, M. le President vient de nous le 
dire, se rencontrent sur les hauteurs du Cantal. La, sou- 
mises a une surveillance continuelle et placees sous la direc- 
tion superieure d'abord de notre honorable vice-president 
M. Ricbard, puis de notre actif et zele confrere M. Albert 
Geoffroy Saint-Hilaire, nos Chevres deja nombreuses donuc- 
ront, on est en droit de 1'esperer, d'abondants et excellenls 
produits. 

En Algerie, un second troupeau ollert au ministere de la 
guerre par la Societe, ainsi que par M. Sacc, et dont le deve- 
loppement sellectuebien, a ete, de la part de M. Bernis, vete- 
rinaire principal de Tarmee, l'objet d'etudes longues et atten- 
tives. 11 resulte de ses observations, que la race des plateaux 
d'Angora, dont la secheresse et l'aridite lui sont si favorables, 
trouvera, dans le sudde nos possessions de FAfrique septen- 
trionale, des conditions a peu pres analogues a celles sous l'in- 
lluence desquelles elle s'est maintenue en Asie. Des croise- 
menls, selon noire habile confrere, en assureront la possession 



RVI'I'OKT SI It LKS TIUVAt.V l)li III tQQftM. WW 

sur d'aulres points tic hi colonic (ItiiHi'tin, t. V. p. 165; ^1). 

Pour Ics Yaks, vous ncuc/. de I entendre, M soul rgnlcinenl 
leu monlagnes qui conviennent a leur cpaisse toison deslinee 
a Ics preserver contre le iroitl glacial des sommets eleves du 
Thibet. Sur le Cantal, nous verrons pen a peu se consolider 
paruii nous raccliinatation de ce Baud', dont la laine i'ournira 
dcs produils excellenls ('!). 

Nous pouvons de meme fonder les plus lertnes esperanccs 
sur la naturalisation du Lama, de r Alpaca, et sansdoute aussi 
dc la Vigogne, quadrupedes prccicux a plus d'un litre, et dont 
la dispersion sur nos montagnes est, depuis longtemps deja, 
lobjet des desirs de la Societe. Elle s'est occupee activeinent, 

(i) L'espece ovine nous fournil une race utile, preconise*e avec raison par 
M. Sacc : e'est celle du Mouton de Padoue. 11 a rddige" sur ce sujet une Note 
instructive (Id., p. 528). 

(2) 11 convient de citer ici les observations ties dignes d'inlerfit que 
M. ItobeiiSchlagintweita transmises a la Socie"te par 1'internie'diaire deM. Da- 
resie, sur les Yaks sauvages ([nil a eludie's dans ses voyages et sur les con- 
ditions climatologiques an milieu desquelles ils vivent (Bulletin, t. V, p. 32). 
(Voyez, en outre, des remarques de M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire sur les 
quality excellentes que pre"sentent les m£tis d'Yak et de Ze"bu (Bulletin, 
p. 348). 

Enfin, le savant voyageur a communique des details sur quelques autres 
auimaux du Thibet et de l'lnde, et en particulier sur la Licorne (/d.,p.35). 
Des fails nombreux relatifs a Texistence de ce quadrupede, mais qui n'ont 
pas encore suffi pour dissiper les doutes des zoologistes, sont dus a l'uu 
de nos membres honoraircs, M. l'abbe" Hue. lis out e*te consigned par ce 
courageux missionnaire dans le re"cit de son perilleux voyage a travers le 
Thibet (tome II, page 422). Voyez pour sa nomination, Bulletin, t. V, 
p. 350. 

Parmi les animaux de l'Asie, dont l'acclimatation, deja entreprise avec 
succes au Museum d'histoire naturelle, est si desirable, je ne dois pas 
oinetlre. de nommer la grande Antilope dite Mlgaut. Kile est poursuivie 
avec le plus grand soin par M. Leprestre, notre laureat de 1857 (t. IV, 
p. lxx). Dans sa propiiete" aux environs de Caen, veritable jardin d'accli- 
matation ou il se livre depuis plusieurs aimers a des essais nombretix et 
heureux d'acclimatation d'animaux Grangers, leftilgautse de"veloppe bien. 
II en estde meme pour une espece de Kangurou de petite taille. 

Ce que M. It. Schlagintweit a fait pour l'Asie, M. le baron H. Aucapitaine 
l'a entrepris pour une parlie de I'Afrique, comiue le t^moignent les Notes 
sur la faune du Soudan qu'il nous a adr*ss£es (t. V, p. 2/|0-2/|5). 



XXXVI SOCIETE IMPERIALS ZOOLOG10.UE D ACCL1MATAT ION. 

cette annee, des moyens les plus convenables a mettre en 
usage pour profiter des dispositions bienvcillantes du gouver- 
nement peruvien, qui permet, en notre faveur, la sortie hors 
de son territoire de vingt-quatre animaux de race parfaite- 
ment pure (4). 

Les continents asiatique et americain ne sont pas seuls a 
nous promettre de nouvellesrichesses. L'Afrique australe, oil, 

(1) C'est-a-dire douze Lamas et douze Alpacas {Bulletin, t. IV, p. 698 et 
ZtGO). La purete absolue des types est une condition essentielle pour obtenir 
une laine qui ait vraiment une grande valeur. 

Des details interessants sur les animaux de ce groupe et sur leur trans- 
port dans differentes contre'es sont venus, celte anne*e, s'ajouter a ceuxque 
nous posse"dions de"ja. Ainsi, notre confrere M. Barthelemy-Lapomme- 
raye, directeur du Muse'e d'histoire naturelle de Marseille, occupe depuis 
longtemps de toutes les questions qui se rattachent a l'Stude de ces rumi- 
nants, nous a adresse une. Notice complementaire sur les Lamas et conge- 
neres du Perou et du Chili, redigee sur des notes fournies par M. Eug. 
Roehn. II s'y trouve de nombreuses et utiles indications (Bulletin, t. V, 
p. 521), de meme que dans une communication de l'un de nos membres 
honoraircs, M. I3enj. l'oucel, de I'Uruguay, qui nous a transmis, par l'inter- 
mSdiaire de notre confrere M. le docteur Vavasseur, si verse" dans la con- 
naissance de la faune et de la flore de l'Amerique mSridionale, une narra- 
tion pleine d'interel d'une expedition a travers ce vasle pays entreprise par 
M. Cb. Ledger avec un nombreux troupeau. 

On y voit combien sont energiques et perse" veranls les efforts de ce cou- 
rageux Anglais pour arriver a introduire des Lamas, des Alpacas et des Vi- 
gognes en Australie (Id., p. 177). Cette ricbc contree, an reste, ne tardera 
pas a recevoir d'aulres Lamas, car un troupeau de 39 individus amenes de 
New- York a Glasgow, comme M. Vauvert de MCan nous l'a appris (Id., 
p. 467), doit 6trc deja transports a la INouvelle-Hollande. 

Si Tancien monde" et I'Australie sont en droit d'esperer quede precieuses 
races americaines deviendront leur possession, l'AmSrique elle-m6me pcut 
etre enrichie d'especes qui lui manquent. Ainsi, la grande entreprise du 
transport du Dromadaire au BrSsil, pour laquelle notre Societe a Ste con- 
sulted (Bulletin, t. IV, p. 53 ; p. 61, 125, 189 : Rapport de M. Dareste ; 
p. 593, et t. V, p. lv, 97, Z|19), est sur le point de s'accomplir. On doit faire 
des voeux pour que cette introduction iSussisse comme celle qui a cu lieu 
aux htats-Unis par les soins de M. le major Wayne (t. V, p. 615 ; t. VI, 
Rapport sur les recompenses), et comme celle deja bien ancienne, faite des 
1622, en Toscane, ou cet utile animal est comple'tement naturalisd. Une bis- 
ioire tres precise de cette acclimatation italienne nous a etc communiquee 
par notre confrere, M. I. Cocclii (t. V, p. (\Td-h%1)< 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIETE. WWII 

grace a son elimat, plus d'une victoire pacilique deviendra 
sans doute le prix de nos efforts, a donne a l'Angleterre uno 
magnifique antilope, l'Elan du Cap (Roselaphus Oreas), donl 
laccliinatalion parait maintenant complete, comme nous Pa 
appris une interessante Notice de M. Mitchell, l'habile direc- 
teur du Jardin dc la Societe zoologique de Londres (Bulletin, 
I.. V, p. 61A, et t. VI, Happort sur les recompenses, et. aussi. 
p. 16). 

Desireuxde parcourir avec vous le cercle enlier de nos tra- 
vaux, qui s'agrandit chaque jour, je ne dois pas seulement 
vous entretenir des especes originaires de contrees lointaines. 
J'ai, de plus, a vous parler de nos veeux et de nos tentative* 
pour l'amelioration des races que nous possedons deja. CVst 
nous conlbrmer a noire programme que de doter le pays 
de produits nouveaux obtenus par des croisements judicieuse- 
ment combines. Vous l'avez compris ainsi en accueillant avec 
faveur une proposition de M . P. Thenard, consistant en une sorle 
d'enquete a entreprendre dans le sein de la Societe sur les re- 
sultats fournis a l'agriculture par le melange des races (t. V, 
p. 29/i), et le savant Rapport de M. Leblanc (Id., p. 2<4(5i 
sur la race bovine sans cornes du Cotendn instituee par M. l)u- 
trdne (Id., t. IV, p. 238; voyez, en outre, t. V, p. 231). 

C'esten suivant le meme ordre d'idees que vous vous etes 
preoccupes de l'amelioration du Cbeval de guerre. Cette ques- 
tion, deja plusieurs fois agitee dans nos reunions, a recu de 
nouveaux developpements par suite des observations qu'une 
habile et profonde experience a dictees a MM. le general 
Daumas (Id., t. V, p. 297) et Ricbard (du Cantal) (p. 376), a 
Toccasion d'un curieux et instructif document du a l'ex-emir 
Abd-el-Kader (p. 298). Vous avez pu apprecier par cetecritdu 
celebre cbef arabe ses vastes et exactes connaissances sur !e 
cbeval, exprimees d'ailleurs dans un langage auquel le style 
de TOrient prete un charme reel par l'originalite meme de sa 
poesie. 

Enfin, votre attention a ete souvent appelee sur la magni- 
fique race merinos creee par l'babile agriculteur M. Graux, a ia 
ferme de Mauchamp, et vous avez juge que sa toison doit jouer 



xxxvin societe impfjuale zoolociqie d'acclimatation. 
un role important dans rindustrie des laines. M. Davin, notrc 
digne laureat des annees precedentes (Bulletin, t. IV, p. lxx. 
et t. V. p. xc). Fa demontre par les beaux produits qu'elle lui 
a founds, grace a la perfection de ses procedes de filature. 

Cetterace ovine n'est pasassez repandue, et noire genereux 
confrere, qui est plein de confiance dans les avantages de sa 
laine soyeuse qu'il compare a celle des cachemires du Thi- 
bet^), vientdedoubler, en le portant a 2000 francs, unprixque 
la Societe decernera pour sa propagation (2). Applaudissons. 
Messieurs, a une si grande liberalite, dontl'industrie devra lui 
etre profondement reconnaissante. 

Eucourager ainsi les tentatives utiles, soit par ses propres 
ressources, soit avec Tappui de quelques-uns de ses membres, 
comme MM. Chagot, Davin et Sacc en donnent Texemple, 
n'est-cepas tine des belles prerogatives de notre eeuvre? 

Vous apprendrez done avec satisfaction que les trois prix 
a la fondation desquels se rattacbent d'une facon si honorable 
les noms que je viens de proclamer, ne sont pas les seuls a 
ajouter aux autres recompenses annoncees des le commence- 
ment de 1857, et qui, alors, etaient deja au nombre de onze 
(Bulletin, t. IV, p. xxu ; t. V,p.xxvi, ett. VI,Proces-verbal de 
la seance generale, ou se trouvent les listes de prix proposes). 

II faut mentionner encore le prix reserve a rintroduction et 
rt 1'acclimatation dans l'ile de la Martinique d'un animal non 
nuisihle aux cultures et destructeur du Serpent redoutable 
nomme Fer-de-lance (3). 

(1) On trouve des details inldressanls sur ce sujet dans une Note lue a la 
Societe" par M. Davin en mars dernier (Bulletin, t. V, p. 113). Voyez aussi, 
p. 151 et 356, 1&5, 230, 29/i, 556, 619, relativement aux tissus fabriqnes 
avec cette laine. 

(2) Voir, pour les conditions a remplir par les concurrents a ce prix, 
liulletin, t. VI, Proces-verbal de la stance generale. 

(3) Aux appels adresses deja l'annee derniere a la Societe pour provo- 
ker son attention sur la necessite d'opposer un ennemi a ce dangereux 
reptile (liulletin, t. V,p. liv), il convientde joindre les fails interessants et 
si bien presented par M. le docteur Ilufz, dans un Rapport qu'il a lu dans 
une des premieres seances de Tannee (Id., p. 1-18) ; une nouvelle commu- 
nication de M. le comte A. tie Chasteignier (Id., p. 185) ; les observations 



ISAITOItT SUtt LFS TRAVAUX DE LA SOCIKTK.. ' XXXIX 

Apres cet rnonee sommairede dispositions liberates prop res 
a hater nos succes, et apres avoir cherche a guider vos sou- 
venirs dans la revue rapidede nos travaux, j'aimerais apouvoir 
m'arreler. Un devoir penible ufoblige cependant a garder 
encore un moment la parole. II me reste a rendre avec vous 
un tribut a la memoire des confreres dont le concours nous a 
ete ravi cette annee. 

Parmi les membres etrangers, je dois citer MM. Coulon, de 
Neufchatel (Suisse), le baron de Mandell d'Ecosse, Merian de 
Teuften (de Bale), Piazzoni, le comte. de Hatzfeld, ministre ple- 
nipotentiaire deS. M. le roi de Prusse, qui, jeune encore, avail 
su so concilier l'estime generale par la droiture etl'amenite de 
son caractere, puis Tun de nos membres honoraires, M. Pid- 
dington, a qui nous devons le Ver asoie du ricin, envoye par 
lui de Calcutta. 

En France, que de noms n'ai-je pas a enumerer devant 

vous?Ainsi, parmi les bommes d'un esprit genereux et eclaire, 

qui, places en dehors des fonctions publiques , portaient un 

bienveillant inter6t a nos travaux, MM. de Chipilly, Daba- 

ret, Horson, Lejeune de Lamotle, Lesieur, le chevalier de 

Mora et le baron du Teil; parmi les agriculteurs, MM. Delbetz 

et Varin d'Ainvelle, maire d'Alais et directeur de la ferme- 

ecole deServas; parmi les conseillers d'Etat et les membres 

de nos assemblies legislatives, MM. Carlier, les comtes de 

Hrvas et Benoit; puis, dans les rangs du barreau et de la ma- 

gistrature, M. Cauvain et M. GeotYroy-Chateau, qui savait si 

bien utiliser au profit des lettres et de l'histoire les rares loi- 

sirs que lui laissaient ses fonctions de juge au tribunal d<> la 

Seine. 
Ce ne sont pas la, malheureusement, les seuls vides que la 

mort ait faits au milieu de nous depuis un an : nous avons perdu 

le bienveillant directeur des colonies au ministere de la marine. 

M. Mestro, dont le zele pour notre tedvre s'est bien souvent 

relalivos anx reclierclies sur cc sujet de MM. le docieur Ciiyon et Moreau de 
.lonnes (Id., p. Z|21), el lesdt'-tailsdonnes par M. Sacc sur le Herisson, com- 
si(U 5 re u tort (t. IV, p. 187), suivant lui, coinine poilfMl t'-lre iati-o:luii 
anx Antilles avec succes, pourcombattre le Serpent (t. V, p. I'll). 



XL SOCLETE IMPERIALE ZOOLOGIQI'K d'aCCLIMATATIOX. 

manifeste dans des circonstances on sa haute position pouvait 
l'aider a servir nosinterets. 

Nous n'avons pas eu le bonheur de compter pendant long- 
temps au nombre de nos collegues l'habile ingenieur, M. de 
Montricher, a qui est due la construction du gigantesque 
aqueduc de Roquefavour, sur lequel passent les eaux derivees 
de la Durance pour alimenter Marseille : ouvrage d'art com- 
parable, sinon superieur, aux travaux du meme genre executes 
par les Romains. 

Enfin, nos pertes ontete nombreuses dans le corps medical, 
qui nous avait donne les docteurs Rarier, Alex. Thierry- 
Valdajou, membre du conseil municipal de Paris, Bonnet (de 
Lyon), membre correspondant de l'Academie des sciences, 
enleve, des Page de quarante-neuf ans, a la science dont il etait 
Tune des gloires et Tune des forces, et Paul Gaimard, Pintre- 
pide et savant medecin de la marine, qui, apres avoir fait 
deux fois le tour du monde, avait explore a deux reprises les 
regions glacees voisines du pole septentrional. 

Ici, Messieurs, se termine ma tache. J'ose esperer de votre 
indulgence que vous voudrez bien excuser les omissions qui 
peuvent se trouver dans cc Rapport, mais il en est une, du 
moins, qui va etre reparee. 

Si j'ai a peine prononce devant vous le nom de notre colo- 
nie algerienne ou tant de succes sont reserves a l'acclimata- 
tion, c'est que Tun de nos confreres, M. le docteur Cosson, 
qui, pour ses etudes botaniques et agricoles, a deja parcouru 
cinq fois notre territoire africain, va vous parler des cultures 
du Sahara avec Tautorite que donne une savante expe- 
rience (1). 

(1) A l'occasion des v£g£iaux du Sahara, il imporle do titer le M^moire 
inte"ressant de M. Hardy Sur la culture du Dattier en Algerie (Bulletin, 
t. V, p. 65). 

Les ressources que Pile de Cuba peut offrir ont e*te* deja enume'rees en 
partie par Rf. Ramon de la Sagra dans no travail dont il a donne* lecture a 
la tin de 1858 {Id., t. V, p. G16; voyez aussi p. 352), el dans une seconde 
Note lue au commencement de ceite annee. — Des renseignemenls sur la 
culture, dans cette ile, des Aroi'dees diles Ignames, nous sont promis par 
notre confrere M. David, ancien ministre plniipoleniiairc. 



SIR UK SAHARA ALfiERIEN ET SES CULTURES. XLI 

CONSIDERATIONS GENKRALES 
SLR LE SAHARA ALGERIEN ET SKS CULTURES 

Par M. I COSSOV 



Le Sahara algerien (1) est limite an nord paries montagnes 
les plus meridionales de TAlgerie, qui forment une chaine 
presque continue se dirigeantobliquement du sud-ouest an nord- 
est, de la frontiere du Maroc vers Batna, ou elles viennent se 
confondre avec le vaste relevement des monts Aures. De la 
direction meme de ces montagnes il resulte que la region 
saharienne ne commence a Touest que vers le 33 e degre de 
latitude, tandisqu'a Test elles'avancejusqu'au 34 e ou 35« degre. 
Au sud elle se confond avec les espaces immenses du grand 
desert central de 1'Afrique, qui, comme on le sait, s'etend jus- 
qu'a la region des pluies estivales (12 e ou 15 e degre de lati- 
tude). Toute cette vaste zone desertique, d'une largeur d' en- 
viron 500 lieues, est caracterisee par 1'extrGme rarete des 
pluies, la secheresse de l'atmosphere, Tabsence de grands rele- 
vements montagneux et de cours d'eau permanents, par le type 
caucasique qui domine encore dans les populations, malgre leurs 
nombreux croisements avec la race negre, et enfin par les carac- 
teres tout speciaux de la vegetation desertique qui tranche 
d'une maniere si nette avec la vegetation tropicale. 



(1) Voy., pour la description g£ngrale du Sahara etsa g«5ographie politique, 
Le Sahara algerien par M. le General Daumas, et Le grand Desert par 
MM. le g<5ne"ral Daumas et A. de Chancel. 

— Berbrugger, Traduction des voyages dans le sud de I'Algerieet des 
Etats barbaresques, par Al-Aliaci-Moula-Ahmed. 



XLIf SOCMbfi IMPERFALE ZOOLOfilQUE DACfXIMATATION. 

Le Sahara algerien presente deux pontes generates (1) : Tune 
dirigee du nord au sud, s'etend dans l'ouest jusqu'aux immenses 
dunes connues sous le nom d'aregs, dans le centre jusqu'a la 
vaste depression designee sous le nom de Chechia d'Ouargla, 
et dans l'est jusqu'aux grands chotts qui se confondent avec 
ceux de la Regence de Tunis; Tautre pente, dirigee de l'ouest 
a Test, a pour point de depart, a la frontiere du Maroc, une 
altitude moyenne delOOO metres, et forme un plan inclinequi 
arrive insensiblement au niveau de la mer dans le sud de la 
Regence de Tunis. 

Le sol des immenses plaines du Sahara algerien appartient, 
dans presque toute son etendue, a une epoque geologique 
relativement recente, a la periode quaternaire ; le terrain ter- 
tiaire n'y forme generalement que des massifs circonscrits (2). 
Dans 1'origine, le Sahara algerien a du 6tre en grande partie 
un vaste golfeouvertdans le sud de la Regence de Tunis, avant 
la formation du puissant cordon littoral de terrain d'alluvion, 

(1) Altitudes barom&riques des principaux points du Sahara algerien i 



Tougourt (kasbah) 89,30 

Ouargla (oasis) 149,6(5 

Aregs de l'Ouest vers la Daya 

de Habessa 403,00 

Metlili (oasis) 517,80 

Guerrara (oasis) 326, 60 



Tyout (oasis) environ 1000 

Brezina (oasis) 827 

Laghouat (place) 792,71 

Biskra (place) 137,50 

Chott Melrir (lit) —2,80 

Sidi Rached (oasis) 86,10 

El Oued (kasbah) 101,33 

Voy., pour les altitudes de la region saharienne, les travauxde MM. Four- 
nel, Prax, Renou, Dubocq, Mac-Carihy, Vuillemot, P. Mares, E. Cosson et 
L. Kralik. 

(2) Voy. : Fournel, Richesse minerale de I'Algerie. 

— Dubocq, Memoirc sur la constitution geologique des Zibdn et de 
i'Ouad R'ir (public* dans les Annates des mines, II.) 

— Ch. Laurent, Notice sur le Sahara oriental (public, en 1857, dans 
les Memoires des ingenieurs civils). 

— G£n£ral Desvaux, Rapport sur les forages artesiens executes dans 
le Sahara .... en 1856 et 1857. 

— Ch. Laurent, Puits artesiens du Sahara oriental ( publie, en 1857, 
dans le Rulletin de la Societe geologique de France). 

— P. Mares, A T ofe sur la constitution generate du Sahara dans le sud 
de la prov. d'Oran (public, en 1857, dans le Rulletin de la Societe gi'olo- 
gique de France). 



Btfl XM SAIIAHA Al.f.KRIF* F.T SF.S CmiRFS. XLII1 

qui, <i I'epoque acttielle, le separe de la Mediterranee. Les 
plaines saliarirnnes sont constitutes par un terrain rompaele, 
siliceux, argilo-calcaire on gypseux, souvent plus ou moins 
sale et parseme ca et la de cristaux de gypsc. Ce terrain, par 
les alternatives d'humidite et d'extr£mesecheresse, par Taction 
(lis eaux el parle souflle impetueux des vents, surtout decelui 
ilu siid, petit se desagreger, et les elements siliceux s'en isolent 
d'ime maniere plus ou moins complete pour former des sables 
mobiles; ces sables sedeposentdans des directions determinees 
par les reliefs du terrain ou l'influencc des vents dominants, et 
torment ca et la des couches supertkielles, des tumulus cir- 
consents ou de veri tables dunes. 

La coinparaison des plaines immenses du Sahara avec un 
ocean , oil les oasis representeraient des lies disseminees ou 
groupeesen archipels, donneune idee exacte del'aspect gene- 
ral de cette vaste region. La presence de l'eau, fournie par des 
sources, paries oueds, cours d'eau generalement a sec en ete, 
mais quelquefois torrentueux en hiver, et par les redirs, de- 
pressions dulitdes oueds ou l'eau persiste plus longtemps, ainsi 
(jue Texistence de puits, determinent generalement seules les 
liciiv de station ou de campement, etl'etablissementdes oasis, 
des villes et des villages. Les centres de population sont d'au- 
lant plus denses ou plus rapproches que les eaux naturelles 
ou celles fournies par les puits sont plus abondantes et per- 
mettenl par l'irrigation de mettre en culture des espaces plus 
etendus. Les parties les plus peuplees du Sahara algerien sont 
de Test a l'ouest les Ziban, le Souf, l'Oued Rir, le pays des 
Ouled Nads, iVOuargla, des Beni Mzab, et la ligne des nom- 
brcu\ ksours etablis dans les provinces d' Alger et d'Oran, a la 
lisiere des hauts-plateaux. 

Sous la domination protectrice de la France, dont elles 
apprecient la bienveillante sollicitude , les populations saha- 
riennes, delivrees des guerres intestines qui, avant leur sou- 
mission, desolaient le pays, et garanties contre les depredations 
des iribus nomades, peuvent maintenant reporter sans crainte 
loulc leuraetivilesurl'extension etleperfectionnementde leurs 
cultures, dont jadis elles etaient incessamment delournees par 



XL1V S0C1KTE IMPERIALS ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. 

lobligation tie pourvoir a leur securite. Les oasis des Zibnn, 
ou la France exerce son influence <le la maniere la plus directe, 
jouissent d'une prosperite qu'elles n'avaient peut-etre jamais 
connu. Le Souf n'est pas dans un etat moins prospere. 
L'Oued Rir, grace aux puits artesiens recemment fores par les 
soins de Tadministration francaise, voit renaitre ses nomhreux 
elements de richesse. Laghouat et les oasis voisines prennent 
de jour en jour une plus grande importance, qu'elles doivent 
aux barrages, aux puits et aux norias que les autorites fran- 
chises font etablir de toutes parts. Seules, les oasis les plus 
reculees du Sud, telles que Ngoussa et Ouargla, encore admi- 
nistrees presque exclusivement par les chefs arabes, font 
exception a cette prosperite gerjerale; il en est de m£me du 
plus grand nombre des ksours de l'ouest, ou notre influence ne 
s'exerce egalement que d'une maniere mediate, et dont 
quelques-uns sont encore exposes aux incursions des tribus 
nomades du Maroc. 

Avant de parler de la vegetation spontanee et des cultures 
du Sahara algerien et des acclimatations qui peuvent y etre 
tentees, quelques considerations sur la meteorologie du pays(l) 
sont indispensables pour en faire connaitre les conditions 
toutes speciales. — A Biskra etdans le Mzab, il ne pleut ordi- 
nairement qu'en hiver, et surtout vers la fin de cette saison. A 
Tougourt et a Ouargla, il nest pas rare que plusieurs annees se 
passentsans pluie. Commedans toutes les autres contrees de ces 
latitudes, les pluies, lorsqu'il en survient, sont generalement 
de peu de duree, mais abondantes ou meme torrentielles. — En 
hiver, la temperature s'abaissebeaucoup plus que sur le littoral, 
ou la gelee n'est qu'une exception. A Biskra, au commencement 
de fevrier, le thermometre descend frequemment pendant la nuit 

(1) Voy. : Observations meteorologiques recueillies a Biskra par MM. Co- 
lau et Massip en 18Z|5 et I8Z16 (publics a la suite du Voyaged' Alger aux 
Ziban par M. Guyon; M. Dubocq, toe. cit. t en donne les moyennes pour 
I'anne"e 1846). 

— Observations meteorologiques recueillies, pendant lesmoisd'octobre, 
novembre, decembre 1856 et Janvier 1857, dans le Sahara au sud de 
la prov. d'Oran, par M. P. Mares (publiees en 1857, dans YAnnuaire de 
la Societe meteorologique de France). 



SL'll LE SAHARA ALGERIEN ET SES CULTURES. XLV 

y, — 2° ou — 3°, et les flaques d'eau se congelent a leur surface. 
Au niois de Janvier 1857, dans les immenses dunes ou aregs 
de l'ouest, sousle 32 e parallele et a une altitude de 400 metres, 
!MM . de Colomb et P. Mares ont constate des froids de —5°, 8, el le 
thermometre minima, place sur le sol et expose au rayonncment, 
estdescendujusqu'a — 8°, 8. Cependant, memeenhiver, la tempe- 
rature depasse souvent 20° au milieu du jour. Au printemps et 
jusqu'au mois de juin, ces alternatives brusques de chaleur et de 
froid ne sont pas moins prononcees : ainsi le thermometre, a 
midi,peut atteindre, sous P influence du vent du sud, jusqu'a 40% 
tandis que le minimum de la nuit s'abaisse souvent a + 10°. 
Les temperatures du sol sont encore plus variables et plus 
extremes; en eflet, les sables qui, au soleil, pendant le moisde 
mai, atteignent souvent une chaleur de 60°, descendent fre- 
quemment dans la nuit a 4- 10°. L'humidite contenue dans le 
sable des dunes, souvent a une faible profondeur, amene un 
abaissement de temperature favorable a la vegetation et fournit 
en meme temps aux plantes la quantite d'eau necessaire a leur 
develcppement. Ainsi, tandis que le sable a sa surface avail 
une temperature de plus de 50°, a un decimetre de profondeur 
il n'avait plus qu'une temperature de 25° ; l'eau de puits tem- 
poraires (hassi) creuses dans les depressions de la dune ou 
dans le lit sablonneux des oueds, et de moins de 2 metres de 
profondeur, n'atteignait que 19°. 

La secheresse de l'atmosphere contribue puissamment aux 
brusques variations de la temperature, dont le maximum, sous 
rinfluence du vent du sud, atteint A8°, et a Tougourt m6me 
51°. line autre cause non moins puissante des variations de 
temperature est le changement souventsubit de la direction des 
vents, qui parfois sont d'une extreme violence; frequemment 
les vents du sud alternent avec les vents du nord, et a des cha- 
leurs temperees succede une temperature presque egale a celle de 
Tete au Senegal. En ete, lorsque le sol a eteechauffe par Taction 
continue des grandeschaleurs, la temperature, meme pendant 
la nuit, reste assez elevee pour etre diflicilement supportee 
par les Europeens. Les vents venanl du sud (siroco, chyli. 
simoun), ont souvent une energie telle, qu'ils se font sentir 



XLVl SOCIETE IMPEKIALE ZOOLOG1QUE d'aCCLIMATATION. 

jusque sur le littoral; leur duree moyenne ne depasse pas un 
jour ou deux, et le calme de l'atrnosphere leur suecede, ou plus 
ordinairement ils sont remplaces par un vent en sens oppose 
d'une egale violence. Le siroco, cause de souifrance et d'eft'roi 
pour le voyageur, impressionne vivement ceux qui, pour la 
premiere fois, ont a le subir; il ne faut pas toutefbis s'en 
exagerer le danger, car s'il apu faire devier des caravanes de 
leur route et amener ainsi leur perte, ce n'est (jue dans des 
cas tres exceptionnels qu'il peut creer un veritable peril par les 
Hols de sable qu'il souleve. Ce vent est l'lm des principaux 
agents dela dispersion des vegetaux; les cultures et la vege- 
tation spontanee caracteristiques de la region sabarienne 
remontent dans les vallees ouvertes a son influence, quelque- 
fois meme jusqu'a 1000 metres d' altitude, tandisque dans les 
vallees soustraites a son action et situees sous le meme pa- 
rallele, la vegetation saharienne n'a que de rares represen- 
tants, meme a une altitude plus faible, 300 a 400 metres par 
exemple. 

Le veritable ete du Sahara algerien, c'est-a-dire l'epoque a 
laquelle la vegetation est dans toute sa plenitude, est repre- 
sente par les mois d'avril ou de mai, mois dans lesquels a lieu 
la maturation des cereales. 

Le Dattier (1) {Phoenix dactylifera) est, sans contredit, le 
principal element de richesse des jardins des oasis ; il y est 
cultive non-seulement pour Tabondance et la variete de ses 
produits, mais encore pour son ombrage, qui garantit les autres 
cultures de la violence des vents et maintient dans le sol Tliu- 
midite necessaire a la vegetation. Grace a cet arbreprecieux, 
la presence de Teau suffit pour fertiliser les plaines arides 
du Sahara, qui, sans lui, seraient reduites a une eternelle 
sterilite. — La veritable patrie du Dattier est aussi inconnue 
que celle du Ble et de la plupart des vegetaux utiles cultives 
des la plus haute antiquite. Sa culture en grand caracterise 

(1) Voyez De la culture du Dattier dans les oasis des Ziban, par MM. E. 
Cosson et P. Jamin (public dans le Bulletin de la Societe botaniquc de 
France). A la suite de cette note sont cue's les principaux ouvrages a con- 
suiter sur la distribution geographique, la culture ct les usages du Dallicr. 



SLU LU SAIlAKA ALGKRIKN E't SK6 Cl'LTUIlUS. XLVII 

essentiellement la vaste zone desertique, presque privee de 
pluies, qui, de l'ocean Atlantique, s'etend jusqu'a la vallee 
de l'lndus vers le 64» degre de longitude orientale, et qui, en 
AlVique, est comprise entre le 35« parallele et la limite septeu- 
trionale des pluies estivales , soit le 11' ou 15 e degre de 
latitude. Sur le littoral mediterraneen de TEurope, le Dattier 
u'est generalement qu'un arbre d'ornement ; ce n'est guere que 
dans le midi du Portugal et de TEspagne qu'il commence a ame- 
ner ses fruits a malurite ; mais c'est la un fait tout exceptionnel, 
<|ui s'explique par la nature du sol, par des conditions acciden- 
telles d'exposition et par des influences climaleriques analogues 
a celles de la zone desertique, veritable region du Dattier. — 
En Algerie, comme au Maroc et dans la Regence de Tunis, le 
Dattier ne forme d'oasis qu'au sud de la cbaine de montagnes 
(pii constitue la limite du Sahara. 

Les conditions les plus essentielles de la culture du Dattier 
sunt une grande somme de chaleur, au moins pendant Tete, 
la purete du ciel, la rarete des pluies, et une humidite suffi- 
sante du sol; aussi les Arahes, dans leur langage image, 
disent-ils : a Ce roi des oasis doit plonger son pied dans I'eau 
et sa tcte dans le feu du ciel. » La nature du sol parait avoir 
une influence tout a fait secondaire sur son developpement \ il 
vegete non moins bien dans les dunes du Souf que dans les ter- 
rains compactes argilo-sablonneux, calcaires ou gypseux sales 
ou non sales de la plupart des autres oasis. Les eaux necessaires 
a rarrosement du Dattier peuvent etre douces ou cbargees 
de matieres salines, froides ou chaudes, leur quantite etant 
phis importante que leur qualite. Des variations extremes de 
tt-inperalure ( — 3° a 4- 51°) nOnt aucune inlluence surledeve- 
loppement de eel arbre ; il en est de meme de Taction des vents 
qui, dans le Sahara, r&gnentsouventavec une si grande violence. 

Dans la plupart des oasis, le Dattier est arrose par des 
eanaux d'irrigation (saguias) qui sont alimentes par les eaux 
des oueds ou des puits \ dans des conditions particulieres seu- 
lement, comme dans le Souf, le Dattier peut sc passer d'irri- 
gation. — Les Dattiers sont generalement plantes sans ordre a 
i--> metres de distance, el, dans les jardius bien tenus, les pieds 



XLV1II SOCIETE lMl'EKlALE ZOOLOGIQUE D ACCLIMATATION. 

sont habituellement isoles ; ils ne torment de touil'es que si Ton 
a neglige de les debarrasser des rejets de leur souche qui 
souvent fmissent par egaler la hauteur du tronc principal. On 
ariose le Dattier dans toutesles saisons, mais c'est surtout au 
printemps, vers l'epoque de la floraison, et en ete, avanl la ma- 
turite des fruits, que ces irrigations sont surtout necessaires. 

Le mode de propagation generalement adopte est la separa- 
tion des jeunes rejets que fournissent les souches des arbres 
adultes, ce mode permettant de ne multiplier que les arbres 
femelles appartenant aux meilleures varietes et d'en obtenir 
plus tot des fruits. II n'en est pas moins certain cependantque 
les varietes les plus estimees doivent leur origine au semis, 
ainsi que le prouve une legende populaire : « Une vieillefemme 
craignant Dieu consacrait sa vie a glorifier le Tres-Haut et son 
IVophete. Trop pauvrepour acheter un chapelet, elle comptait 
ses prieres avec des noyaux de datles. A sa mort, furent 
enfouis avec elle les noyaux qu'avait sanctifies sa devotion. 
Bientot s'eleverent sur cette tombe de magnifiques arbres, 
source primitive du Deglet-noor (datte-lumiere), le roi des 
Dattiers. » 

Le Dattier, apres les premieres annees, ne s'accroit plus en 
diametre ; il n'est pas rare cependant de voir son tronc pre- 
senter des etranglements plus ou moins considerables corres- 
pondant auxperiodes de son developpement pendant lesquelles 
I'arbre a eu a souffrir de la secheresse, du defaut de culture ou 
d'un accident quelconque ayant entrave sa vegetation. 

Vers le mois d'avril, le Dattier commence a fleurir, et Ton 
pratique la fecondation artilicielle des individus femelles en 
insinuant dans la spathe qui ren ferme la grappe de lleurs 
femelles un fragment d'une grappe de fleurs males. Tous les 
auteurs sont d'accord pour constater que les arbres abandonnes 
a eux-memes ne nouent pas leurs fruits. — II n'y a danschaque 
oasis qu'un petit nombre de Dattiers males, un seul de ces 
arbres pouvant suftire a la fecondation d'un Ires grand nombre 
d'individus femelles. 

Les varietes de dattes ne sont guere moins nombreuses que 
celles de la plupart de nos fruits d'Europe. Elles peuvent etre rap- 



SIR LB- SAHARA ALGBRIBN ET SKS CULTURES. XLIX 

portcuisadeuxgroupesprincipaux, dattes dureset dattes molles. 
Los datles diircs soul les plus eslhnees, en raisou de lafacilite 
avec laquelle elles peuveut se couserver pendant longtemps et 
etre transportees sans subir d'alteration. Les dattes molles ne 
peuvent etre conservees que dans des vases on des peaux de boue 
on on lescomprime fortemenl pour les garantir du contact de 
lair et retarder leur fermentation. Dans chaque groupe les 
varietes sont distinguees dapres la grosseur du fruit, sa forme, 
sa saveur, sa couleur, Tepoque de sa maturite, la forme du 
noyau, etc. Les dattes du Souf sont les plus estimees du Sahara 
algerien et rivalisent avec celles du Belad el Djerid, du sud 
de la Regence de Tunis. M. d'Escayrac (i) signale dans la 
Regence de Tunis, comme la variete la plus rare et la plus 
estimee, le Mo?iakhir(nez)< dont la longueur pent egaler celle 
du petit doigt. Cette variete n'exisle pas en Algerie, et son accli- 
matation serait a tenter dans les oasis du sud. Ce n'est passeule- 
ment par son fruit que leDattier forme la principale ressource 
alimentaire des Saliariens : la partie centrale de sa jeune pousse, 
ou cliou de Palmier, est aussi un aliment recherche; par des 
incisions pratiquces sur son tronc, on obtient le lait de palmier, 
qui, par la fermentation, ne tarde pas a prendre une saveur vi- 
neuse (vin de palmier, lagmi), et, par la distillation, les juifs en 
obtiennent une boisson alcoolique (kirchem). Le tronc foumit 
aux indigenes leur bois de construction et de chaulFage. Les 
feuilles servent a la couverture des maisons et a la confection 
de nattes, de paniers, etc. Avec les fibres des spathes et celles 
de la base des feuilles, on fabrique des cordages grossiers. 

LY;tude des varietes de dattes olfre les plus grandes difficultes, 
en raison del'incertitude de la synonymie de leurs noms arabes, 
ces noms diflerant souvent d'une oasis a I'autre. Le moyen de 
trouver les caracteres essentiels des races les plus distinctes se- 
rait de grouper dans une oasis du sud les varietes les plus esti- 
mees dont on encouragerait la propagation. Bien que la culture 
du Dattier ait deja atteint un degre de perfection qui laisse 
peu a desirer. on pourrait peut-etre cependant obtenir des 

(l) Le Desert et le Soudan, par M. le coiate d'Kscayrac Jc Laulure. 
T. VI. — Janvier ct Fovrier 1859. d 



L S0C1ETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE D ACCLIMATATION. 

resultats utiles du choix eclaire des individus males, si l'on 
voidait tenter par le semis la production de varietesnouvelles. 
Outre leDattier(l), la plupart des oasis presentent en assez 
grande abondance le Figuier, le Grenadier, TAhricotier (va- 
riete a petits fruits et plus rarement a gros fruits), et souvent 
laVigne-, le Pecher, le Cognassier, le Poirier et le Pommier 
sont surtout plantes dans les jardins des ksours ou dans les oasis 
situees vers les montagnes j plus rarement on rencontre dans les 
oasis, comme dans les Ziban, i'Olivier, l'Oranger, le Cedratier 
ou le Limeltier. Le Figuier-de-Barbarie (Opuntia Ficm-ln- 
dica), surtout la variete depourvue d'epines, est plante par 
pieds isoles et plus rarement en massifs. U Acacia Famesiana 
et le Zizyphus Spina-Christi que Ton retrouve en Egypte, le 
Cypres, FOrme et XElwagnus Ch'ientalis, ne sont plantes que 
par pieds isoles. L'Orge et plus rarement le Ble (Triticum da- 
rum et turgidum) sont cultives dans les terrains irrigues au 
voisinage des oasis et dans les intervalles des plantations de 
Dattiers; mais la production de l'Orge et du Ble est loin d'etre 
suffisante pour les besoins des habitants, qui doivent ernprunter 
au Tell la plus grande partie de leurs grains. Le Sorgho (Sor- 
ghum vulgare), la Penicellaire enepi (Pemcillaria spicata) et 
le Mais ne sont guere cultives que par touffes espacees pres des 
canaux d'irrigation. Les Oignons, les Feves, les Carottes, les 
Navets et les Choux, tiennent une large place dans les cul- 
tures. II en est de meme du Piment (Capsicum annuum), dont 
le fruit, en raison de ses proprietes stimulantes. entre comine 
condiment dans la plupart des mets arabes. L'Aubergine et la 
Tomate sont cultivees dans quelques jardins pour leurs fruits 
comestibles. De nombreuses especes et varietes de Cucurbita- 
cees (Potirons, Courges, Pasteques, etc.) sont semees en etc 
dans les jardins, ou leurs fruits acquierent un grand develop- 
pement. Le Gombo (Hibiscus esculentus) est cultiveca et la par 
les negres pour ses fruits mucilagineux et comestibles. Le 

(1) Voy. : Note sur les cultures des oasis des Ziban, par MM. E. Cosson 
ct V. Jamin (public, en 1855, dans le Bidletin de la Societe botanique de 
France). 

— Voyage d' Alger aux Ziban, par M. le docteur Guyon. 



Ml! h| SAHAI'.A AIXKI'.IKN IT SES CtLiLKES. |,| 

I'ourpier forme souvent dans les oasis des carres assez clen- 
dus (i). Li (loriandre, le (luiniu, le Fenouil et YAnellium ym* 
ceolcns, dont les fruits servent a aromatiser les mets. exislcn 
dans (|iicl(|iM's jardins, ou ils se sout presque naturalises. La 
lifi:li>si', dans l'oasis deTongourt, est presque a Tetatsauvage. 
Le Rosier a rent leuilles, une variete de la Menllie poivree et 
le Hasilic se rencontrent ca et la dans les cultures. 

Les plantes induslrielles on fourrageres principals son! le 
Cbanvre, represent*! seulement par une variete w&mediachivh). 
tjui nest pas employee coimneplanle textile, mais dont les som- 
mites.sous le nom de tkhouri, sout fumees par quelques niiisul- 
mans pen fervents. Le Tabae rustique est le seul qui soit eul- 
tive, et eette culture n'a quelque importance que dans le Soul'. 
Le Henr\(d (tMwsonia inermis), dont les feuilles ont ete reeem- 
ment employees aveeavantage dans lateinture en noir, ncxisle 
guere que dans les oasis des Ziban : les fennnes arabes se ser- 
vent, coinme on lesait, de ses feuilles pour se teindre en jauue 
orange les ongles el 1'extremite des doigts. La Garance ilhihrn 
tinclorum) est cultivee dans quelques jardins pour les proprictes 
tinctoriales de sa racine. Cette culture a du elre autrefois plus 
general*', ear la planle est naturalises dans les terrains incultes 
de la plupart des oasis. LeColonnier. dont la culture en grand 
a etc essayee avec succes aux environs de Biskra, n'est repre- 
sente (pie par quelques individus dans les jardins de I'Oued 
liir et du Sou!'. La Luzerne est cultivee en petits carres irrigues 
dans le Souf et dans une partie de TOued Rir, on elle peut 
fournir souvent jusqu'a huit coupes par an. Une variete de 
Rav-grass est cultivee dans les memes localites. Le KVnu-gree 
ne se rencontre guere que par pieds isoles (2). 

(1) Les indigenes, surtout dans leurs voyages, recueillent, pour en faire 
lew nourriture, toutes les pfanies presentant a un degre" quelconque des 
proprit'ttfs alimeniaires et qui se rencontrent snr tear chemin. Peu de temps 
apres les pluies, ils recherclient soigneuscment le Terfez, espece de rrufle 
blanche (Choiromyces Lennis) qui, a c«'tte e"poque, entre pour une part 
assez considerable dans leur alimentation. Ce champignon souterrain, qui 
se trouve a une faible profondeur, rdvele sa presence par un le*ger souleve- 
ment du sol, ordinairement fcndillc* en etoilc. 

(2) Sur tcs marches sont egalement vendues comme four rage plusicurs 



LII SOCIKTE IMPERIALS ZOOLOGIQUE D ACCLIMATATION . 

Dans le Soul', les cultures presentent un type tout special, en 
raison de la nature sablonneuse du sol. Les plantations de Dat- 
tiers n'y sont pas disposees,comine dans les autres oasis, en mas- 
sits continus composes souvent de plus de cent mille pieds d'ar- 
bres; ilsy sont plantes dansdes excavations plus ou moins vastes 
en forme de bassins coniques, creuses de main d'homme dans le 
sable des dunes et dans les concretions gypseuses sous-jacentes 
a une profondeur suftisante pour atteindre le sol huinide, et 
incessamment les habitants ont a lutter contre les envahisse- 
mentsdes dunes voisines. L'humidite du terrain, a cette profon- 
deur, suftit pour assurer la vegetation des Dattiers et dispense 
de toute irrigation. Les quelques plantes alimentaires, indus- 
trielles ou fourrageres de cette contree, ou toute culture est 
une veritable conquete derhommesur le desert, sont cultivees 
dans des jardins speciaux. Ces jardins, qui n'ont souvent que 
quelques metres de superficie, sont entoures de haies seches 
de feuilles de Dattier et arroses au moyen de puits peu profonds 
dont l'eau est tiree a Taide de Fappareil primitif de bascule 
designe vulgairementsous le nom de chevre; ils sont partages 
en plusieurs carres oil les eaux sont distributes par de petits 
canaux rendus impermeables par un enduit de platre, de telle 
sorte que chaque plante puisse recevoir exactement la quantite 
d'eau necessaire a sa vegetation. 

Vers la limite nord de la region saliarienne, les oasis sont 
generalement etablies au voisinage des oueds, et remontent 
plus ou moins dans les gorges ou les vallees par lesquelles ces 
cours d'eau debouchent dans le Sahara ; leurs eaux, par des 
derivations directes ou par des barrages qui en eleven t le ni- 
veau, servent presque exclusivement a 1'irrigation des cultures 
qui souvent les epuisent. Dans cette premiere zone d'oasis, 
par exception seulement conune a El Abiod Sidi Cheikb, les 

plantes des paturages saliarieus, enlre autres le Cyperus vonglomeratus, 
V Helianthemum scssiliflorum, VAtriplex Halimus, et surtout le Drinn 
{Arthratherum pungens). Cette Gramine'e, Tune des plus re"pandues dans les 
sables du sud, est ties estimee pour la nourriture des bestiaux ; sa graitic 
est recue.illie sous le nom de loul , et employee comme 1'Orge pour la 
nourriture des anhnaux et quelquctois meinc pour celle de rhomme. 



Mil U SAHARA ALCl'lRIFN FT SF.S Cri.TTRF.S. Mil 

puils lournissenl la plus graude partie de lYau d'irrigation. 

Dans I'interieur, ou les oueds soul a sec pendant la plus 
grande partie do l'annee et inline t|uel(|iie('ois pendant plusieurs 
annees conseculives, les prises et les retenues d'eau ne sont 
plus tjue ties moyens d irrigation accessoircs, et ce sonl les 
puils qui deviennent le inoyen principal d'irrigation. La pro- 
rondeur de ces puits est tres difterente dans les diverses parlies 
du Saliara algerien (1). Lorsqu'ils sontpeu prol'onds, lean en es( 
exlraile, comme nous Tavons deja dit pour le Soul', an inoyen 
de I'appareil de bascule connu sous le nom de clievre. Lorsque 
1«mii* profondeurne permetpas I'emploi decel appareil. ils sonl 
enloures d'une margelle flanquee tie deux pilastres renins par 
des Iraverses qui supportent une poulie 5 Toutre (|ui serl a 
puiser I'eau, largement ouverte si sa partie superieure, est pro- 
longee inferieurement en un tube assez long; ce tube, relie par 
un cordeau au cordage principal qui glisse sur la poulie . 
s'abaisse lorsque l'outre est arrivee au-dessus dela margelle, el 
laisse couler Teau dans un bassin, d'ou qlle est dirigee dans les 
canaux d'irrigation. Les puits a bascule sont les seuls que 
nous ayonsvusdans le Souf; ils existent egalement dans quel- 
ques ksours du centre et de l'ouest. La seconde sorte de 
puils, la seule qui se rencontre dans le Mzab, se retrouve dans 
quelques oasis entre El Oued et Ouargla. et dans l'ouest, par- 
ticulierement a El Abiod Sidi Cheikb. 

L'existence dans l'Oued Rir d'une nappe d'eau souterraine 
jaillissante situee a une profondeur assez faible (ordinairement 

(1) Les puits creus^s dans le lit des oueds, dans les depressions ties dunes, 
et uinnc souvent dans les plaines, n'ont ordinairement que quelques metres 
de profondeur ; sur certains points seulement ou dans les parties mon- 
tueuses ou rocheuses, comme dans le Mzab, ils alteignent des profondeurs 
de 30 a 50 metres. La temperature de l'eau des puits est de 17° a 8A*< 

Hans lesZiban, a El Amri, M. Dubocq signale des puils dont la profondeur 
ne de*passe pas l m ,50 a 2 metres ; ces puits traversent une assise de roclies 
gypseuses et un petit banc de calcaire de quelques centimetres d'epaissenr 
au-dessousduquel existe une nappe d'eau dans une coucbe de sable art;ileux- 
Dans la province d'Oran, a la lisiere du Sahara, a AU Ben Kbelil, se trouve 
de mfime une nappe d'eau superflcielle au-dessous d'une mince plaquette 
calcaire. 



mv sor.iKTi': impki'.ialf. zooLor.iorn d'accumvtation. 
40 a 00 mrtrt's en moyenne), a permis flux indigenes, ties Us 
tempi les plus recules, d'irriguer toutes leurs oasis par de 
veritables puits artesiens (1). Ces puits, de forme carree et mu- 
nis dans leur partie superieure d'un coffrage en poutres de 
datliers , sont creuses avec une sorte de hone a manehe tres 
court, jusqirau moment ou les eaux d'infiltration ne peuvent 
plus etre epuisees ou jusqu'a ce que la nappe jaillissanle soil 
atteinte- alors commence le travail des plongeurs, presque tons 
negres, qui doivent approfondir le puits jusqiTa la nappe arte- 
sienne ou deleaver le sable entraine par les eaux : cliaque fois 
qtfils plongent, etla duree moyenne de leur immersion est d'en- 
viron deux minutes, ilsremplissent un petit couffin a pen pres 
tie la contenance ties deux mains juxtaposees. On comprend fa- 
cilement toute la difficulte et la longueur d'un tel travail, fait 
dans tie sembiables conditions el avec des moyens d'execution 
aussi primitifs, et rimpossibilite presque absoluedereparer les 
puits dont les cofirages se sont eflbndres. Avant l'occupation 
francaise, l'obstruction de la plupart des puits de l'Oued Rir 
etait une cause de deperissement pour les oasis, et quelques- 
unes meme elaient menacees d'une destruction procliaine et 
complete. Aussi les populations ont-elles salue par des cris de 
joie et ties benedictions le brillant succesdu premier forage de 
puits artesien execute en 1856 par les soins de radministration 
francaise, succes qui a demontre tjue toute cette partie de la 
region sabarienne est appelee, par les nouveaux puits arte- 
siens, dont celui de Tamerna a ele le prelude, a devenir une 
des parties les plus fertiles du Sahara. 

L'eau de la plupart ties puits tie l'Oued Rir eontient d'assez 
grandes proportions tie sel marin et tie cblorure de magnesium 
pouretre desagreable an gout et avoir une action purgative assez 
prononcee ; aussi les indigenes eux-memes disent-ils de Tun 
de leurs puits renomme pour la mauvaise qualite de ses eaux : 
« Mieux vaut cent coups de baton qu'une gorgee de l'eau de 

(l)Voy. lesouvragcs deju die's de MM. Fourncl, Dubocq, le general Des- 
v.uix, Ch. Laurent et ceux tie MM. Prax el Berbrugger, ainsi que Texliait 
du riapportdu general Desvaux pnblie* par M. Figuier (Annee sclent! fique, 
1858, I, p. 171). 



si I! IT BAHAMA W.C.IRIF.N KT SKS GVLTMM* I.V 

Brotll. » — Dans les c;iu\ salines des losses lies oasis de TOued 
Hit-, alimentees par les juiits, exisle en abondance nne espece 
particuliere de poisson, voisine du genre Perche (1) (Glyphi- 
todm Zillii, Valenciennes), qui apparait partout ou de nou- 
veaux puits sont creuses. Aussi ce poisson parait-il vivre 
indilleremment dans les eaux souterraines de la nappe arte- 
sienne et dans celles qui se sont repandues a la surface du 
sol.j On le retrouve aussi dans les gouffres formes par des 
puits artesiens indigenes effondres et dans quelques petitslacs 
profonds, dont les plus remarquables sont la mer d'Oitrlana, 
pres de l'oasis de ce nom, et^celui de la Merdjaja, pres de 
Tougourt (2). 

Le caractere le plus saillant de la vegetation saharienne est 
son unil'ormitc. mise en evidence par la presence des memes 
t'sprces caracteristiques dans des stations qui different par 
laltitude, la nature du sol ou ses accidents. L'ensemble des 
vegelaux croissant spontanement dans le Sabara algerien, en. 
dehors des cultures, ne depasse pas lechiflre de 500 especes i'3'i. 

(1) Ce poisson a <5te* successivement d^signe" sous les noms de Perca 
Guyonii Heck, (in Guyon, loc. cit.,p. 228), Acerina Zillii Gerv. {Acad, 
sc. lettr. JUontp.), Coptodon Zillii Gerv. [Bull. Soc. agric. Herault), et 
de Glyphisodon Zillii Valenc. (Compt. rend. Acad, sc, 1858). 

(2) Shaw (Travels or Observations relating to... Barbary...) signale la 
presence d'un poisson (ties probablement le Glyphisodon Zillii) dans les 
eaux des oasis du sud de la He'gence de Tunis. 

line lettre de M. Ay me, manufacturier franqais, gouverneur des deux 
grandes oasis de Thebes et de Garbe\ en fcgypte (lue en 1838 a la Soci^tc 
d'encouragement de Paris, et reproduite dans le Rapport de M. le g6n£ral 
lii'svaux sur les forages arte*siens execute's dans le Sahara de la province de 
Constantine, en 1856 et 1857 [p. 22]), eMablit la grande analogic existant entre 
les puits artesiens indigenes des deux oasis soumises a son autoritc et 
ceux de l'Oued Rir. M. Aymeadraet l'cxistence d'un cours d'eau souterrain, 
et signale dans un puils qu'il a fait rgtablir la presence depoissons vivant 
dans les memes conditions que ceux de l'Oued Mr. 

(3) I.es families representees dans le Sahara alglrien par le plus grand 
nombre d'especes sont : les Composees, les Graminees, les Legumineuses, 
les Cruci feres et les Salsolacees, etc. Certaines families, a peine represen- 
tees dans les attires regions naturelles de FAIgdrie, acquierent dans la region 
saharienne unc importance resile par le nombre de lenrs especes et leur 
abondance. 



M'l SOCltiTK IMl'tiRIALR ZOOLOf.lQl'E D-'aCCLIMATATION. 

Le plus grand nombre d'entre elles sont vivaces, eroissent en 
toufi'es, et ont un aspect sec et maigre, un port roide et dur tout 
a fait caracteristique. De nombreuses especes sont plus ou 
moins ligneuses, mais les veritables arbres, sauf le Dattier et 
les autres plantations des oasis, ne sontguere qu'une exception. 
Dans les plaines sahariennes, diverses especes de Tamarix, dont 
I'unepropreausud, TEtbel (T. articulata), s'etend jusque dans 
le pays des Touaregs, sont presque les seuls vegelaux ligneux 
arborescents j ils formentsur quelques points de veritables bois 
aux bords des oueds ou dans les depressions humides en hiver 
(dayas). Un seul arbre, par son developpement, rappelle ceux 
de nos pays temperes : c'est unc especc de Lentisque (Pistacia 
Atlantica), qui, appartenant plus specialement a la region des 
hauls-plateaux, s'avance dans le sud jusque dans la vallee de 
l'Oued en Nsa, au dela du 33* de latitude. 

Si Ton compare la statistique des vegetaux reellement spon- 
tanea dans les terrains incultes des environs de Biskra avec celle 
des contrees analogues (1), on voit que sur les 416 especes 
constituant la (lore indigene de Biskra, 37 seulement se re- 
trouvent dans le centre de I'Europe etl/0 dans la region me- 
diterraneenne ; 119 existent dans les regions desertiques de 
l'Orient, et sur ce nombre 33 appartiennent egalement au midi 
de l'Espagne ; lh especes n'ont encore ete observees que dans 
le sud de l'Algerie ou de la Regence de Tunis. — Un aura en- 
core une idee plus nette des veritables affinites du Sahara 
algerien en prenant pour point de comparaison la statistique 
vegetale des deserts de l'Egypte depuis Alexandrie jusqu'au 
Caire, telle qu'on peut l'etablir d'apres les renseignements les 
plus recents (2) • on trouvera en eflet que sur le total de 207 es- 
peces connues dans cette partie du desert egyptien, \hh se 
retrouvent dans les deserts de TAlgerie. 

(1) Voy. Rapport sur un voyage botanique en Algerie, par M. E. Cosson 
(public, en 1856, dans les Annnales des sciences natur elles). 

(2) Incle'pendamment de la Flore d'Egypte par Delile, nous avons con- 
suite" les collections recueillies par les divers botanistes qui ont explore" 
l'Egypte, el en parliculier cellos de Wiest, Bove\ Uusson et de MM. Figari, 
Boissier, L. Kralik, etc. 



SUR LE SAHARA ALGERIEN ET SES CULTURES. LVII 

La zoologie n'indique pas moins clairement les affinites dll 
sud de l' Algerie avec les deserts de l'Orient : le Lievre d'Egyptc 
(Lepus lsabellimis) y est comtnun; la Gazelle, <jui habite ega- 
lement l'Arabie, s'y rencontre par bandes nombreuses, et 
X Ant Hope add ax de la ISubie a ete retrouve dans les dunes des 
aregs de Touest par MM. de Colomb et P. Mares (1) ; plusieurs 
reptiles, le Waran ou Monitor d'Egypte (Waranus arenarius) 
et le Ceraste ou Vipere cornue (Cerastes comutus) sont com- 
muns a l'Egypte etau Sabara algerien. L'entomologiedes deux 
pays est des plus analogues : le Scarabee sacre (Ateucns sacer) 
et les Pimelies ne sont pas moins communs dans les sables du 
desert algerien qu'au pied des Pyramides. 

De ces donnees il resulte que le Sahara algerien se relie par 
d'etroites affinites avec l'Orient desertique, represente par 
TEgypte, une partie de la Syrie, TArabie et une partie de la 
Perse meridionale. C'est done surtout dans la region saharienne 
que nous trouvons la confirmation de la loi,enonceeailleurs par 
nous, d'apres laquelle les inlluences selon la latitude sont do- 
minantes dans I'interieur. On peut dire, au point de vue de la 
geographic botanique, que s'avancer en Algerie, dans le sud 
dans le sens du meridien, c'est moins se rapprocber du tropique 
que de l'Orient. 

De l'ensemble des considerations que nous venons d'exposer 
il nous parait resulter de la maniere la plus manifeste que les 
animaux et les vegetaux dont l'acclimatation peut 6tre tentee 
avec les plus grandes cbances de succes dans le Sahara alge- 
rien doivent <Mre empruntes surtout aux regions desertiques 
orientales (2) . 

Le Chameau a deux bosses, l'animal de transport le plus 
repandu en Asie, et qui existeegalement dans la basse Egypte, 
pourrait utilement 6tre introduit en Algerie et sur de nom- 

(1) Voy. Observations de meieorologie et d'histoire naturelle faites dans le 
sud de la province d'Oran, par M. P. Maris (Comptes rendus de I' Inst. , XLV.) 

(2) Voy. Delile, Histoire des plantes cultive'es en Egypte (public dans le 
grand ouvrage de la Description de l'Egypte). 

— Bove\ Observations sur les cultures de l'Egypte (public, en 1834, 
dans les Annates de I'Institut agricole de Frnmont). 



LVIII SOCIKTK IMPKRIALE ZOOLOC.IQUF. D'ACCLIMATATION. 

breux points remplacer le Dromadaire, dont la toison est loin 
de presenter la merne valeur industrielle pour la fabrication 
des tissus (1). 

Parmi les vegetaux dont la multiplication ou racclimataticin 
nous parait le plus utile, nous nous bornerons a citer comme 
arbres forestiers diverses espeees dePeupliers {Populus nigra, 
a/ba, Euphratica, etc.), diverses espeees de Saule [Salix Ba~ 
hylonica, pedicellala, etc.), les diverses espeees de Tamarix 
indigenes, le Pistacia Atlantica qui existe deja dans la region 
sabarienne montagneuse, le Caroubier, le Cypres, le Zizyphus 
Spina-Christi, le Melia Azedarach, le Cordia Myxa, le Schi- 
nus Molle, YElceagnus Orientalis, diverses espeees $ Acacia 
{Acacia Nilotica, Verek, Arabica et Lebbeck) imporlantes pour 
le bois de construction qu'elles pourraient fournir ou pour la 
gomme arabique qu'on pourrait en retirer ; le Sycomore 
d'Egypte (Ficus Sycomorus), en raison de son rapide develop- 
pement, de la tenacite de son bois et de son ombrage, pourrait 
etre plante avec avantage dans les oasis recentes ou au voisi- 
nage des puits. — Independamnient de nos arbres fruitiers de 
l'Europecentrale, tels que diverses varietes de Pechers, d'Abri- 
cotiers, dePruniers, etc., on pourrait multiplier ou introduire 
de bonnes varietes d'Orangers, de Citronniers et de Limettiers. 
[/existence de TOlivier dans les oasis de Biskra, ou ses fruits 
atteignent une grosseur exceptionnelle, et Timportance de sa 
culture dans quelques oasis du sud de la Regence de Tunis, 
demontrent qu'il pourrait etre inlroduit avec avantage dans la 
pi u part des oasis algeriennes. II en est de m6me du Caprier. 
dont une variete sauvage se rencontre frequemment eten abon- 
dance dans les rochersou les lieuxrocailleux.Le Murier (Morus 
alba) croit tresbien a Biskra, etenretardantl'eclosiondes oeul's 
de Vers a soie, comme on le fait en Egypte, en les conservant 
dans les puits jusqu'au developpement des feuilles, on pourrait 
a jouter aux autres ricbesses des oasis la production de la soie, qui 

(1) M. Davin, industricl distingue, el l'uu de nos confreres les plus aciifs 
et les plus zeles, a deja signal^ {Bull. Soc. imper. Acclim., IV, 253-257) la 
superiority, pour la fabrication des tissus, de la toison du Chameau d'Asie 
sur celie du Dromadaire de PAlg^rio. 



Sim LE SAHARA ALGER I EN ET SES CULTURES. LIY 

<!;ms IcmkI nedeviendrail pas moiiis importante quesur le litto- 
ral. Le Hiein [liiciims communis) pourraitaussi <Hre facilernent 
mulliplie et servir a la nourriture dll Bornbyx Cynthia. Parmi 
hv^ vegetaux alinientaircs, riulroduction des Bles prccoces, eten 
parlieulier ceux do TAhyssinie, permettrait, comme 1'ont de- 
montrelesessais fails a Biskra, l'extension de la culture des ce- 
reales en dehors de Tabri des Dattiers. Aux bords des canaux 
d'irrigation et au pied des Dattiers, certaines varietes de Riz, et 
en particulier le Riz sec, trouveraient de bonnes conditions de 
culture, comme le prouve le premier essai fait a Biskra. L'exten- 
sion de la culture duMa'is fournirait aux Sahariensdeprecieuses 
ressources alimentaires ; il en serait de ni^me de la culture en 
ui .Hid de la Lentille, du Pois-cbiche, des Dolichos et du Lupin. 
— Parmi les vegetaux industriels, leColonnier,le Henne, l'lndi- 
gotier, IcCartbame, l'Opunlia a cochenille,peuventelre cultives 
en grand; leLin reussitdanslesoasis,etilenseraitprobablement 
de m6me du Cbanvre cultive comme plante textile, du Sesame et 
de l'Arachide. Le Sorgbo sucre paraitrait devoir s'acclimater 
dans les oasis. Aux plantes fourrageres deja cultivees, telles que 
la Luzerne et le Ray-grass, pourrait £tre ajoute le Tretled' Alexan- 
drie,qui en Egypteconstituela principaleressourcefourragere. 

L'ombrage des Dattiers et la fraicheur du sol resultant de 
I'irrigation ont permis a r administration franchise d'introduire 
avec succes dans quelques oasis non-seulement les vegetaux 
cultives dans la region mediterraneenne chaude, mais encore 
la plupart des arbres fruitiers de l'Europe centrale et de nos 
plantes potageres et alimentaires, dont quelques-unes, telles 
que la Laitue,leRadisetleFraisier,sontbabituellemcntpropres 
aux pays temperes. Les caracteres generaux de la vegetation 
sponlanee, qui, dans les oasis, est constitute presque exclusi- 
vement par des espeees communes dans les terrains cultives de 
I" Europe, indiquent clairement que ces heureux essais d'accli- 
matation seraient facilernent generalises. 

En raison des variations extremes de la temperature du Sa- 
hara, inline dans les localites les moins defavorables, les cul- 
lures tropicales ne seront jamais qu'une exception, etplutotun 
objet decuriosite qu'une source de productions utiles. Des au- 



LX SOCIRTE IMPfiRTALE Z00L0GIQUE d'aCCLIMATATION. 

jourd'buid'ailleurslesrichessesacquises sontasseznombreuses 
et. assez importantespour qu'il y ait peut-etre moins a s'occuper 
d'acclimatations nouvelles que de l'extension et du perfection- 
nement des cultures d'un pays qui possede deja l'Olivier, la 
Vigne, le Figuier, le Cotonnier, le Lin, les Cereales, la Pomme 
deterre, denombreusesCucurbitacees, laplupart denosplantes 
alimentaires d'Europe, le Henne, l'lndigo, le Tabac, etc., et 
surtout le Dattier, qui dans tous les temps a ete pour Phornme 
un des vegetaux les plus precieux. 

Telles sont les principales conclusions pratiques resultant 
des voyages que nous avons executes dans le sud de l'Algerie 
sous le patronage du Ministere de la guerre, et c'est pour nous 
un devoir d'exprimer toute notre reconnaissance a Son Exc. 
M. le Marechal Vaillant, Ministre de la guerre, a M. le Marechal 
llandon et a M. le General Desvaux, dont la baute et bienveil- 
lante protection a permis la realisation de ces voyages et en a 
assure la securite. Grace aux moyens d'execution qui nous ont 
ete liberalement fournis et a l'obligeante sollicitude des officiers 
commandant les postes avances du sud, MM. de Colomb, Mar- 
gueritte et Seroka, nous avons pu explorer le Sahara algerien 
de Test a l'ouest et jusqu'a ses extremes limites meridionales, 
et recueillir de nombreux documents qui trouveront leur place 
dans le grand ouvrage de X Exploration scientifique de l'Al- 
gerie (1). 

(1) Voy., sur la vegetation saiiariennc et sur la distribution des veg&aux 
en Alg^rie les publications suivantes : 

— E. Cosson , Rapport sur un voyage botanique d'Oran au Chott e/ 
Chergui (publie" en 1853 dans les Annates des sciences naturelles). 

— Rapport sur un voyage botan. de Philippeville a Biskra [Ibid., 1856). 

— Itineraire d'un voyage botanique execute dans le sud des pro vinces 
d'Oran et d'Alger en 1856 (publie" en 1857 et 1858 dans le Bulletin de la 
Societe Botanique de France). 

— Lettre sur un voyage botanique dans la partie saharienne meridio- 
nale des provinces de Constantine et d'Alger (Ibid., 1858). 

— E. Cosson et L. Kralik, Sertulum Tunetanum, ou Notes sur quelques 
plantes rares ou nouvelles recueillies dans le sud de la Regence de 
Tunis {Ibid., 1857). 



ACCLIM VTATION DL QUELQLES ESl'KCES 1) OlSEAUX. LXl 

NOTICE SUR f/ACCLIMATATION 
DE QUELQUES ESPECES D'OISEAUX, 

Par M. A. DE ouimni.is 



Depuis Platon jusqiTa nos jours, les moralistes et les philo- 
sophes ont maintos fois cherche a indiquer dans une courte 
phrase combien FHomme se rapproche des animaux par cer- 
tains cotes, combien il en differe sous d'autres rapports. Se 
plagant a des points de vue assez divers, ils ont donne de notre 
espece de nombreuses definitions. Pourtant il en est une qui ieur 
a echappe, et qui pourrait se formuler ainsi : L'Homme est un 
animal qui a besoinde superflu. 

Voyez, en efTet, ce qui se passe dans le monde zoologique, 
depuis l'insecte le plus induatrieux jusqu'a ces oiseaux, a ces 
mammiferes en qui semanifeste d^ne maniere parfois etrange 
I'association de Intelligence et de Tinstinct. Pour atteindre 
le necessaire, chacun d'eux met en jeu tout ce quMl possede 
d'energie et d'activite : jamais il ne fait un pas pour aller 
au dela. II en est tout autrement de Tespece humaine. Chez 
elle , le superflu se montre inevitablement , la m6me ou 
manque parfois le necessaire 5 et c'est pour acquerir le premier, 
que rHomme semble tenir en reserve ses plus perseverants 
olforts. Partout et toujours, d'autant plus qu'il grandit davan- 
tage dans le monde intellectuel et moral aussi bien que dans 
le monde physique, on le voit chercher sans cesse quelque 
chose au dela de ses besoins actuels, multiplier ainsi ses exi- 
gences, et faire du superflu de la veillele necessaire du lende- 
main. Un fait aussi general ne peut que se rattacher a I'essencc 
merne de notre nature. Reconnaissons-le done franchement • 
si, pour rHomme, le necessaire est de rigueur, le superflu lui 
est indispensable. 



LXI1 SOCIETE IMI'EKIALE ZOOLOGIQUE d'acCLLMATAITON. 

Apres tout, cette aspiration, tant et si severement blauiec, 
a sa raison d'etre. Elle se confond avec 1'instinet du progres : 
elle l'excite et le motive. La, Messieurs, se trouve la reponse 
h quelques-unes des objections faites a notre Societe, objec- 
tions, il taut bien le dire, cbaque jour moins nombreuses et 
plus faibles. Nous avons fait de grands progres dans ropinion 
du monde. On ne conteste plus notre principe; on commence 
a nous pardonner le Yak et la Chevre d' Angora; on etendra. 
bientot la meme tolerance a tous les mammiferes qui nous 
occupent : mais quelques personnes sont encore intraitables, 
des ijU*fl s'agit des Oiseaux. Inutile, 'mexecutablc, tous les 
termes de reprobation qui s'adressaient naguere a Faccli- 
matation d'un animal quelconque sont aujourd'hui reserves a 
ces pauvres volatiles. — N'en soyons ni surpris ni coleres. 
La societe humaine, habituee a profiter sans peine des efforts 
individuels, ressemble un peu a un enfant gate. Comme lui elle 
a ses caprices, et n'accepte parfois qu'en boudant cela meme 
quelle desire le plus. Montrons-lui une fois encore, par quelques 
mots, et surtout par des actes, que nous travaillons pour son 
bien; elle nous rcviendra bien vi'te. 

Certes, si le reproche d'inutilite pouvait s'adresser avec 
justesse a quelques-unes de nos tentatives, c'est lorsqu'elles 
portent sur les oiseaux d'ornement. Mais ici la Botanique, 
cette soeur ainee de la Zoologie, a prepare les voies et vaincu 
les premieres repugnances. Les serres, les orangeries, ont fait 
accepter les volieres. Nos especes exotiques, aux formes ele- 
gantes, a la ricbe parure, sont admises au meme titre que les 
fleurs rares. Grace a cet instinct du superflu dont je parlais 
tout a Fheure, ce sont precisement nos oiseaux de luxe dont 
on conteste le moins Tutilite. 

Mais aussitot que nous prononc,ons les mots de gibier ou 
d 1 oiseaux de basse-cour, surtout celui d'oiseaux de boucberie, 
les objections pleuvent de toute part. Le cbasseur declare brns- 
quement qu'il se contente fort bien du Perdreau; Feconomiste 
demontre que les volailles actuelles, consommant tout le grain 
de nos fermes, il ne reste plus rien a manger pour de nou- 
velles especes ; le proprietaire s'effraye a la pensee de nourrir 



ACCLIMATATION UK UUELQUBS E8PECB8 It'oiSUAlA. IAIII 

de* niseaux quinze on vingt ibis plus volumineux queTOie, it 
tous nous repetent en cheeur : Vos essais sont inuliles, peut- 
elie meme dangereux; ils n'aboutiront a aucun resullat. 

En serait-il autrcmenl, quand meme le Faisan conmuin 
manquerait a nos pares, a nos forets, et le Dindon a nos basses- 
eours? Nun eertes, et le nom seul de ces deux especes suilit a 
re Inter nos adversaires. 

Le premier, importe en Grece, dans des temps quasi fahu- 
leu\ , se retrouve aujourd'hui a l'etat sauvage dans toute 
f Europe temperee ou meme froide. Parti des bords du Phase, 
an fond de la mer Noire, il habite nos forets du Berri et de la 
Touraine, tout comme les lies du Rhin. En avons-nous une 
Perdrix de moins, et nos gourmets trouvent-ils inutile que les 
Argonautes, nos illustres devaneiors en acelimatation, aient 
emporte avec la toison d'or quelques couples de ces Gallinaces? 

Le second, originaire de 1'Amerique du Nord, transports en 
Espagne par les conquerants du Mexique ou du Yukatan, par- 
vint en Angleterre vers 1524, en France peut-etre vers la 
meme epoque. Longtemps oiseau d'ornement et de luxe, il 
parut, dit-on, pour la premiere fois, sur une table francaise 
aux noces de Charles IX, en 1570. Son education, restreinte 
d'abord aux environs de Bourges, fut plus d'un siecle a se 
i vpandi ;e dans le restant de notre pays. Vous savez ce quelle 
est aujourd'hui. Dans les trois quarts de nos departements, il 
n'est pas de ferme peut-etre qui n'eleve son troupeau de Din- 
dons a cote des Poules, des Oies, des Canards, seulsconnus de 
nos aucetres. Les Dindons figurent pour une Ires forte part 
dans ces trois ou quatre millions de volailles ou de gibiers que 
Paris devore chaque annee (1). Prise aux Halles centrales, la 
chair de cet oiseau revient en moyenne a moins de 1 franc le 
• lemi-kilogramme. Elle est done a peine plus couteuse que la 
viande ordinaire du boeuf; beaucoup moins chere que les 
moiveaux de ehoix. Sans cesser d'etre economes, le petit ren- 

(1) UAnnuairc du Bureau des longitudes de 1859 nous apprend 
qu'en 1857 le prix An gibicr et d« la volaille manges dans l'enceinte des 
imirs doctroi de I'aris reprdsente une soniroe de 17 05'2 013 francs. J'ai 
suppose mi prix uioyen de 5 francs la piece dans ['approximation ci-dessus. 



LXIV S0CIETE 1MPEKIALE ZOOLOGIQUE b ACCLIMATATION. 

tier, l'ouvrier lui-m6me, peuventgouter acemets reserve judis 
aux tables royales. Voila quel est le r6le que joue dans notre 
economie | domestique un oiseau qu'on ne manquerait pas 
d'appeier inutile, s'il etait encore a acclimater. 

Les Anglais ne s'y sont pas trompes, Messieurs. Ce peuple, 
ulilitaire par excellence, n'a pas transports dans ses colonies 
seulement le Cheval, le Bceuf, le Mouton ; il ne s'en est pas 
tenu a ses mammiferes. II s'est fait suivre de ses oiseaux 
jusque dans les grandes iles de la mer du Sud ; et non pas 
seulement de ses Poules, de ses Canards, de sesDindons, mais 
encore des Perdrix et des Faisans, de l'Alouette et du Rossi - 
gnol. Des aujourd'hui, multiplies dans la Nouvelle-Hollande 
et la Tasmanie, les premiers sont chasses comme gibier, et 
tigurent au marche de grandes villes qui n'existaient pas il 
y a trente ans. Les seconds cbantent la-bas comme ils chan- 
taient en Europe-, rappellent la patrie absente aux exiles vo- 
lontaires comme aux proscrits de la loi, et feront comprendre 
aux descendants de ces pionniers certaines expressions, cer- 
taines traditions de leurs peres, qui, sans l'acclimatation de 
ces oiseaux, seraient devenues inintelligibles et se seraient 
perdues. 

En renversant les termes du probleme, en chercbant a 
amener cbez nous les oiseaux de ces lointaines regions, 
serons-nous moins heureux, et les previsions de nos censeurs 
doivent-elles se realiser? Le tableau complet des succes obte- 
nus deja serait une reponse victorieuse a une question qu'il 
estdesormais permisde trouver etrange. J'aimerais ale tracer 
ici; mais, faute de temps, je dois me borner a une esquissc 
incomplete et crayonnee surtout au point de vue de nos en- 
virons immediats, quels que soient mes regrets de ne pas 
montrer toutes nos ricbesses, de ne pas rendre pleine et 
publique justice a tous ceux qui les ont conquises. 

Les especes de luxe, mises en experience par nos habiles 
amateurs, sont nombreuses et variees. Plusieurs d'entre elles 
ont fourni a nos Bulletins des cbapitres pleins d'interet. Vous 
vous rappelez tous la Notice deja ancienne de M. Jules Delon 
sur la Perrucbe ondulee, et les details qui, sous la plume de 



ACCLIMATATION BE QUELQUES ESPECES D OISEAUX. LXV 

notre confrere, nous out fait aimer cet oiseau presque autant 
qu'il Taime lui-meme. Originaire de la Nouvelle-Hollande. 
cette Perruche a conserve sous notre ciel comparativement 
froid son caractere vif et enjoue, ses habitudes aimables. En 
France, com me en Australie, la mere laborieuse et tendre, le 
pere empresse et galant, les enfants, — selon la curieuse 
observation de M. Saulnier, — toujoursprets a s'entr'aider, a 
se secourir, ont presente 1' ensemble des plus riantes vertus de 
la famille, et pourraient servir de modele a bien des menages 
humains. 

La Perruche ondulee peut etre regardee comme le type de 
ces especes dont les mceurs ont pour I'esprit, pour le cceur 
meme d'un observateur delicat, des charmes irresistibles. Nos 
voliercs en renferment d'autres qui semblent faites surtout 
pour le plaisir des yeux. Tel est, entre autres, le Dindon ocelle, 
dont la queue est ornee de larges taches de saphir cerclees 
d'or et derubis (1), et qui, pour la premiere fois, vient de se 
reproduire en Europe, dans le Jardin zoologique de Londres ; 
tels sont encore le Cygne a col noir et cinq especes de Faisans 
dont M. Mitchell, l'habile directeur de cet etablissement et 
notre confrere, a vu plusieurs fois les couvees repondre a ses 
soins; tel est surtout le Lophophore, cet enfant des forets de 
THimalaya que les Hindous appellent TOiseau d'or , et qui 
serait le plus splendidement v6tu de sa classe, si le Paon 
n'existait pas. Lui aussi, s'est reproduit plusieurs fois entre 
les mains de II. Mitchell; et peut-etre, grace a son origine, de- 
viendra-t-il unjour l'ornement de nos plus modesles exploila- 
tions -, mais jusqu'a ce jour son prix est reste lellement eleve/ 
que pas un amateur, pas un etablissement frangais, n'a pu le 
disputer a nos ricTies voisins d'outre-Manche {'!). 

(1) Expression de Cuvier, qui a le premier de"crit cetle especc. 

(2) Prix de quelques animaux de la menagerie de lord Derby, a la vente 

de Knowsley, en octobre 1851 : 

9Iaminif6res. 

Cerf du Canada, . Cervus canadensis «* ) '''"," „""'• £?"'•• 

id. ?!••• io5 2625 

A ' 9n0U Antilopejnu ^| #> m ^ 

T. Vh — Janvier ct Fevrier 1859. e 



LXV1 S0CIETE IMPERIALS ZOOLOG1QLE D ACCL1MATATI0N. 

Je ne puis encore que vous signaler a. la hate la Grue de 
Mandchourie, rapportee par notre ardent confrere, M. de Mon- 
tigny, et qui deja s'est reproduite au Museum •, le Canard de 
la Caroline, a peu pres acclimate depuis plusieurs annees, 
entre autres chez M. Coiftier et au Museum; le Canard de la 
Chine, cet elegant mandarin, qui sera bientot tout aussi com- 
mun que son lrere, si les eleveurs ne retardent pas son accli- 

Livres steil. Francs. 

A. nilgaul Antilope picla a* 45 1125 

A. oryx Antilope oryx <f 62 1550 

Id. $ 62 1550 

A. addax Anlilope addax (f 32 800 

A. pourpre .... Antilope personata (f . . . . 27 675 

Id. $. . . . 30 750 

Yak Bos grunniens <j> 100 2500 

Vigogne Auchenia vicugna (f 30 750 

Guanaco A. guanaco 41 1025 

Lama A. lama 34 850 

Id. (2 individus). ... 60 1500 

Id. (2 individus). ... 69 1725 

Zebre Equus zebra Cj> 130 3250 

Dauw E. Burchellii tf 150 3750 

Id. $ 180 A500 

Kangurou giant. Macropus major (3 individus). 105 2625 
Oiseaux. 

Spizaetus bellicosus 35 875 

Merle bleu. . . . Turdus cyaneus tf 10 250 

Toucan Ramphastos 8 200 

Ard Ara hyacinthina 16 400 

Goura Goura coronata (2 individus). 30 750 

Autruche Struthio camelus a* 70 1750 

Cygne a colnoir. Cygnus nigricollis (fQ (6ind.) 180 4500 

Canard mandarin Anas galericulata (3 individus) 41 1025 

Les principals menageries avaientdes representants a cette vente. Voici 
les sommes dont pouvaient disposer quelques-uns d'entre eux : 

MM. Mitchell, representant du Jardin zoologique de Londres. . 50 000 fr. 
Westerman, id. d'Amsterdam. 30 000 

Vekmans, id. d'Anvers. . . 20 000 

Les chiffres qui precedent ne justifient que trop, on le voit, ce que jc dis 
a diverscs reprises du peu de resources dont dispose le Museum pour 
hitter contre ses riches concurrents. 



ACCLIMATATION 1>E QlELUjlJES ESPECES DOISEAIX. LXV1I 

mutation par un exces de soins ; le Cygne australien dont 
ie plumage noir enleve aux poetes un de leurs termes dc 
comparaison favoris: <|ui, deeouvert en 1792 par notre com- 
patriote Labillardiere, se reproduisaiten 1850 seulement dans 
le [>arc de lord Derby, bien peu apres ehez nos confreres 
MM. Le Prestre, de Rotbschild et Ruffier, et qui, dans peu, 
partagera avec son frere l)lanc I'ernpire de nos pieces d'eau ; 
I'Oie d'Egypte enfin, apportee au Museum par Geoftroy Saint- 
Hilaire pere, acclimatee par GeoH'roy Saint-Hilaire tils , a 
ee point (ju'il existe aujourd'liui une race franchise, eL (jue 
Kepoque de la reproduction a change pour se mettre d'accord 
avec notre climat. Toules ces especes et bien d'autres meri- 
teraient de nous arnHer ; mais l'heure presse, je dois me hater ; 
et pourtant je voudrais intercaler ici une reflexion bien natu- 
relle dans ma bouche. 

A diverses reprises je viens de prononcerle nom du Museum. 
tTaurais pu le repeter plus souvent encore, et aucun des 
membres de la Societe n'en eut ete surpris. Tous savent que, 
sur le terrain de I'acclimatation, comme sur tous les autres, 
cet etablissement est reste le digne emule de ses rivaux etran- 
gers. Kiches des dons que leur adressent de puissantes colo- 
nies, les Jardins zoologiques d'Angleterre ou de Hollande 
ont quelquefois devance le Jardin des plantes de Paris dans 
rintroduction d'especes nouvelles ; jamais ils ne Tont surpasse 
quand le manque de fonds, le del'aut d'espace, rinsuffisance 
de personnel , qui motivent depuis taut d'annees ses trop 
justes reclamations, n'ont pas oppose a I'initiative des profes- 
seurs, au zele des employes, des obstacles insurmontables. 
Sans mGme tenir compte des Mammiferes, groupe ou l'avan- 
tage est incontestablement de notre cote, les exemples que je 
viens de citer, ceux bien plus nombreux dont je vous epargne 
T enumeration, ont mis depuis longtemps ee fait hors de doute 
pour tout juge impartial. 

Mais revenons a nos Oiseaux. 

Nos experiences sur rintroduction de nouveaux gibiers ont 
pris dans quelques cas un developpement exceptionnel, grace 
a une volonte toule-puissante. M. le baron de Lage, officier 



LXVIIi SOClETli IMPfitUALB ZOOLOGIQIE D ACCLIMATATION. 

de la venerie imperiale et notre confrere, avait essaye d'accli- 
mater a Rambouillet la Perdrix gambra, empruntee a l'Algerie 
et aux regions les plus meridionales de l'Europe. Un succes 
remarquable couronna cette tentative, faite d'abord en petit, 
et attira l'attention du premier veneur, M. le prince de la 
Moskowa, que nous comptons aussi dans nos rangs. Bientot 
PEmpereur lui-meme s'interessa a ces essais, et voulut qu'ils 
fussent repris sur une ecbelle digne du cbef de l'Elat. Par les 
ordres de Sa Majeste, en 1857, 3845 oeufs de Perdrix gambra 
furent mis en incubation a la faisanderie de Rambouillet, diri- 
gee par M. de Violaine ; 3500 oeufs de la meme espece lurent 
remis a notre zele confrere M. Fouquier de Mazieres. Celui-ci 
enleva d'abord 125 oeufs evidemment mauvais. Les 3375 res- 
tants lurent partages en deux moities. L'une fut placee a la 
faisanderie de Saint-Germain. On distribua la seconde par 
petits lots aux gardes, aux employes, dans les postes isoles. 
20/i oeufs furent m6me deposes en pleins fourres dans des 
nids de Perdrix grises et de Faisans. Cette incubation par 
supercherie reussit merveilleusement. Les nourrices sauvages 
eleverent comme leurs enfants ces petits etrangers dont elles 
se crurent les meres; et ceux-ci, places dans des conditions 
en barmonie avec leurs babitudes de race, prospererent a 
ravir. 

Des cette premiere annee, les Gambras ligurerent pour un 
quart environ dans le nombre des Perdrix tuees aux cbasses 
imperiales. Au mois de mai 1858, plus de 300 pariades furent 
reconnues. Aujourd'bui racclimatation de cette belle et bonne 
espece peut t>tre regardee comme accomplie dans les forets de 
la Gouronne. Le Gambra ne restera certainement pas renferme 
dans ces limites. II gagnera de proche en procbe comme a fait le 
Faisan ; et tot ou tard nous le verrons, dans les etalages de 
gibier, faire concurrence au moins a la Perdrix rouge de nos 
departements meridionaux. 

Pour atteindre du premier coup un resultat aussi decisif, il 
n'a fallu rien moins que l'intervention du Souverain, qui, des 
l'origine, se declara le protecteur de notre Societe. Plus lents 
et plus modestes, les succes obtenus par de simples particuliers 



ACCUMATATION DR QUELQUES ESPKCES IWMSRAUX. I.XIX 

nVn meritent pas moins voire attention. Je vondrais les ra- 
eonter tons; mais iei encore il faut elioisir et me homer a 
antiques mots sur racclimatation des Colins. 

Vous connaissez ce joli groupe qui represente dans le nou- 
veau monde les Perdrix de Tancien continent. Deux especes, 
toules deux venues de l'Amerique septentrionale, se partagent 
surtout en ce moment l'attention des educateurs: le Colin houi 
et le Colin huppe de Californie. Des 1816, M. Florent Prevosl 
avait tente l'acclimatation du premier par le procede a la 
fois le plus simple et le plus rationnel. A divers reprises, il 
ahandonna au milieu de grands pares ou en pleins champs 
quelques paires d'individus fraichement arrivees de leur pays 
natal. En 1837, chez M. Alfred de Cossette, il reussitsi hien, 
que, pendant plusieurs annees, on a chasse le Colin, comme 
la Caille ou la Perdrix, sur quelques grands domaines de la 
Bretagne. 

A cOte du Houi est venu se placer depuis peu le Colin 
huppe. Plus petit, mais beaucoup plus fecond, il a gagne 
d'emblee la faveur de nos oiseliers, grace surtout a son carac- 
tere a la fois vif et confiant. Decouvert par celui de nos navi- 
gateurs qu'on a pu appeler le Cook frane,ais, par La Perouse, 
introduit en Europe par un de nos compatriotes, cet oiseau 
reunit tous les litres possibles a notresympathie. C'est en 1852, 
que M. Deschamps embarqua six couples deces Colins achetes 
en Californie au prix de 200 francs la paire. Deux males, une 
femelle, perirent pendant la traversee. Mais des 1853, les 
couvees, parfaitement reussies, venaient combler ce vide; et 
l'heureux introducteur cedait une partie de ses produits a nos 
confreres MM. Pomme, de Rothschild et Saulnier. A leur lour, 
ceux-ci tirent de nombreux eleves, et pourtant la faveur qui 
s'atlacha tout d'abord a cette charmante especefut telle, que 
le prix d'une seule paire s'eleva jusqu'a 400 francs. 

Comme M. Florent Prevost, M. Deschamps a tente raccli- 
matation libre, etila reussi comme notre confrere. Au prin- 
temps de 1857, deux paires furent lachees par lui dans un ter- 
rain accidente et boise de la Haute -Vieune. Au mois de 
juilletl858, il eutla joie derelrouver en pleinesante etsuivis 



LXX SOCIETR IMPERIALE Z00L0GIQUE d'aCCLIMATATION. 

d'une nombreuse famille, ces Colins livres a eux-memes dix- 
liuit mois auparavant. De pareils faits, Messieurs, n'ont pas 
besoin de commentaires. 

Autant et plus que les forets ou les landes, nos basses-cours 
sont le theatre d'experiences journalieres ; mais celles-ci por- 
tent plus rarement sur des especes nouvelles. Le Hocco, le 
Marail, le Goura, le Mandarin, et bien d'autres destinees a 
prendre place tot ou tard a cote de nos Poules, de nos Pigeons, 
de nos Canards vulgaires (1), sont encore des oiseaux de luxe, 
et ne sauraient etre l'objet d'une exploitation usuelle. En re- 
vanche, les races diverses des especes deja conquises se multi- 
plient chaque annee ; et quelques-unes d'entre elles, venant 
de con trees eloignees, ont du subir une veritable acclimatation. 
Telle est, entre autres, la race cochinchinoise, aujourd'hui re- 
pandue partout, grace surtout a la lettre aussi instructive 
qu'interessante publiee, il y a cinq ans, par madame Passy. 

Telle serait aussi cette grande race malaise, qui nous est 
arrivee par Tile de la Reunion , et dont le prix est encore 
de h a 500 francs la paire. Mais, merite-t-elle nos efforts 
et nos sacrifices? II serait premature de repondre en pre- 
sence du disaccord qui separe a ce sujet deux juges aussi 
eompetents que Fauteur de la Notice sur les" cochinchinois, et 
M. le docteur Chouippe. Formee pour ces combats ou les 
Malais et les Tagals engagent parfois leur fortune entiere, 
cette race est eminemment — belliqueuse, dirait notre con- 
frere, — meurtriere, repondrait aussitot madame Passy. Le 
premier peint le coq de Malacca comme voulant, il est vrai, 
gouverner en despote , et corrigeant avec le dedain de la 
force quiconqueose le braver • mais, en revanche, il le montre 
protegeant ses sujets, affrontant pour eux Tepervier ou la 
buse, et empechant ces brigands de I'air de prelever leur 
tribut annuel sur la basse-cour ou il regne. Madame Passv, de 
son c6te, nous raconte comment, au moindre sujet de mecon- 



(1) Voyez, sur loutes ces espoces, ce qif en a dit M. Ts. Geoffroy Saint- 
Hilaire dans son onvrage intitule : Domestication et naturalisation (hs 
animaux utiles. 



accu natation df qlrlqi i:s rcspfceES d'oisealx. LXXI 
Lenternent, la poule cas*e la tele a ses poussins; comment le 
eaq, au lieu d'altacjuer en face, prend en traitre ses adver- 
saires, et froiiiement, sans colere apparente, fait jaillir au loin 
leur cervelle d'un seul coup de son bee de fer. A I'appui de 
ses dires, elle montre les cadavres de cinq coqs magnifiques 
immoles ainsi par trabison. Qu'est done le Malacca? Lache 
bravo, ou vaillant guerrier ? L'un et l'autre peut-etre. On di- 
rait que son courage est asiatique, et ressemble a celui des 
bommes de son pays, aussi capables d'assassiner dans l'ombre 
que de combattre au grand jour. — Chez madame Passy d'ail- 
leurs, tout comme cbez M. Gbouippe, cette race curieuse a 
paiiaitement reussi. 

En sera-t-il de meme des grands oiseaux de boucberie? 
Fort des experiences qui se multiplient, je n'hesite pas a re- 
pondre allirmativement. Sans meme parlerdu Nandou, si facile 
a apprivoiser, que, dans son pays natal, on se contente d'elever 
les jounes ramasses en rase campagne, voyons ce qu'on pent 
attendre du Casoar et de I'Autrucbe. 

Le premier, originaire de l'Australie , par consequent d'un 
pays cbaud, n'en est pas moins ,propre a braver des latitudes 
^laciales. On l'a vu, au Museum, coucher toujours a la belle 
♦Hoile, se laisser ensevelir sous la neige sans s'eveiller, et, pen- 
dant plusieurs jours, conserver sur son dos une ccuche de 
glace, sans avoir l'air de s'en apercevoir. La stabulation ne 
Teprouve pas davantage. Pendant pres d'un an, M. Florent 
Prevost a loge deux femelles dans la meme cbambre au 
swtieme etage. L'une d'elles, amenee plus tard au Jardin des 
plantes et appariee, commence a pondre en 1850. En 1851, 
M. Prevost, seconde par M. Regnier, faisandier du Museum, 
parvint a surmonter les tres grandes difficul.tes resultant du 
defaut d'espace, de Taffluence.des promeneurs et de la timidite 
des oiseaux. Une premiere eclosion eut lieu chez nous, et cola 
en meme temps qu'en Angleterre, dans I'lmmense et solitaire 
pare de lord Derby. Elle produisit trois jeunes tres vigoureux. 
La campagne de 1852 fut moins beureuse. La femelle pondit 
seize ceufs; mais, le male, qui joue ici le role ordinairemenl 
devoid a la mere, qui seul couveet fait eelore, le male, disons- 



LXXII SOCIKTK IMPtiRULE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

nous, etait infirmo et a bout de forces. II cassa la plupart de 
ces ceufs, objcts de sa maladroitesollieitude, et un seul poussin 
resulla de cette couvee. Ainsi se Irouva interrompue une 
experience importante, et que, fautede fonds, le Museum n'a 
pu continuer. Mais, telle qu'elle est, ses resultats parlent trop 
haut, pour qu'il soit necessaire d'en faire ressortir les conse- 
quences. 

Ce n'est pas a Paris que nous comptons domestiquer l'Au- 
truche, au moins immediatement. A cette fille des deserts afri- 
cains, il faudra longtemps des temperatures moins froides. 
Elle narrivera chez nous que par etapes. Mais pour l'y ame- 
ner, pasn'estbesoin d'emprunter un sol etranger. En prenant 
la place des forbans qui tenaient en armes toutes les cotes de 
la Mediterranee, notre patrie a recueilli le fruit de Timmense 
service rendu par elle a I'humanite. Elle s'est completee en 
ajoutant a ses climals, deja si divers, le climat brulant de 
FAfrique. L'Algerie n' est pas une colonie ordinaire; c'est la 
France du Midi. Elle sera la premiere station des Autruches 
domestiques. 

II y a bien peu de temps encore, je n'aurais pu tenir ce lan- 
gage. Comme 1'Elephant, disait-on, l'Autruche ne se reproduit 
jamais en captivite ; et des recherches toutes recentes sem- 
blaient consacrer definitivement cette croyance. M. le docteur 
Gosse, voulant ecrire Thistoire d'un oiseau que ses plumes, ses 
oeufs, sa cbair, rendraient triplement utile, avait dresse, en 
1856, le questionnaire qui figure dans nos Bulletins. Un autre 
de nos confreres, qui semble avoir toujours du temps de reste, 
quand il s'agit d'obliger et d'etre utile, M. le Marechal Vail- 
lant, eut soin de le faire parvenir la ou il pouvait trouver des 
reponses. En J 857, nous arrivaient d'Alger, d'Oran et de Con- 
stantine, buit rapports rediges par des caids indigenes, par 
des chefs des bureaux arabes, par notre confrere le general 
Jusuf. De ces rapports, les uns niaient, les autres affir— 
maient la reproduction des Autruches en captivite ; mais, 
tout bien pese , le docteur Gosse se prononcait pour Ja 
negative. 

Eh bien, a ce moment m6me, le probleme etait resolu en 



ACCLIMATATION DE QrELQTES ESPBCES H OISEAUX. LXXIII 

sens contraire I la Pepiniere d'Alger. La notre confrere 
M. Hardy voyait, des 1856, ses Autruches creuser un niil et 
poodre, mais non couver. En 4857, grace a des dispositions 
intelligentes, ces preliminaires aboutissaient, et un poussin, 
deja gros comme un fort canard, brisait beureusement sa co- 
quille (1). Kn 1858, la reussile fut plus complete encore. Male 
et femelle couverent tour a lour seize ceufs pondus en deux 
mois, et ne quitterent le nid qu'accompagnes d'une bande de 
neuf autruchons. Domestiquer TAutruche en Algerie est done, 
non-settlement possible, mais probablement assez facile. 

Vous le voyez, Messieurs, de nouveaux oiseaux en tout 
genre, et venant de tous les points du globe, vivent et se re- 
produisent en France, en Angleterre, en Hollande, partout ou 
Ton s'en occupe. La question de leur acclimatation est scien- 
tifiquement resolue.Ce n'est pas assez pour notre Societe. Elle 
ne doit jamais perdre de vue ce que disait, il y a un an, notre 
confrere M. Drouyn de Lbuys, dans un discours que nous 
avons tous voulu lire apres l'avoir entendu : « Les veritables 
amis des peuples sont ceux qui mettent a la portee de tous les 
biens dont la jouissance ne semblait etre que 1' apanage de la 
richesse. » 

Ces paroles sont profondement vraies. 11 ne suffit pas que 
des oiseaux en petit nombre, par cela m6mc toujours fort chers, 
par cela m£me aussi objets d'un commerce restreint et sans 
importance, s'elevent cbez quelques amateurs opulents ou dans 
quelques etablissements publics suffisamment retribues. Ilfaut 
que le commerce des oiseaux, comme celui des fleurs et des 
arbustes d'agrement, remue des millions en mettantles especes 
aujourd'hui rares a la portee des plus modestes bourses. II faut 
que le chasseur rencontre auboutde son fusil des Colins et des 
Garnbras, comme il y trouve aujourd'hui des Perdrix grises. II 
faut que des vols de Marails et de Gouras habitent nos pigeon- 

(l) Le portrait a Phuile de cet aulruchon, le premier que Ton sache avec 
certitude etre ne" de parents apprivoisls, a die" envoyc" a M. le Mardcha 
Vaillant, qui a bien voulu s'en dessaisir en faveur de la Soctete\ II va etre 
encadre et place 5 dans la salle des stances de la Society. 



LXXIV S0CIETE IMPEMALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

niers. II faut que desbandes de Nandous etde Casoars s'ebattent 
dans nos basses-cours. Alors, mais seulement alors, la Sociele 
d'acclimatation pourra se dire satisfaite. 

Mais, pour en arriver la, la perseverance et le temps sont des 
elements necessaires. II a fallu trois cents ans pour que le 
Dindon devint cequ'il est, l'objet d'une exploitation populaire 
et facile. Notre ceuvre n'est done pas l'oeuvre de quelques an- 
nees, ni meme d'une vie d'homme. Nous en leguerons la ma- 
jeure partie a nos successeurs, et nos petits-fils peut-etre n'en 
poseront pas le couronnement. 

Je ne crains pas, en m'exprimant ainsi, de voir defaillir vos 
courages; j'ai la certitude que je ne lais que les exciter. Les 
resultats deja conquis, et dont je viens d'indiquer les moins 
remarquables peut-6tre, sont une premiere recompense de vos 
efforts. II en est une plus serieuse dans la conviction que nos 
succes seront les germes de succes plus grands encore; dans 
le sentiment que nous vivons , pour ainsi dire , au dela de 
Theure presente et que nous travaillons pour Tavenir. 



RAPPORT OK U COMMISSION PES RECOMPENSES. LXXV 

RAPPORT 
AU NOM DE LA COMMISSION DES RECOMPENSES «, 

Par >l. |e coiuto .11 I'll I >l Is Ml . 

Secretaire general de la Society. 



MONSEIGNEIR, MESSIEURS, 

N'attendez pas que j'entre dans de longs details sur les re- 
compenses accordees par la Societe. Le rapport si exact et si 
complet que vous avez entendu vous a donne pleine satisfaction 
a cet egard en vous faisant connaitre ses travaux. Qu'il me soit 
permis de le faire remarquer : si , par une irregularite de 
marche qui ne doit pas nous etonner et dont la nature mOme 
de notre ceuvre devait faire prevoir l'existence, la liste des 
recompenses est un peu moins longue cette annee que les an- 
neesprecedentes, d'importants resultats n'en ont pas moins ete 
obtenus, et cela, disons-le avec orgueil, sous Fimpulsion feconde 
de notre jeune Societe. Je n'en veux mentionner qu'un seul ici, 
e'est I'introduction et racclimatation du Ver a soie du Vernis 
do Japon. Si les etudes sericicoles ne sont pas pour tous ega- 
lement attrayantes, il n'en est pas moins vrai que nulle ques- 
tion nest plus digne de notre attention et de nos efforts, sans 
qu'il soit hesoin -pour cela des circonstances facheuses qui 
cprouvent notre industrie des soies depuis quelques annees. Si 
nous ne pouvons savoir encore toute la portee des services que 
rendra la soie du Vernis du Japon , nous pouvons du moins 
al'lirmer des a present qu'ils seront considerables, et nous feli- 

(1) La Commission des recompenses etait ainsi composed : 

Membres de droit. — Le President (M. Is. Geoflroy Saint-Hilaire), et le 
Secretaire general (M. le comte d'tpremesnil). 

Membres eius par le Conseil. — MM. Frederic Davin, Auguste Humeri I, 
Frederic Jacqaemart et Moquin-Tandon. 

Membres eius par les cinq sections. — MM. C. Dareste, C. Davelouis, 
J. Michon, Millet et Fred. Moreau. 



LXXVI SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

citer d'une acclimatation desormais accomplie. Vous verrez, 
Messieurs, par la lisle de nos laureats, que bien d'autres succes 
ont ete obtenus, et que nous marchons d'un pas de plus en 
plus ferine dans la voie nouvelle inauguree par nous. 

Selon les prescriptions de notre reglement, les noms de plu- 
sieurs savants distingues appartenant a l'Institut n'ont pu, par 
suite d'une legitime deference, etre inscrits parmi ceux de nos 
laureats. Nous ne nous en plaisons pas moins a payer ici un 
juste tribut d'eloges aux travaux de MM. Becquerel, Coste, 
Jomard et Stanislas Julien, qui ont ete deja signales. C'est 
pour des raisons de m6me nature que nous ne pouvons que 
mentionner ici les noms de nos bonorables collegues, MM. de 
Monligny, Mgr Perny et le docteur von Siebold, membres 
honoraires de la Societe. 

CONCOURS ANNUEL. 

RECOMPENSES HORS CLASSE. 
Ittembres honoraires. 

La Societe a decerne cette annee deux titres de Membres 
bonoraires : 

Au R. P. Annibale Fantoni, de Bielle (Piemont), missionnaire 
au Cban-tong (Chine), et a M. le commandant Maury, de la 
marine des Etats-Unis d'Amerique. 

En decernant le titre de Membre honoraire au R. P. Anni- 
bale Fantoni pour Tin traduction en Europe du Ver a soie de 
1'Ailante glanduleux, la Societe a voulu prouver une fois de 
plus toute rirnportance qu'elle attache aux questions serici- 
coles et a l'importation de nouvelles especes de Vers a soie ; 
elle a voulu honorer de sa plus haute distinction le zele 
patriotique de ces intrepides missionnaires pour lesquels la 
mere patrie n'est jamais absente, et qui savent tirer pour 
elle, du sein de leur pauvrete, les plus riches tresors. 

En offrantle titre de Membre honoraire a M. le commandant 
Maury, officier de la marine des Etats-Unis, surintendant de 
TObservatoire national de Washington, la Societe n'a pu re- 
compenser que la partie de ses travaux qui se rattachent direc- 



RAl'l'ORT DE LA COMMISSION DES RECOMPENSES. LXXVIl 

teinent a son ceuvre, ot cependant elle n 1 a pas besite a lui 
donner sa recompense honorifique la plus elevee. C'est que ses 
travaux appartiennent a un ordre pour ainsi dire universel. 

C'est a l'etablissement d'une carte climatologique des mers 
<[ue M. le commandant Maury a consacre les longues annees 
d'un Iabeur incessant et ardu. Dans ces travaux, tout nous 
frappe, tout vient s'imposer a notre attention la plus serieuse : 
la grandeur de I'idee, les difficultes morales et materielles 
dans Texecution, l'importancedes resultats s'y trouvent reunies. 
Pour nous, Messieurs, les questions climatologiques ont une 
extreme gravite, on peut dire qu 1 elles sont le point de depart 
de toute acclimatation ; et Ton sait quelle influence les climats 
des mers ont sur les climats terrestres, combien de pbeno- 
menes de temperature inexplicables ont trouve dans la clima- 
tologie marine une solution inattaquable : la pisciculture 
marine, cette science si jeune et qui deja promet a l'homme 
d'etendre son empire sur ces immenses espaces sous-marins 
transformes en fermes d'une iecondite inepuisable. 

Les expeditions lointaines, entreprises au milieu des dangers 
sans nombre a la poursuite des gros cetaces, trouveront dans 
la carte climatologique des mers un guide sur et les renseigne- 
ments les plus precis. 

Mais nous devons nous arrfiter ici, etne pas entreprendre un 
travail bien important, s'il devait etre proportionne aux services 
rendus par M. le commandant Maury. 

Cirandes Mddailles d'or. 

La Societe a decerne cette annee trois grandes medailles 
d'or, dont Tune a ete mise a sa disposition par S. Exc. M. le 
Ministre de Tagriculture, du commerce et des travaux publics, 
comnie un nouveau temoignage du baut interet qu'il n'a cesse 
de prendre a ses travaux. 

Celle-ci a ete reservee a M. Hardy, directeur de la Pepiniere 
centrale du gouvernement, a Alger. 

Le nom deM. Hardy, laureat de la Societe pour les Vegetaux 
en 1857, est lie a nos travaux de la maniere la plus bono- 



LXXV111 SOCIETE IMPEK1ALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

rable, des notre origine; et c 7 est aujourd'hui au worn de trois 
sections que lui a ete decernee une grande medaille d'or. 
Grace a sa volonte perseverante, a des tentatives conduites et 
varices avecla plus louable intelligence, le fait de la reproduc- 
tion de FAutruche en domesticite, si douteux jusqu'alors et si 
important, est desormais acquis a la science, etnous ne doutons 
pas que, par son developpement pratique, M. Hardy n'obtienne 
prochainement le prix important offert par notre honorable 
confrere M. Chagot, sous le patronage de la Societe. 

La section des Insectes a, de son cote, vivement senti I'irn- 
portance de la production en grand de la soie du Ricin, de cette 
soie dont, grace a M. Hardy, nous n'avons plus maintenant a 
etudier les merites, incontestables a de nombreux points de vue, 
et dont il ne nous reste plus qu'a encourager la production. 

Nous avons a peine besoin de vous rappeler les succes de 
M. Hardy, relatifs aux Vegetaux ; vous avez tous presents a la 
memoire son remarquable travail sur Flgname, ses semis et 
ses divers rendements, et ses experiences sur tant d'autres 
plantes interessantes, telles que le Bambou, les Dattiers, et 
un grand nombre de vegetaux utiles. Soyons assez heureux, 
Messieurs, pour obtenir de nombreux cooperateurs aussi habiles 
et aussi perseverants que M. Hardy, et nous enrichirons rapi- 
dement la liste de nos conquetes. 

Une autre medaille d'or a etc aussi decernee a M. Mitchell, 
secretaire gerant de la Societe zoologique de Londres. 

Place depuis douze ans a la tete de Tadministration pratique 
du Jardin zoologique de Londres, M. Mitchell s'est occupe, des 
son entree en fonctions, d'obtenir le plus grand nombre pos- 
sible de reproductions parmi les belles especes composant la 
splendide collection de Regent's-Park, et nous devons lui en 
savoir d'autant plus gre, que jusqu'alors les efforts de ses pre- 
decesseurs ne s'etaient pas tournes de ce cote. Quelques- unes 
des acclimatations obtenues par M. Mitchell echappent par leur 
date a notre action, d'autres ne presentent pas les caracteres 
d'utilite ou d'agrement que les statuts de notre Societe exigent. 
Mais la liste est assez longue pour etre bien riche encore apres 
ces eliminations. EUe contient cinquante-neuf especes de mam- 



P.Al'I'OKT l)h LA COMMISSION DBS RECOMPENSES. LXXIX 

iiiilcns, parmi lesquelles plusieurs varietes de Kangurous. Les 
Phascolomes, les Agoutis, les Chinchillas, les Lamas, les Gua- 
nacos, les Gazelles, des Moutons et des Chevres appartenant a 
plusieurs varietes, enfm les Antilopes nilgautetcanna. Disons, 
a propos de ce dernier animal , que sa grande taille et sa 
beaute donnent beaucoup de prix a sa conquete. Notre hono- 
rable confrere, lord Hill, en possede maintenant un troupeau 
;i^i'/ nombreux pour qu'il ait ete possible de livrer a la bou- 
cherie un de ces animaux, et de faire sur la bonte de sa cliair 
des experiences qui ont ete tout en sa faveur. 

De nombreuses especes et varietes d'oiseaux se sont aussi 
reproduces a Regent's-Park. Nous citerons, parmi les plus in- 
teressantes, le Lopbopbore, ce magnifique oiseau qui l'emporte 
sur les mieux doues, au moins par 1'eclat de son plumage ; le 
Dindon ocelle, si rare meme dans nos musees; leCygne blanc 
a cou noir ; buit especes et varietes de Faisans des Indes des- 
tines a peupler bientdt, a cdte du Faisan commun, les forcHs 
de I'Europe. En presence de ces acclimatations, qui ne sont pas 
moins in teressantes que nombreuses, la Societe doit regretter 
seulement de n'avoir pas ete plus tdt mise en mesure d'accorder 
a M. Mitchell ta recompense qu'il a bien meritee. 

Enfin la Societe a decerne egalement une medaille d'or a 
M. le major Wayne de Tarmee des Etats-Unis d'Amerique. 

Le nom de M. le major Wayne est attache a une de ces 
belles entreprises <jui honorent a la ibis le gouvernement qui 
les ordonne et celui Ml est charge de les mener a bonne fin. 
Le gouvernement des Etats-Unis ayant concu la pensee de tenter 
racclimatation du Chameau et du Dromadaire dans les Etats 
du Sud, M.Wayne, alors lieutenant dans I'armee, rec,ut la mis- 
sion de mettre ce projet a execution. Penetre de I'importance 
de son entreprise, sentantbien que la moindre erreur pouvait 
en compromettre le succes, il resolut de s'entourer de tous les 
renseignements puises aux meilleures sources. Pour cela il se 
rt'tnlit d'abord en Angleterre, puis en France, ou il recueillit, 
de la bouche des personnes les plus competentes, de nom- 
breuses instructions. 

A la suite de ces patientes etudes theoriques, le convoi fut 



LXXX S0C1ETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

transports dans sa nouvelle patrie, et les animaux, une fois de- 
barques, soumis aux epreuves les plus rudes et les plus prolon- 
gees, en sortirent victorieux. Le succes de Tentreprise est 
maintenant assure, a ce point qu'une compagnie privee vient 
de faire importer un convoi de 120 chameaux destines au 
transport des marchandises au Texas. Une grande medaille d'or 
est venue bien justement recompenser ici, et la grandeur du 
service rendu, et les difficultes sans nombre dont M. le major 
Wayne a su triompher. 

Ittedaillcs de premiere et de seconde elas.se. mentions hono- 
rable* et Recompenses pecuniaires. 

Premiere Section. — Mammiferes. 

Introduction et Acclimatation. 

Medaille* de \" classe. Medaille de 2° classe. Mention honorable. 

(Rappel de medaille.) 
M. F. Pnh-ost. M. S.-T. Barbey. M. Ch. Ledger (Australie). 

(Nouvelles midailles.) 
MM. E. Roehn (Cuba. — Etals-Bnis). 
V. Bataille (Gujaoe). 

Recompense pecuniaire. M^ e Vidal, 50 fr. 

Rappel de medaille de i re classe. — M. Florent Prevost n'a 
cesse de prodiguer aux diverses experiences d'acclimatation qui 
ont eu lieu au Museum ces soins eclaires et perseverants qui 
l'avaient designe une premiere fois a nos suffrages en 1857. 
Nous nous plaisons a rappeler que, sous sa surveillance, le 
petit troupeau d'Yaks du Museum s'est accru d'une maniere re- 
marquable, sans qu'on ait eu aucune perte a regretter, malgre 
leS conditions defavorables dans lesquelles se trouvent a Paris 
ces habitants des montagnes. Constatons aussi le meme succes 
a l'egard du troupeau de Lamas, et n'oublions pas les etudes 
pleines d'interet sur la nourriture des oiseaux, dont M. Florent 
Prevost nous a fait part, etqui se rattachent par un lien direct 
aux experiences de la Societe. 

Premiere medaille de 1 1C classe. — Les titres de M. Roehn 
a notre premiere medaille d' argent sont d'avoir exporte du 
Perou deux grands troupeaux de Lamas, 1'un de 117 letes 
pour le gouvernemet espagnol, l'autre de 103 tetes pour 
les Etats-Unis- M. Roehn, notre compatriote, est, sans con- 



KAl'I'ORT DE LA COMMISSION UES RECOMPENSES. LXXXI 

contredit, le premier et le seul qui ait, au prix des plus rudes 
fatigues et des plus grands sacrifices, fait sortir des Cordilleres 
des troupeaux aussi nombreux de Lamas, et nous savons qu'il 
se prepare de nouveau a entreprendre une de ces expeditions 
difliciles dont le but utile a excite des Torigine toute ratten- 
tion de la Societe. 

Medaille de 2 C classe. — Mention honorable. — Les entre* 
prises de cette nature sont entourees de tant d'obstacles et sou- 
mises a tant de vicissitudes, que nousavons encore decemeune 
medaille de seconde classe a M. Barbey (du Havre), qui a in- 
troduit plusieurs Lamas distributes genereusement par lui au 
Museum . a la Societe et a notre Societe afliliee de Nancy; et 
une mention honorable a M. Ledger pour des tentatives d'in- 
troduction des Lamas en Australie, bien qu'elles n'aient pas 
encore ete completees. 

Deuxieme medaille de 2 C classe. — M. Bataille a fait a la 
Societe, avec une generosite qui merite toute notre reconnais- 
sance, plusieurs envois d'animaux tres dignes d'etre remarques, 
parmi lesquels nous citerons des Agoutis etsurtout des Tapirs. 
Une note deslinee a nous eclairer sur la maniere de tirer le 
meilleur parti possible de ce precieux pachyderme en accompa- 
gnait Tenvoi. Nous ne saurions trop insister sur la genereuse 
spontaneite avec laquelle notre honorable et zele confrere a 
su recueillir et faire parvenir en France cette nombreuse 
et interessante collection d'animaux. 

Recompense de 50 francs. — Une recompense pecuniaire de 
50 francs a ete accordee a mademoiselle Vidal, pour ses bons 
services et les soins qu'elle donnc aux animaux du depot 
d'experimentation de la Societe, a Souliard (Cantal). 

Deuxieme Section. — Oiseaux. 

Introduction et Accllmalation. 

Medaille:, do V' classe. Medaille de 2* classe. Mentions honorable*. 

MM. J. Deschamps. M. L. S. Hubert. MM. Aime Laurence. 

Le baron de Lage. Ritter (Algerie). 

Fouquier de Mazieres. 

Recouipense pecuniaire. M. Eillard, 100 fr. 

Premiere medaille de l rc classe. — Ce n'est pas seulcment 
Tintroduction du Colin de la Californie que nous avotis voulu 

T. VI. — Janvier ct Fevrier 185U. f 



LXXXII SOCIETE 1311'ERIALE ZOOLOGIQLE 1)'aCCL1MATATIO>. 

recompenser , en donnanl a M. Deschamps la premiere iik- 
daille d'argentde la deuxieme section, elle serait, par sa dale, 
en dehors de notre appreciation ; mais ce charmant oiseau excite 
assez notre interet, pour que nous ayons pu reconnaitre aiusi 
ct encourager les soins intelligents dont M. Deschamps i'eii- 
toure en domesticite et a Fetat sauvage. 

Deuxieme et troisieme medaille de l lc classe. — La Societe 
a decerne deux medailles d'argent : la premiere, a M. le baron 
de Lage; la seconde, a M. Fouquier de Mazieres, pour l'intro- 
duction et racclimatation de la Perdrix gambra dans les l'orets 
imperiales de Rambouillet et de Saint-Germain. Bientot, sans 
doute, grace a rheureuse initiative de M. le baron deLage, une 
nouvelle espece de gibier sera acquise a nos chasseurs. 

Medaille de 2 C classe. — M. Hebert necroit pas qu'il soit 
quitteenvers la Societe par tous les soins qu'il donne avec tant 
de zele et d'intelligence a Texpedition de ses atTaires, il veut 
encore concourir directement a son but, et il a profite d'un re- 
cent voyage en Algerie pour lui rapporter plusieurs paires de 
Perdrix gambras et de Gangas. Nous devons rhentionner aussi 
ses heureux essais de culture des vegetaux introduits par la 
Societe, et enparticulier de la Pomme de terre de Sainte-Marthe. 

Premiere mention honorable. — M. Aime Laurence, pour 
ses essais d'acclimalation de diverses especes d'oiseaux exo- 
tiques et les bons procedes (ju'il emploie particulierement pour 
1'elevedu Canard mandarin. 

Deuxieme mention honorable. — M. le capitaine Rittek, 
pour Tenvoi a la Societe de vingt douzaines d'a'uls de Perdrix 
gambra recueillis en Afrique. 

Recompense de 50 francs accordee a M. Eillard, pour les 
soins assidus et intelligents qu'il a donnes a Televe des Perdrix 
gambras, dans les l'orets de la Couronne. 

Troisieme Section. — - poissons, Cms laces, Annelide*. 

l" Pisciculture fluviatilc. 

Medailles dc 1" classe. Medailles de 2* classe. Mention honorable. 

MM. le baron deTocquevillc. MM. Tandou. 
Wriansky (llussie). Grultard. 

Barthc dc Saiutc-I'are. 

i 



KAI'I'Olil UK LA CU>I.MI»>loN \)\:> ItLLOMl'LKSfcS. LWMU 

2 Pisciculture marine. 

M. Dc Miiiidc. M. Guillou. 

3' Ostreiculture et pisciculture llu\ Utile. 

M. li. 'it" ' .nil. iinl. 

*• Application iuduMrlelle. 

M. le comtc dc Causaus. M. Monte*. 



aire?. J 



MM. Jaillct... 100 fr. 
recompenses pcciiniaire?. \ Bonvalpl. 50 

Blondeau. 50 



Premiere mcdaille de l rc classe. — M. le baron dc Tolqll- 
villi-: s'est livre, danssa terrede JJaugy, pres Compiegne, aver 
la cooperation dc notre confrere M. Millet, a une double expe- 
rience sur les Truites et les Sangsues, et e'est un double success 
(jue la mcdaille de la troisieme Section vient recompenser 
aujourd'bui. 

Les Truites introduiles dans leseaux de Baugy, par les pro- 
cedes de la fecundation artificielle. ont tellement prospere, 
qu'elles se reproduisentmaintenant sur les fray eres artificielles, 
en grande abondance. I/acquisition de ce precieux poisson y 
est done assuree des a present. 

La reproduction des Sangsues n'est pas moins interessanle 
que celle des Truites, et nous l'elicitons bien sincerement M. de 
Tocqueville de son succes, en considerant combien la vulgari- 
sation de Futile annelide doit rendre de services. Les niarais 
de Haugv renlerment les plus remarquables varietes de 
Sangsues, la reproduction y est des plus abondanles, el plu- 
sieurs denos eollegues ont pu s'en convaincrc par leurs yeux* 

IhHxieme mcdaille de 2 C classe. — M. Wriansky a orga- 
nise en Russieun etablissement important de pisciculture. Nous 
avons du lionorer dignement wm pensec qui ren|re si bien dans 
les intentions de la Societe, et qui aura pour effet de vulgariser 
dans ces eonlrees eloignees les saines pratiques de la fecon- 
dalion arlilicielle. 

Troisieme medaillc de \* % classe. — (Test a propos du repeu- 
(dement des cours d'eau dans le Jura que la Societe a decerne 
ces diverses recompenses. L'adminislralion des eaux et forets 
sV'st miseala tete de ces experiences! et c'esl a M. le conser- 



LXXXIV SOCIETE IMPEMALE ZOOLOGIOIE d'aCCLIMATATION. 

vateur Barthe de SAiNTE-FAREquerevientriionneur, constate 
par notre medaille d' argent, d'avoir talis en pratique, avecautant 
de zele que de savoir, les intentions de radministration et du 
Conseil general. 

Deuxieme medaille de 1" classe. — Recompenses pe'cu- 
niaires. — La Societe a decerne en outre au garde Grattaru 
une medaille de seconde classe; au garde Jajllet, une recom- 
pense pecuniaire de 100 francs, et au garde Bonvalot. une 
recompense de 50 francs, pour les soins qu'ils ont donnes sans 
relache a Toeuvre qui nous occupe. 

Premiere medaille de 2 e classe. — M. Tandou, maire de la 
Villette, pres Corbeil, a utilise de vastes reservoirs alimentes 
abondamment par les sources d'un coteau voisin, pour elever 
avec succes des Truites de diverses especes et des Ombres- 
Chevaliers. II a obtenu, en cboisissant les meilleures especes 
de Truites, des individus qui, au bout d'un an, mesuraient de 
'20 a 25 centimetres de longueur. II a contribue ainsi a re- 
pandre dans son pays la pratique de la pisciculture. 

Medaille de l rc classe. — Charge d'une mission d'explora- 
tion dans les forets de la Suede et de la Norvege, M. de Maude 
n'a pas voulu laisser echapper I'occasion qui lui etait offerte 
de propager dans ces contrees lointainesles nouvelles methodes 
de pisciculture. II a fait etablir des frayeres artificielles, particu- 
lierement pour le Saumon et le Hareng, et il a bien merite de la 
Societe en appliquant les principes-genereux dont elle s'honore. 

Medaille de 3 e classe. — 31. Glillou s'est occupe avec succes 
deFeleve des Langoustes et des Homards. Les appareils qu'il a 
etablis sur le littoral ont eu pour resultat avantageux de faciliter 
les etudes scientifiques sur la reproduction des Crustaces. 

Medaille de 1 1C classe. — M. Rene Caillaud a depuis long- 
temps organise des experiences de pisciculture et d'ostreicul- 
ture en Vendee et sur le littoral de la Charente. La Societe 
recompense par une medaille d'argent ces Iravaux si bien 
diriges, les fruits qu'ils ont produits chez lui et chez divers 
particuliers sous sa direction, et aussi le merite de M. Caillaud, 
qui s'est genereusement impose de lourds sacrifices pour par- 
vcnir a son but. 



RAPPORT DB M COMMISSION DKS RECOMPENSES. LXXW 

Medaille de 2" classe. — M. le comte de Causans a obtenu 
de majjnifiques resultats en reempoissonnant le lac de Sainl- 
Front jusqu'alors improductif, et ou maintenant les Truites 
ameoees par les procedes de la fecondation.artificielle sonttout 
a fait aecliinalees. Elles se reproduisent en abondance sur les 
frayeres artificielles, dans les ruisseax (jui alimentent le lac. 
La Societe a voulu consacrer par une medaille de seeonde classe 
le bon et fructueux exemple donne par M. de Causans. 

Mention honorable. — Elle a decerne, en outre, une mention 
bonorable a M. Monies, qui apuissammentcontribue a la reus- 
site de l'experience. 

Recompense pecuniaire. — M. Blondeau. pecbeur a Saint- 
Cloud, a merite une recompense de 50 francs pour lintclli- 
gence avec laquelle il a etabli dans la Seine de nombreuses 
frayeres artificielles. 

Quatrieme Section. — Insectes. 

l° Introduction et Accllmatatlon. 

Medailles de i" classe. Medailles de 2* classe. 

(Ilappelt de medailles.) 
MM. Gue>in-M<<neville. MM. Th. Anne>. 

Griseri (I'iemonl). Lucas. 

Vallee. 
(Xouvelles medailles.) 
M. Comba (Pilmool). 
M me Drouyn de I. Inn - . 
M. Ch. Bourlier. 

a* Application InduHtrlelle. j 

(Rappel de me'daille.) 
M. H. Schlumberger. 

(Souvelles me'daille!.) 
M. Cb.de Jongh. 

3° Apiculture. 
M. Dzierzon (Mlemigie). 

Premier rappel de me'daille de l re classe. — Depuis le 
jour ou la Societe a decerne sa premiere medaille d'argent a 
M. Guerin-M£neville, voue depuis si Iongtemps a toutce <|ui 
inleresse la sericiculture, son zele ne s'est pas dementi, il a 
continue a contribuer, parses travaux personnels, a racclima- 
tation et a la vulgarisation des especes de Vers a soie les plus 
interessantes. Cette annee, nous lui devons l'inlroduction, en 
France, du Ver a soie de l'Ailante glanduleux ou Vernis du 
Japon. 



I. XXXVI SOCIETE IMl'EKIALE ZOOLOGIOl'E i/aCCUMATATION. 

Lit Societe ne pouvait decerner a plus juste litre le rapp<d 
de sa premiere medaille dans la quatrieme section. 

DeuxiSme rappel de medaille de l ,c rlassc. • — Le nom de 
M. GmsEiu, de Turi-n, est attache a toutes les experiences Its 
plus importanles de sericiculturefaites en Piemont; il ne cesse 
de prodiguer ses soins aux difierentes especes de Vers a soie. 
T/estlui qui. concurremment avecM. Comha. a obtenu les pre- 
mieres eclosions, en Europe, du Ver a soie de TAilante, qtfil 
avait ree.ii du reverend pere Fantoni. 

Troisihne rappel de medaille de !.*• classe. — C'est a des 
litres de meme nature que se rapporte le rappel de la medaille 
decernce a M. Vallee. C'est a ses soins continuels et intelligents 
que nousdevons l'acquisition du fait incontestable aujourd'bui, 
que le Ver a soie du tticin peut etre completement eleve avee 
la feuilledu Chardon a foulon. 

Premiere medaille de l re classe. — M. Comba a puissamment 
eonlribue en Piemont, de concert avec M. Griseri. a P education 
du Ver a soie de PAilante glauduleux. 

La Societe a recompense par une premiere medaille d'argent 
cette precieuse Conquete. 

Deuxieme medaille de 1" classe. — Nous devons a madame 
Droliyn de Lhuys des educations importantes du Ver a soie du 
Ricin, et surtout de celui du Vernis du Japon, recemment intro- 
duit. A qui voudrait so cotivaincre du zele eclaire et de tous les 
instants dont cette ceuvre si interessarite pour la Societe a ete 
eonstamment entouree, a qui voudrait apprendre a quel prix 
s'achete le succes de semblables experiences, il sufiira de 
lire le remarquable rapport, sous forme de journal detaille, qui 
nous a ete adresse par madame Drouyn de Lhuys. 

Ohlenir un resultat utile et enseigner si bien comment on y 
est parvenu, c'est, anos yeux, la plus dignc maniere de meriter 
la gratitude d'une Societe dont la premiere ambition est de 
repandre partout le bien qu'elle fait. 

Troisikme mklaille de l rc classe. — Dans un moment ou la 
maladie eprouve si cruellement nos races indigenes de Vers a 
soie, M. Roublier a rendu un grand service en important d'O- 
rienl des graines de Vers a soie ordinaires provenant d'educa- 
lions faites par ses soins. 



RAl'WinT PK LA COMMISSION DES RECOMPENSES. IAXXVII 

M. Bourlier nous a adresse en outre un excellent rapport 
sur les Chevres d'Angora, et ses acclimatations de vegetaux 
europeens en Asie Mineure meritent egalement d'etre signalees 
avec honncur. 

Premiere medaille do 2 e classe. -— Par son utile coopera- 
t ion I racclimatation du Ver I soie du Ricin et de celui du 
Vernis du Japon, et par ses succes dans la culture d'un grand 
nombre de vegetaux nouvellernent introduits. M. Anmi. a me- 
rite la premiere medaille de seconde classe. 

Deuxieme medaille de 2 e classe. — La Societe a decerne la se- 
conde a M. Hippolyte Lucas, pour segtentativesd'acclimatation 
du Bomhyx Polyphemus* etpour 1' introduction, conjointement 
avec M. trnerin-Meneville, du Bombyx Pmmethem. originaire 
de la Nouvelle-Orleans, dont une premiere education a etc faite 
avec succes au Museum par M. Vallce. 

Happel de medaille de 1 vo classe. — Grace a M. Henri 
Sc.nu mrercer, nous connaissons maintenant toutle parti (|ue 
Ton pent tirer de la soie du Ricin, nous savons exactement quel 
est le prix de revient des beaux tissus qu'il a confectionnes 
avanttant de zele. et il nous est permis d'apprecier toute I'uti- 
lite de cette precieuse conquete. 

A de nouveaux services, la Societe a decerne une nouvelle 
recompense pour le rappel de sa medaille d'argent. 

Medaille de l" classe. — A des litres de m£me nature quo 
ceux du precedent laureat, et qui justifieraient completemenl 
la medaille de premiere classe decernee a M. (Ibarles de Jonui. 
nous devons ajouter qu'il a fait sur la soie du Ricin d'utiles 
experiences de leinture qui ont. demontre que cette nouvelle 
matiere soyeuse trouvera dans 1'industrie des applications ties 
varices. 

Mi'dailh' de 1" classe. — Les titres purement scientifiques 
de M. Dzierzon ne pourraient 6tre recompenses par la Societe. 
mais elle a pu decerner une medaille de premiere classe an 
fait de l'introduclion en Allemagne de I'Abeille ligurienne. du 
croisement de cette espece avec I'Abeille allemande. des ob- 
servations nombreuses de M. Dzierzon sur cette aeclimalalion: 
enfin aux decouvertes scientifiques de la reproduction des in- 



LXXXVIII SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

sectes, decouvertes qui prendront certainement dans l'avenir 
une grande importance dans les questions relatives a la propa- 
gation des insectes utiles. 

Cinquieme Section. — Vegetaux. 

1° Introduction et Acclimatation. 

Medailles de 1" classe. Medailles de 2* classe. Mentions honorables. 

MM. C. Skatschkoff (Russie). MM. Willemot. MM. A. Du Courthial 

Audibert. H. deCalanjan. (Nouvelle-Grenade). 

Leroy (d'Angers). C. Aguillon. D. Graindorge. 



R. Fortune. V. Chatel. 

N. Rondot. 

2" Application agricole. 

3° Application industrieile. 
M. Persoz. 



M. Nouel. 



Premiere medaille de l re classe. — Les travaux de 
M. Skatschkoff, recompenses par une medaille de premiere 
classe, sont de ceuxdont les heureux resultats ne s'obtiennent 
que par une louable perseverance. Apres avoir cultive pendant 
son sejour en Chine, dans le jardin de la mission russe, a Pekin, 
toutes les plantes qui lui paraissaient devoir etre utiles en 
Europe, il a rapporte en Russie celles dont l'experience lui 
avait demontre la valeur, et il a ainsi dote son pays d'un grand 
nombre de vegetaux precieux. La Societe a rec,u de lui des 
graines de plus de cinq cents varietes. 

Deuxieme medaille de l re classe. — L'etablissement des 
cultures de M. Audibert, a Tonnelle, pros Tarascon, est le plus 
important de ceux du midi de la France. La Societe a voulu 
honorer dignement le zele avec lequel M. Audibert s'occupe 
depuis plus de trente ans de I'introduction et de la propagation 
des vegetaux utiles, a divers titres, a l'agriculture ou a I'in- 
dustrie. Nous lui devons la naturalisation de plusieurs varietes 
de Chenes tres interessantes, etle developpement considerable 
donne a la culture des Diospyros et de taht d'autres vegetaux. 

Troisieme medaille de 2 C classe. — M. Leroy (d'Angers) ne 
s'est pas borne a faire de ses magnifiques pepinieres un des plus 
beaux etablissements qui soient en Europe, il n'a cesse de s'occu- 
per de Tintroduction d'un grand nombre d'arbres etrangers et 
de varietes de vegetaux utiles. Et c'est a ce point de vue que 
la Societe a du lui decerner une medaille de premiere classe. 



RAPPORT DE LA COMMISSION DES RECOMPENSES. LXXX1X 

Quatrieme medaille de l rc classe. — Le nom de M. Robert 
Fortune, le celebre voyageur, est attache a un grand nombre 
de plantes utiles et d'agrement qu'il a rapportees de Chine et 
naturalisees en Angleterre. La relation de son voyage fournit 
les indications les plus precises sur les plantes de Chine que 
nous pourrions acclimater avec avantage dans notre pays. 

Cinquieme medaille del*'' classe. — C'est a M. Natalis Rondot 
que nous devons la premiere importation du Rhamnus chloro- 
phorus. Nous lui devons aussi un ouvrage remarquable sur les 
proprieles et sur Vutilite pour l'industrie, du lo-kao, ou vert 
de Chine, que Ton extrait des deuxnerprunsexotiques dontle 
savant professeur M. Decaisne nous a donne la description. 
Quatre medailles de 2 e classe ont ete decerne'es : 
La premiere a M. Willemot, pour Introduction etla culture 
du Pyrethre du Caucase : cette plante fournit une excellente 
poudre insecticide; 

La deuxieme a M. Henri de Calanjan, pour ses cultures 
comparatives d'lgnames et de diverses plantes de Chine, sur 
lesquelles il nous a adresse un rapport si consciencieux-, 

La troisieme a M. C. Aguillon, pour sesheureux essais d'ac- 
climatation et la naturalisation de plusieurs arbres utiles 
d'Amerique ; 

La quatrieme a M. Victor Chatel, pour la culture et la 
propagation de diverses especes de Pommes de terre. 
Des mentions honor ables ont ete decernees : 
1° A M. Du Courthial, pour Tenvoi de Pommes de terre de 
Sainte-Marthe; 

2° A M. Denis Graindorge, pour Tacclimatation aux environs 
de Paris de diverses varietes de cepages du Midi ; 

3° Et dans l'ordre de l'application agricole, a M. Nouel, 
pour la culture du Sorgho sucre comme plante fourragere. 

Medaille de l ,e classe. — Application industrielle. M. Per- 
soz a etudie et fait connaitre, avec l'autorite du chimiste 
eminent, les proprietes tinctoriales du vert de Chine, et il est 
parvenu a decouvrir les moyens de preparer et d'employer la 
belle teinture qu'on en obtient. 



XC ROCIETE IMPERIALS 7.00LOC.IQUE I) ACCLIMATATION, 

RAPPORT 

FAIT AU NOM DE LA COMMISSION DE COMPTAMLITE 

DEUSOCIETE IMPERIAL!] Z00L0GIQUE D'ACCLIMATATION 

Membres de la Commission : MM. Passy, Dupin, 
m Frederic J U »l i;il 1« I , rapporteur. 



(Seance du 18 fevrier 1859.) 



Messieurs, 



Auk termes du reglement, votre Commission de comptabilite vient vous 
rendre compte de I'examen qu'elle a fait sur pieces, de vos recettes el de vos 
dispenses pendant l'exercice 1858. 

Votre Commission a trouve, comme les ann^es prec^dentes, vos ccritures tres 
regulieiement tenues. Elles ont prisun developpement en rapport avec les pro- 
gres et les travaux de notre Society ; mais le zele de M. le Tr^sorier s'est lou- 
jours trouve au niveau de la tache dont il a bien voulu se charger. 

Votre Commission vous propose done de voter des remerciments a M. le 
Tresorier. 

Ainsi que nous l'avons fait pr^cedemmeut dans le but d'etre plus clair, nous 
vous exposerons sculemeut les r&ultats gen^raux, et nous reunirons, dans des 
tableaux annexes a ce rapport, une copie detaill^e des dcrilures. 

Au 31 d^cembre 1857, il y avait en caisse, savoir : 

Enespeces: 5,857 66 1 _ f .„ 

En bons du Trevor 25,000 » ( liU ' >( ' l "* 

Pendant l'anneel858, les recettes se sont glevles, conforme- 

ment au tableau n° 1, a 76,361 52 

mais, dans cette somme, ligurent : 

1° Le rembourscment des bons du Tresor 

que nous possesions en 1857. . » 25,000 » 
2° Les fonds deposes par M . Cha- 

got, pour le prix qu'il a fonde pour 

1'accliniatation de l'Autruehe. . . . 2,000 » 
3° Des recettes pour le compte 

de la famille Remy 84 52 

Total 27,084 52~" 

qui n'appartienuent pas aux recettes de 1858 

proprement dites, ci 27,084 52 

Les recettes replies, pendant Panned 1858, 
ont done ili de 48,277 » 48,277 » 

79,134 66 



39,421 


C3 


41,797 


?ir, 


2,517 


GS 



comi'Tamiliti: m Ik sociin. \rr 

Let si.iiiiihn tl< tn t l.i S ,)ci«ii6 a pu disposer pendant I'exer- 
rice 1858 ottt p#»r consequent allcint le cliifTrc de 79,134 flG 

« Si Ton y ajoulc pour ordre les depots fails pour le prix 
v Cbagoi et pour la famillc Remy, soil 2,084 52 

■ Ofl retrouve lechiffrc total des reccticsporteesau tableau ii" |« Ml, 219 18 
Let depenses dc la Societe pendant cctte inline aimer sn 

toot 6lev«5es, confonne*ment au tableau n°2, a. 76,301 43 
V compris 1'achat de bons du Tr6sor, 

pour 39,000 » 

li les avauees faites a la Societe 

du Jardiu zoologique, pour 2,210 30 

Total 41,210 30 41,210 30 

Los depenses proprement ditcs scraient douc 
dc 35,091 13 

Mais, iiicsde'pcnses, ilconvicutd'ajotilcr ccqui 
reste dutiM. Masson pour le solde des Bulletins 
ct impresiiions de 1858, soil 4,330 50 

l> qui porte lei ddpenstis totales pour 1858, a 39,421 03* 
II reslerait done, pour la dilTerenee enlre les rccelles et les 

expenses 

Dont il faut dedulrc, pour avoir le disponiblc : 

DA a la famille Remy 517 G5 \ 

Deprtt de M. Cliagot 2,000 i j 

II reslerait done en valeur disponiblc au 1" Janvier 1859. . 39,279 90 

« Savoir : 

» En caisse 4,917 75 ] 

» Eh bons du Trdsor 39,000 » I _ . 

a Avancesen 1858, a la Societe 1 40,ii« u> 

» du Jardiu zoologique 2,210 30 ) 

» Dont il faut dedliirc : 

» DO a M. Masson 4,330 50 "j 

» Du a la famille Remy 517 05 J 0,848 15 

» Depot pour le prix 2,000 ») 

Total 39,279 90 

A celtc somme il faut ajouter : 

I* I.es interets des bons du Trevor a extaoir » 1 , 470 » 

2" Ce qui reste du sur les cotisations arrives : savoir : 

Pour 1854 1 cotisation 35 

Pour 1855 4G — 465 

I'nurl850 50 — 1,474 

Potirl857 115 — 3,440 

Pour 1 858 340 — 4 0,240 

Cotisations affinitives. 2 — 520 

Total 524 cotisations. 16,180 

Nous ne pouvons evidemment compter sur la rentrce des 
cotisations des amices 1854, 1855 et 1856 ; mais uous admel- 
trons qu'il reulrera 20 pour 100 de 1'arriere de 1857, et 35 

pour 100 de Tamere 1 de 1858, soit au total a rerouvrer 4,300 >- 

3° DO par le Jardiu zoologique pour avanees en 1857 140 » 

Ce qui porte a » . . v 4 5,189 90 

net la somme dont la Soctete* pcul disposer au 1" Janvier 1859, 
toules ses depenses e"taut payees. 



XCH S0C1ETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE I) ACCLIMATATION. 

Ce chiffre concorde avec les Evaluations que nous vous avons soumises au 
mois de juin dernier, pour vous dEmontrer que l'Etat prospere de vos finances 
vous permettraitdesouscrire pour 25,000 francs d'actionsdu Jardinzoologique. 

Nous croyons devoir vous rappeler, Messieurs, que notre reserve au l cr Jan- 
vier 1858 n'etait que de 32,866 86 

Que, par consequent, elle s'est augmented 
pendant l'annee 1858 de 12,323 04 

Total 45,189 90* 

[.'augmentation analogue n'avait Etc que de 11,075 francs pendant l'anne> 
pre"c£denle. 

Conformement a ce que vous avez deja d£cide\ et pour ne rien laisser de 
ficlif dans notre situation, les personues qui, apres avoir recu deux avertisse- 
ments motived au printemps dernier, n'ont paspayd la cotisationdel854, 1S55 
etl856, seront definitivement raytfes de la liste des membrcs de laSocitfte. 

Nous vous proposons aujourd'hui d'adopter la meme mesure a l'dgard des 
souscripteurs en retard pour 1857, apres, toutefois, qu'il leur aura 616 donne 
un avertissement motive", et de suspendre provisoirement l'envoi du Bulletin 
qui leur (Hait adresse\ 

Vous avez vu, Messieurs, que la SocieHe du Jardin zoologique vous devait 
2,350 fr. 30 c, pour les avances que vous lui avez faites en 1857 etl858. La 
rentrEe de cette crtfance nous paralt assuree; car, vous le savez deja, les sous- 
criptions pour le Jardin ont couvert le capital juge nEcessaire pour cette belle 
creation, qui fera le plus grand honneur a notre Socie"te\ 

Nous vous avons dit, Messieurs, que vos recettes s'eMevaient, pour Tan- 
ned 1858, a 48,277 » 

Elles se composent de : 
1,350 » int^rets de la reserve de la Societe. 

1,575 » dons faits a la SocieHe" par M. le Ministre et M. le prince DEmidoff. 
38,620 » cotisations ; 

i>,5,000 » cotisations definitives; leurnombre est aujourd'hui de 52 au total. 
936 ■ vente du Bulletin des premieres ann^es; 
700 » loyer paye" pour 1857, par la Societe" protectrice des animaux, 
qui se rain it dans nossalles; 
36 i) vente de medaille de la Society, et d'une gravure d'Yak ; 
60 » remboursement de frais pourgraines de riz et autres. 

48,277 » en total. 

Nous allons passer en revue les divers chapitres des depenses qui s'eMevent 
net, comme nous vous l'avons dit, a 39,421 63 

Savoir : 

2,674 » pour le solde du Bulletin de 1857; 
10,640 50 Bulletin de 1858 — 1,905 exemplaires, dont 111 gratis, ont et£ 
fournis auprix moyen de 5fr. 59 c. par exemplaire. 
Le Bulletin a ete ainsi distribue : 

A Paris, 940 exemplaires. 

Hors Paris, 965 — 

Le traits avec le Iibraire charge de l'impression du Bulletin est 
expire ; s'il est renouvele", il le sera a des conditions plus avan- 
tageuses, enraison duplus grand nombred'exemplaires a fournir. 
540 » achat d'anciens Bulletins; 
150 » distributions diverses; 
177 70 frais de transports d'animaux divers; 
14,182 20 A reporter. 



(UMPTABILITE DE LA SOCIETE. \Clll 

14,182 20 l\ep<j)t. 

520 20 frais de transport de deux bouquctius des Alpes; 
4,816 8* pour Yaks et Chevres d'Angora ; 
Savoir : 
661 90 payes a la Society des Alpes, pour la nourrilurc de 
quatre Yaks. 
4,154 94 Pour frais de transport de cinquante et uue Chevres 
d'Angora et de cinq Yaks au d£p6t dc Souiiard ; 
nourriture des animaux, salaire du gardien , frais 
de voyage des de'le'gue's du Conseil. 
A I'occasiou de cette defense dc presde 5,000 francs, nous devons 
\ "ii > rappeler que les dctenteursdes animaux dela SocieHc' sesont 
promptement apercus que ces animaux gtaient une charge pour 
cux, et qu'ils re'clamerent des frais de nourriture. Ces frais out 
fir fix^s pour chaque tele de bewail; e'est ainsique 661 fr. 90c. 
out ci c pay <•> a la Socie'te' des Alpes. 
Mais malgre' ces indemnitee, nos animaux ne recevaient pas par- 
tout les soins ne*cessaires ; beaucoup de'perissaient; ils n'e'taient 
l'objet d'aucune elude. — Encore quelques anuses d'un pareil 
systeme, et les efforts et les defenses de la Socie'te' etaient 
perdus. 
Ces faits ayant rte constats daus une inspection ge'ne'ralc que le 
Conseil confla a l'un de ses mcmbresles plus compltents, il fut 
de'eide' que les Chevres d'Angora et les Yaks de la Socie'te', sauf 
quelques exceptions, seraient minis a Souiiard, dans le Caulal, 
locality choisie par notre tres habile confrere M. Richard; que 
la, sous sa direction, notre troupeau serait soigne' par des per- 
sonnes salaries par la Socie'te'. etque des eludes sdrieuses seraient 
faites sur les animaux etsur leurs croisements. 
Vous avez entendu dernierement uu rapport de M.Albert Geoffroy 
Saint-Hilaire, qui supple'e M. Richard, et vous avez du vous 
fe'liciter comme nous des bons requitals deja obtenus au de'pdt 
de Souiiard. II serait a de'sirerque nous eussions aiusi plusieurs 
depdts il I'linlc et de reproduction pour les animaux et les ve'ge- 
taux, dont les produits perfectionn£s seraient envoye*s au Jardin 
du bois de Boulogne, afin de les faire connaltre et appre'eier du 
public. 
Sur la somme de 4,1 55 francs que vous coute voire depdt en 1858, 
pres de la moitie', 1,920 francs repre'sentent des frais de voyage, 
des transports d'animaux ; frais qui serout in6niment moindres 
a I'avenir. 
649 65 pour Permeation dc Vers a soie de Chine, essais sur les graines 
de ces Vers et distribution de graines supposes bonnes. Voire 
Conseil a pensl qu'il elait de son devoir de joindre les efforts 
de la Socie'te' a ceux de tant de personnes e'claire'es etde'voue'es, 
ntin de chercher a atte'nuer les effets de'sastreux de la maladie sur 
les Versa soie. 
392 70 pour appareils destines a rapporter de Chine des cocous bien por- 
tants des Vers du ch£ne. 
Nous vous avons dit, Tanne'e derniere, Messieurs, que, jusqu'a 
ce jour, tous les envois de cocons du Ver du cheuc avaient etc 
inutiles; que, faute de precautions sufGsantes, ces cocons Etaient 
arrives morts ou hors d'etat de reudre des services. 

20,561 59 A reporter. 



XCIV SOCIETE JMPEHIALE Z00L0G1QUE D ACCL1MATAT10X. 
20,561 59 Report. 

Votre Conseil, qui attacliait la plus haute importance a cette pre- 
cieuse acclimatation, n'a pas el£ decourage par ces lentativcs 
malheureuses et couteuses. 

Conuaissant la cause du mal, il a voulu y remedier; une Com- 
mission nomm£e a cet effct a propose deux moyens pour mettre 
les cocons a 1'abri d'une temperature extreme pendant la tra- 
versed, et cviter I'asphyxie. 

Ces moyens consistent : 

1° En un appareil sous-marin attache au flanc du navire et 
plongeant de la 2 metres au-dessous du niveau de la mer ; 

2° En un appareil analogue, mais de tres petite dimension, 
plongeant dans de l'eau maintenue a une temperature convc- 
nable, en y faisant dissoudre de temps en temps du nitrate 
d'amrnoniaque. 

Dans ces appareilg de forme cylindrique, les cocons sout fix^s sur 
des toiles metalliqucs, suffisamment e"cartees les lines des autres, 
pour que les cocons n'occupent que moiUe" ou le tiers de l'espace 
total . 

Un tuyau, s'clevant du fond, traverse toutes les toiles et le cou- 
vercle supe>ieur. 

II permet, a Faidc d'un soufflet qu'on ajuste a volonte, de renou- 
veler (chaque jour ou tous les deux jours) l'air inte>ieur des 
recipients, qui s'debappe par une ouverture reservee a cet effet. 
II est inutile d'ajouter que, dans l'appareil sous-marin, le tuyau 
d'air est hermeHiquement et solidement bouch£, taut qu'il ne 
sert pas a l'introduction de Pair. 
13,917 89 frais gdne>aux, dont : 

[3,375 « loyer; 

3,927 40 ) 162 ° 5 im P 6ts; 

I 48 95 assurance; 

' 341 40 chauffagc: 
■l ""27 79 j 1,359 79 appointements du personnel ; 
"*'°"' ( 168 » habillement du gart;on de salle; 

015 80 affranchissement ; 
402 85 frais d'encaissement, etc, 
1,744 90 impressions diverses et lithographies ; 
1,106 85 frais de bureau ; 
542 30 parcbemins, relieurs, distribution, journaux; 
250 » sonscription Rarcy ; 
500 » indemnity de voyage a M. Bourlier ; 
853 25 pour graines diverses, dont ; 

88 85 frais de transport ; 
514 40 pomme de terre de Sainte-Marthc. 

Si cet essai n'a pas encore repondu aux esp^rances 
qu'il avait fait naitrc, tela tient a ce que des rensei- 
gnements incomplets avaient ete" donnes a la Society. 
On lui avait Iaiss6 ignorcr que dans des experiences 
faites on avait opere sur des pommes de terre deja 
cultivdes eu Ame>ique, et non sur des pommes de 
tetre sauvages (1). 



35*332 73 A reporter. 

(1) Nous avons lieu d'esperer que les resultats en 1850 seront licaucoup plus salisfajsants. 



(OMI'TABILILL BE LA SOCIETE. XCV 

33,332 73 Report. 

/ 250 >< frais dc collection ; 

i mo nx ) 2 ' 285 65 recompenses; 
6,h>j uj \ 203 75 s( ; ance pubiique ; 

• 877 65 impressions relatives a la seance pnbliquc; 
441 85 complement du mobilier (pendule 300 fr.) ; 
278 » remboursements a divers de'le'gu^s. 

39,42t 63 en total. 

Nous devons ajouter que la SocieHd possedait au 1" Janvier 1859, en outre 
dc sa reserve en argent, un grand nombrc d'animaux, parmi lesquels : 

10 Yaks. 

3 /.finis du Soudan. 

1 Vache cotentine sans comes. 
71 Chevres d' Angora. 

8 Chevres d'Auvergne. 
17 Chevres d'Egypte. 
12 Moutons caramanlis. 

4 Moutons du Soudan. 

2 Biches d'Aristotc (de I'lude). 

3 Lamas. 

1 Tapir americain. 

1 Pecari a collier. 

8 Cochons de Chine. 

2 Agoutis. 

2 Pe'ne'lopes yacous. 
2 Gangas catas. 

4 Ibis rouges. 
2 Autruches. 

Enfln, Messieurs, nous vous dirons, pour terminer cet expose, que pendant 
I'anne'e 1858 le nombre des membres de la Society s'est augments de 344 ; il 
etait de 1865 au 1" Janvier dernier, et Ton complait 40 Socie'tes agrees. 

Le grand nombre des demandes d'admission qui nous sont incessamment 
adressdes, 1'univcrscl ct saint respect qui environne !e dernier nom dont jiotre 
listc a eTe honoree, nous donnent Tassurance que I'anne'e 1859 sera pour notre 
Societe aussi favorable que les pr£c<?dentes. 

Nous allons, Messieurs, vous soumettre uu apcrcu des recettes etdes defenses 
probables pour 1859. 

Uecettes. 

Valeurs au 1" Janvier 1859; especes, bons 

du Trevor, recouvrements 45, 189 90 

1393 souscriptions renouveldes sur 1865. . . 34,875 » 
deduction faite dc 52 cotisations definitives, 
de 38 membres honoraires, 
etdes souscriptions a annuler. 

300 souscriptions nouvelles a 35 francs. . . . 

Allocation du Ministre et dons 

Revenu des capitaux 

Loyer de la Soci<H£ protectrice des animaux. 

Total des recettes probables. .. . 49,475 » 49,475 » 

Total des valeurs dont on pourra disposer |>en- 
dant 1839 *.. i.. 94,664 90 



10,500 


M 


1,800 


» 


1,600 


» 


700 


» 



XCVI SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE U ACCL1MATAT10N. 

Depenses fixes. 

Loyer, impots ct chauffage 4,000 » 

Bulletins (2000 exemplaires) 10,500 » 

Impression. 1,800 » 

Appointemcnts 5,000 » 

Affrancbisscmeuts et recouvrements 1 ,300 » 

Frais de bureaux divers, distributions 1 ,650 » 

Recompenses et seance publique 3,000 » 

Divers 750 » 

Total 28,000 » 

La difference entre les recettes et les depenses sera environ 
de 66,664 90 

En prelevant sur cettc somme 25,000 » 

pour le pavement dc 100 actions du Jardin zoologique, il restera 

de disponible pendant l'annee 1859 41,664 90 

Vous pourrez done, Messieurs, pendant la presente annee, apres avoir paye" 
lous vos frais fixes, distribu6 vos recompenses et contribue a la creation du 
Jardin zoologique, consacrer encore unc partie de ces 41,664 fr. 90 c. a votre 
troupeau, a vos etudes, aux progres de 1'acclimatation, et poursuivre avec la 
perseverance et le desinteressement que donue Tamour du bien, la belle car- 
riere ouverte par la Societe imperiale zoologique d'Acclimatation. 



Conlbrmeineut aux propositions de la Commission, la Societe, apres avoir 
entendu ce rapport, a approuve les comptes de M. le Tresorier, et lui a vote, 
a runauimite, des remcrciments. 






BULLETIN 

MENSUEL 

DE LA SOCIETE IMPERIALE 

ZOOLOGIQUE 

D'ACCLIMATATION 

1 ..ml. . le tO I. %ii< r 1 S.i I. 



I. TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOCltfTE. 



SUR LES 

ORIGINES DES ANIMAUX DOMEST1QUES <D, 

Par M. Is. GEOFFROY s\IM llll lltll 



Seance du 7 Janvier 1859. 

On comprend communement sous lenom d'animaux domes- 
tiqucs tous ceux que l'homme eleve et nourrit « dans sa de- 
meure (2) » ou au voisinage de sa demeure. Mais entre ces 
commensaux deThomme, la science etablitune distinction im- 
portante : des uns l'homme possede seulcment des individus; 
des autres, il a des suites d' individus, des races. Ces derniers 
animaux sont seuls domestiques dans le sensscientifique de ce 
mot ; les autres ne sont que captifs ou prives. 

II y a loin de la simple caplivite a Lapprivoisement, de 
rapprivoisement a la domestication. Un animal captil' est com- 
parable a un prisonnier violemment arrache a ses habitudes, 

(1) Extrait d'un travail destine a parailre prochainement dans le 
tome II, '1* partie, de VHistoire naturelle generate desRegnes organiques. 
('2) Definition du Dictionnaire de I'Academie frangaise. 

T. VI. — Janvier et Fevrier 1859. 1 



2 S0C1ETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

et toujours pr6t a reprendre sa liberie ; un animal apprivoise 
Test a un esclave reduit en servitude des son enfance ou depuis 
delongues annees, et qui vit paisiblement, sans espoir de liberte, 
sous un joug que l'habitude lui a rendu leger. L'apprivoisement 
a commence pour lui le jour ou le maitre a pu cesser d'en en- 
chainer le corps, parcequ'il a su en enchainer la volonte. Mais 
rapprivoisement n'est toujours qu'un fait individuel, local et 
passager. La domestication, au contraire, peut etre dite un des 
faitspermanentset generaux de la domination de rhomme sur 
le reste de la creation ; resultant, en effet, de Taction d'une 
suite indefinie de generations humaines sur une suite indefinie 
de generations animales •, et n'ayant guere plusde limites dans 
Tespace que dans le temps, car la multiplication indefinie des 
individus entraine comme consequence ['expansion indefinie 
de la race ou de I'espece. 

SMI est deja difficile de faire vivre un animal en captivite ou 
a Tetat prive, il Test bien plus de passer de la possession de 
l'individu a celui de la race. En dehors de l'etat de nature, les 
animaux sont le plus souvent infeconds ou peu feconds ; et s'ils 
se reproduisent, leurs petits, le plus souvent aussi, ne s'elevent 
pas, ou chetifs et maladifs, ne peuvent propager leur race au 
dela de quelques generations. Pour vaincre d'aussi grandes 
difficultes, et m6me encore, la race conquise, pour en etendre 
la possession a d'autres climals, il faut une si longue suite 
d'essais, d 1 efforts, de soins, qu'on ne saurait s'etonner de la 
rarete de ces victoires de rhomme sur la nature; eut-il ici 
poursuivi le succes avec autant d'ardeur et de perseverance 
qu'il a mis a I'obtenir, d'indecision, de mollesse et d'incurie. 
Aussi, sur les cent quarante mille especes qui, selon les esti- 
mations les plus recentes, composentle regne animal, combien 
sont au pouvoir de rhomme ? Un peu plus de quarante ! Encore 
n'arrive-t-on a ce nombre qu'en reunissant les animaux do- 
mestiques de tous les pays : on doit le reduire d'un quart pour 
les con trees les plus civilisees et les plus agricoles, et de bien 
davantage pour les autres. 

Mais Fetude de ces animaux domestiques, sans parler ici de 
son importance pratique, n'en est pas moins d'un tres grand 



ORIGINES UKS ANIMAUX DOMEST1QUES. 3 

interet pour la theoriede I'cspece. Leur diversite compense, a 
ce point de vue, leur petil nombre. Kepartis entre quatre classes 
et entre deux embranchements zoologiques tres ditterenls, ils 
sont, de plus, les uns terrestres, les autres aquatiques ; les uns 
herbivores, les autres carnassiers ou omnivores; les uns vivi- 
pares, les autres ovipares; les uns tres precoces, les autres 
lents dans leur developpement. Parmi eux, il en est de natu- 
rellement sociaux et, quoi qu'on en ait dit, de naturellement 
solitaires ; de tres anciennement ct de recemment domesliques ; 
de si completement soumis a notre espece, qu'on les concoit a 
peine sans elle ou elle sans eux, et de si peu attaches a I'homme, 
qu'ils vivent plutot par ses soins que sous sa loi. Kntin, geo- 
graphiquement, ils ont eu les origines et ont encore les habi- 
tats les plus divers, Tenant les uns d'Asie. d'autres d'Europe, 
d'autres d'AIYique, d'autres d'Amerique, et de regions tantot 
chaudes tantot froides, tantot basses tantot hautes; et les uns 
n'occupant encore aujourd'hui que quelques points du globe, 
tandis que les autres le couvrent de leurs innombrables races, 
ne se laissant pas plus arr6ter que rhotnme lui-m6me par les 
diflerenccs les plus extremes de latitude et d'altitude. 

Par ces diversites organiques et par la variete de ces condi- 
tions d'existence, nos especes domestiquessont comme autant 
de specimens heureusement choisis parmi les animaux les plus 
differents. Quand nous en faisorts une etude approfondie, 
cbacune d'elles vaut pour nous, apres ce quelle est en elle- 
m6me, par ce qu'elle represente ; et leur comparaison, si faible 
qu'en soit le nombre, n'ouvre pas moins la voie a des induc- 
tions qui peuvent etre d'une grande valeur et d'un ordre tres 
general. 

Nous aurions voulu pouvoir communiquer a la Societe l'en- 
semble de nos recherches sur les animaux domesliques. Nous 
en donnerons du moins le resume sous la forme d'un tableau 
synoptique. 

Nous ferons suivre ce tableau du chapitre relatif aux 
Oiseaux. 



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SOCIETE IMI'EIUALE Z00L0GIQUE d'aCCLIMATATFON. 

OISEAUX. 
I. 

Parmi les dix-sept oiseaux domestiques, ceux dont il est le 
plus facile de retrouver les ancetres a l'etat sauvage sont na- 
turellement les especes qui en sont le plus nouvellement sortis. 
Commencer par celles-ci, sera done aborder le probleme par 
les cas les plus simples. 

Ces derniers venus sont au nombre de cinq : deux palmipedes 
alimeutaires et surtout d'ornement ; et trois Faisans, oiseaux 
par excellence d'ornement, et en meme temps gibiers de luxe. 
Les deux palmipedes sont YAnas cygnoides, de 1'Asie orientale, 
et VAnas canadensis, de l'Amerique du Nord ; Tun et l'autre 
intermediates entre I'Oie et le Cygne. Nous savons mal This- 
toire du premier, vulgairement connu, selon les pays, sous les 
noms d'Oie de Chine, de Siberie et surtout de Guinee; son in- 
troduction est recente, mais sans date certaine. Celle de l'Oie 
a cravate ou du Canada a eu lieu en Angleterre, vers le milieu 
du xviu e siecle, et e'est aussi dans le meme pays, eta la m6me 
date, qu'ont ete d'abord possedes et multiplies les trois Faisans 
a collier, argente et dore. La domestication du Faisan a collier 
parait avoir commence chez le due de Northumberland, et celle 
de l'argente dans les volieres du celebre fondateur du Musee 
britannique, Hans Sloane. 

Ces cinq oiseaux ont sensiblement conserve les caracteres 
du type sauvage 5 il y a parmi eux des varietes individuelles, 
mais point de races tres distinctes. 

II n'en est deja plus de m6me du Serin des Canaries, du Din- 
don, de l'Amerique du Nord, et du Canard musque, dit de 
Barbarie, quoiqu'il soit originaire de l'Amerique meridionale. 
Dans ces trois especes existent des races domestiques, plus ou 
moins diflerentes des types priinitifs. Si Ton voit encore dans 
nos basses-cours des Dindons et surtout des Canards musques, 
pares de couleurs metalliques aussi eclatantes que dans l'etat 
sauvage, on en voit aussi a plumage completement terne. II s'est 
produit en outre, chez le Dindon, des differences tres marquees 
de taille. Le Canari s'est encore bien plus modifie : on dislin- 



ORICINKS DKS AM.M.U \ DOMK.VIini KS. 7 

guail, tlaits l<;xviii e siocle, plusieurs races et jusqu'a vingt-neui" 
\aiictcs de Serins domestiques; et Ton pourrait de nos jours 
en compter davantage encore. Dans quolques-unes il s'est de- 
veloppe iino liuppe, et. la laille a notablement augmente; dans 
plusieurs, !e plumage est dcvenu jaune, et cette couleur est 
meme devenue aussi commune ehez le Canari que le blanc chez 
les autres animaux domestiques: ce qui, du reste, ne saurait 
etonner, puisque le flavisme, ainsi que nous ravens men- 
tionne ailleurs (1), est Talbinisme des oiseaux verts (2). 

A voir ces especes si diversement modiu'ees, on pourrait deja 
prevoir qu'elles sont plus anciennement domestiquees que les 
precedentes. Leur introduction date, en eflet, du xvi° siecle, 
sansexceptercelle du Dindon, (jui meme, malgre une croyance 
(res accreditee (3), avait precede les deux autres. Le « coc 
d'lmle » a ete importe en Angleterre sous Henri VIII et en 
France sous Louis Xll ; etil etait deja « conunun es mestairies » 
vers 1550, comme le dit expressement Belon (4). A la meme 
epoque, le Canard dlnde ou de Guinee, comme on appelait 
alors V Alius moschata , commencait aussi a se repandre en 
France : on le vendait « par les marchez pour s'en servir es 
» festins et noces (5). » 

Quant au Serin, si abondant aux Canaries qu'on y abat aise- 
ment vingt individus d'un coup de fusil, son introduction a 

(1) Histoire (jinerale et partiexdiere des anomalies, 1832, t. I, p. 317. 
I/eclat, l'intensite que prend souvent le jaune du Serin est, a ce point 

de vue, tres remarquable. 

(2) Et des vegetaux, pour leurs parties vertes. Voy. Moquhn-Tandon, 
Elements de teratologic ve'ge' tale. Paris, in-8, 1841, p. 45. 

(3) » Le premier Dindon qui fut mange en France parut au festin des 
» noces de Charles IX, en 1575, » dit Tkmminck, Histoire des Gallinaces, 
Amsterdam, in-8, 1813, p. 378 ; d'apres Sonnini, qui lui-meme empruntait 
a Anderson ce pretendu fait, rcproduit par une multitude d'auteurs. 

11 ne siifflt meme pas 5» certains auteurs de reporter jusqu'au milieu du 
x\ i c siecle la domestication du Dindon. Get oiseau n'aurait etc amene en An- 
gleterre qu'en 1624, selon Link, Monde primitif et antiquite, t. II, p. 316. 

(4) Histoire de la nature des oyseaux. Paris, in-fol., 1555, p. 248. 
Je n'ai pasbesoin d'ajouter que Belon se trompe lorsqu'il dit le Idndon 

commun « es mestairies romaines». 11 le confond ici avec la Pinlade. 

(5) Ibid., p. 174. 



8 S0CIETE IM1>EKIALE Z00L0G1QUE d'aCCLIMATATION. 

du suivre de tres pres relablissemcnt des Espagnols dans ces 
lies. Nous voyons, en effet, au xvi e siecle, le commerce im- 
porter en grand nombre des Canaris comme aujourd'hui des 
Bengalis et des Senegalis; puis quelques individus, et bientot 
un grand nombre, s'acclimater et se reproduire, et Tespece se 
repandre partout. Apres avoir orne, au xvi e siecle les palais 
des grands, « magnatum cedibus alitur » , dit encore Gesner en 
1595 (1), « l'oiselet de sucre » descend, au xvu e , jusque dans 
les plus humbles demeures. 

II. 

Au nombre des oiseaux acquis par les modernes, devons- 
nous placer aussi le Cygne ? Non-seulement Aristote, mais Pline 
et les auteurs latins, ne disent rien du Cygne domestique (2), 
tandis qu'ils reviennent, a plusieurs reprises, sur le sauvage; 
et Albert le Grand ne fait guere encore, au xiu e siecle, que 
repeter et commenter ce qu'avait dit Aristote (3). Des la 
renaissance, au contraire, et sans qu'aucun auteur en parle 
comme d'une conquele nouvellement faite, le Cygne domestique 
est mentionne comme habituellement « nourri es douves des 
» chastcaux situez en Teau » [h). La domestication du Cygne 
daterait-elle du moyen age? Dans tous les cas, il est peu vrai- 
semblable qu'elle ait ete accomplie dans l'ouest de TEurope, 
ou le Cygnus olor, souche du Cygne domestique qui en con- 
serve les caracteres, se montre bien moins communement 
que le Cygnus ferns (5). 

(1) De avium natura. Francfort, in-fol., p. 2ZiO. 

(2; Et il en est de meme de Diodouu de Sicile, dans le passage remar- 
quable (Bibliotheque historiqite, liv. XI, xxi) ou il parle du lac artificiel 
d'Agrigente, de ses poissons et de ses cygnes. Les poissons y avaient ete 
mis, mais non les cygnes, comme on l'a quelquefois entendu. Ku/.vwv ts 
ttXx8c,u; d; v.\jrr,-t ^7.-a7VTau.£vcu , dit Diodore ; c'est- a -dire, mot a mot, 
s'y etant abattus en volant. II s'agit doncmanifestement d'une troupe de 
Cygnes sauvages. 

(3) De animalibus, lib. VIII, tract, u, cap. 3. — Ailleurs, Albert parle 
dela possibilite d'apprivoiser les Cygnes quand on leur a coupe l'aile. 

(Zi) Bklon, loc. cil., p. 15. 

(5) Aussi l'a-t-on pris d'abord pour la souche du Cygne tubercule. 



ORIGINES DES ANIMALX DOMESTIQUES. 

Nous rations dans une semblable incertitude au sujet de la 
Tourterelle a collier, espece voisine, mais bien differente, de la 
Tourterelle d'Europe. C'est celle-ci, Columba turtur, que les 
Homains nourrissaient en si grand nombre et avec tant de soin 
dans leurs maisons de campagne (I); et rien n'indique qu'ils 
aientpossedeni meme connu la C. risoria, qui est originaire 
des contrees orientales de 1'Asie. Comment et quand nous en 
est-elle venue ? Tout ce que nous pouvons en dire, c'est qu'elle 
est domestique en Europe depuis trois siecles au moins; que 
ses anciensnoms, « Colombeindienne, Colombe turque, » sem- 
blent indiquer la voie quelle a suivie pour nous arriver ; et 
qu'elle conserve sensiblement, dans la variete la plus commune, 
les caracteres du type primitif, tel qu'on le trouve dans I'Asie 
orientale, et particulierement en Chine (2). 

HI. 

Les autres oiseaux domestiques le sont tous depuis une date 
beaucoup plus ancienne. Nous croyons pouvoir, dans l'etat 
present de la science, faire remonter a l'antiquite romaine la 
domestication du Canard, a l'antiquite grecque celle de TOie 
(quoiqu'on Fait attribuee aux Romains), de la Pintade, du Paon 
et du Faisan ordinaire, et a la haute antiquite, celle de la 
Poule et du Pigeon. 

A l'egard du Canard, nulle difficulte serieuse. Nous connais- 
sons aussi bien le Canard sauvage que le Canard domestique, 
et parmi les nombreuses races et varietes qu'on a obtenues de 
celui-ci, il en est, et ce sont les plus communes, qui conservent 
encore, sauf une taille sensiblement plus considerable, tous les 
caracteres de YAnas boschas. La question d'origine est par la 

(1) On les engraissait coin me les Grives et tant d'autres, mais on ne les 
faisait pas reproduire. Columelle le dit expressement, De re rustica, 

/»6. V11I, cap. ix. « Educatio supervacua, dit l'auteur In ornithone 

nee parit nee excludit (on excudit, selon d'autres lecons). » 

(2) Elle est seulement devenue, en domesticite, plus grande et un peu 
plus pale. 

La C. risoria a ete souvent confondue avec d'autres especes, ee qui a 
induit en erreur sur sa patrie. 



10 SOClfiT^ IMPERIALS £6oi,t)GIQUB D^ACCLlMAtATlON. 

zoologiquement resolue. Mais, liistoriquement, il reste quel- 
ques incertitudes. Elles ne portent, toutefois, que sur la date 
de la domestication; encore cette date peut-elle etre deter- 
mined approximativement. Chez les Romains, a l'epoque de 
Varron, il fallait encore couvrir de filets les enclos destines 
aux oiseaux d'eau, « ne possit anas evolare (1). » La domes- 
tication etait done encore tres incomplete, et par consequent 
recente, a la fin de la republique romaine, et rien n'indique 
que cette domestication eut ete m6me commencee chez les 
Grecs. 

Tl n'en est pas de m6rne de celle de l'Oie. Je n'insisterai pas 
ici sur l'antique fable (2) qui nous montre une Oie (etnon, 
comme dans la Fontaine, une Poule) 

Pondant tous les jours un oauf d'or; 

mais un passage trop peu remarque d'Aristote sur les ceufs de 
vent pondus par les jeunes Poules et les jeunes Oies vierges (3) 
atteste que les Grecs, quoi qu'on en ait dit, avaient devance 
les Romains dans l'educalion de cet oiseau. Quant a ceux-ci, 
ils l'ont possede de tres bonne heure; temoin, lors de la prise 
de Rome par les Gaulois, « la vigilance des oies du Capitole , 
» train par les chiens , » comme le dit Pline (A). Nous avons 
une preuve d'un autre genre, et non d'une moindre valeur, 
dans Texistence a Rome, au temps des premiers Cesars, d'Oies 
de diverses varietes, notamment de diverses couleurs ; comiiie 

(1) Varron, De re rustica, lib. Ill, cap. xi. — Dureau dk la Malle 
a exactement cite ce passage dans son Economie politique des Romains, 
t. II, p. 199; mais, ailleurs, sa memoire l'a mat servi. Varron n'a pas 
dit : « Anas aut anser » , comme le pretend Dureau , Sur I'influence 
de la domesticite (Seance publique des quatre Academies, in-Zi, 1830, 
p. 38), et comme d'autres l'ont repete. — Clausa? pascuntur amates 
(et non: cenates et anser es), dit aussi Columelle, loc. cit., lib. VIII, 
cap. xv. 

(2) Fables d'Esope. Fable intitulee : Du patjsan et de son oie. 
L'Oie aurait-elle ete domestiquee en Asie avant de 1'etre en Grece 

fisope etait Phrygien, mais cette fable est-elle bien de lui? 

(3) Histoire des animaux. liv. VI, n. 
(6) Lib. X, xxvi. 



OUICINKS |)i:S AMMAl \ DOMl.STIQUKS. li 

nous I'approndrait an besoin ce vers d'Horace sur le foie d'oie 
qui rtait dbs lors un des mets privilegies des gastronomes : 

Pinguibus et ficis pastum jecur anseris albi (1). 

C'est en effejf TOje blanche qui est indiquee par Varron 
connne la meilleure variete alimentaire. 

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IV. 

Ce n'est plus Aristote, mais un de ses disciples, Clytus de 
Milet, et apres lui, Athenee, qui signalent l'existence chez les 
(lives de la Pintade. L'un nous apprend qu'on elevait de son 
temps la Meleagris dans l'ile de Leros, pres du temple de Mi- 
nerve (2), et Athenee cite l'Etolie comme la contree ou on l'a 
possedee d'abord (3); Link suppose que la Grece l'avait recue 
de Cyrene ou de Carthage (h). Mais ces premieres educations 
paraissent avoir eu peu de resultats, et ce sont surtout les Ro- 
mains qui ont fait de la Pintade unoiseau europeen. lis avaient 
m6me, et en abondance, deux especes de Pintades, la Numida 
ptilorhynchus , a caroncules bleues, que l'Europe n'a pas con- 
served, mais que nous essayons aujourd'hui de lui rendre, et 
la N. meleagris, a caroncules rouges (5) 5 la rneme qu'on avait 

(1) Aspice quam tutneat magno jecur anserc majus. 
ditaussi Martial, Epigr. XIII, 58. 

On savait done dejk obtenir des/btes gras.— Pline (lib.X, xxvn) a cru 
devoir Iransmettre a la posterite les noms des deux inventeurs de cet art : 
l'un d'eux etait un personnage consulaire! 

(2) Dans un passage consacre par Athenee, Deipnosophistes, liv. XIV, xx. 
La Pintade a caroncules rouges est bien decrite dans ce passage, et la 

similitude des deux sexes deja mentionnee. 

(3) Loc. cit.,Y\\. XIV, lxx. 

(U) Loc. cit., p. 315. — Voy. aussi Pallas, Spicil. zool., fasc. iv, p. 10. 

(5) Ces deux especes sont tres bien distinguees parCoLUMELLE, lib. VIII, 
cap. 11. C'est tout a fait a tort que cet auteur a et6 accuse d'avoir pris les 
deux sexes d'uneniOmeespece pour deux especes. — Voy. Buffon, Histoire 
naturelle des Oiseaux, t. II , p. 164 ; — et Dureau de la Malle, Econ. 
polit. des Homains, t. II, p. 193. 

Notons en passant que la Meleagris des Romains etait l'espece ;i caron- 
cules bleues. « In Meleagride ccerulea, » dit Collmelle, lib. VIII, 11. 
L'espece a caroncules rouges, a laquelle les zoologistes ont applique le nom 
de Meleagris, etait appelee paries Romains Gallina africana ou nutnidica. 



12 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQL'E d'aCCLIMaTATION. 

eue en Grece, et qui est aujourd'hui si commune en Europe, 
soit qu'on l'y ait perpetuee depuis les Romains, soit, comme le 
croit Belon (1), qu'elle y ait ete reintroduce il y a quelques 
siecles, de la cole occidentale d'Afi ique • region ou on la Irouve 
en effet, sur plusieurs points, a 1'elat sauvage et avec des 
caracteres qu'on trouve bicn conserves chez un grand nombre 
d'individus domestiques (2). 

L'origine asiatique du Paon et du Faisan est aussi certaine 
que l'origine africaine de la Pintade, et nous devons certaine- 
ment aux Grecs d'avoir fait de ces deux beaux oiseaux des es- 
peces europeennes. C'estl'expeditiond'Alexandre qui a enrichi 
la Grece du Paon, comme Tattestent plusieurs documents his- 
toriques (3); et c'est celle des Argonautes qui lui a donne 
« Toiseau du Phase », d'apres une tradition generalement ac- 
ceptee par les anciens (7i) . L'Histoire naturelle confirme pleine- 
ment ces origines-, car les contrees d'ou Thistoire et la tradition 
font venir le Paon et le Faisan sont precisement celles ou on 
les rencontre aujourd'hui : le Paon est de Tlnde, le Faisan se 
trouve dans l'Asie Mineure. Et ici nulle incertitude : s'il y a 
des Paons blancs, des Faisans blancs et d'autres gris, les cou- 
leurs les plus communes dans ces deux especes sont precise- 
merit celles qui les parent dans leur etat primitif. La Filiation 
se prouverait done au besoin par la ressemblance. 

(1) Loc. cit., p. 2Z|6. 

(2j Voy. Hartlatjb, System der Ornilhologie Westafrica's. Breme, 
in-8, 1857, p. 199. 

(3) Le Paon etait certainement domestique du temps d'ARisTOTE. On l'a 
nie; mais VHistoire des animaux renferme un passage decisif. Voye2 
liv. VI, ix : « Les personnes qui elevent des Paons, dit l'auteur, font couver 
leursceufspardes Poules.»(Trad. deCAMLS, 1. 1, p 3io.)— Dans la phrase 
suivante, Aristote oppose au Paon les oiseaux sauvayes (i^lw opviewv). 

On avait vu quelques Paons en Grece avant Alexandre. A 1'epoque de 
Pericles, on en montrait un a Athenes pour de Targent. 

Le Paon etait domestique a Samos avant de l'etre dans la Grece propre- 
ment dite. (Atheinei:, liv. XIV, lxx.) 

(/j) Et notamment par Martial, dans ledistiquesuivant (Epigrammata, 

tib.XU], 72) : 

Argiva jtrimum sum transportala carina, 
Ante mild nolum nil, * -.I'liatii, enit. 



0RIGINES DES ANIMALX DOMESTIQUES. 13 

V. 

t/Asio est do meme la patrie originaire de la Poule, et de 
plus, le lieu de sa premiere domestication. De ces deux faits 
le premier est egalement atteste par PHistoire naturelle et par 
1'liistoire. C'est dans l'Asie, soit continentale, soit insulaire, 
que sont repandues toutes les especes du genre Gallus, et 
particulierement le G. Bankiva dont les caracteres concordent 
parfaitement avec ceux de plusieurs de nos races domestiques. 
On voit encore communement dans nos basses-cours des Coqs 
exactement colores comme le Bankiva. Temminck, qui a le 
premier decrit le Coq Bankiva et signale son etroite parente 
avec nos races domestiques (1), le disait originaire de Java, et 
d'autres Tout dit des Philippines. Mais nous pouvons affirmer 
que ce Coq se trouve sur le continent de I'Inde; et par la 
disparait presque completement la derniere des difficultes 
qu'avait rencontrees la determination de Torigine duCoq(2). 
C'est en eflet du continentde PAsie, de la Perse, qu'il est venu, 
un peu apres l'epoque d'Homere (3), dans la Grece, qui Pa, 
plusieurs siecles apres, donne a l'ltalie. Persicus Gallus, per- 
il) hoc. cit., 1. 1, p. 87.— Temminck admet, du reste, d'autres « souches 
ou especes premieres. » (Voy. p. 69.) 

Avant Temminck, on prenait pour le Coq primitif, d'apres Sonnerat, 
Voyage auxlndes orientates, in-8, 1782, t. Ill, p. 139, une espece rapportee 
de I'Inde par ce voyageur etqui porte aujourd'hui son nom. Mais le Gallus 
Sonneratii s'eloigne de nos Coqs par la plupart de ses caracteres specifiques. 
Une troisieme opinion a ete recemment emise par M. Pucheran, Mono- 
graphic des especes du genre Cerf, dans les Archives du Museum d'Histoire 
naturelle, 1853, t. VI, p. ZiOO. Selon ce savant zoologiste, la veritable 
souche serait le G. Lafayettii, de Ceylan. Mais on ne retrouve pas dans 
nos races domestiques les caracteres qui distinguent celui-ci (la coloration 
du dessous du corps et des remiges secondares). 

(2) Pour expliquer comment le Coq avait pu venir des iles de la Sonde, 
Link supposait {loc. cit., t. II, p. 312) d'anciennes « relations de commerce 
» entre ces contrees meridionales et celles du nord ». Nous n'avons plus 
besoin de recourir h ces conjectures toutes gratuites. 

I .»' scul point qui reste a eclaircir est celui-ci : Le Coq Bankiva existe-t-il 
sauvage jusqu'en Perse? Ou avait-il eteimporte de Tlndeen Perse? 

(3) Link, ibid., p. 310. 



lt\ S0CIETE IMPERIALE Z00L0G1QIE d'aCCLIMATATION. 

sicus aXt'xTwp, disent a plusieurs reprises les auteurs anciens (1), 
sans nous apprendre toutefois si le Coq est venu en Europe en- 
core a l'etat sauvage ou deja domestique. Mais le doute ou nous 
laissent les livres grecs et latins est leve par un manuscrit 
d'une bien plus haute antiquite, par le Zend-Avesta. Ormuzd, 
selon les croyances des Parses, avait lui-meme donne aux 
hommes leCoqet laPoule(2), et la religion mazdeenneprescri- 
vait a tout fidele de nourrir dans sa demeure un Bo3uf, un 
Chien etun Coq, « representant du salut matinal(3)». LeCoq 
est done, depuis une longue suite desiecles, domestique dans 
l'Asie en deca de l'lndus. Y etait-il venu, plus anciennement 
encore, de la region ou nous le connaissons aujourd'hui a 
l'etat sauvage (4) ? 

Aulant nos Coqsdomestiques ressemblent souvent au G alius 
Bankiva, autant il est commun de trouver dans nos colom- 
biers des Pigeons presque idenliques avec le Columba Livia; 
nous avons m6ine vu des individus reproduire si Pidelement 
tous les caracteresdu type sauvage, qu'il etait presque impos- 
sible de les en distinguer. Nous pouvons done affirmcr la 
parente de nos Bisets domestiques avec le C. Livia. Malheu- 
reusement, apres ce premier resultat qui est loin de nous suf- 
fire, nous sommes contraints d'entrer dans le champ des 
conjectures. Le Biset sauvage est-il la souche unique ou 
une des souches multiples de nos nombreuses races et de 
nos innombrables varietes soit de colombier, soit de voliere? 
Tout ce que nous pouvons dire, e'est qu'on retrouve parfois 
jusque dans les races les plus modifiees une partie des carac- 
teres du Biset sauvage, et jamais ceux d'une autre espece. 

(1) Athenee, lib. XIV, cap. lxx, d'apres Cratinus. 

('2) Traduction du Zend-Avesta, par Anquetil-Duperuon, 1. 1, 2 e part., 
p. 406. II s'agit ici du Coq celeste; mais il est question, dans le mCMne 
passage, des soins a donner au Coq. 

(3) J. Reynaud. Voy. sur ce point et sur le « Coq celeste » des Mazdeens, 
le savant article Zoroastre de V Encyclopedie nouvelle, 1841, t. VIII, p. 807. 

(Zi) On ignore egalement a quelle epoque la Poule est venue d'Asie en 
Jilgypte, ou on l'a possedee fort anciennement, et oil les procedes de l'incu- 
bation artiflcielle etaient en usage des le temps d'Aristote. (Voy. Hist, des 
anim., liv. VI, it.) 



0R1GINES DES ANIMAUX DOMESTlQliES. 45 

Loin que la diversite d'origine puisse etre prouvee, il y a 
doncune presomption en favour do la communaute, sans qu'il 
soil copcndant permis de raffirmer. Nous ne sonnnes pas plus 
li\cs sur lo lieu ou les lieux de la premiere domestication du 
Pigeon. Oiseaude grand vol, et essentiellement voyageur, le Pi- 
geon se rencontre a l'etat libre dans trois parties du monde, en 
Europe, dans le nord de l'Afrique, dans une tres grande 
partie de l'Asie : meme en supposant la question de 1'ori- 
ginezoologique exactement determined, la question de l'origine 
geographique reste done encore tres incertaine, a moins que 
l'histoirene l'aitresolue. Or, non-seulement elle ne Ta pas fait, 
mais il est peu de points sur lesquels elle nous donne aussi 
peu de lumieres. En des temps recules, nous voyons deja le 
Pigeon domesti(|ue dans les trois memes parties du monde ou 
il vit sauvage; et l'Europe est la seule pour laquelle sa domes- 
tication ne se perde pas dans la nuit des temps. Le Pigeon 
parailn 1 avoir ete possede paries Grecsqu'un peuapresl'epoque 
d'Homere(l); ete'est aucinquiemesiecle avant notre erequ'ils 
virent pour la premiere fois des individus a plumage blanc, 
tres vraisemblablement venus de Perse (2). Est-ce de Perse 
aussi qu'on avait introduit le Pigeon en Egypte (3) ? II y a lieu 
non de I'affirmer.car l'bistoire est muctte sur ce point, mais de 
le presumer, d'apres Tensemble des resultats auxquels conduit 
Vetude des races. Quel animal afrieain voyons-nous dans la 
haute antiquite passer d'Egypte en Asie? Un seul peut-etre, le 
chat. Nous avons, au contraire, plusieurs exemples d'animaux 
domestiques donnes par l'Asie a l'Egypte : tels sont le Coq 
parmi les oiseaux, et parmi les mammiferes, le Cheval,l'Ane, le 
Dromadaire : traces significatives, bien qu'a demi effacees par 
le temps, d'un antique courant, non de l'Afrique vers l'Asie, 
mais de l'Asie vers l'Afrique. 

(1) Link, loc. cit., p. 316. — Dureau de la Malle, loc. cit., p. 185. 

(•2) D'apres un passage de Charox, de Lampsaque, conserve par 
Atuenee, loc. cit., liv. IX, chap. li. 

Les Homains paraissent avoir possede de bonne heure le Pigeon. lis 
1'ont quelquefois employe comme messager. (Voy. Pli>e, lib, X, uu.) 

(3) Du temps u"Aristote, loc. cit., liv. VI, iv, le Pigeon etait devenu 
extremement commun en Egypte. On en ohtenaitdouze pontes par an. 



16 SOCIETE 1MPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

SUR 

L'ACCLIMATATION DU CANNA EN ANGLETERRE 

(Oreas carina). 

LETTRE ADRESSEE A M. LE PRESIDENT 
DE LA SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION 

Par M. ». IV. MITCHELL, 

Secretairc-gerant de la Societe zoologique de Londres, 
Delegue de la Societe imperiale zoologique d'acclimatation a Londres. 



(Seances du 10 decembre 1858 et du 21 Janvier 1859.) 

Monsieur le President, 

Des le premier jour de mon entree en fonction comme 
secretaire-gerantde la Societe zoologique de Londres, en 1847, 
je dirigeai mon attention sur le probleme de l'acclimatation 
des especes utiles de mammiferes et d'oiseaux, qui, pour 
diverses raisons, avait ete jusque-la presque entierement 
neglige pour diverses raisons, quoiqu'il fut l'un des premiers 
objets de la Societe. 

Les constructions dans notre etablissement de RegentV 
Park ont generalement ete disposees pour U exhibition plutot 
que pour la reproduction, et les succes que nous avons obte- 
nus pour plusieurs especes ont presque toujours rencontre 
beaucoup de difficultes. 

Parmi les mammiferes dont je me suis plus parliculierement 
occupe, aucune espece ne parait devoir etre un jour plus utile 
et ne fait esperer un succes plus certain que le Canna. 

Ce noble animal, intermediaire, pour la forme, enlre le 
genre Antilope et le genre Bceuf, n'est pas moins remarquable 
par son aptitude a supporter la captivite que par sa grande 
taille, sa disposition a l'engraissement et son rapide accrois- 
sement. 



ACCLIJIAIAIION 1)1! CANNA KN A.NliLKTKIUlK. 17 

Mon moins robustc que la premiere classe de Bceufs a courtes 
cornes, il se reproduit avec plus de certitude, et il est plus pre- 
coce. Dans Tespace des six annees qui se sontecoulees depuis 
que les femelles qui appartiennent a la Societe zoologique out 
commence a porter, nous tfavons pas eu un seul cas de steri- 
lite, et pas un seul jeune n'a peri pendant Televage, soit qu'il 
fut allaite par sa mere, soit qu'il fut eleve a la main. II i'aut 
remarquer que la facilite avec laquelle les jeunes de cette espece 
peuvent etre nourris avec du lait de vache offre un avantage 
tout particulier pour eviter les accidents ou les impatiences de 
la mere. 

La premiere tentative d'acclimatation du Canna fut faite par 
le dernier comte de Derby qui, en 1842, fitvenir deux males 
et une femelle du Cap de Bonne-Esperance. 

Ces animaux vecurent et se reproduisirent dans sa magni- 
fique menagerie de Knowsley, mais ils moururent premature- 
ment, pour avoir ete imprudemment conduits dans un nouveau 
paturage, a l'exception d'une jeune femelle nee en Janvier 1846, 
et qui appartient actuellement a la Societe zoologique de 
Londres, comme la seule survivante de ce troupeau. 

La femelle avait eu en tout quatre petits nes, le 27 mai 1844, 
le 10 mars 1845, le 6 Janvier 1846, et le quatriemc en 1847, 
a une epoque qui n'est pas connue d'une maniere precise. 
L'un des males importes avait ete euvoye a la menagerie du 
Museum d'Histoire naturelle, a Paris, en decembre 1845. 

Pendant Texistence de ce troupeau a Knowsley, lord Derby 
fit plus de vingt experiences dans le but d'obtenir un croise- 
ment du Canna avec les meilleures races de Bceufs domes- 
tiques. Des Vaches a courtes cornes, d'Ecosse, et quelques- 
unes a longues cornes, furent presentees a cbacun des deux 
Cannas males, qui les servirent egalement, mais sans qu'il en 
resultat aucun produit. II est evident que le Canna, quoique 
Ires voisin du genre Bceuf et ayant la meme periode de gesta- 
tion (ce en quoi il diH'erede I'Antilope), en est cependant trop 
eloigne pouradmettre un croisement iecond entre eux. 

Le malbeureux resultat de ce premier essai ne decouragea 
pas lord Derby, qui, plein de confiance dans la parfaite possibi- 

T. VI. — Janvier et Fevrier 1859. 2 



18 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGiQUE d'aCCLIMATATION. 

lite d'acclimater le Ganna, s'appliqua avec sa perseverance 
ordinaire a remplacer le troupeau qu'il avait perdu, enfaisant 
venir au printemps de 1851 deux jeunes femelles qui lui 
furent envoyees par le reverend M. Fry, de Charlie's Hope. 

Au mois dejuinde la merne annee, deux jeunes males les 
suivirent, et quoiqu'ils fussent arrives dans un etat tres pen 
satisfaisant, ils furent bientot retablis par les soins habiles de 
M. Thompson, quifut pendant plusieurs annees charge de la 
menagerie de sa seigneurie, et prit une tres grande part a ses 
progres. 

Le nouveau troupeau se composait de : 
Deux males importes en juin 1851 ; 
Deux femelles importees en mars 1851 j 
Une femelle proven ant du premier troupeau, nee a Knowsley, 
le 7 avril 1846. 

Quelque temps avant sa mort, lord Derby m'avait consulte 
surles dispositions testamentaires qu'il voulait faire au sujet 
de sa collection d'Histoire naturelle, et il laissa a la Societe 
le droit de choisir parmi toutes les especes qui pourraient 
exister dans la menagerie de Knowsley, au moment de son 
deces, celle que je considererais comme les plus avantageuses 
pour la Societe avec tous les sujets appartenant a cette espece. 
L'intention expresse de sa seigneurie en faisant cette dispo- 
sition, et la mienne propreen laluiconseillant, futprecisement 
de reserver la meilleure chance de continuer le plus important 
essai d'acclimatation que cette collection put offrir- et je suis 
heureux de pouvoir constater que sa genereuse appreciation 
des efforts qui avaient alors reussi a rendre a la Societe sa pros- 
perity premiere, a eu des resultats qui repondent a ses desirs. 
Apres la mort de lord Derby, en 1851, mes collegues reso- 
lurent, sur mes pressantes sollicitations, de rendre justice au 
choix du troupeau de Canna, en faisant construire une habita- 
tion convenable pour sa reception, et le comte actuel de Derby, 
qui temoigna le plus grand desir de remplir les intentions de 
son pere de la maniere la plus liberale, ayant consenti a les 
conserver a Knowsley jusqu'a ce que leur nouvelle demeure 
fOt completement appropriee, ils y furent successivement 



AiCLlMATATION DU CANNA EN ANULKTKRRK. 19 

amenes par M. Thompson, dans le cours du mois de novembre 
(|iii suivil la inort de sa seigneurie. 

Les cinq animaux ainsi places dans I'etablissement de la 
Societe depuis sept ans, n'onl pas produit moins de vingt 
jeunes, com me on peut le voir par le tableau suivant, et leur 
accroissement futur suivra necessairement une progression 
beaucoup plus rapide. 



INDI- 
VIDUS. 


SEXB. 


DATE DE LA NAIS5ANCE. 


LIEU DE LA NAISSANCE. 


PARENTS. 


A. 


(? 


Janvier 1850. 


Import! 1 . 




B. 


df 


a 


i) 




C. 


2 


a 


D 




D. 


2 


u 


u 




E. 


2 


7 avril 1846. 


Knowsley. 




F. 


2 


29 join 1853. 


Socie'te' zoologique. 


Par A de C. 


G. 


o* 


4 juillet 1853. 


■ 


Par A de D. 


H. 


2 


10 jaavier 1854. 


■ 


Par A de E. 


I. 


2 


8 juillet 1854. 


» 


Par B de C. 


J. 


2 


» 


» 


Par B de D. 


K. 


2 


3 mars 1855.. 


M 


Par B de E. 


L. 


2 


13 mai 1855. 


» 


Par G de C. 


M. 


9 


8 juin 1855. 


» 


Par G de F. 


N. 


5? 


27 septembre 1855. 


)) 


Par G de D. 


0. 


2 


1" mars 1856. 


)) 


Par G de C. 


P. 


<? 


10 avril 1856. 


» 


Par G de F. 


Q. 


9 


21 mai 1856. 


a 


Par G de E. 


R. 


a" 


4 dgcembre 1856. 


a 


Par G de H. 


S. 


a" 


18 juillet 1857. 


M 


Par A de E. 


T. 


2 


22 mai 1858. 


a 


Par A de C. 


D. 


2 


10 aout 1858. 


» 


Par A de E. 


V. 


a" 


septembre 1856. 


Hawkstone. 


Par G de I. 


W. 


2 


juin 1857. 


» 


Par G de I. 


X. 


? 


27 mars 1858. 


a 


Par G de K. 


Y. 


a" 


juin 1858. 


u 


Par G de I. 



Le premier proprietaire anglais qui entreprit de continuer 
cet essai d'acclimatation si heureusement commence, fut le 
vicomte Hill, qui, au mois d'avril 1856, installa le male de 
trois ans G, la femelle de deux ans I et la femelle dun an K, 
dans son beau pare de Hawkstone, pros Shrewsbury. 

La femelle de deux ans I etait pleine quand die quitta l'eta- 
blissement de la Societe, et elle donna un beau produit dans la 
meme annee. Elle reproduisit egalement en 1857 et 1858. La 



"20 SO'JIETE IJll'Et'.IALE ZOOLOlilQUE d'aCCLUIATATION. 

femelle d'un an K neful pas presentee au male avant quelle 
eut atleint le ineme age que 1'autre, mais elle a depuis produit 
uu male, et le troupeau de lord Hill est actuellement de sept 
individus, d'ont quatre males et trois femelles seulement. 

Les femelles et tous les jeunes nes dans le pare sont aussi 
doux que les animaux domestiques avec lesquels ils vivent, se 
laissant conduire a la main dans leur cabane ; mais ils n'ont rien 
perdu de leur activite et de leur allure que Ton excite quel- 
quel'ois au plus haut degre en leur faisant parcourirles pentes 
rapides qui donnent tant de caractere aux beautes du domaine 
de Hawkstone. 

Le male 6 est maintenant un inagnitique animal (1); et tous 
les produits obtenus par la Societe ont toujours invariable- 
ment surpasse leurs parents en taille et en vigueur, parce qu'ils 
n'ont jamais eprouve le moindre accident dans le premier 
age et qu'ils n'ont jamais donne la plus petite marque de 
maladie, a l'exception unique delafemelleJ,neeenjuilletl85/i. 

Ces animaux ont une babilation commode dans un lieu 
eleve, sans aucune cbaleur artificielle, ou ils se retirent pen- 
dant la nuit en hiver. Les femelles et les jeunes ont le libre 
parconrs du pare dans le jour, pendant toute l'annee, et le 
male adulte, dont le caractere est incertain, a une egaleliberte 
dans un grand enclos qui a son compartiment dans Habita- 
tion. En ete, ils n'ont pas d ? autre nourriture que le paturage 
du pare qu'ils partagent avec un magnifique troupeau de 
Vaches a courtes cornes, ayec les Daims et un petit troupeau 
de Cerfs de Barbarie qui proviennent d'animaux eleves a 
Knowsley et achetes a la vente de la collection de lord Derby 
en 1851. En biver, on donne aux Cannas une nourriture arti- 
ficielle, des racines et du foin. 

A Vautomne de 1857, le marquis de Breadalbane installa le 

(1) Depuis que cette note a ete redigee, cet animal a ete abattu pour la 
table. Quoique imparfaitement engraisse, il a prouve incontestablement 
que le Canna, ne et eleve en Europe, donne une viande extraordinairement 
sueculente, d'un tissu tres tin etd'une saveur ties delicate. II justifie done 
les esperances que Ton avait concues de sa qualite superieure. Son poids 
brut etait de 1176 livres anglaises. 



ACCLIMATATION l>U flANNA FN ANCLETKRItK. 21 

malt; d'un an Q el les lemelles d'un an et \\ dans son grand 
• lomaine a Taymouth -Castle, en Ecosse, ou ils ont beureuse- 
nient passe l'hiver dans un batiment qui avait ete prepare 
pour les recevoir. L'ete dernier, ces animaux n'ont eu 
d'autre nourriture que le paturage du pare ou ils avaient ete 
mis en liberie, et on ne les a reeonduits dans leurs quarliers 
d'hiver qu'a la lin d'octobre. Les deux femelles ont ete cou- 
verles par le male et sontpleines; en sorte que ce troupeau 
eommencera a s'aecroitre dans les circonstances les plus favo- 
rables, au printemps de 1859. 

M. Tatton-Egerton, membre du pariement, a plus recem- 
ment place dans son beau pare de Tatton, dans le eomte de 
Cbesler, une autre paire de jeunes Cannas, le male S, ne en 
juillet 1857, et la belle femelle T, nee en avril 1858. 

Nous avons done des a present, dans la Grande-Bretagne, 
(|uatre troupeaux differents ou la souche ile quatre troupeaux 
qui donnent toute esperance d'etre definitivement etablis dans 
le pays. Et depuis que le sueces de lord Hill a ete connu, plu- 
sieurs autres grands proprietaires ont retenu les produits 
tartars de la Soeiete. 

Si les six animaux qui furent exportes sur le continent en 
1855 et 1856 avaient ete conserves par la Soeiete, comme je 
le desirais, il est evident qu'avec les soins donnes a ceux que 
nous possedons, on auraitobtenu un bien plus grand resultat. 
Mais comme le troupeau envoye a Hawkstone en 1856 etait 
ne a la Soeiete, comme ses produits sont maintenant pres de 
se reproduire dans des conditions qui ne different pas essen- 
tiellement de cellesdanslesquelles sont ordinairement placees 
les premieres especes de Bceufs domestiques, je pense qu'on 
peut admettre avec certitude que le sueces de l'acclima- 
tation de la plus grande Antilope de TAfrique meridionale, 
produisant la meilleure viande de toutes les especes connues- 
de cette famille, capable du plus rapide accroissement et ayant 
une aptitude particuliere pour la domestication, est un fait 
reellement et completement accompli. 

,1'ai Tbonneur d'etre, etc. D. W. Mitchell. 

Comme il peut tMre interessaut pour la Soeiete de connaitre 



'2'2 S0C1ETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

les especes de mammiferes qui ont paru jusqu'a present capables 
d'etre elevees ici, j'ajoute la liste des especes qui ont repro- 
duit et qui continuent ase reproduire de temps en temps dans 
retablissement, sous ma direction. Nous ajouterons m6me, 
pour etre complets, les especes qui n'offrent aucun inter6t au 
point de vue de Tacclimatation. 



Marsupiaux. 

Halmaturus Bennettii. 

— Thetidis. 

— ruficollis. 
Hypsiprymnus murinus. 
Phalangista vulpinus. 
Didelphis virginianus. 
Phascolomys worabatus. 

Rongeurs. 

Dasyprocta agouti. 
— aurea. 
Chinchilla lanigera. 
Pteromys volucella. 

Ruminants. 

Camelus dromedarius. 
Auchenia paco. 

— lama. 

— guanaco. 
Gazella dorcas. 
Cephalophus mergens. 
Oryx leiicoryx. 
Portax picta. 

Oreas canna. 
Bison americanus. 
Ovis musimon. 

— tragelaphus. 

— Vignei. 

Capra hircus (Corsica). 

— — (cashrair). 

— — (angora). 

— nubiana. 



Camelopardalis girafa. 
Cervus canadensis. 

— Duvaucellii. 

— barbarus. 

— hippelaphus. 

— Aristotelis. 

— rusa. 

— axis. 

— porcinus. 

— virginianus. 
Rangifer tarandus. 

Omnivores. 
Potamochcerus penicillatus. 

Carnivores. 

Ganis mesomelas. 

— lupus. 

— pallipes. 
Lulra vulgaris. 
Genetta pallida. 
Meles taxus. 
Ursus arctos. 
Felis leo. 

— pardus. 

— concolor. 

— pardalis. 

Quadrumanes. 

Lemur rufifrons. 

— catta. 
Macacus Rhesus. 
Cercopithecus pygerythrus. 
Cebus capucinus. 






L'ECHERIES KN NORVEGE. 23 

NOTICE SUR LES PECHERIES 
DES HARENGS, DE LA MORUE ET DU SAUMON 

EN NORVEGE, 
Par H. A. DE MAUDE. 



Premiere partie. — Harenys et Morue. 



(Stance du 10 decembre 1858.) 

Pendant mes dernieres explorations sur les cotes de Nor- 
vege, j'ai pu recueillir d'utiles renseignements sur les p6cheries 
de ce pays que j'ai etudiees avec un soin minutieux, au double 
point de vue de ce qui se pratique deja et des ameliorations 
qui peuvent y etre introduces par les nouvelles methodes de 
pisciculture. 

L'importance des resultats obtenus dans ces pecheries 
peut faire pressentir ceux qui attendent l'application de la 
pisciculture en France sur une grande echelle, et j'ai cru 
faire une chose utile et agreable a la Societe d'acclimatation 
en lui communiquant une partie interessante de mon travail. 

Avant de quitter Paris, je m'etais entendu avec notre savant 
confrere M. Millet, qui avait bien voulu me preparer a ces 
explorations et me donner des instructions ties precises. 
M. Millet appelait surtout mon attention sur le Hareng, la 
Morue et le Saumon, especes tres abondantes en Norvege j 
sur leurs habitudes, les modes de peche les plus usites, et sur 
Timportance des pecheries. 

C'est aussi seulement de ces trois especes de poissons que je 
veux m'occuper aujourd'hui. 

En ne considerant les cotes de Norvege que comme lieux 
de pecheries, on peut les diviser en deux zones bien dis- 



'Ill S0CIETE IMPEKIALE ZOOLOSIQUE d'aCCUMATATION. 

tinctes. La premiere s'etend de Stavanger a Bergen, et meme 
jusqu'au promontoire de Stat; la deuxieme commence a 
Christiansund, s'arrete a Trondjem pour la peche du Hareng, 
et se prolonge, pour celle de la Morue, jusque dans les iles de 
Lofoten, au .70 e de latitude. La premiere zone, celle du midi, 
ne fournit que l'espece de Hareng dit hareng de printemps 
(vaarsild); le Hareng dit d'ete (sommersild) habite exclusive- 
ment la zone superieurc. 

Stavanger n'existait guere que de nom, il y a douze ou 
quinze ans; mais depuis cette epoque, l'abondance des Harengs 
a ete telle dans les fyords (baies ou golfes) qui l'environnent, 
qu'elle y a attire une population considerable de pecheurs et 
demarchands, etqu'aujourd'hui cette ville compte 10000 ha- 
bitants , tous exclusivement occupes de la peche et de ses 
produits. Tout le monde y vit dans Taisance, et Ton cite 
meme quelques fortunes considerables; cependant les envi- 
rons de la ville ne presentent aucunes ressources, puisqu'elle 
estentouree de rochers couverts de neige pendant neuf mois 
de l'annee. 

Harengs de printemps. — La p6che du vaarsild commence 
du 5 au 10 Janvier et linit au l er avril. Cette espece est plus 
grosse que le sommersild et lui est tres inferieure comme qua- 
lite • elle est expediee a destination exclusive de la Baltique, 
et consommee par les peuples de Russie et de Pologne. Ce 
poisson pond vers la tin de mars, et disparait aussit6t apres ; 
la femelle choisit pour accomplir cette ceuvre un fond de 
sable. 

En arrivant dans le port de Bergen, on me fit remarquer un 
fyord dont l'ouverture est fort etroite. L'an dernier un p^cheur 
y ayant vu entrer un banc de Harengs, le ferma aussilot avec 
un filet de quelques centaines de brasses, et il put prendre par 
ce moyen dans une seule nuit pour 25 000 species (150000 fr.) 
de ces poissons. De pareils exemples ne sont pas tres rares : 
aussi rien n'egale la vigilance des p6cheurs norwegiens, cha- 
cun d'eux pouvant esperer une semblable chance une fois dans 
sa vie. 

Nous faisions escale allergen pendant vingt-qualre heures; 



PECHERIBS EN norvege. 25 

j'en prolitai pour aller voir, M musee ichthyologique do la villc, 
Tun des plus interessants qu'il y ait en Europe, le sildehonge 
ou roi des harengs. Le directeur du musee avait bien voulu 
etre lui-meme mon cicerone. Ce sildehonge a ete pris en 4 855 
dans les eaux de Bergen \ il a 3 m ,20 de longet 28 centimetres 
de large. II a la tete et le cou mobiles, a la difference du Haren" 
ordinaire; il est solitaire. Le sildehonge pourrait bien tHre le 
fameux ver maritime dont tous les marins parlent en Norvege 
et qu'aucun d'eux n'a vu. Une fois peut-etre il sera arrive que 
plusieurs de ces poissons auront paru a la suite l'un de Tautre 
dans une baie, et semble aux yeux de quelque pecheur cre- 
dule ou mal eveille un seul et m6me poisson, un long ver 
barrant a lui seul l'entree etroite d'un fyord, comme l'assuro 
la legende. IN'est-ce pas souvent a des fails aussi fortuits et 
moins vraisemblables que sont dues bien des croyances popu- 
lates ! 

Harengs d'dte. — Les Harengs d'ete (sommersild) , habitent 
la deuxieme zone, celle situee au nord de Chrisliansund. On les 
peche du l rr juin a la fin denovembre. La meilleure espece est 
celle prise en septembre; elle vaut le Hareng hollandais. 

On emploie pour cette peche deux especes de filets. L'un a 
six brasses de long sur qualre de large, c'est le filet ordinaire ; 
Tautre a cent, deux cents et quelquefois trois cents brasses , 
c'est celui dont on se sertpour fermer les fyords dans lesquels 
on a vu entrer un banc. 

Ces precieux poissons n'ont pas toujours ete pour la Norvege 
une source aussi abondante de richesse qu'aujourd'hui. II v 
a quatre-vingts ans environ qu'ils ont habite les cotes de ce 
pays pendant vingt-cinq annees consecutives; ils s'etaient 
ensuite absentes pendant trente ans, et ils n'y sont revenus que 
depuis a peu pres vingt-cinq ans. On espere maintenant les y 
conserver au moyen de la pisciculture. 

L'etude que j'ai faite d'une grand e quanlite des fyords qui 
forment les cotes de la Norvege m'a fait reconnailre en effet 
la possibilite d'etablir, dans beaucoup d'entre eux, des fraveres 
artificielles pour favoriser la propagation de cette interessante 
espece. J'ai en outre indique a quelques p<>cheurs les modes de 



26 S0CIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

fecondation arlificielle recommandes par notre savant con- 
frere M. Millet, afin d'attirer de nouveaux bancs de Harengs 
dans les endroits d'ou ils ont disparu. Dans aucun pays du 
monde la pisciculture ne saurait trouver une application plus 
facile et plus immediate qu'en Norwege, a cause de l'innom- 
brable multitude et de la disposition essentiellement favorable 
et variee des fyords qui forment son littoral, depuis Cbristiania 
jusqu'aNord-Cap. De plus, comme les pecheries sont la seule, 
I'unique ressource de ce pays, je n'ai trouve dans le comptoir 
du negotiant et dans la cabane du pecheur, qu'une pensee, 
qu'un vceu, celui de retenir sur leurs cotes., par tous les moyens, 
ces riches bancs de Harengs qui font la fortune des habi- 
tants. Mes conseils et mes etudes ont pu contribuer dans une 
certaine mesure a appeler Fattention sur la pisciculture en 
Norvege, car le Storthing, dans sa derniere session, a pris 
en consideration la demande d'une somme de 3000 francs 
faite par un depute dans le but d'encourager la culture du 
Hareng. 

Pour resumer l'importance du commerce des Harengs en 
Norvege, disons que le resultat moyen des peches d'ete 
et d'hiver est de 600 000 barriques, valant 5 species l'une 
(31 fr.), et contenant 400 gros harengs [vaarsild) ou 600 pelits 
(sornmersild), ce qui represente un total de 240 000 000 de 
Harengs, soit en argent 18000000 de francs. Six a sept mille 
bateaux et environ 33000 hommes sont occupes aux pecheries. 
Inutile d'ajouter qu'aucun etranger n'est admis dans les equi- 
pages. 

Morue. — La peche de la Morue a lieu au dela de Trondjem, 
principalement dans les fyords situes entre Namsen et Sand- 
torv, et dans toutes les iles de Lofoten. Elle se fait en fevrier, 
mars et avrii. Ce sont principalement les habitants de Tromsoe 
et de Lofoten qui s 1 en occupent. Les pecheurs de Morue 
forment des associations de huit personnes. Deux pecheurs 
montent un bateau, quatre bateaux se reunissent ensemble, 
et les huit pecheurs partagent leur peche. 

Dans la mer du Nord on se sert, pour prendre la Morue, 
d'une ligne de cinq a six cents brasses, garnie d'hamecons a 



PECHEIUES EN NORVEGB. 27 

eliaque brasse. Quand on retire la ligne elle est quelquefois 
garnie a tous les hame^ons. 

Ce poisson pond vers la (in tie Janvier ; la femelle depose 
ses (I'ufs sur le sable, a une profondeur de vingt a soixante 
brasses, sur un terrain incline. 

Nous vimes en passant quantite de secheries sur des rochers 
presque a fleur d'eau. Le moyen employe pour secher la 
Morue est simple et peu couteux. On Tetend surle roc denude ; 
puis apres l'avoir desossee, on la saupoudre legerement de sel et 
on la place ensuite dans des caisses sur lesquelles on pose de 
grosses pierres pour l'aplatir. Si la saison a ete pluvieuse, 
comme I'an dernier, par exemple, la qualite de la Morue est 
mauvaise. Ces secheries sont en plein air. On estime a 20 mil- 
lions de francs le resultat de cette p6che dans les seules provinces 
de Nordland et de Finmark. 

Les habitants de cette derniere province echangent presque 
exclusivement avec les Russes les produits de leurs peches 
contre des denrees, parce que ceux-ci sont les seuls qui ne leur 
demandent pas d'argent dans leurs echanges; ce qui ne les 
emp&che pas de realiser de gros benefices. Done, quand la 
peche a ete bonne, l'aisance regne en Finmarck; quand elle 
a ete mauvaise, la gene se fait sentir dans toutes les families. 

Les p6cheurs de Morue des provinces du Nord frequentent 
surtout les eaux qui avoisinent Sandtorv et Bodo, et nous 
passames en vue de deux endroits qui leur servent de 
centres principaux. L'un d'eux, situeau milieu d'innombrables 
fyords, litteralement semes d'ecueils, est un aride rocher sur 
lequel s'eleve une pauvre eglise de bois ; une seule maison, aussi 
de bois, est assise a cote. La maison est deserte, Teglise est 
fermee pendant neuf mois de Fannee. Mais, a l'epoque des 
pecheries, lepasteurvienthabiter la maison, un camp s'etablit 
autour du clocher, des milliers d'hommes grouillent sur un 
espace de quelques ares ; des marchands venus de Trondjem 
et jusque de Bergen, sur des chasse-marees, leur achetent 
ehaque jour le produit de leur p6che et leur vendent des 
provisions en echange. Pendant trois mois, ce morne ro- 
cher est une vraie ville regorgeant de species et de richesses. 



28 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE DACCL1MATAT10N. 

Puis un jour la banniere de Norwege est bissee au clocher. 
A ce signal les tentes sont levees, la maison du pasteur se 
ferme de nouveau, la derniere voile de cette innombrable flotte 
de pecheurs disparait a l'extremite des derniers fyords, et sur 
ce rocber si anime, si populeux la veille, il ne reste plus que 
l'eglise, elernel souvenir de Dieu, et la maison de son pieux 
serviteur. La peche est terminee. 

En parcourant cette prodigieuse suite de montagnes ro- 
cbeuses dont je n'ai pu apercevoir la fin et qui forment les 
deux provinces du Nord, et en les voyant encore couvertes de 
neige au plus fort de l'ete, je me suis souvent demande quel 
bomme pourrait souhaiter la dure existence du pecheur nor- 
wegien! Vivre uniquement de poissons seches ou fumes; cou- 
cber sous la tente ou dans une barque par 20 ou 30 degres de 
froid; avoir pour lit le roc ou la planche, pour couverture une 
peau de renne, pour esperance un gaard de bois de pin et de 
bouleau qu'il batira avec le benefice de sa peche, dans une 
vallee sauvage ou il ne pourra pas meme recueillir tous les ans 
quelques pommes de terre, a cause de la rigueur du climat, ni 
le peu de seigie necessaire aux flat broed (galettes minces et 
cassantes), joies de sa pauvrefamille ! Mais que lui importe ! Sa 
reserve sera pleine de poissons sees, et l'etranger qui viendra 
s'asseoir a son foyer pourra s'en rassasier, pendant tout un 
jour, moyennant 10 sk. (11 centimes). 

Peut-etre ce pecheur a-t-il raison, et le bonheur est-il dans 
l'ignorance du luxe et de ses exigences? Du reste, tous ces 
peuples ont un air de sante et de prosperite dont s'elonne le 
voyageur, quand il les compare avec nos paysans de France, 
dont Vaspect inspire plutot la pitie. Cette brillante sante, due 
sans doute, en partie, au climat lui-meme, Irouve aussi son 
explication dans la nourriture si saine, si substantielle du 
poisson, dont le Nordlandais et le Finn se nourrissent exclusi- 
vement. 

Je veux consigner ici une observation climalerique, de 
laquelle je ne deduis encore aucune consequence, ma is qui 
peut avoir son imporlance dans les essnis d'acclimatation qui 
pourraient etre tenles au dela de Trondjem. 



I'riciiKKiKs i,n .\o:ivi ; :uii. 29 

Depuis Ilamerl'est, mais plus particulierement depuis 
Tromsoe, la plupart ties rochers qui forment les cdtes des 
provinces du Nord sont, jusqu'a une certaine hauteur, recou- 
verts d'un humus d'un decimetre d'epaisseur sur lequel ve- 
getent, pendant des siecles, des Epiceas (i), des Bouleaux et 
des Pins (2), tandis qu'au-dessous de Trondjem, eten desceiv- 
dant vers le sud de la Norvegc, on ne rencontre plus guere 
(jue des rochers comple tement arides. On attribue la vegetation 
que Pon remarque sur les rochers du nord a la temperature 
plus elevee sous cette latitude que dans lesud, et Pon suppose 
<pie le motif de cette elevation de temperature est du aux cou- 
rants de chaleur qui du golfe du Mexique viennent mourir 
sur les rochers de la mer de Scandinavie. 

Or, j'ai remarque que la Moruese trouve exclusivementdans 
la zone temperee par les courants de chaleur dont je viens de 
vous parler. Cette observation n'avait pas encore, je crois, 
ete laile. 



(1) Pinus abies, Lin., Abies excelsa, DC, Abies picea. Sapin picea. 

(2) Pinus silvestris, Lin., Pin sauvage, Pin du Nord, 



I 

30 SOCIETE 1MPERIALE ZO0LOG1QUE d'aCCLIMATATION . 

DESCRIPTION, 

CULTURE ET USAGE DE LA BARDANE COMESTIBLE 

{Lappa edulis, Sieb.), 

Par 91. le docteur SACC, 

Delegue de la Societe a Wesserling (Haut-Rhin). 



(Seance du 10 decembre 1858.) 

La Bardane comestible est l'une des nombreuses plantes que 
notre illustre confrere M. de Siebold a empruntees au Japon 
pour endoter nos cultures; elle est l'une des plus belles et des 
plus robustes. 

Ce vegetal, de la famille des Composees, differe des aulres 
Bardanes par sa taille beaucoup plus grande, ses feuilles lisses, 
tendres, d'un beau vert vif, et ses capitules floraux du double 
plus grands et eolores en pourpre vif. II est bisannuel, fleurit 
en juillet, et donne en aout, quelques milliers de graines grises 
presque aussi grosses que celles du tournesol. U faut les re- 
cueillir au fur et a mesure qu 1 elles murissent et les semer aus- 
sitot, afin d'empecher qu'elles ne soient devorees par leslarves 
d'un gros coleoptere qui depose ses oeufs a la base des fleurons. 
La germination est si rapide, qu'au mois d'octobre les jeunes 
plantes ont deja des feuilles larges comme la main, et une belle 
racine pivotante aussi forte qu'un tuyau de plume. On doit ne 
pas semer dru, ou bien sarcler au printemps, de maniere a 
espacer les pieds de 10 centimetres en tous sens. On arracbe soi- 
gneusementles individus qui fleurissent des la premiere annee, 
et Ton fait la recolte des racines apres les premieres gelees 
de novembre, ou bien a mesure des besoins, et pendant tout 
Thiver. L'arrachage est assez difficile, parce que les racines, 
longues deplus d'un metre, s'enfoncent verticalement en terre, 
d'ou ilest difficile de ies retirer entieres, tant elles sont fragiles ; 
elles ont deux doigts d'epaisseur, et pesent generalement 



HARPANK COMKSTIBLK. 31 

250 grammes chacune : nous en avons retire 30 kilogrammes 
(rune planche do jardin ordinaire (1). 

Comme la Bardane comestible supporte les froids les plus 
vifs, la secheresse la plus ardente, et prospere dans les sols les 
plus arides, il serait bon qu'elle fut essayee dans toutes les 
especes de terres, eta toutes les expositions, afin de savoir ou 
elle reussira le mieux. 

Cette plante n'ayant qu'une seule et tres longue racine, 
comme celle du Trefle et de la Luzerne, on devait s'attendre a 
ce qu'elle n'absorberait pas d'engrais; c'est aussi ce qui est 
arrive dans notre jardin, et c'est ce qui motive la presente 
communication, qui a pour but essentiel de proposer aux agri- 
culteurs la Bardane comestible comme fourrage fertilisant, 
destine a utiliser les terres seches et profondes, de la m6me 
maniere que le Trefle fertilise et enricbit les terres fralcbes et 
profondes. 

Les essais que nous avons faits en petit nous font croire que 
la nouvelle plante peut fournir au moins trois pleines coupes 
par an, et une ample provision d'excellentes racines au mo- 
ment de l'arrachage, depuis la fin de la seconde annee jusqu'au 
printemps de la troisieme. 



(1) Ces racines constituent le legume favori des Japonais. Cuites comme 
les scorsoneres, elles sont plus fermes qu'eux sans £tre dures, tres saines, 
et douees d'un gout extremement fort d'artichaut. 



3"2 SOCIETE IMl'EHIALE Z00L0GI0.LE d'aCCLIMATATION. 

II. EXTRAIT DES PROCESVERBAUX 

DES SEANCES GENERALES DE LA SOClETE. 



SEANCE DU 7 JANVIER 1859. 
Presidence de M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire. 

M. le President proclame les nonis des membres nouvelle- 
ment ad mis : 

MM. Banes, administrateur du Credit foncierde France, a Paris. 
Chauvin, proprietaire, a Lannion (C6tes-du-Nord). 
Cottenet (Pierre-Eugene) , notaire honoraire , ancien 

maire du i tr arrondissement, a Paris. 
Ferrari (le comte Jules de), a Paris. 
Gallifet (le marquis de), lieutenant aux guides, a Melun 

(Seine-et-Marne). 
Girard (Maurice), agrege des sciences physiques et natu- 

relles, professeur au college Hollin, a Paris. 
Hitier, consul general, a Saint-Nom-la-Breteche (Seine- 

et-Oise). 
Laval (Adolphe), proprietaire, a Fontenay-le-Gomte 

(Vendee). 
Lerailly, notaire, a Alger. 
Mljrga (Jose-Maria de), proprietaire, a Marquina pres 

Bilbao (Espagne). 
Oudin, libraire, editeur du Courrier de la Vienne> a 

Poitiers (Vienne). 

— M. le President fait connaitre : 1° le resultat des elec- 
tions faites le h Janvier par les Sections qui ont designe les 
membres de leurs bureaux speciaux pour Tannee 1859, ainsi 
que leurs delegues dans la Commission des recompenses 5 
2° le resullat des elections qui ont eu lieu le 7 Janvier dans 
le sein du Conseil, pour completer cctte Commission. 



PROCEa-VKKBAUX. 33 

l re Section. — Mammiferbs. 



MM. 

Richard (du Cantal), president. 
Fredenc Davin, vice-president. 



MM. 
C. Dareste, secretaire. 
A. Geoffroy S 1 -Hilaire, vice-secr6t. 



M. C. Dareste, delegue dans la Commission des recompenses. 
2 6 Section. — Oiseaux. 



MM. 

Berrieii-Fontaine, president. 
Chouippe, vice-president. 



MM. / 

Davelouis, secretaire. 
Hubert-Brierre, vice-secretaire. 



M. Davelouis, delegue dans la Commission dcs recompenses. 
3 C Section. — Poissons, Annelides, Mollusques, Zoophytes. 



MM. 

Cli. Lobligeois, secretaire. 
Ch. Wallut, vice-secretaire. 



MM. 
A. Passy, president. 
Millet, vice-president. 

M. Millet, d616gue dans la Commission des recompenses. 

U e Section. ~ Insectes. 

MM. I MM. 

Gufrin-Meneville, president. L. Soubeir an, secretaire. 

Bigot, vice-president. I A. Perrot, vice-secretaire. 

M. Ferdinand Moreau, delegue dans la Commission des recompenses. 

5 C Section. — Vegetaux. 



MM. 

Mouuin-Tandon, president. 
Chatin, vice-president. 



MM. 

Joseph Michon, secretaire. 
Prillieux, vice-secretaire. 



M. Joseph Michon, delegue dans la Commission des recompenses. 
Conseil. 

Delegues dans la Commission des recompenses : 
MM. Davin, A. Dumeril, Fred. Jacquemart, Moquin-Tandon. 

La (Commission des recompenses pour l'annee 1859 se compose done 
de MM. Is. Geoffroy Saint-Hilaire, president, le comte d'Epremesnil, 
secretaire general; de MM. Davin, Dumeril, Fr. Jacquemart et Moquin- 
Tandon, delegues du Conseil, etde MM. Dareste, Davelouis, Millet, Moreau 
et J. Michon, delegues des cinq Sections. 

— II est donne communication d'une lettredatee de Madrid, 
emanaut du lieutenant general, premier aide de camp du Hoi. 
(Idle leltre renlerme le temoignage de la bienveillance avec 
la(|iielle SaMajeste a re^u l'adresse qui exprimait la respec- 
lueuse gratitude du Conseil a l'occasion de linscriplion du nom 

T. VI. — Janvier et Fevrier 1859. 3 



34 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

du Roi parmi ceux des souverains qui font partie de la Societe. 

— M. le vicomte de Valmer, president de la Societe protec- 
trice des animaux, a Paris, annonce qu'il compte faire, dans 
la prochaine seance generate de cette Societe, un appel a des 
souscriptions pour la fondation du Jardin d'acclimatation au 
bois de Boulogne. Des remerciments seront adresses a notre 
confrere, que nous comptons deja parmi les souscripteurs a 
a cette eeuvre. 

— M. N. Annenkow, president du Comite botanique d'accli- 
matation a Moscou et directeur de l'ticole d'agriculture de 
cette ville, annonce un envoi de semences provenant de la 
Siberie orientale, du Caucase et de la Chine. 

— M. Drouyn de Lliuys transmet un Rapport de M. Petit 
Huguenin sur ses cultures de plantes exotiques a Nemours 
(Seine-et-Marne). Renvoi a la 5 e Section. 

— M. Aguillon fait parvenir un nouveau present de fruits 
exotiques recoltes dans sa propriete a Toulon. Ces fruits sont 
des Oranges trinitaires, des Oranges mandarines et des Coings 
du Japon. Des remerciments seront adresses a notre confrere 
pour ces beaux produits de ses cultures. 

— M. Bourgeois, qui, dans le but de vulgariser la methode 
del'incision annulaire de la Vigne, emploie tous les moyens 
de publicite dont il peut disposer, place sous les yeux de 
l'assemblee des tiges supportant des grappes, et sur lesquelles 
cette operation a ete pratiquee. Notre confrere en resume 
ainsi les resultats : 1° precocite de quinze a vingt jours ; 
2° accroissement d'un tiers pour le volume des grains ; 
3° moyen de prevenir, en grande partie. la coulure quand 
l'operation a ete faite au moment de la floraison ; li° par con- 
sequent, une certaine augmentation des produits, et surtout 
une grande amelioration de la qualite du raisin ; 5° une plus 
grande facilite de conservation par suite d'une maturite plus 
complete. 

— M. Marc de Haut, president du Cornice agricole de l'ar- 
rondissement de Provins, adresse un echantillon de tubercules 
dlgname provenant du plant qui lui a ete donne au printemps 
dernier. Des remerciments seront transmis a notre confrere. 






i'Koci':s-vi:iti«AUX. 36 

MM infonne M u '' a pHwmi <io sa culture des Pommes de terre 
ilc Sainle-Marthe des resultats satisfaisants pour uu premier 
essai. 

— Notre confrere M. le commandant Paulin Geoffroy fait 
hommage a la Societe d 1 une certaine quantite de Haricots 
recoltes dans les environs d'une petite ville situee a £8 kilo- 
metres deVera-Cruz (Mexique), dans Tinterieur des terres. Leur 
saveur est excellente, dit M. Geoffroy, et dans le pays ils sont 
estimes comme legume. On tenterades essais de culture, etdes 
remerci merits seront adresses au donateur. 

— M. le docteur Sicard (de Marseille) fait parvenir cinq 
cartes d'echantillons de soie, de coton et de laine, teints de 
nuances varices avec les substances colorantes provenant du 
Sorgho sucre, et qui, dit-il, ne se laissent alterer ni par I'air, 
ni par le soleil. 

A cette occasion, M. le professeur Hetet, en rendant toute 
justice aux travaux de M. Sicard sur ce sujet, fait observer 
que dans un memoire date de decembre 1855, et insere dans la 
Revue coloniale de 1856, dont il presente un exemplaire a 
la Societe, il a fait connaitre les proprietes tinctoriales de la 
graine de Sorgho avant que M. Sicard eut encore rien public 
sur les resultats de ses rechercbes. 

— M. le baron de Rothschild transmetune Note lithographiee 
relative a un Ch6ne d'un volume colossal, qui se voyait a 
Atrage-Eschene en Alsace, pres Belfort, et dont l'abatage a eu 
lieu recemment. A la description de cet arbre enorme est 
jointe une lettre de M. George Augustin, proprietaire d'une 
scierie mecanique. S'etant rendu acquereur de I'arbre, cet in- 
dustriel propose a M. de Rothschild de vendre cornme objet de 
curiosite pour le Jardin du bois de Boulogne Tenorme bille 
que forme le tronc. Ces pieces sont renvoyees a l'examen du 
Conseil. 

— M. Becquerel presente des Citrons et des Cedrats recol- 
tes a la I'm de 1858 dans ses serres de Chatillon-sur-Loing 
(Loiret), on sont cultives les Orangers et lesCitronniers suivant 
les principes qu'il a fait connaitre precedemment a la Societe 
(Bulletin, t. V, p. 67). Ces principes consistent a faire ileurir les 



36 SOCIETE IJU'EKIAEE ZOULOGIQL'E d'aCCLIMATATION. 

arbres en mars, alin que les fruits, deja gros en mai, quand on 
sort les arbres, aient le temps de se developper et de miirir 
jusqu'en novembre et decembre, Les Citrons et les Cedrats 
possedent toutes les qualites qui leur sont propres dans les 
pays meridionaux. 

M. le comte de Galbert adresseala Societe un Memoire 

manuscrit relatif au repeuplement du lac du Bourget en 
Savoie. Les eaux de ce lac, autrefois renommees par leurs 
Truites/leursOmbres-CbevaliersetleursCoregonesouLavarets, 
contiennent aujourdbui un bien moins grand nombre de ces 
Salmono'ides, dontla diminution semble due a la multiplication 
considerable de la Perche. Or, notre confrere insiste, dans ce 
travail, sur les ressources que pourraient fournir les feconda- 
tions artiticielles, et la creation, au moyendes cours d'eau qui 
se jettent dans le lac, de reservoirs propres a retenir les pois- 
sons jusqu'auneepoque assez avanceede leur developpement; 
les moyens pratiques a mettre en usage pour arriver a des 
resultats satisfaisants sont indiques avec tous les details ne- 
cessaires. Le gouvernement sarde a etesaisi, parM.de Galbert 
lui-m6me, de cette question, qui est importante au point de 
vue de la richesse du pays et de l'accroissement possible des 
revenus que le lac du Bourget peut fournir a l'Etat. En sou- 
mettant ce Memoire a la Societe, I'auteur a pour but de lui 
faire connaitre une des applications qui peuvent etre tentees 
sur une grande ecbelle des procedes de la pisciculture. 

— Ce meme membre informe que le sieur Pierre Tartas, 
p^cheur, a la Buisse, pres Voiron (Isere), possede une assez 
grande quantite d'oeufs de Truite et d'Ombre-Chevalier qu'il 
peut ceder au prix de20 francs le mille. 

— Enfin, la Societe recoit de ce confrere une Note detaillee 
sur un etablissement d'hirudiniculture fonde dans le departe- 
ment de l'Ain par mademoiselle de Ruffieux, et qui est en pleine 
voie de prosperitc. Cette nole est renvoyee a l'examen de la 
troisieme Section. 

— M. Descbamps, qui a apporte de Californie en France, au 
mois d'octobre i85"2, le Colin, dont la reproduction aeu lieu, 
adresse une Note relative ace sujet, et qui est le complement 



PKOCES-YERBAUX. 37 

<Tune communication precedenle fai to par ce voyageur, au 
mois do mai dernier {Bulletin, t. V, p. 28/i). 

— On recoit de Bayonne l'annonce de l'arrivee dans cclte 
villede caisses expediees de Madrid par notre confrere et dele- 
gue, M. Graells, (|iii fait parvenir a la Societe, par ordre du 
Roi, des toisons provenaut des Lamas ihl troupeau royal. II y 
ajointdes lainesfournies par scsChevres d'Angoraetpar celles 
de M. le general Zarco del Valle. 

— 31. Maurice de Wodianer, membre de la Societe, sollicite 
son intervention pour le choix de quarante Brebis et deux 
Beliers de la race de Rambouillet qu'il veut acquerir, afin de 
les transporter en Autriche. Cette demande est renvoyee a 
IVxamen du Conseil. 

— Unelettrcdel'administration du Museum d'bistoire nalu- 
relle annonce que l'assemblee des proJ'esseurs-administrateurs 
de cet etablissement a accueilli la proposition d'ecbange qui 
lui a ete faite par le Conseil de la Societe. ICn consequence, le 
Museum cedera un Lama femelle ne a la Menagerie contre des 
animaux de curiosite represenlant une valeur egale et que 
la Societe possede. Cette femelle sera reunie a un des males 
donnes par M. Barbey. 

— M. le docteur Bouteille, secretaire general de notre 
Societe affiliee des Alpes, donne des details satisfaisants sur 
les Yaks dont se compose le petit troupeau confie a ses soins. 
Le lait de cette espece, sur lequel noire confrere fail, en ce 
moment, quelques experiences, est bien superieur, dit-il, a 
celui des Vaches du pays. II annonce Tintention d'operer un 
croisement enlre le Taureau et une Vache bretonne. 

— Notre confrere M. Uo/an d'Orthez, archiviste dela ville de 
Tonneins (Lot-et-Garonne), fait parvenir un travail ayant pour 
tilre: Secours off'erts contre le Bothrops lanceolc. C'est une sorte 
de reponsea l'appel adresse a la Societe par M. le comtedeChas- 
laigner (Bulletin, t. IV, p. 296 et 407, et t. V, p. 185), lequel a 
motive un Rapport de M. le docleur Rufz au nom d'une Com- 
mission speciale (t. V, p. 1). Apres avoir passe en revue quel- 
ques-unsdesnom!>reux mcdicamenls preconisesconlre lesetfets 
de la pif|ure du Serpent ferde-hmee, et avoir insisle sur les 



58 S0C1ETE IMPEIUALE ZOOLOGIOUE d'aCCLIMATATION. 

avantagcs que semblc devoir offVir 1'acelimatation aux Antilles 
de l'oiseau destructeur desOphidiens, A\tSerpentarius reptili- 
vorus, M. Rozan emet l'opinion qu'il serait convenable, pour 
arriver afaire disparaitre ce redoutable ennemi, qu'on organi- 
sat des battues generales. II voudrait que de nombreuses 
bandes d'hommes recouverts de chaussures et de vetements 
propres a les preserver, fussent armes de facon a pouvoir de- 
truiretous les serpents qu'ils trouveraient. 

— II. Davelouis acheve la lecture qu'il avait commencee 
dans la precedente seance, d'un Memoire sur le Buffle. 

A la suite de cette lecture, M. Bourgeois rappelle la neces- 
sity ou Ton s'est trouve, a Rambouillet, de renoncer a l'emploi 
des animaux de cette espece pour le labourage, a cause de leur 
peu de docilite. II fallait atteler au-devant des Buffles un 
Cheval, et, quand ils se couchaient, on etaitdans une impossi- 
bility presque absolue de les faire lever. 

M. Jules Cloquet suppose que les resultats facbeux dont parle 
notre confrere etaient dus a la maniere dont on dirigeait ces 
animaux . Comme exemple des bons services que les Buffles 
peuvent rendre, il cite ceux de la campagne de Rome, qu'on 
mene facilement a l'aide d'un anneau passe dans la cloison 
des fosses nasales. 

M. Davelouis fait observer que, outre l'emploi de Tanneau 
dont l'usage est tres ancien, on possede dans la castration un 
moyen excellent de dompter ces Ruminants, qu'il est d'ailleurs 
necessairede couvrir d'une toile; car etant ainsi preserves de 
la piqure des insectes, ils recherchent Feau avec moins d'em- 
pressement. 

— Parmi les pieces imprimees, on remarque un ouvrage de 
notre confrere M. le baron Larrey sur le camp de Chalons. 
M. Jules Cloquet, en en faisant hommage de la part de l'au- 
teur, appelleTattention de l'assemblee sur Timportance de ce 
travail, qu'il signale comme un modele excellent et comme un 
guide parfaitement sur pour tous ceux qui ont a soccuper de 
questions d'hygiene. II indique en m6me temps quelques-unes 
des vues nouvelles que ce livre renferme. 



IMIOCES-YEKBALX. 39 

SEANCE MJ '21 JANVIER 1859. 

Prudence de M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire. 

M. le President proclame les noms des membres nouvelle- 
ment admis : 

MM. Archambault (le docteur), ancien medecin en chef de la 

maison imperiale de Charenton, a Paris. 
Autellet, proprietaire, a Poitiers. 
Aymes, membredu Conseil general de la province d' Alger, 

a Serkadji, commune de I'Arba, pres Alger. 
Baumer, proprietaire, a Paris. 
Busson-Duviviers (J. -J. -Ernest), proprietaire, a laRiboul- 

liere, par Grand-Luce (Sarthe), et a Paris. 
Con;Ny (Emile de), proprietaire et maire, a Savigny pres 

Lencloitre (Vienne). 
Exinger aine, fournisseur de venerie de la Cour, a 

Vienne (Autriche). 
Glatigny (Edouard de), a Paris. 
Jourdain, negociant, aLouviers (Eure), a Paris. 
Marchand, maitre de poste, a Toury (Eure-et-Loir) 
Morere (le docteur), a Palaiseau (Seine-et-Oise). 
Moret (Augustin-Jean), negociant, a Paris. 
Pigeon (Alexis), maire de Saclay (Seine-et-Oise). 
Prive, syndic des notaires, a Alger. 
Rossini, associe etranger de l'lnstitut de France, a Paris. 
Toustain-Dumanoir, secretaire general de la prefecture, 

a Alger. 
Trevise (le marquis Napoleon de), a Paris. 
Vaulx (de), premier president a la Cour imperiale, a Alger. 

II informe ensuite la Societe de trois pertes tres regret- 
tables qu'elle vientdefaire en la personne de MM. le comte 
de Bryas, membre du corps legislatif, A. de Coulon (de Neuf- 
clialel), et le comte de Hatzfeldt, ministre plenipotentiaire de 
Prusse en France. 



40 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCUMATATION. 

— M. le President donne une idee generate du plan suivant 
lequel sera dispose le Jardin d r acclimatation. 

— Des lettres de remerciment sont adressees par le reve- 
rend pere Lemaitre, superieur des missionnaires de la Com- 
pagnie de Jesus en Chine, a Chang-ha'i, pour sa nomination 
comme membre honoraire, etpar MM. Chauvin, J.-B. Poisson, 
le docteur Verollot, medecin en chef de l'hopital fran^ais a 
Constantinople, et de la MareKoeler, pour leur admission dans 
la Societe. 

— M. Radiguet fait parvenir des off'res de service pour les 
traductions de Fespagnol en fran^ais et du franc,ais en espa- 
gnol que pourraient necessiter nos relations avec nos corres- 
pondants de la Peninsule. Des remerciments seront transmis 
a notre confrere. 

— M. Drouyn de Lhuys informe M. le President, qu'il vient 
de recevoir de M. Baradere, consul general de France a Bar- 
celone, une lettre ou se trouve le passage suivant : « J'ai la 
satisfaction de vous apprendre qu'a l'unanimite le Conseil de 
VInstitut agricole Catalan de San lsidro a decide qu'il accep- 
terait avec empressement et reconnaissance le titrede membre 
de la Societe imperiale zoologique d'Acclimatation, et, par 
reciprocite, il offre a cette Societe celui de societaire de Fln- 
stitut agricole. » Cette communication est renvoyee a I'examen 
du Conseil. 

— M. le President y renvoie egalement une lettre de 
M. Mauduyt, secretaire de notre nouveau Comite d'acclimata- 
tionde Poitiers, etdanslaquelle dilfereuts voeux sonti'ormules. 

— M. Anat. Bogdanow, en saqualilede delegue du Comite 
zoologique d 'acclimatation de la Societe imperiale d' agricul- 
ture de Moscou, fait connaitre les rapides developpements de 
ce Comite, qui a organise une magnifique exposition d'oiseaux 
de hasse-cour, laquelle a fixe Tattention de S. M. l'Empereur, 
dont la haute approbation est accordee au Comite. 

Afin de hater les progres de ses travaux, il a ete forme ;i 
Saint-Petersbourg une Section speciale du Conseil, sous la 
presidence du prince Dolgorouki, vice-president de la Societe 
economique libre, et membre du Conseil imperial. 



lMtOf.KS-VKIiB.U.W /|1 

Enlin, une ;iulre Section a ete organisee a Orel, et il y en 
aura une plus tard dans chaque ville principale; mais des a 
present, il y a done deja quatre Societes d'acclimatation en 
Russie, savoir : deux a Moscou, une a Saint-Petersbourg, et 
une a Orel. 

— M. Guerin-Menevilledonne des nouvelles de la sante de 
Mgr. Perny, qui vient d'etre atteint par la maladie; mais il est 
maintenant retabli, et il commence ses preparatifs de depart 
pour la Chine, d'ou il compte nous faire de nombreux envois. 

— Des accuses de reception de plantes de Chine provenant 
de M. de Montigny sont adresses par MM. Bourguin, Meurand 
et Paillet. 

— S. Exc. le Ministre de Tagriculture, du commerce et des 
travaux publics transmet une letlre de M. Salles, capitaine au 
long cours, relative a la culture du Tayo (espece particuliere 
d' Arum), originaire de Samana (Haiti), et dont les tubercules, 
tres riches en matiere feculente, constituent un aliment excel- 
lent. La lettre de M. Salles fait connailre les heureux resultats 
obtenus en pleine terre avec ce vegetal dans les environs de 
Marseille, etqui sontde nature, dit-il, a ne laisser aucun doute 
sur le succes de l'acclimatation en Provence. Ces documents 
sont renvoyes, avec les echantillons de tubercules et de fecule 
qui les accompagnent, a I'examen de la 5 e Section. 

— M. le President lui renvoie en meme temps rexainen des 
rapports sur leurs cultures de plantes provenant de la Societe, 
adresses par MM. Braguier (de Sainl-Genest, Vienne), Brierre 
(de Riez, Vendee), de Cheveigne (de sa terre de Cepoy en 
Gatinais) et de M. Petit-Huguenin(de Nemours). Ces rapports 
ont pour objet les Pommes de terre d'Australie et de Siberie, 
les diverses varietes de Mai's, I'arbre a Suif etle Sorgho a pain 
{Sorgho cernuus) . 

— M. le major Taunay fait de nouveau hommage a la 
Societe de ce qui lui restait encore de pignons de Tarbre dit 
Araucaria brasiliensis. Lesremerciments de la Societe seront 
transmis a notre confrere. 

— M. Drouyn de Lhuys remet au nom de notre. confrere 
M. le marauis Napoleon de Trevise, attache a la mission 



k'l S001ETE IMPERIALS ZOOLOGIZE d'aCCLIMATATION. 

extraordinaire de Chine, trois petits sachets de graines desi- 
gnees ainsi : 1° Houssen, legume dont la tige et les feuilles 
superieures ont une saveur tres agreable et que les cuisiniers 
ehinois appretent comme des asperges ; 2° Ta-tsi, espece de 
chou tres bon a manger en salade-, 3° Pou-ha-tsi, salade. Ces 
graines seront remises a la Commission de distribution des 
vegetaux. 

— M. Gehin, pharmacien a Metz, a ['occasion de la com- 
munication faite par M. le docteur Debeauvoys sur l'emploi 
alimentaire de la fecule fournie par les tubercules de nos 
Orchidees indigenes (Bulletin, t. V, p. 611), informe que depuis 
quinze ans, grace a l'usage de cette fecule, on a, dans plusieurs 
officines de Metz, substitue au Salep exotique un Salep indi- 
gene avec des avantages reels tant au point de vue de la qualite 
du produit que sous celui du prix de revient. Les Orchidees 
dont on se sert sont celles dites O. maculata, bifolia, mascula, 
militariset lalifolia, qui sont les especes les plus communes. 
Ces documents et les echantillons qui les accompagnent sont 
renvoyes, ainsi que la note de M. le docteur Debeauvoys, a 
l'examen de la Commission medicale. 

— M. d'lvernois qui, le premier, a appele l'attention de la 
Societe sur la necessite de faire venir des Pommes de terre de 
Sainte-Marthe (Bulletin, 1857, p. 150), afin de pouvoir renou- 
veler nos races degenerees, adresse quelques observations sur 
les resultats de la culture de cette plante en France. Suivant 
notre confrere, on ne pourra porter un jugement motive sur 
les ressources aattendre de cette espece qu'al'epoque ou, par 
suite de reproductions successives , bien soignees et faites 
dans les conditions les plus favorables au developpement des 
tubercules, ceux-ci atteindront toute la perfection dont ils sont 
susceptibles. II rappelle qu'il en a ete ainsi pour la Pomme de 
terre de Virginie, dont l'excellence etlavaleur comme aliment 
ne purent pas etre appreciees des les premiers temps de son 
introduction en Europe. 

— M. le docteur Sicard (de Marseille) adresse un travail 
ayant pour titre : Etude sur les degenerescences observees 
dans la Canne a sucre de la Chine (Sorgho sucre). 



I'ROCUS-VKHBALX. £3 

— M. Saoe fait parvcnir un rapport surla culture du Sorgho 
de Siberie, dont il avait recu deux varietes designees par les 
denominations de Gaulan rouge et blanc. La seconde de ces 
varietes a seule reussi ; mais encore, pour obtenir un succes 
reel, serait-il necessaire, selon notre confrere, de cultiver 
cette plante dans une contree de la France ou les etes seraient 
plus chauds qu'ils ne le sont dans les montagnes des Vosges. 
II joint a sa lettre les graines qu'il a obtenues. 

— M. Ch. Martins, professeur de la Faculle de medecine de 
Montpellieret directeur du Jardin, envoie le catalogue imprime 
des semences rccueillies dans cet etablissement en 1858, et 
qui peuvent etre distributes avant le 1" mars aux personnes 
qui desireraient en obtenir. 

— M. de Chavannesde laGiraudiere transmet une lettre de 
M. de Lachadenede, president du Cornice agricole de l'arron- 
dissement d'Alais (Gard), par laquelle est annonce renvoi de 
deux boitcs renfermant des ceufs de Vers a soie rapportes en 
France parl'agentque ce Cornice a envoye en 1858, en Orient, 
dans le but d'y faire de la graine. L'une des boites contient 
130 grammes de graine d'origine certaine, consideree comme 
bonne, et qui a ele obtenue par les soins de l'agent dans les 
montagnes de la Roumelie, au nord d'Andrinople, localite 
epargnee jusqu'a ce jour par la maladie.Dans la seconde bolte, 
il y a dela graine suspecte recueillie dans la meme contree et 
dcstinee a servir a des experiences comparatives. Les remer- 
clmentsde la Societe seront transmis au Cornice. 

— Une demande d'ceufs de Perdrix-Gambra et de Colin de 
Californie est adressee par notre confrere M. Rene Caillaud. 

— Notre confrere M. Baude, membre de l'lnstitut (Academie 
des sciences morales et politiques), presente des considerations 
sur les avantages que semblerait oflrir Tinstinct de sociabilite 
de la grande Outarde (Otis tarda), relativement a sa domes- 
tication, qui seraitsi desirable. M. le President, en conlirmant 
Pexactitude des observations de M. Baude, lui a rappele que la 
Societe a fonde un prix de 1000 francs pour la domestication de 
cette espece ou de toute autre du meme genre d'une taille supe- 
rieure a celle de la Canepetiere. 



hk SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUI<: d'aCCEIMATaTION. 

— M. le docteur Cb. Loffler fait hommage d'un exemplaire 
d'un ouvrage qu'il vient de publier sur la propagation des 
Poules etrangeresen Allemagne. II insistesur les secours que 
lui ont fournis pour ses etudes les travaux de la Societe, dont 
il temoigne ledesir de devenir membre. 

— M. l'envoye du Bresil, en reponse aux dernieres commu- 
nications du Conseil, l'informe que pour protiter du concours 
d'heureuses circonstances qui vont hater l'introduction des 
Dromadaires dans l'empire bresilien, un credit de 15 000 fr. 
vient d'etre ouvert par la Legation pour couvrir les premiers 
fraisd'acquisitionet d'entretien des quatorze animaux que le 
gouvernement de S. M. don Pedro II ademandes. 

— M. le sous-prefet de l'arrondissement de Barcelonnette 
ecrit qu'il tient a la disposition de la Societe la tonte des 
Yaks appartenant au Cornice agricole de l'arrondissement ou 
Timportance de la propagation de ces animaux n'a pas etc 
suffisamment appreciee. Aussi l'extension du petit troupeau 
a-t-elleetepresque nulle, malgre les sacrifices pecuniaires faits 
par le Cornice et personneliement par M. Ie sous-prefet, qui 
offre en don a la Societe un metis femelle de Yak et de Vacbe, 
dont il s'est rendu acquereur a notre intention. 

M. le President annonce que des remerclments seront trans- 
mis pour ce don, et, en meme temps, il informe que le 
Museum a recu dernierement des Azores, par les soins de M. le 
baron de Las Rangeras, un animal sur lequel on ne pos- 
sede aucun renseignement. Or, Texamen attentif auquel I'a 
sounds M. Albert Ceoflroy Saint-Hilaire a conduit a penser 
que ce ruminant est un metis ne du croisement de Tun des 
Yaks de M. de Monligny avec une Vacbe du pays. On sait, en 
effet, que pendant la relacbe forcee que notre confrere fit aux 
Acores, plusieurs vaches indigenes furent sailliespar Tun des 
taureaux. 

En reponse a une question qui lui est adressee par un 
membre, M. le President repond qu'il y a tout lieu de penser 
que le metis femelle donne par JV1. le sous-prefet de Barcelon- 
nette ne sera pas sterile, car parini les douze animaux trans- 
ported en Kurope par M. de Monligny, il se trouve un metis de 



I'HOCfcS-VEKUAlX. lib 

inline sexe, qui, ehaque annee, fournit un tres beau produit. 

— S. Exc. M. le due do Hianzares offre a la Societe deux 
Beliers d'un an a un an et demi, issus d'un Belier merinos 
amene d'Espagne a la Malmaison. Les remerciments de la 
Societe seront efforts a M. le due de Rianzares. 

— Une lettre de M. le baron de Dumast, secretaire general 
de notre Societe regionale d'acclimatation pour la zone du 
nord-est,estrenvoyee a Texamen du Conseil. Elleest relative a 
Importance qu'il y aurait, selon notre confrere, a rassembler 
dans les raontagnesdu Cantal toutesles Clievres d'Angora qui 
se trouvent encore dans la Lorraine, dont le climat ne semble 
pas convenable pour cette espece. 

— M. Sacc, prie, comine tous nos delegues , de faire con- 
naitre le montant des depenses occasionnees par la nature 
meme de ses fonetions, annonce le desir que la somrne qui lui 
est due soit convertie en une prime, dont il porte la valeur a 
100 francs, par l'envoi d'un bon de poste. Cette prime, de- 
cernee par les soins de la Societe, serait destinee au detenteur 
de Chevres d'Angora ayant produit la toison la plus lourde. 
Cette toison, devenue par cela meme notre propriete, serait le 
point de depart d'une collection destinee a permettre de juger 
des progres que ces animaux auront faits depuis leur arrivee 
en France. 

M. Sacc fixe les conditions du concours, et expose les motifs 
qui le portent a considerer la toison la plus lourde comme 
etant celle qui reunit les meilleures conditions de quantite, 
mais aussi de qualite, I'experience lui ayant appris que le 
poids speoifique des laines est en rapport direct avec la finesse. 
On aura d'ailleurs ainsi, ce qui est bien preferable, a primer 
particulierement des toisons de males adultes. 

La proposition genereuse de M. Sacc est renvoyee a rexamen 
du Conseil. 

— Notre confrere, dans une autre lettre adressee a M. le 
President, Pinforme que Moil'at ecrit (J own. of the Royal 
Geogr. Society, t. XXVI, p. 96) qu'il a vu sur les collines de 
TAfrique, au nord-est du Zambeze, de nombreux troupeaux 
de Chevies d'Angora generalement blanches, dont la laine 



Z|6 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

descendait jusqu'a terre et cachait totalement les jambes. 
« Livingstone, dans les voyages de qui j'ai trouve cette inte- 
ressante citation, ajoute M. Sacc, a vu chez ces memes sau- 
vages, a l'orient de l'Afrique, le millet, le mais, la canne a 
sucre et le cotonnier, puis le cheval, le mouton et le boeui' 
commun sans bosse, e'est-a-dire toutes les plantes, tous les 
animaux utiles a l'homme dans les parties chaudes de TAsie. 
II devient done des lors evident que ces peuples ont, cont'or- 
mement aux traditions bibliques, emigre a Toccident. II est 
aise d'en conclure que, des les temps les plus recules, la 
Chevre d'Angora etait si estimee poursa belle toison, que les 
peuples d'Asie l'ont amenee avec eux dans leurs migrations 
primitives en Afrique. Cette espece est done non-seulement 
tres repandue, mais aussi ancienne que toutes celles de nos 
autres animaux clomestiques venus d'Orient. » 

— II est donne lecture par M. Hebert, agent general de la 
Societe , de la traduction qu'il a faite d'un Memoire de 
M. Mitchell, secretaire general de la Societe zoologique de 
Londres, sur racclimatation en Angleterre du Canna (Oreas 
carina), grande espece d'Antilope de TAfrique du Sud. 

— Parmi les pieces imprimees offer tes a la Societe, on re- 
marque : 

1° Un travail presente a la Societe imperiale et centrale 
d 'agriculture par notre confrere M. Montagne, membre de 
Tlnstitut. C'est I'extrait d'une Lettre quelui a adressee M. Cic- 
cone de (Turin), au sujet d'un pretendu champignon micros- 
copique auquel est attribute la maladie actuelle des Vers a 
soie nominee la gaitine. Dans cette note, on trouve enumerees 
toutes les hypotheses emises sur la nature de la maladie dont 
il s'agit. 

2° Un cahier de la Revue britannique (n°ll, nov. 1858), 
dans lequel M. Pierre Pichot, fils du directeur de ce recueil, a 
insere un article ayant pour titre : L'acclimatation en Aus- 
tralie. II a eu pour but de faire connaitre les heureux resultats 
obtenus dans ce pays par l'introduction de diverses especes 
animales. Ainsi le Chien, le Chat, le Cochon, la Poule, le 
Canard, le Lapin, le Pigeon, y sontdeja introduits en tres grand 



I'ltnCKS-VERBAUX. hi 

nombre. Depuis longtcmps il y a des Cerfs en Tasmanie et 
dans la Nouvelle-Galles, ainsi qu'aux environs de Liverpool et 
dans File Phillip. Un petit troupeau d'Alpacas, arrive depuis 
pen aux environs de Londres, doit partir tres prochainemenl. 
pour Melbourne. Les Faisans sont tres communs aux environs 
de Mongarrin, dans le nord de la Nouvelle-Zelande. Vers 1847, 
dit la lettre qui fournit a M. P. Pichot tous ces details, un 
colon, regrettant sans doute les chants qui rejouissent des 
Taurore le laboureur matinal de sa patrie, lacha dans les 
monts Barabaal sept Alouettes, qui se sont reproduites. Le 
Rossignol d'Europe niche et chante aussi sous ce ciel elranger. 
Kulin, la pisciculture est venue peupler plusieurs cours d'eau 
et quelques lacs d'Australie. 

— M. le President informe que notre confrere M, le doc- 
teur Auzoux ouvrira, le 5 fevrier, une serie de quelques con- 
ferences ou il fera connaltre a ceux de MM. les membres qui 
desireraient y assister les faits les plus importants de Tana- 
tomie et de la physiologie des animaux sur lesquels portent 
plus specialement nos etudes. Les demonstrations se feront au 
rnoyen des pieces d'anatcmie clastique, dont quelques-unes 
ont ete placees sous les yeux de l'assemblee dans la derniere 
session. 

Le Secretaire des seances. 
Aug. Dumeril. 



/jS S0C1ETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE bACCLlMATATION. 

OL'VRAGES OFFERTS A LA SOCIETE. 



SEANCE DU 10 DECEMBRE 1858. 

De la muscardine, et des moyens d'ea prevenir le sravages dans les magnaneries, 

par M. Ciccone, D. M., 1 vol. in-8, Paris. 
Gattine ou £tisie du Ver a soie (Bornbyx n,ori), cause de cette affection, 

moyens de rendre a cet insecte sa vigueur primitive, par Celeste Duval, 

inspecteur de colonisation en Algerie, etc. 
De la maladie des Vers a soie dans 1'Ardeche, en 1858, extrait d'un rapport 

adress£ a S. Exc. M. le Ministre de l'agriculture et du commerce, par le 

Prefet de 1'Ardeche. 
Monographie de la Canne a sucre de la Chine, dite Sorgho a sucre, par le doc- 

teur Adrien Sicard, t. II, in-8. (Etudes surles produits industriels et manu- 

facturiers, Marseille, 1858.) 
Etudes agricoles sur la Grande-Bretagne, par F. Maleziedx. 1 vol. in-8, 

Paris, 1858. 
La France dans les mers asiatiques, nouvelle edition. 
Notice mineralogique sur les provinces d'Oran et d'Alger, par 11. Ville, inge"- 

nieur au corps imperial des mines. 1 vol. in-4, Paris 1858. 
Des especes exotiques naturalisees spontan^menl dans le Jardin des plantes de 

Moutpellier, par If. (Charles Martins, directeur du Jardin, 1858. 
Note sur la somme de chaleur efficace uccessaire a la floraison du Nelumbium 

speciosum, par le m&me, 1858. 

Promenade botanique le long- des cotes de l'Asie Mineure, de la Syrie et de 

l'Egypte, par le meme, 1858. 
Notice sur Joseph Dombey, naturaliste, par M. Cap, 1858. 



ERRATUM. 

Hue crreur s'est gliss^e dans l'article de If. le docteur Sacc, sur les Chevres 
d' Angora, page 579, numero de decembre 1858. 

Au lieu de : Produit. . . 2 kilogr. de laine a 6 fr. le kilogr. ... 12 fr. 

45 litres de lait a fr. 15 c. Tun 6 75 c. 

1200 kilogr. de fumier a 5 fr. les 100 kil. 60 
1 Chevreau 5 

Total de la recette 83fr.75c. 

D'ou soustrayant la de'pense 60 

II reste en b^neTice net 23 fr. 75 c. 

Lisez : Produit 2 kilogr. de laine a 6 fr. l'un 12 fr. 

45 litres de lait a fr. 15 c. l'un 6 75 

1 200 kilogr. de fumier a 5 fr. les 1 000 kil,. 6 

1 Chevreau 50 

Total de la recette 74 fr. 75 c. 

D'ou soustrayant la depense 60 

11 reste en benefice net 14 fr. 75c. 



ANIMALX DEFUSES EN AUVERGNE. 4V) 



I. TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOCIETE 



EXTRAIT D'UiN RAPPORT 

FAIT AU CONSE1L DE LA SOClfiTK 1MPEHIALE ZOOLOGIQUE 
D'ACCLIIIATATION 

SUK LES ANIMAUX DEPOSES EN AUVERGNE. 
YAKS. — CHEVRES D'ANGORA. 

Par M. Albert GEOFFROY s % im nil \ IRE. 



(Seance du 4 Janvier 1859.) 

Messieurs, 

Vuus avez juge utile de faire visiter pendant I'hiver le depot 
des animaux que vous avez forme en Auvergne sur la proposi- 
tion et par les soins de M. Richard (du Cantal). En labsence de 
noire honorable vice-president, vous m'avez fait Thonneur de 
me charger de cette mission; je viens vous en rendre compte 
aujourd'hui. 

(Test dans le Cantal, dans Tarrondissement de Saint-Flour 
que se trouvent vos animaux. Le pays est propre a l'eleve des 
Chevres d' Angora et des Yaks; aussi ces animaux sont-ils 
dans tin etat prospere. Les iourrages de bonne qualite, une 
temperature assez rigoureuse convenant essentiellement a ces 
especes. 

La ferme dans laquelle le dep6t a ete constitue renferme 
h Yaks : 1 male et 3 femelles; 51 betes d'Angora: 20 Boucs 
et 31 Chevres, et 8 Chevres d'Auvergne a longs poils. 

Trois Yaks ont d'abord ete conduits en Auvergne, deux 
V aches et un Taureau sans comes. Le Taureau est mort il y 

T. VI. — Mars 1859. !\ 



50 SOCIETY jmaOUMLV. ZOOLUGlQUEs tt'lCGLIMATATION. 

a peu de mois, et les deux Vaches sont au contraire en bon 
etat. Ces Yaks ne sont pas. tout a fait aussi grands que ceux 
que possede 1$ Museum d'lnstoire naturelle.dans sa Menagerie, 
mais ils sont bien conformes. Depuis la mort du Taureau qui 
a succombe a une affection de la vessie, et dont la depouille 
n'a pas ete perdue pour I'histoire naturelle, vous avez fait 
conduire a votre depot d'Auvergne deux nouveaux Yaks : l'un, 
feinelle, qui restait seul chezM. Jobez; 1'autre, male, qui etait 
entre les mains de la Societe d'acclimatation de Grenoble. La 
Vache est plus grande que celles dont je vous parlais plus 
haut •; son poil n'est pas blanc comme celui des deux autres, 
mais gris ; elle ne porte pas de cornes. Le Taureau est cornu, 
son pelage est completement blanc ; sa taille, moindre que celle 
du Taureau de Paris, est cependant superieure i celle des 
Vaches qui sont avec lui. 

La Societe d'acclimatation de Grenoble vous a demande de lui 
reprendre ce Taureau, a cause de son caractere difficile et des 
dangers quMl faisait courir a ceux qui prenaient soin de lui. 
Cet animal est en effet assez mecbant^ il est loin cependant 
d'etre aussi redoutable qu'on l'avait annonce d'abord ; peut-6tre 
a-t-il ete maltraite a Grenoble, et tous ses mouvements, quand 
on Tapproche, surtout avec une fourche a la main, sont de 
nature a contirm-er ce que j'avance. 

Le transport de ce Taureau de Grenoble en Auvergne a ete 
assez couteux pour la Societe, mais on a lieu de se feliciter 
qu'il ait eu lieu-, car cet animal s'est deja beaucoup adouci > 
grace aux soins dont il est l'objet, et sa sante ne peut que 
bien se trouver du regime qu'il suit maintenant. 

Le pays dans lequel se trouvent aujourd-bui places nos 
Yaks est montagneux, et, par cette raison, convient bien a ces 
anininux. 

Si TYak a sur le Beeuf une superiorite, elle n'est reelle 
et appreciable que dans des conditions particulieres. .Ten- 
lends dire,- messieurs, et vous ave*z certainement entendu 
repeter souvent, que s'il s'agit de remplacer nos races de 
Bo3ufs franc^ais et autres par des Yaks, la Societe d'acclimata- 
tion fait faire un pas en arriere a 1'agriculture, aulieu de lui 



ANIMAIX DKl'OSKS UN AUVKIIGNK. 5t 

donner de nouveaux clt*monLs utiles. La question ne peut pas 
se poser ainsi. Les Yaks sont essenliellement animaux de 
montagr.es et de hautes monlagnes; leur conformation, leur 
pelage lainrux, les appelle dans res contrees ; les qualites qui 
lesdistinguent, la surete biencomjue de leur pied, lesrendent 
essentielleinent propies an travail dans les pentes et dans les 
cheminsdil'liciles. Alois, dira-t-on sansdoute, lescirconslances 
dans lesquelles l'Yak peut nous etre utile sont peu nombreuses, 
dans notre pays 5 sans doute, et c'est pour des localiles qui 
sont dans des conditions exceptionnelles (|u'il fautdes animaux 
speciaux. C'est ace point devue que l'Yak presentepour noun 
un inleret veritable, en dehors de celui qu'il ofl're pour la zoo-- 
logie proprementdile. II nous semble <jue la question de l'Yak 
a jusqu'ici ete negligee, et Ton a peut-etre laisse uu peu 
trop s'ctendre Tengouement des unset le decouragement des. 
autres touchant cet animal. 

D'apres ce que je viens de vous dire, messieurs, de la nature 
des Yaks et des conditions dans lesquelles ils peuvent etre 
utiles, vousallezpenser que le point ou sont places les animaux 
de la Societe est une cime elevee, ou tous les avantages de 
l'Yak peuvent ressortir; il n'en est rien cependant : les Yaks 
sont encore trop rares en France, pour que Ton puisse oser 
les placer dans les conditions propres a faire completement 
appreeier leur valeur economique j il faudrait pour cela les 
abandonner a des cultivateurs inconnus, qui n'en.prendraient 
peut-etre pas tous les soins convenables. Pour le moment, 
vos animaux sont dans une ferme voisine du mont Cantal, 
dans un pays couvert de nCige pendant plusieurs tnois de 
l'annee, ou le froid est vif, mais ou les soins peuvent etre 
donnes et sont donnes a vos animaux. 

Les agents que vous avez preposes a leur garde font de leur 
mieux pour merilervos encouragements-, l'etat des animaux, 
leur proprete, due a un pansage quotidien, meritent bien les 
eloges que j'ai du donner, en attendant que vous les traus- 
metliez vous-m6mes. 

Le troupeau de Chevres, compose d' animaux venus de plu- 
sieurs points de la France, est en assez boa etat, quoique 



52 sjjcifcTi; imikiiiai.k zoologiqie d'accumatation. 
quelques betes soient prises tie pielin (1). Les toisons sonl fob- 
jet de soins speciaux qui portent beureusement leurs fruits ; 
vous pourrez en juger en examinant le lainier que j'ai recueilli 
sur les animaux; vous y verrez encore quelques ecbantillons 
qui accusent ties toisons feutrees, condition qui, vous le 
savez, deprecie considerablement ces produits. Mais il est peu 
d'animaux dans ces conditions, et ceux qui sV trouvent 
encore places sont arrives a voire depot dans un etat qui ne 
permettait deja plus le peignage. 

Dans le nombre ties ecbantillons, vous en verrez aussi quel- 
ques-uns qui presentent dans le poil des jarres, condition 
defavorable sans doute, mais qui s'explique par la nature du 
troupeau meme qui renferme plusieurs Chevres de demi et de 
trois quarts de sang d'Angora ; ces jarres sont la trace du 
croisement, il est m6me rare den rencontrer dans les betes 
de trois quarts de sang, ailleurs que sur Techine. 

Les saillies ont ete faites pour tout le troupeau par un seul 
et meme Bouc, afin de rendre les produits plus homogenes. 
Ce Bouc porte dans le lainier le n° 1; sa conformation est satis- 
faisante, il a de bonnes qualites comme reproducteur. 

Le Conseil a decide que plusieurs animaux du pays a longs 
poils seraient achetes pour donner des demi -sang ; cet acbat 
a ete fait par les ordres deM. Richard. Ces Chevres, couvertes 
par le m6me Bouc que nos Chevres de pur sang, sont pleines 
aujourd'hui. 

Les autres boucs, ou du moins les meilleurs d'entre eux, 
ont fait dans le pays un grand nombre de saillies : les cultiva- 
teurs des environs sont desireux de modifier le sang de leurs 
Chevres et de posseder des animaux a poil fin. Cependant il 
faudra peut-etre aller contre ces desirs, car en Auvergne comme 
dans tous les pays de montagnes, le principal produit de la 
Chevre consiste dans le lait (ju'clle produit •, le croisement que 
vont obtenir les cultivateurs du Cantal sera peut-etre moins 
laitier que le pur sang auvergnat, puisque, vous le savez, 

(\) Depuis la lecture de ce Rapport, l\Uat sanitaire tie ce troupeau s'e s 
considerablement ameliore. Le pietin a comple'tement disparu. 



ANI.MU 1 DEPOSITS EN AL'ViiRGNE. 53 

messieurs, la Chevre d'Angora est pen laitiere; la loison des 
demi-sang est sans beauccup de valeur laplupartdu temps, et 
vous pourrezen jugervous-memes, en consideranl rechantillon 
n° 42 du lainier que je vous presente. II est vrai de dire que 
cette toison est uilC des plus mauvaises de demi-sang que j'aic 
jamais vues.Le cullivale.ir auvergnal perdrait done plutotqu'il 
ne gagnerait a faire des eroisements, et nous devrons faire 
en sorle d'epargner a la Sociele les reproches qu'on lui ferait 
plus lard sans doule. En consequence, je pense qifil faudrait 
faire payer les saillies de nos Boucs a ceux qui les demande- 
raicnt; nous sommes certains de cette facon de voir conside- 
rablement ditninuer le nombrc des Chevres que Ton nous 
amene. 

L'interet que presentent les animaux de demi-sang est 
grand sans doute; si Ton peut airiver a faire des Chevres lai- 
tieres a poil tin, on aura remedied un des desavantages dela 
Chevre d'Angora, et je ne doute pas que ce resultat ne puisse 
etre atteint. Pour la Societe. ccs eroisements sont interessants 
a un autre point devue encore; car ils multiplient le nombre 
des reproducteurs, et permettent par consequent de repandre 
plus vite cette belle espece a laine fine que la Societe cherche a 
propager. Dailleurs, les animaux obtenus de ces Chevres de 
demi-sang donnent deja des toisons precieuses, et qu'il est 
souvenl difficile de dislinguer des toisons des animaux de pur 
sang. 

On a dit souvenl qu'il elait facheux (rintroduire dans nos 
campagnes des Clievres, quai:d on cherchait a les expulser a 
cause des degsils qiTellrs font partout ou elles passent. C'est 
avec plaisir, messieurs, que je puis vous repeter ce que 
d'aulres vous ont deja rapporte, que les Chevres d'Angora se 
comporlent absolument comme des moutons, qu'clles se 
gnrdent parfaitement an paturage; ce qui les rend tout a fait 
dilferenles des Chevres onlinaires, pour la garde desquelles il 
faudrait parfois autani de bergerrs querranimaux. 

Le rapport de la bergere de la Societe est con forme a ce que 
j'ai rhonneur de vous dire ici : cette fille, dont le zele merite 
des encouragements, craignail beaucoup, quand on lui a remis 



Stir SOCIETE- IMPERIALS XOOLOGIQtJE d'aCCLIMATATION. 

cos animaux, de ne pouvoir venir a Lout d'une trentaine de 
Chevres qu'on lui eonfiait alors ; aujourd'hui, elle en mene 
cinquante sans chien, et en conduirait de m6me une centaine 
sans craindre de voir les animaux s'ecarter pour ravager les 
haies. 

La sobriete de ces Chevres est aussi a noter, elles se main- 
tiennent dans un etat parfait avec une ration qui ne suftirait 
m6me pas a 1'entretien des Chevres ordinaires du pavs \ 
c^est la un des caracteres des Chevres d 1 Angora de se nounir 
de peu et de prendre la graisse avec la plus grande facilite. 

La possibility d'entretenir la Chevre d'Angora avec une 
faible ration ne doit pas surprendre ceux d'entre vous, 
messieurs, qui ont examine la conformation de cette race : 
elle est en effet construite comme les meilleurs animaux de 
boucherie; sa viande, comme sa nature, est plutot celle d'un 
mouton que d'une chevre. 

En resume, messieurs, d'apres ce que j'ai vu, vous avez lieu 
d'etre satisfait du parti qui a ete pris pour nos animaux : les 
choses sont en bonne voie; lorsque la saison le permettra, vos 
Yaks travailleront, et Ton pourra apprecier alors la valeur eco- 
nomique de ces animaux. 

J'espere que le lainier de Tan prochain sera plus satisfaisant 
que celui de cette annee, qui est cependant deja bien superieur, 
a cause des soins dont les animaux ont ete l'objet, aux poils 
que nous avons vus Tan dernier. L'an prochain, les soins, au 
lieu d'avoir dure quelques mois, auront dure toute Tannee, 
les animaux sans qualites auront ete supprimes. Tout nous fait 
esperer d'arriver a mieux encore. 

(Suivent plusieurs propositions relatives au troupeau.) 






VALIt'R Dl HtiftlSSON. ao 

; 

NOTE 
SUR LA VALEUR DV HERISSON 

COMMG 

» 

ANIMAL A OP POSER AU BOTHROPS LANCEOLATUS, 

Par Iff. A. <H\U\Ms 

Docteur-profcsseur de zoologie. 



(Stance du \0 d6cembre 1858.) 

Dans les renseignementsqui suivent le rapport sur les ani- 
maux destructeurs du Bothrops lanceolatus (p. 11 du Bulle- 
tin * 1858), M. le docteur Rufz fait le proces du Herisson, etle 
eondaumecomme impropre a hitter contrele serpent venimeux 
de la Martinique. II est inline dispose a regarder ('introduction 
du Herisson aux. Antilles comme pouvant etre dangereuse, si 
cet insectivore venait a prendre gout a la canne. 

Sur co dernier point et sur l'aptitude du Herisson a attaquer 
des serpents venimeux, i\l. Ruiz sollicite de nouvelles expe- 
riences; il demande quon niette le Herisson en presence de la 
Vipere et de la canne a sucre. 

Le Herisson atlaque et mange les viperes sans etre ailecte par 
leur venin, c'estunl'ait mis dors de doute par les belles expe- 
riences de Lenz (Schlangenkunde, Gotha, 1832, 1 vol. in-8). 

Voici la traduction de ce qui se rapporte aux experiences de 
Lenz : 

« Le 30 aout, j'introduisis une grosse vipere dans la caisse 
ou le Herisson allaitait tranquillement ses petits. Je m'etais 
assure que cette vipere ne manquait pas de venin, car elle 
avait deux jours avaut tue un serin en peu de minutes. Le He- 
risson la sentit bientot (il se dirige par l'odorat plutot que par 
lavue), se leva de sa li.tiere, s'approclia sans- precautions, flaira 
la vipere de la queue jusqu'a la tete et surlout a la gueule, sans 
doute parce qu'il y sentait la chair. La vipere commenc/i a 
sifller et mordit le Herisson plusieurs fois aux levres et, au 



66 S0C1ETE IMPERIALS ZOOLOGlQtlE d'acCLIMaTaTION. 

museau : celui-ci, sans s'eloigner, se lecha, etrecut une forte 
morsure a la langue; sans s'en inquieter il continua, a flairer 
la vipere et la toucha meme avec ses dents, mais sans mordre. 
Enfin il saisit la tete, la broya avec les crochets et la glande a 
venin, malgre les contorsions du serpent qu'il devora jusqu'a 
la moitie. Apres quoi il retourna allaiter ses petits; le soir il 
acheva de manger la vipere commencee et en devora une autre 
petite. Le jour suivant, il consomma trois jeunes viperes, et 
demeura ainsi que ses pelits en parfaite sante; on ne remar- 
quait ni enflure, ni rien de particulier a I'endroit ou il avait ete 
mordu. 

» Le l rr septembre, le combat recommence. Le Herisson 
s'approcha comme la premiere ibis de la nouvelle vipere, la 
flaira, et recul pas mal de coups de dents au museau et dans ses 
epines. Pendant qu'il la flairait, la vipere, qui s'etait fortement 
blessee aux epines, chercha a ecbapper. Elle rampait dans la 
caisse, le Herisson la suivait toujours flairant ; chaque fois qu'il 
s'approcbait de la tete, il recevait une morsure. Enfin il la retint 
dans tin coin de la caisse, la vipere ouvre une large gueule en 
monlrant ses crochets; le Herisson ne recule pas. Elles'elance, 
et le mord a la levre si fortement, qu'elle y reste attachee ; il 
la secoue, elle decampe; il la poursuit, et regoit encore plu- 
sieurs coups de dents. Cetle bataille avait dure douze minutes ; 
j'avais compte di\ morsures qui avaient frappe le museau du 
Herisson, vingt qui sY'taient perduesen I'air ou sur ses epines. 
La vipere avait la gueule ensanglantee par suite des blessures 
qu'elle s'etait faite aux epines. Le Herisson saisit la t<He entre 
ses dents, mais la vipere sc degngea. L'ayant alors prise par la 
queue, puis derriere la t6te, je vis que ses crochets elaient en- 
core en bonne condition. 

» Lorsque je la rejetai dans la caisse, le Herisson la saisit de 
nouveau par la ttHe, qu'il broya-, il la mangea lentement sans 
s'inquieter de ses contorsions. retourna ensuite a ses petits et 
les allaita sans ress-entir d'ineonvenients. 

» Des lors ce Herisson a souvent devoredes viperes, et tou- 
jours en commencant par leur broyer la t6te, ce qu'il ne faisait 
point pour les serpents non venimeux. II transportait souvent 



VALEUll DU HfilUSSON. . . "»/ 

dans son nid le surplus de ses repas pour le consommer a son 
aise. Le Herisson habite volontiers, com me la Buse, des loca- 
lites ou les viperes et d'autres serpents abondent, et sans doute 
il en delruit bon nombre. » 

Apres cette traduction presque litterale, j'ajouterai que le 
danger de voir le Herisson ronger la canne n'est pas a redou- 
ter. Lenz, qui l'a observe longtemps, dit qu'il mange des coleo- 
pteres, des vers de terra, des grenouilles, meme les crapauds, 
qui paraissent cependant lui repugner ; il mange avec grand 
plaisir les orvets: et les couleuvres, mais par-dessus tout les 
souris ; il combat courageusement et avec succes contre le 
hamster ; il ne mange de fruits qu'a defaut de nourriture ani- 
male. Celui qu'observait Lenz n'ayant pendant deux jours regu 
que des fruits, il en mangea si peu, que deux des petits perirent 
faute de lait. 

Les Herissons places dans des vignes dont les raisins atlei- 
gnent le sol n'y touchent pas, cependant ces fruits sont aussi 
sucres que la canne et fort tendres, tandis que cette derniere, 
par sa durete seule, serait a Tabri de la dentdu Herisson. Je 
crois done qu'il sorait utile et facile de transporter a la Marti- 
nique une cinquantaine de Herissons ; puisqu'ils vivent en 
Algerie, il est probable qu'ils s'acclimateront sans peine dans 
Tile. S'introduisant farilemcnt dans les champs de Cannes, ils 
contribueront a y diminuer le nombre des rats, et par conse- 
quent le nombre des Cannes ratees. 

Ils tendront indireetement a diminuer aussi la multiplication 
du Bolhrops en privant ce dernier d'une partie de sa nourri- 
ture. Le Herisson pent enfin detruire de jeunes Bothrops, tout 
en etant a labri des adultes, qui ne peuvent pas facilement le 
mordre, l'elouffer ou le retourner pour Tatlaquer par le ventre, 
comme le font, a ce qu'on dit, le chien et le renard. 

L'introduction du Herisson peut d'ailleurs fort bien s'asso- 
cier a celle du Serpentaire et de la Buse, qui se nourrit de rats 
et de serpents. Tous ces moyens de diminuer le Bothrops 
doivent etre employes simultanement; mais le plus eflicace 
serait sans doute unejonmeaccordee a chaque tetede Bothrops, 
comme l'a fort bien dit M. le docteur Uufz. 



58 S0CIETE IMPEIUALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

NOTICE SUR LES PECHERIES 

DES HARENGS, DE LA MORUE ET DU SAUMON 

EN NORVEGE, 

Par IH. A. DE HIAIIDE. 



Deuxieme f-artie. — Saumons (1). 






(Seance du 10 deccmbre 1858.) 



II me reste a vous entretenir des Saumons, si nombreux 
dans les rivieres et dans les fyords de Norvege, car je me 
suis surtout occupe d'etudier les ressources quepresente cette 
precieuse espece dont la propagation serait si facile en France 
avec les procedes de M. Millet. 

.Tairecommandenotammentaux proprietaires des pecheries 
le systeme d'ecbelles a Saumon ou de plan incline de notre 
confrere, pour aider le poisson a franchir les cascades, Cet 
ingenieux systeme aura des resultats inappreciables dans 
celles des rivieres qui ne sont frequentees jusqu'a present que 
sur un parcours restreint, car, outre que la peche sera plus 
abondante, le Saumon pouvant trouver, dans les eaux supe- 
rieures de la riviere, des frayeres plus nombreuses ou mieux 
appropriees a ses besoins, la fecondation naturelle atteindra 
des limites plus considerables. 

Sous la latitude de Trondjem, les Saumons montent dans les 
rivieres au commencement de mai, et sous celle de Tromsoe 
vers la fin dejuin seulement. Le mois dejuillet est, dans toute 
la Norvege, le plus favorable a cette peche. 

II y a.plusieurs inoyens de prendre le Saumon : avec le filet, 
la ligne, les caissons, le trident et la lanterne. 

, (1) Voyez, pour la premiere partie, Harengs et Morue, numtfro de Janvier, 
p. 23. 



tHfiCHERIES EN NOUVEGE. 59 

9 Vous connaissc/ Its deux premiers moyens. Le troisieme; 
les caissons, consisle dans des caisses d'une dimension va- 
riable, que Ton place an niveau de la partie superieure d'une 
cascade que ee poisson a Vhabitude de franchir, et dans laquelle 
il lotnbe en saulant. E lie's sont disposees de maniere a I'em- 
peeber d'en sorlir. Le trident et la lanterne s'emploientsimul- 
tanement. Avec la lanterne, on fixe Tattention du poisson, et 
on l'attire a la portee du trident avec lequel on le frappe. Ce 
dernier moyen est defendu par la loi, mais il est tres usite 
dans certaines parties de la Laponie suedoise, oil le Saumon 
est d'ailleurs extremement difficile a prendre, precisement a 
cause de la defiance extreme qu'il eprouve lorsqu'il a ete une 
fois touche par le trident. 

Les paysans (proprietaires) pechent pendant toutl'ete avec 
le filet, mais les sous-locataires d'une riviere, qui sont toujours 
des Anglais, venus quelquefois dans leur yacht, n'ontle droit 
que de pecher a la ligne. 

J'ai explorea Alten(70°)la riviere de cenom. Elleetait louee 
a des Anglais qui y viennent pecher, chaque saison, depuis 
quatre ou cinq ans, et qui m'ont donne des renseignements 
interessants sur la pecherie de cette. petite riviere dont la 
longueur estde 72 kilometres. Elle vientdes Alpes scandinaves 
et sejette a la mer • elle coule sur un fond de sable et de 
cailloux; elle est remplie de chutes d'eau,etle Saumon ne la 
i'requente que sur une longueur de 38 kilometres, faute de 
pouvoir franchir les dernieres cascades. 

Les quatre Anglais, sous-locataires de cette riviere, ont pris, 
en 1856, pendant les mois de juillet et d'aout, quatre tonnes 
(4000 kilogr.) deSaumons; les habitants en ont pris environ 
400 vugs, soil 7200 kilogr. : en lout, 11 200 kilogr.; 300 kilogr. 
environ par kilometre. 

En 1857, la peche a ete moins abondante. Les sous-loca- 
taires n'ont pris que 1800 kilogr., et les habitants 3200; en 
tout 5000 kilogrammes. 

Cette riviere passe pour une des moins poissonneuses de 
la ISorvege. Elle etait louee a une compagnie, moyennant 
350 species (2100 francs) LJuiUficompagnie la sous-louait au 




60 SOCIETE IMPEMALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

m6me prix aux quatre Anglais, sous la restriction que je vous 
ai indiquee tout a 1'heure. Ajouterai-je que les Anglais faisaient 
cadeau de leurs prises a tous les habitants d'Alten, et qu'ils 
rejetaient a Teau, a l'exemple des p6cheurs du pays, les truites 
(oerred) et les aloses qu'ils prenaient. 

Ne vous etonnez pas, messieurs, du bautprix de cefermage, 
car il represente non pas la valeur du poisson, mais la passion 
des Anglais pour ce genre de pecbe. 

La ponte des Saumons a lieu apres le 4 5 septembre (epoque 
fixe de la fermeture de la pecbe dans toutes les eaux de Nor- 
vege), jusqu'a la fin d'oclobre. La femelle depose ses ceufs sur 
Its graviers, a une profondeur variable, mais le plus ordinai- 
rement dans un pied d'eau ; puis elle les recouvre et les entoure 
de cailloux et de graviers, ainsi que l'a parfaitement decrit 
notre confrere, M. Millet. L'ete suivant, les jeunes Saumoneaux 
seront longs de 8 a 9 centimetres $ en anglais, on les nomme 
smolt. L 1 annee suiv;;nte, c'esl-a-dire quand ils sont ages de 
deux ans, ils sont longs de 20 centimetres 5 les Anglais les 
appellent grilse. Ils ne sont veritablement Saumons, salm en 
anglais, lax en norvegien, que quand ils retourncnt a la mer 
pour la deuxieme fois. Ils reviennent cbaque annee dans les 
eauxouilssontnes. LesSaumonsreslentquelquefoistoutrbiver 
dans les rivieres, mais alors ils deviennent tres maigres, et 
quand on les p6cbe Tete, on les reconnait, et on les appelle 
lax-lad (Saumons paresseux); ce que les Allemands designent, 
je crois, par le notn de lassus (Saumon las, fatigue). 

C'est a raison de ce deperissement et de cette degeneres- 
cence que Ton a renonce a elever et a conserver le Saumon 
dans des clangs et viviers d'eau douce, 011 cependant il se 
reproduit m6me dans un age pen avance, vers dix-buit mois. 

Le Saumon n'a pas seulement Thomme pour ennemi , il 
a parfois encore a se defendre des surprises de Taigle, tres 
commun dans les fyords et les montagnes rocbeuses de 
ce pays. J 1 ai ete temoin, dans I'etroite vallee de Schangli(68"), 
a un endroit ou le torrent forme une jolie cbute d'eau, 
d'une surprise de ce genre qui fut pleine d'interet pour moi. 
Un aigle. dont je suivais depuis (pielques instants le vol sur 



PftCHBHlES i:.\ NORVtfGF. 61 

les "-laciers au pied dcsquels je passais, fondit tout a coup, a 
quelques pas de ma caravane, dans le torrent, et saisit dans ses 
puissantes serres un Saumon que sansdoute il avait apergu au 
moment ou celui-ci se disposait a franchir la cascade. Avant 
quele Saumon, qui se defendait a outrance, eut ete vaincu ou 
vain(|ueur, un double coup de fusil me rendit maitre des deux 
combattants. L'aigle tenait toujours, sans avoir pu les retirer, 
ses serres enfoncees dans les flancs du Saumon, etmon guide 
m'assura que lorsque ce dernier pesait de 1 5 a 20 kilogrammes, 
il parvenait toujours a se debarrasser de I'etreinte de son ter- 
rible ennemi, ou plulot a Tentrainer sous l'eau. 

Le Saumon se p£chanon-seulement dans les rivieres, mais 
encore dans les fyords; depuis le 15 fevrier jusqu'au 15 sep- 
tembre; il se plait surtoutdans depetites anses cacheesentre 
les rocbers, et il passe toujours dans les m6mes endroits, a la 
pointe des mille recifs dont la mer de Norvege est remplie. 
Aussi ai-je vu souvent, a ces endroits, surnager les billes de 
bois des iilets que le pechour vient souvent visiter, et qu'il 
leve quand elles sont tres agitees. 

Pendant le temps que j'ai passe a Elfgaarden, j'ai bien des fois 
fait pecher du Saumon, puisqu'il elait rna seule ressource ali- 
mentaire. II me servait tout a la fois de pain, de viande, et de 
legumes. Je ne m'en suis jamais lasse. J'avais soin de cboisir 
les jeunes de 1 a 2 ou 3 kilogr . , dont la chair etait a peine rosee. 
Aucun mets n'est plus delicat ni plus substantiel. Ce poisson 
n'est point lourd a digerer comme celui que Ton mange a Paris. 
II est d'ailleurs la seule ressource des tables les mieux servies 
sur les cdles du Nordland et du Finmarck. 

Je re^ns un jour l'hospitalite cbez le pasteur d'Evenes, 
dans un coin perdu de la mer du Nord, ou j'etais, me dit-il, 
le seul voyageur qu'il eut vu depuis vingt-cinq ans. Le diner, 
elegamment servi d'ailleurs, consistait uniquement en Saumon 
bouilli que Ton faisait passer a cbaque instant sur un plateau 
de bois et que Ton prenait avec une truelle d'argent ; la sauce 
consistait simplement en beurre fondu, sans condiment; au 
lieu de pain, des pommes de terre, et, pour boisson, l'eau excel- 
lente du rocher voisin et du wisky. Je n'ai pas eu souvent 



62 S0CIETE l.MI'EMALE ZOOLOGIQUli d'aCCLIMATATION . 

Toccasion, pendant mcs nomhreuses explorations, tie nVasseoir 
a une table aussi confortable. 

Les Norvegiens preferent le Saumon fume ou sale au Sau- 
mon frais, je ne m'explique pas cette preference. [ 

Je ne saurais vous dire, meme approximativement, quelle 
peut etre la quantite de Saumons pechee en Norvegc. Elle est 
incalculable. 

Le prix de ce poisson varie beaucoup. Dans les provinces 
du Nord, peu peuplees, le kilogramme vaut 10 a 15 centimes. 
A /Frond jem et a Bergen, on la population est agglomeree et 
nombreuse, on le paye de 25 a 75 centimes. Dans les environs 
de Dramen et de Cbristiania, d'ou l'on expedie facilement le 
poisson frais a Gothenbourg et dans d'autres villes du Dane- 
mark, le kilogramme de Saumon vaut 1 fr. 50 c, et quel- 
quefois davantage. 

Pour resumer la communication que j'ai Thonneur de vous 
faire, je vous rappellerai que la peche des 
Harengs rapporte 18000000 fr. 

(idle de la Morue. .......... 20000000 

Celle du Saumon, P, M. (incalculable). 

Cette somme est partagee entre 50 a 60000 personnes au 
plus, ce qui represente, pour cbacune, une moyennede700fr. 
environ, gagnee pendant quelques rnois de I'annee. 

Je ne vous parle pas de plusieurs poissons tres estimes en 
France et dont on ne fait aucun cas en Norvege, tels que les 
Aloses, Truites, Brochets, dont quelques-uns atteignent dans le 
lac.de Torneo une longueur de l m ,50. La Perche y est aussi 
tres commune et d'.une grandeur demesuree. Dans certains 
lacs on rencontre des Abies, et ceux situes dans le Dovrefield 
renferment, en assez grande abondance, deux especes de 
poissons appelesifcerfm^ et OErlax. Le premier me parait lirer 
son nom de ce qu'il a le bas du venire de couleur pourpree; 
le deuxieme ressemble au Saumon, comme son nom Tindique, 
mais il est moins grand. Jele tiens pour une espece deTruite.La 
cbair de ce poisson est extremement delicate, et peut-etreces 
deux especes meriteraient-elles un essai d'acclimatation dans 
nos.lacs. Si la Socie.te le pense ainsi, je me tiens a sa disposition. 



PLANUS SACCHARIDES. 63 

EXTRAITS 

d'uw 

M&MOIRE SUH LES PLANTES SACCHARINES 

APPELIE3 

SORGno DE CHINE, HOLCUS SACCHARATUS AFRICAIN 

ET TARTARE , 

■ 
■ 

Par Don Julian PEJLLON T RODRIGUEZ, 

Coiiuii.'iiiileur Jc l'orclru d'lsaU'llc la Calholique, 
Professeur de sciences physiques et naturelles appliquccs a 1'agriciilture (i). 



(Seance du 11 juin 1858). 

La presse de tous les partis et de divers pays, notamment 
celle do Franee et d'Espagne , a fait connaitre par apenju 
les benefices considerables promis par YFJolcus saccharatus 
appele parfois Sorgho a sucre, et aussi Imphy de Chine et 
de Cafterie; mais aucune de ces publications ne pouvait etre 
complete, aucune ne pouvait contenir les details que j'ai 
reunis dans ee memoire, ni presenter le caractere pratique et 
general que jedonne a mon travail. 

Cette difference vient de ce que la France, d'ou esi partie 
l'imtiative. ne connail et ne possede de ce genre de plantes 
que le Sorgho de Chine, tandis qu'en Espagne, grace auK 
efforts du comtedeVega Grande et aux. miens, nous ayons ex\ 
abondance non-senlement le Sorgho de Chine, mais encore 
quinze ou seize varietes tres precieuses de YHolcus sapc/tarfittls 
d'Afrique, nous avons eu le bonheur de les acclimater, et 
toutes 1'emportent de beaucoup sur le Sorgho. Ce nombre de 
varietes a naturellement absorbe nos etudes etnos experiences; 
e'est la ('unique cause peut-etre pour laquelle il n'existe a 
prrsent aiMim travail plus complet et plus methodique que le 
mien sur cette importante .question. 

(1) Ce Memoire a e"te" traduit de l'espagnol par M. Dauican-Piiilidor. 



Ofl SOCIETE LMl'EHIALE ZOOLOGIQUE d'aCCUMATATION. 

CHAPITRE I er . 

Histoire agricole de YHolcus saccharatus d'Afrique et du Sorgho de Chine. 

Dans Pantiquite, les Romains connaissaient parfaitement 
les productions de TAbyssinie, au nombre desquelles se trouve 
YHolcus saccharatus decrit par Linne; mais cette plante ne 
paruten Europe que par les soins de Pietro Arduino, qui sema 
a Florence, dansTannee 17(56, quelquesgrainesde ses varieles 
pour fabriquer du sucre. Cette tentative n'eut pas de succes 
alors, parce que la plante n'etait pas bien connue, et surtout, 
sans doute, parce que la chimie agricole et industrielle ifexis- 
tait pas. Au xvn e siecle, Hermann decrivit les plantes du cap 
de Bonne-Esperance, parmi ellesfiguraitprobablement YImphy 
des Cafres Zulus, mais mal etudiee; et Linne, au commence- 
ment du xvui e siecle, le decrivit aussi sous le nom d'Holcus 
saccharatus que lui avait donne Roxburgh: il s'agissait d'une 
ou deux varietes seulement, celles du reste de l'Afrique et de 
PAsie etaientinconnues. Wilkinson dit que cet Eolcus saccha- 
ratus (mot compose du nom arabe Dokhn et du latin saccha- 
rum) pousse dans les oasis de Nubie, aupres d'Assouan. Mal- 
gre les descriptions scientitiques et les experiences tentees par 
Pietro Arduino, YHolcus etait ccmpletement oublie et perdu 
pour Tindustrie europeenne, quand deux homines eclaires, 
Pun Anglais, nomme Leonard Wray, Tautre Fran^ais, M. de 
Montigny, reconnurent ses grands merites et Timporterent 
sur le vieux continent. 

Consul a Shang-hai (Chine), M.de Montigny envoya, il y a 
six ans, a la Societe geographique de France des graines.de 
plusieurs especes, au nombre desquelles etait le Sorgho, 
appele Canne a sucre du nord de la Chine. La Societe distri- 
bua la graine a divers agriculteurs ; I'etude commenca en 
France et en Algerie, et M. Rantonnet, le premier, la cultiva 
en grand a Hyeres. En 1855, quelques savants firenl connaitre 
le resultat de leurs experiences, qui contribuerent beaucoup a 
propager la culture de cette plante. Les Espagnols, amis du 
progres, l'introduisirent dans la meme annee en Andalousie, 






H, ANTES SACCHAItlNKS. 65 

sur les cotes de la Mediterranee, aux iles Baleares et sur 
(rautres points, plutot par curiosite que par des projets scrieux 
d 1 industrie. La preuve, c'est que cette culture ne s'est gene- 
ratisee dans la Peninsule qu'eii 1856 et 1857, epoque a laquelle 
nousl'avons nous-meme fait connailre. 

Le Sorgho de Chine est deja une grande acquisition pour 
lindustrie et l'agricultnre europeennes, mais il constitue une 
seule variete, et est bien loin de reunir les avantages econo- 
miques d'aulres plantes de la meme espece, communes sur le 
continent africain, et qui ont tons les caracteres du veritable 
Holcus saccharatas de Linne. Dans la collection de graines 
d'Abyssinie, remise en 1840 par M. d'Abadie au Musee 
francais, M. Vilmorin avait deja reconnu trente especes ou 
varietes de V Holcus saccharatus. Le celebre M. Leonard 
Wray, fabricant de sucre dans la colonic de Natal, en 
Cafrerie, a eu le bonheur de reunir, culliver et mettre a pro- 
lit quinze varietes remarquables et des plus riches en sucre, 
et il les rapporta, en 1854, en Angleterre : je donnerai plus 
loin leur nomenclature. 

« J'ai cultive, dit M. Wray, ces quinze varietes ou especes, 
» et j'ai fait du sucre avec toutes. Cette epreuve m'a fait 
» connailre non-seulement la richesse* saccharine de chacune 
» d'elles, mais aussi les conditions de leur croissance et de 
» leur reproduction ; ma fabrication m'a donne de si beaux 
* resultats que j'ai qui lie Natal pour venir en Europe donner 
» suite a ma decouverte, et annoncer au monde industriel 
» 1'imporlance de ces plantes pom la fabrication du sucre. » 

Ainsi M. de Montigny, en envoyant en France les graines du 
Sorgho de Chine; M. Wray, en rapportantd'Afrique les graines 
de quinze varietes d'lmphy (tel est le nom que Ton donne a 
ces plantes en Cafrerie), out eu la gloire denrichir l'Europe de 
ces vegetaux precieux. Honneur a eux pour leurs louables et 
philanthropiques efforts ! 

En 1856, un agronome espagnol distingue, le comle de la 

Vega Grande y Guadalupe, riche proprietaire aux Canaries, et 

non moins digne d'eloges que ses deux predecesseurs deja 

enunces, eut connaisiaiue, dans ses voyages, des plantes dont 

T. VI. —Mars 1859. 5 



6(5 S0C1ETE 1MPEKIALE Z00L0GIQUE u'aiXLIMATATION. 

nous nousoccupons. II fit d'actives demarches pour se procurer 
desgraines et des instructions sur le meillcur mode de culture, 
dans le but de les introduire aux Canaries. Ayant pu obtenir 
Zj50 graines, a peine une demi-once de semence des seize 
varietes, c'est-a-dire de YHolcus saccharin et du Sorgho de 
Chine, il s'associa avec moi pour les faire fruclilier, et con- 
sacra a cette ceuvre la plus grande partie de ses terres, ou les 
plantes se sont acclimatees parfaitement. 

M. de Montigny envoyaen France le Sorgho de Chine sans 
pretentions personnelles; cette abnegation fut peut-etre cause 
du retard de quatre annees qu'eprouva racclimatation de ces 
graines. 

M. Wray, au contraire, a employe son travail personnel, 
son intelligence, ses capitaux et ses efforts a faire connaitre 
la superiorite des quinze varietes de YHolcus saccharin 
d'Afrique, et voyant les obstacles que rencontrait en Europe 
la mise en pratique de sa grande pensee, M. Wray ramassa ses 
graines, recueillit tous les documents qu'il put rencontrer, et 
partit pour TAmerique. 

Telle est la premiere et principale cause qui a prive la 
France et beaucoup d'autres nations de la belle collection de 
ces plantes saccharines, dont nous avons ete assez heureux 
pour enricbir notre pays cette annee. 

L'incurie ou l'inobservation des conditions necessaires a 
Tacclimatation sont la seconde cause de la presence seule 
du Sorgho de Chine en divers pays. M. Wray a distribue 
en France, en Belgique et en Angleterre quelques graines 
d'Holcus saccharin ou Imphy; mais, soit par la faute des 
hommes, soit par celle du climat, le resultat est qu'en aucun 
autre pays qu'en Espagne, que je sache, V Imphy de la Cafrerie 
n'a ete reproduit, et les publications etrangeres, jusqu'a cette 
heure, n'en ont fait aucune mention. Pour nous, nous sommes 
beureux d'avoir rendu a notre patrie le service de le produire 
en abondance, et nous en gratifierons l'Europe, completant 
ainsi l'ceuvre de M. Leonard Wray. 

Les varietes apportees en Europe par M. Wray furent re- 
coltees sur la cote de Natal, en Cafrerie, entre!6 et 30 degres 



IM.ANTKS SVCCIIMUNKS. 67 

ilc latitude sud, presque an niveau de la mer, de mnnierc qu'a 
Paris on eft Kolgitjue elles ont eprouve tftte dillerenee de 
20 clegres an moins, sans parler de celle du niveau qui rend 
encore le cliangemenl pins sensible. II etait difficile que des 
otolites d'une constitution si herbacce et si pen consistanle, 
resist assent tout d'ahord a une difference si brusque; c'est la 
raison qui aura empe'ehe leur croissance, la premiere annee. 
A Madrid meme, en 1856, on n'obtint pas un seul rameau ; il 
fallut leurfaire subir la premiere transition aux Canaries, puis 
les faire passer dans la Peninsule, pour voir prosperer quelques 
varietesseulement, mais non pastoutes, dans les provinces de 
Madrid et de Tolede, les plus centrales et les plus elevees 
de TEspagne. Aujourd'hui on peut regarder eomme assuree 
1'acclimatation des quinze varietes, dans toutes les parties du 
royaume. (]ette annee, nous avons distribue des semences 
dans toutes les provinces, assez pour ensemencer au moins 
200 fanegues (1) , dont le produit suffira pour inonder la 
Peninsule et serepandre au dela des Pyrenees. 

Le Sorgho de Chine parait originaire d'une parlie de I'Asie 
comprise entre Ies40 e et55 e degresde latitude nord. LEspagne, 
I'ltalie, la France, la Belgique, TAllemagne, la T urquie, partie 
de la Russie et de 1'Angleterre se trouvant dans les memes 
latitudes, on comprend que le Sorgho ait pu s'accliniater de 
prime saut dans ces pays, et qu'il ait pu avancer au dela du 
sud des Canaries et de l'Algerie, pour aller, avec le temps, 
gagner la zone torride : toutefois nous avons remarque qu'en 
s'avanc,ant ainsi vers le sud, il degenere un peu, et devient 
ligneux, tandis que YImphy s'ameliore dans nos climats, 
devient plus tendre et plus robuste, sans perdre rien de sa 
qualite saccharine. 

Cette annee nous avons obtenu des graines d'un Holcus sucre 1 
semhlable peut-^tre a nne variete que nous possedons deja dans 
la serie africaine; cet Holcus, recueilli par Mgr Verrolles dans 
la Mantchourie (Tartarie chinoise), remis par lui a la Sociebe 
imperiale d'Acclimatation, m'a ete procure par M. E. Clet, 



(1) La fani'gueest de GM metres Carre's. 






68 SOCIKTK IMl'EIUAI.K ZOOLOUIQUK d'aCCUMATATION. 

Tun ties mejnbres dc celte Societe, grace a I'entremise de 
M. O'Ryan de Acuna , mon ami et associe. J'ai envoye au 
comte de la Vega Grande la moilie de ces graines pour qu'il 
lcs essaye aux Canaries; jeferai des experiences comparatives 
sur I'autremoitie, cette annee, en Espagne, dansdivcrses loca- 
lites. Deja ces graines sont levees. 

Je crois que les renseignements qui precedent suffisent pour 
Thistoire de ces nouvelles plantes saccharines dont Tavenir 
industriel et agricole est immense. 

CHAPITKE II. 

Classification et nomenclature des varietes de ces plantes. 

II regne une telle confusion dans la nomenclature, la descrip- 
tion et la classification des plantes saccharines qui sont 1'objet 
de ce memoire, que personne ne s'yretrouve, quand il s'agit 
de les examiner; mais comme le principal inter6t, pour ('agri- 
culture et I'induslrie, est de connaitre les avantages d'une 
planteet non les details scientifiques, je crois, en ecrivant ce 
memoire, rendre un service a mon pays et a la science meme, 
en adoptant la nomenclature usitee, et dormant a chacune des 
plantes en question un nom qui indique leur pays d'origine, 
etqui soit deja plus ou moins accepte. Ainsi, au point devue 
industriel ou agricole, je leur donnerai les noms suivants ■ 

Sorgho sucre de Chine a VHolcus saccharatus envoye par 
M. de Montigny. 

Holcus sucre d'Afrique a toutes les varietes importees en 
Europe par M. Leonard Wray, ainsi qu'a celles qui viendraient 
du meme continent, et seraient nouvelles, me reservant de 
donner a chacune de ces varietes un nom special qui les dis- 
tingue des autres, en leur conserviint autant que possible 
ceux qu'elles portent en Afrique, tels que le Niazmia, le 
Vimbischuapa, Eglota, etc., cette nomenclature me parais- 
sant avantageuse pour l'avenir. 

Holcus sucre de Tartarie, a la variete remise a la Societe 
imperiale d'Acclimatation par Mgr Verrolles, variete venant 
de la Mantchourie, province chinoise situee dans la grande 



PLaNTKS saccharines. 69 

Tartaric; pourvu quel'avenir demontre que cette variete n'cst 
pas identique avec Tune de celles d'Al'rique. 

De cette facon, nous pouvons etre clair en entretenant les 
agriculleurs de cette grande et nouvellc collection de plantes 
sucrees, groupe inleressant et qui fera une revolution lieu- 
reuse pour I'agriculture et 1'industrie. 

Le Sorglio sucre de Chine constitue une seule variete; il 
doit conserver ce nom, comme j'ai dit plus haut. 

L'fJolcus sucre d'Afrique a deja quinze varietes tres bien 
caracterisees, et dont je vais citer les noms, donnant ceux 
qu'elles doivent porter en espagnol, suivis deleur etymologie 
cal're : 

Vimbischuapa (enCafreric, Vim-bi-schu-a-pa). 

Anamody. ... — E-a-na-moodi. 

Enga — E-engha. 

Niazana — Ni-a-za-na. 

Boonvana. ... — Boom-wa-na. 

Onsiana — Oom-si-a-na 

Sagova — Shla-goova. 

Sagondi — Shla goon-di. 

Zinmomana. . . — Zim-moo-ma-na. 

Elola — E-boih-la. 

Boyana — Boo-i-ana. 

Combana .... — Koom-bana. 

Henglana. ... — Si-en-yla-na. 

Zimbazana ... — Zimba-zana. 

Ellosa — E-thlo-sa. 

Ces quinze varietes sont connues sous le nom general de 
Imphy des Cafres Zulus, depuis le cap de Bonne- Esperance 
jusqu'a la baie de Delngo, ainsi quele rapporte M. Wray; ce 
nom est aussi celui que leur donneut les Europeens. 

Toutes ces plantes sucrees arrivent a une hauteur qui varie 
de I™, 80 a 5"\ZiO, scion les varietes, le ciimat, le terrain et la 
culture. 

Leur as ( ect et leur port resscmbletit a celui du Millet, mais 
les feuilles sont plus tendres, plus larges, plus longues, d'un 
vert plus prononce, et beaucoup plus donees au toucher. 

La grosseur des brins on cannes est de un demipouce a 
2 pouces de dianietre, dans la panic pres de lerre ; arrives a 



70 SOCIETE IMPEttlALE ZOOLOGIQLE D ACCLIMATATION. 

maturite complete, ils pesent depuis l\ onces jusqu'a 3 livres. 
Ces Cannes sont fermes, et contiennent de 50 a 80 pour 100 de 
jus sucre, qui lui-meme contient de 10 a 46 pour 100 de 
sucre pur. 

Les racines sont beaucoup plus nombreuses que dans le 
Mai's, bien que semblables pour la forme; ellcs pcnetrent jus- 
qu'a 0"',/j5 quand le terrain le permet, s'etendant borizonta- 
lement de m ,A5 aussi. 

Cbaque graine produit d'abord une tige centrale ; quand 
cette tige arrive a 6 ou 8 pouces de bauteur, deux autres tiges 
laterales sortent de la naissance des racines, je les nomine 
tiges secondaires ; au bout de peu de jours sortent deux autres 
tiges tertiaires, au-dessous des secondes : de sorte que, dans 
le premier developpement de vegetation, une graine produit 
au moins cinq brins ou Cannes. Ces tiges, au boutd'un mois 
environ, poussentdes rejets a fleur de terre, et chacune d'elles 
s'entoure de quatre nouvelles tiges ou brins de second deve- 
loppement, quand la plante croit avec vigueur •, de sorte qu'une 
seule graine peut donner jusqu'a vingt-cinq tiges ou Cannes 
en une seule recolte, mais jamais moins de cinq, dans les plus 
mauvaises conditions de culture. Si le climat et l'exposition 
sontfavorables, trois ou quatre mois apres la premiere recolte 
une seconde est encore bonne a couper. 

A lapcinte de chaque tige sort un pedoncule qui se couvre 
de fleurs ; puis se forme une quantite considerable de graines, 
dont le nombre varie de 500 a 5000, selon la variete, la canne 
qui a fourni l'epi et le succes de la culture. Selon la variete 
aussi, et la force de la plante, on a 1000 a 1800 graines a 
l'once •, de sorte qu'une seule graine pent donner naissance a 
une toufi'e qui produise depuis 16000 jusqu'a 80 000 autres 
graines, ou de 1 a 5 livres de semence pure. Cette fecondite 
est rare toutefois, et la moyenne que j'ai constatee le plus 
souvent est au minimum de ZiOOO et au maximum de 16 000 
graines par touft'e; lepoids de ces graines est de quatre onces 
a une livre. Le Sorgho de Chine est la variete la moins pro- 
ductive en graines. Ces plantes sont annuelles en Espagne; 
le temps necessairea leur developpement et a la maturite de 



l'LANTES SACCIIAKINES. 71 

la graine varie de trois a cin(| mois, selon la temperature, le 
terrain, le mode de culture et la variete cullivee. Leurs cou- 
Kcott sont brillantes, et changent suivanl It's phases de leur 
croissance ; elles exhalent pendant l'ete une odeur agrcable 
el forte, qui resscmble a celle du miel nouveaude la meilleure 
(jualiu*. 

II resulte de ce qui precede que, s'il y a analogic de carac- 
tercs et de proprietes entre le Sorgho sucre de Chine et les 
Holcus sucres d'Afrique et deTartarie, ils different cependant 
entre eu.\ dune ficon si rernarquable, quil est impossible de 
confondrc unc vnrietcavec une autre; il est done fort interes- 
sant pour la science, pour (.'agriculture et pour Tindustrie, 
d'assigner, conime je le fais, un nom a cbacune d'elles, afin 
d'eviter une deplorable confusion. 

Sorgho sucre de Chine. 

Ccttcplante est d'une croissance rapide; son aspect est agrdable; sa hau- 
teur atleint jusqu'a ^"',70. La grosseur des Cannes varie entre nn demi-poucc 
et un pouce de diametre a fleur de terre. 

Elle pousse cinq a vingt tiges par touffe, si la terre est bonnr. 

L'arliculation des feuilles, e'est-a-dire le point ou elles cessent d'enve- 
lopper la canue, est de coulcur de bamboii ties pale, et presque blanche. 

LV 5 pi est droit, mobile, il est atlachc" a de longs pe"doncules ; de sorle que 
le grain milrissant rnlralne vers la terre* Tepi dont les grappes forment une 
courbe semblable a celle d'une queue de cheval arabe. Les graines portent 
une barbe tordue longue de h lignes environ. Quand l'e"pi est milr, les 
cossesqui contiennenl les graines sont d'tin noir brillant ; elles sont,coriaccs 
et enveloppent la grainc presque entierement ; aussi larges que longues, 
ellos sont couvertes d'un ledger duvet aux deux bouts, et an centre elles 
sont lisses. La coulcur de la cosse n'est pas celle des graines. 

La graine est presque ronde, de coulcur bi un de rouillc; 1000 a 1100 
graines pesent une once. Uans unc culture convenablenient suivie, chaqne 
dpi donue de 500 a 1600 graines. 

Le Sorgho met quatrc moisau plus a croitrc et a mtirir. Au bout de trois 
mois il pousse son dpi, qui fleurit au bout de huit jours. Peu apres la pre- 
miere rdcolte, on retourne, on ariose la terre, et Ton obtient de nouveaux 
rejets en abondance, plus faibles que les premieres tiges, mais qui croissenl 
jusqu'a ce que les geldes les arretent. Le climat plus on moins favorable de 
chaque locality dexide de la prospe'rite' ou de la perte de cette scconde re- 
colte, qui demande trois mois el demi pour arriver a bieu. 



7*2 SOCIETY I.MPEIUaLE ZOOLOGlQUE d'aCCLIMATATION. 

Les canncs depouilldes des feuilles et dn pedoncule donnent de 50 a 60 
pour 100 de jus avcc de bonnes presses. Ce jus est facile a purifier si les 
Cannes son! a point, ires difficile si la maluritd n'est pas complete; il con- 
sent de 10 a 14 pour 100 de ma Here sucree, selon les circonstances clima- 
tdriques et les soins donnds a la culture. 

Celte varietd ddgdnere a mesure qu'elle approche de l'dquateur ; elle 
devienl plus ligneuse et le sucre plus cristallisable. 

Vimbischuapa. 

Varietd la plus grande et la plus robustcentre toulesles especes d'llolcus 
sucre" d'Afrique; elle arrive jusqu'a 2 m ,50 et plus de hauteur, de 1 ponce 1/2 
a 2 pouces de diamctre dans la partie la plus grosse ; chaque canne pese de 
1 a 2 livres 1/2. 

Les feuilles sont forges, giandes et plus rudesque dans les autres varietds; 
leur articulation est blanche ou de couleur de bambou. 

L'dpi est dnorme, 12 a 18 pouces de longueur, rigide, dpais ; il contient 
jusqu'a 5000 graines bien nourries. Ce nombrc est le maximum ; la moyenne 
est de 3 a 4000. 

La couleur des cosses varic du jaune au pourpre ; cMes sont plus longues 
que larges et ne couvrent la graine qu'en partie. 

La graine est bien pleine, allongee et de couleur ferrugineuse tirant au 
jaune. 

En Espagne, il ltd fait cinq mois ou cinq mois et demi pour miirir, 
pourvu qu'elle soit semee au prinlemps ; plus lard elle ne murit pas, bien 
qu'elle forme son dpi. 

Son jus est ires such', limpidc et facile a clarifier. Les tiges se fendent 
par en bas quand elles sont pres de la mataritd, et un pen avant; elles pro- 
duisenl jusqu'a G") pour 100 de jus, contenant au moins il\ pour 100 de 
sucre pur cristallisable scmblable a c<*lui de la canne a sucre, selon M. Wray. 
Le sucre commence a parailre a la fioraison de l'dpi, du moins a Madrid, et 
cliaque touffe donne de six a quinze brins. Apres la premiere recolle, une 
nouvelle pousse parait, mais il est difficile qu'en Espagne elle puisse venir 
a maturitd, a moins que ce ne soil lout a fait au sud. 

Anamody. 

Cetle varidte ressemble.au Vimbischuapa et est aussi bonne que hn; elle 
pousse a une hauteur de 3 m ,60 et quelquefois plus, mais elle n'est pas si 
grosse et n'a pas les fibres aussi ligneuses, selon M. Wray. Elle est plus 
tendte et rend plus de jus que le Vimlrisclitinpa. Ses tiges ou Cannes pesent 
de 1 a 2 livres chacune, quand elles sont mures et de coupe rdcentc. Une 
touffe pent donner jusqu'a douzc brins bien nourris et robustes. 

Le pedoncule est gros, dpais et rigide, contenant plusieurs milliers de 
graines, rondes plutOt que longues. Chaque dpillct contient parfoisplus de 



I'LANTKS SACCftAMNKS. 73 

100 graincs. lis sont verlicaux et attache's par l'axe central dti p<?doncule ; 
les cosses sont peiites et sans consistance, elles atteignent a peine jusqu'a 
la moiiitf de la grainc; dies sont sans couleur et couvrent a peine le tiers 
de la graine. 

Cette varie"tc', dans 1111 espace de quatre mois et demi de chaleur, crolt et 
mflrit. Apres la premiere rdcolte, la racine pousse de nouveaux rejets, mais 
je ne crois pas qu'ils puissent arriver a maturite* en Espagne, si ce n'estaux 
Canaries, en Andalousie, a Valence, anx Bale*ares. 

Les tiges contiennent de 66 a 66 pour 100 de jus charge* de \t\ pour 100 
de sucre. Apres la floraisonde P£pi la matiere sucrde commence a paraltre. 

Enga. 

Celte varied est unc des plus belles et des plus tJhlgantes; elle pousse a 
une hauteur de 2 m ,70 a ZT,50. Ses tiges sont plus minces que celles des 
deux varies qui precedent ; chaque toufle donne de six a quinze brins, 
tons grands et gracieux. 

Le pedoncule est grand, de*veloppe\ magnifique, les dpis y adherent for- 
tement ; cette circonstance et le poids des graines lui impriment une posi- 
tion peu elevde, tres gracieuse, qui fait distinguer cette varie*t£ des autres. 
Chaque p<5doncule porte des milliers de graines. La cosse est aussi large que 
longne ; sa couleur change du jaune de canne au pourpre azure* ; He couvre 
a peine la moitie* de la graine, et porte un duvet le"ger sur les bords et a la 
naissance. 

La graine est forte, longue et aplatie plutdt que ronde; sa couleur est 
jaune fonce\ tirantsurle rouge noir. 

Au bout de trois mois elle fleurit, et milrit en moins de quatre. Apres la 
premiere re*colle, il en repousse une secondedans l'espace de trois mois, si 
les circonstances sont favorables. 

Les brins ou cannes mflres pesent de 1 a 2 livres, donnent de 68 a 70 
pour 100 de jus excellent, contenant au moins iU pour 100 de sucre. 

Niazana. 

Une des plus petites en hauteur, elle de*passe a peine l^O, mais les brins 
sont generalement plus gros que ceux de YEnga, dans leur partie inft*- 
ricure. 

La feuille est large, grande et frisde. 

Le pedoncule grand, presque droit, epais et bien fourni en graines. De 
riuterieur de rcnveloppe florale, r.Vst-a-dire de Tune des petites pailles 
qui enveloppent la graine, sort un filet ou baibe tordue de 5 a 6 lignes de 
long, ce qui la distingue beaucoup des autres varidte's. 

La co.«se est poinlue, plus longue que large, de couleur variant du blanc 
pale au pourpre vif, couverte de duvet dans totite sa longueur; elle enve- 



74 SOClETE 1MPE1UALE ZOOLOGlQUti d'aCCLIMATATION. 

loppe la graine de deux cot(!s, la laissant decouverte laleralement sur les 
deux tiers de sa longueur. 

La graine bicn mure est large, grande, epaisse, d'une couleur jaune ferru- 
gineuse avec des taches rousses ou noiratres. 

Gette vari&e" est Tune des plus sucrees, tendre et avantageuse a cultiver 
en Europe. Elle murit en trois mois, pousse une seconde rtfcolte en trois 
autres mois, et donne de quinze a vingt-cinq brins par touffe. 

Ainsi le Niazana donne une re"colte tous les trois mois, dans de bonnes 
conditions de climut ; cette qualite" le fera rechercher gcneralement commc 
le dit judicieusement M. Wray. 

Les tiges du Niazana contiennent tres peu de fibre ligneuse et pesent de 
U onces a 1 livre, depouillees de leurs feuilles ; elles donnent de 70 a 80 pour 
100 de jus mucilagineux et feculent, contenant au moins 15 pour 100 de 
sucre. Ce sucre commence a apparaitre dans les Cannes avant meme que 
l'e'pi se de"couvre. 

Boonvana. 

L'une des plus belles et des plus productives entre toules cedes dont il est 
question dans ce memoire : moins bautc que YEnga, elle n'atteint jamais 
2 m ,70. Ses tiges sont nuanc^es d'une couleur rose qui devient plus fonce'e 
a mesuie que la maturity approche; elles exhalent une forte odeur de miel 
nouveau qui attire les abeilles et les guepes, dont les piqures causcnt par- 
fois quelque dommage a la plante. 

La feuille, moins grande et moins large que celle de YEnga, porteune 
tache au point de jonclion avec la tijie. 

Le pe*doncule mou comme celui du Sorgbo de Chine, mais les epillets 
plus courts et plus founds de graines ; ils en contiennent de 2 a 3000. 

Les cosses sont de couleur rose pourpre clair, sur un fond jaune, dures, 
coriaces, un peu plus longues que larges, oblongucs, pointues, presque 
sans poil, et aussi longues que la graine qu'elles embrassent sur deux faces 
si fortement, qu'il est difficile de la detacher. Cette graine, dans sa partie 
saillante de la cosse, est de couleur rouge brun, allongee, presque cylin- 
drique, tres pleine et ties pesante. 

Cette varie'te' murit en quatre mois dans le centre de l'Espagne, et encore 
plus promptement dans les provinces me"ridionales el aux Canaries. Apres 
la premiere revoke, une seconde croiten trois mois on trois mois et demi, 
suivant les circonsiances, de sorte que dans Tespace de sept mois, on fait 
deux belles et abondantes revokes, quand le temps est favorable. 

Les tiges pesent une livre ou une demi-livre en ge"ne"ral ; chaque touffe 
produit de dix a vingt brins qui donnent, pour le moins, 70 pour 100 d'un 
jus pur, tres doux et facile a clarifier, contenant de Hi a 16 pour 100 de 
sucre. On trouve ce sucre dans la canne avant m6me la naissance des e"pis, 
mais il y est en plus grande abondance quand la graine est compleleinenl 
mure. Ce ph^nomene, du reste, se remarque dans toutes les varietes. 



l'LANTLS SACCIIAKLNES. 75 

Omiana. 

Otto varieMe* differe beaucoup d'aspeci du Boonvana; latoulcur des ptf- 
doncules et des cosses est noiratre, les £pis plus courts; mafs elle est aussi 
bonne que celle derniere , el les plnmomenes de la croissancc sont les 
mfimes. Les tiges sont plus courtes et plus grosses que eel les de VEnga et 
du Boonvana ; les feuilles sont moins grandes que celles de YEnga, et por- 
tent au point de jonction avec la lige une tache rouge comme celle du Boon- 
vana, niais plus fonce"e. 

Le pt'-doncule est droit, rigidc; les epis courts, verticaux , tres serre"s, 
contenant sensiblcment plus de graiue que le Boonvana. 

Les cosses, couleur de pourpre ou noir purpurin, oblongues, pointucs, 
un peu plus longues quelarges, et plus courtes que le grain, ne le couvrent 
qu'a moitie\ La pai tie de"couverte de la graine varie de couleur entre le 
blanc rose" et le rouge ferrugineux ; plus longue que ronde, tres pleine et 
pesante, elle sort facilement de la cossc. 

Cette varie* t^ ratirit au bout de trois mois et demi ou qualre mois ; elle 
donne comme le Boonvana deux re*coltes en sept niois. 

Les Cannes, bien que un peu courtes, pesent une livre ou une demi-livre. 
On trouve de cinq a seize brins par touffe; 70 pour 100 de jus pur et tres 
sucre* donneni 15 pour 100 de suae, qui commence a paraitre dans les tiges 
en mfirae temps que les e*pis. 

Ces trois dernieres varie*te*s, le Niazana, Boonvana ou Siana, sont les 
plus avantageuses pour le nord et le centre de la Pe'ninsule, a cause de la 
promptitude de leur croissance et du peu de temps qu'il taut pour avoir 
au moins une re*colte. Toutefois les varie*te*s Sagova, Sagondy, Enga et 
Combana ne sont pas a dedaigner. 

Sagova. 

TJn peu moins sucr£e que les pre*ce*dentes, elle alteint une grande hau- 
teur, elle donne beaucoup de tiges par pied, d'aspect gracieux ; ses pe*don- 
cules sont e*normes, leur poids et leur flexibility donnent aux Cannes une 
forme e*le*gante. Les Cafres appre*cient beaucoup cette variete* et la cultivent 
de pre*te*rence, dil M. VVray. La hauteur des Cannes est presque toujours de 
plus de 2 U1 ,70. 

La fibre cenlrale du pedoncule est ties courte ; les e*pis sont longs, flexibles 
et tres charges do graines, de sorte qu'a maturitc ils tombenten forme de 
panache et donnent aux Cannes la courbela plus gracieuse. J*ai despedon- 
cules qui ont presque 0°\65 de longueur, pesant plus d'une livre, et cou- 
lenant au moius ZjOOO graines bien mures. Ces merveilles proviennent 
des cultures du comte de Vega Grande, de Ginamar, aux grandes Canaries. 

Les cosses soul oblongues, plus longues que larges, sans aucun poil per- 
ceptible a I'oeil nu, presque aussi longues que la graine , qu'ellesne couvreut 



?G mm ii 1 1 i >i i-it; I vi i> tOOtOGlQUl i>\w < i im\i uio.v 

qiiYn panic ol laissonl oVbapper laeilonicnt ; lourooulour varie tin jauno ot 
du rose* an noir purpurin. 

La coulour do la gralno ost rouillo, brim lonoo ; cotio graino, plus longuo 
que larm*. ost bun nourrio ol presqito cylindrique. 

tVuo varii'lo' arrive a malurili ( quulre mols apros sa nalssanco, el repousse 
coniine lesaulies. Ses lip's posonl quelqiielois plus do I livre, donnent t»0 a 
OS pom 100 de jus eonlenaiil I i pom 100 de suere. 

S<i<joii<ii. 

VarUMo* bonne el sueiVe. quand elle est hien culliu'o, donnanl des liges 
de belle venue el de rie.be rendeinenl. 

L'«pl est rigide, tros foiirni, avec des eqiillets drolls, rtetslanls ot Ires 
dins l.es eosses noires, biillanlos. oblonguos, plus tongues que largos, quasi 
suns polls, souvent eouverles d'nn b'gor vernis blane argonio*. soul ge" nora le- 
nient aussl tongues ( |ue les grainos.d'iinoconsislancocoriace; olios coin rent 
entitlement la graino par les deux bouts el a nioilio par les deux ciMos, de 
sortoqu'il est difficile dc detaeber eelle graino, donl la forme est oblonguc, 
d'une eoulour noir brun, ot portant one espeee tie nolo a la poinle. 

Monies conditions do eroissanee et do secondo pousseque les proVi'dentes. 
Ses liges varient onire une et une demi-Hvre, produisant de M i OS pour 100 
de jus, donl la ricltcsse saccbarine est do \k pour 100. 

Zintmmmnti. 

Honno et micivc. mais on pen moins que les pro'ci'denlos, >es t'pis sont 
droits el nmiVus; its renlvrment une grando quantitO do grainos bien nour 
rios ol farinouses : olio met quaire niois a murir el est moins riebe en ma- 
il ere saccbarine que lo //oonr<ma. 

Combana, 

\arieie mi pen Infeiieure au Boonvana, a rOiifiana et au Sagondi: t\\t 
s'tfleve a l",8o ot potiase de nombreux ramcaox. 

La gralne osi noire dans la panic dtfcoiiverte, et blancbe dans cello qne 
recou v re la cosse; elle est rondo ol peso bcaucoup moins que les prtfed- 
deiites. 

\os observations sur les varletes Eblota, Boyoftft, Statyttfftd, /tmla- 
XOtW. BWo:<j, no soul pas encore asset avanceVs pour permetlre une des- 
i ■ription. II en est do memo pour VHotcus tarlare, dont la graino nous est 
pa i venue seulemenl cello annoY. 

Jo ne me dissimule pas que les reilsoignements qui proYedoni soul loin 
dVtre complots, el jo no gar. mis pas qu'ils soient sans ononis: mais 
i'c«.pero en avoir (iii asse/ pour lairo comprondre la grande valour do cos 
plantes 



I'LAYN | s\. (II v U I N !-:S . 77 

CHAPITIlti III. 

Du clitnat ol des c''|>o<|ues convcnables pour la culture. 

Climat. 

On connalt dans hi science; deux sortes de elimuts : le climat 
astronomiqtte et le climat physique. 

Les climats on divisions astronomiquesde la sphere terrestre 
ne sont pas ceux qui decident la question d'acclimalation ou 
de geographic bolanique ; s'il est certain, en elVct, que la lati- 
tude influeheaucoup sur la temperature de chaque pays, a cause 
de la projection plus ou moihs diagonale des rayons solaires 
qui le frappent, on sait aussi que la position geographique, 
Pexposition ou I'elevalion au-dessus du niveau de la iner, la 
nature et la couleur du terrain et heaucoup d'autres circon- 
stances modifient Tinfluence du soleil et constituent le climat 
physique. Les circonstances qui contrihuent en tout pays a 
former le climat physique sont les dix suivantes : 

1° La latitude geographique; 

2° L'etat plus ou moins hygrometrique de l'atmosphere; 

3° La temperature interieure du globe ou la conductibilite 
des roches ; 

h° L'elevation au-dessus du niveau de la mer ; 

5° La pente ou exposition locale ; 

6° La situation des montagnes; 

7° Le voisinage de la mer; 

8* La nature et la couleur de la terre; 

9° La population et le genre de culture ; 

10° Les vents qui regnent pendant l'annee. 

Nous n'entreprendrons pas de trailer toutes ces questions, 
et de decider, a priori, quels sont les points les plus favo- 
rables a la culture de YHolcus saccharinus ; ces questions gene- 
rales, qui ne sont pas a la portee de tous lesagriculteurs, out 
ete elucidees par les illustres ecrivains Gasparin, Jiico y Sino- 
bas, Don Genaro Morquecho y Palma. 

En regie generale, tous les climats ou prosperent la Canne 
a sucre, le Carouhier, le Cotonnier, le Palmier, l'Oranger, I'Oli- 



78 SOCIETY lMPEUIALi; ZOOLOU1QUH d'aCCIJMATATION. 

vier, la Vigne, et surtout le Mais et le Millet, sont favorables 
pour la culture des plantes sucrees dont nous nous occupons, 
avec cette particularity remarquable, ([Lie ces plantes saccha- 
rines produisent deux recoltes annuelles ilans les climats du 
Palmier, du Caroubier, de la Canne a sucre et du Cotonnier; 
tandis que quelques varietes preeoces seulcment viennent a 
maturitc, une seule fois Fan, dans des contrees ou poussent 
la Vigne, l'Olivier et le Mais. 

Le Maisparticulierement est un des meilleurs thermometres 
naturels pour reconnaitre jusqu'a quelle latitude on peut culti- 
ver VHolcus saccharinus. 

VHolcus africain est dans le meme cas. En semant les 
varietes qui ne demandent que trois mois et demi pour murir, 
dans les contrees propres a la Canne a sucre, au Caroubier, 
au Palmier, on obtiendra deux recoltes abondantes; tandis 
que les varietes tardives, celles qui restent en terre cinq mois, 
ne muriront pas la ou le Mais de trois mois prospere, ou les 
Raisins murissent avec peine, ou les Orangers ou Citronniers 
ne sont pas en pleine terre. 

La vegetation spontanee de cbaque localite est le produit re- 
sultant de toutes les influences naturelles combinees qui con- 
stituent \q Q\\mo.t physique An pays. Partant de ce principe, et 
afin de fixer nettement les idees sur ce point capital, fort 
important pour les agriculteurs, je diviserai en trois groupes 
les plantes sucrees dont je m'occupe. 

Premier groupe : Niazana. 

Ce groupe comprend le Niazana, VEltosa et les autres 
varietes qui sedeveloppentet murissent en trois mois, comptes 
depuisle jour de leur naissance jusqu'a celui de lamaturite du 
grain. 

Deuxieme groupe : Boonvana. 

Ce groupe comprend toutes les varietes qui demandent trois 
mois et demi ou quatre mois pour se developper et murir : 
Boonvana, Onsiana, Sagova, Sagondi, Sorgho de Chine et 
autres. 



PLANTKS S.vCCIlAMNKS. 79 

Troisieme groupe : Vimbischuapa. 

Ce groupe comprend toutes les varietes (|iii ont besoin de 
rester en lerre de quatre a cinq mois, Vimbischuapa, Ana- 
mody, Enga, Zinmomana, Combana et autres. 

Je vais donner aux regions ou ces plantes peuvent vivre les 
memesnon^qu'aux groupes eux-memes : c'est-a-dire <jue ces 
trois regions doivent s'appeler Niazana, Boonvana, Vimbis- 
chuapa. Les flores caracteristiques s.ont les suivantes : 

Region du Niazana. 

1° La murissent difficilement ou ne murissent jamais les 
Raisins, les Mais de cinq mois ou cinq mois et demi, et le 
Murier blanc. 

2° Le Chataignier, le Lin, le Noisetier, le Noyer, le Chene et 
le Hetre y croissent avec vigueur. 

3° Le Bouleau, l'Alisier» les Fougeres, les Homarins, com- 
mencenta s'y montrer avec abondance. 

h" Enfin le Chene vert, TArbousier, le Lentisque, le Figuier, 
l'Olivier et TOranger n'y peuvent vivre. 

Region du Boonvana. 

1° La ne viennent pas en pleine terre le Palmier, la Canne a 
sucre, le Cotonnier, l'Aloes pite. 

2° Les Orangerset les Limonicrsy donnent difficilement des 
fruits murs. 

3° Le Froment, le Mais de certaines varietes, le Millet, les 
Vignes, les Oliviers, les Muriers, les Figuiers, les Pechers, les 
Grenadiers, y prosperent. 

4° Le Hetre, le Bouleau, le Lin, l'Alisier, le Noisetier, n'y 
viennent pas. 

Region du Vimbischuapa. 

1° Dans la partie la plus chaude, on voit le Platane d'Ame- 
rique, la Canne a sucre, le Palmier a dattes, le Cotonnier, le 
Caroubier. 



80 SOCIETY IMPEUIALIi 200L0G1QUU d'aCCUMaIWTION. 

2° Dans la partie froide, I'Aloes, le Palmiste, l'Oranger, lc 
Figuier. 

3° On y trouve en abondance le Mais de toute espece, les 
Oranges tres mures, les Limons, les Olives, le Nopal, la 
Vigne. 

Ix° Point de Ch6ne, de Chataignier, de Helre, de Chene vert, 
ni de fruits acides. 

Telles sont les regies simples pour reconnaitre^e climat le 
plus convenable a chaque variete. Passons aux epoques con- 
venables pour semer dans chacune des zones indiquees. 

Epoques de culture. 

Aucune des varietes que nous avons essayees n'a vegete 
sensiblement quand la temperature a ete inferieure a 10 degres 
centigrades. La graine semee a. Madrid, au mois de mars, avec 
la susdite temperature, a mis vingt jours a lever, tandis que, 
semee dans le printemps, elle n'en a mis que sept on huit. 
Les plantes venues cessent de pousser a 10 degres et gelent 
completement a zero. 

Toute vegetation est eteinte quand les feuilles sont geloes. 
Le jus entre en fermentation, devient aigre et entraine la 
pourriture de la Canne; dans ce cas, la plante nepeut servir 
m6me pour fourrage. La chaleur de nos climats, quelque forte 
qu'elle soit, ne nuit a aucune variete, pourvu qu'elles soient 
bien cultivees et suffisamment arrosees; et pour obtenir des 
produits de bonne qualite, il faut que la graine arrive a malu- 
rite parfaite. 

II faut done profiler du printemps, des qu'il ne gele plus, 
pour faireles semences; en prenant soin de mouiller la graine, 
elle levera en quatre jours ; en huit, si elle n'est pas mouillee. 
Chaque jour de juin, de juillet et d'aout en vaut trois de mars 
et de novembre, deux d'avril et d'octobre, un et demi de 
septembre et de mai. 

La duree de la vegetation de chaque groupe varie, comme il 
a ete dit : elle est, de cinq mois pour les uns tandis que pour 
d'autres elle ne depasse pas trois mois. Dans la region que 
nous avons appelee celle du Vimbischuapa, la vegetation peut 



1>LANTES SACCHARINES. 81 

continuer pendant presque tous les mois de I'annee, comnie 
aux Canaries et sur la cdte de la Mediterranee ; aussi ces 
varietes, qui ne demandent que trois ou quatre mois pour venir 
a bien, donnent au moins deux recoltes dans la region dont il 
s'agit. 

L/epoque convenable pour semer commence dans chaque 
localite quand les Vignes, les Grenadiers, Figuiers, Muriers, 
Chene vert, Frenes, Acacias, Peupliers, Noyers et Chalai- 
gniers, commencent a pousser leurs feuilles ; elle finit quand 
tous ces arbres les perdent. Cette regie generale est un ther- 
mometre a la portee de tout le monde, et qui servira aux agri- 
culteurs comme il leur sert deja pour semer le Mais; je 
repete, au surplus, que toutes les varietes de VHolcus ottrent 
les m£mes phenomenes de vegetation que le Mais. 

Je n'entrepas dans de plus longs details, et j'appelle ['at- 
tention sur les paroles suivantes de M. Leonard Wray : 

« L'insucceseprouve, selon quelques relations, par M. Pietro 
» Arduino dans les tentatives qu'il a faites pour introduire a 
y Florence la culture de VHolcus saccharinus, et l'absence de 
» resultat industriel, proviennent uniquement de ce qu'il a 
> employe des varietes qui exigeaient trop de temps pour venir 
» a maturite, et auxquelles ne pouvait suffire I'ete court et 
» variable de Tinterieur de l'Kurope. Je ne saurais assez re- 
» commander a nos lecteurs d'apporter une grande attention 
» dans lechoix des varietes, suivant lacontree qu'ils habitent; 
» de la seul depend la reussiteou l'insucces. » 

CHAPITRE IV. 

Des terres et amendements convenables pour ces plantes. 

Elles prosperent dans des terrains tresdifferents; a ce point 
de vue, elles ressemblent beaucoup a la Canne a sucre : dans 
les terres d'alluvion, dans les sols ricbes, elles prosperent lar- 
gement, si elles trouvent rhumiditenecessaire. 

Les observations de MM. Heuze etle comte de Vega Grande 
concordent sur ce point avec les miennes 5 il en resulte que 
le Sorgbo de Chine , aussi bien que VHolcus africain , de- 

T. VI. — Mars 1859. 6 



82 SOCIETE IMl'KKIALi; /OULOG1QLK UACCLIMaTATION. 

mandent une terre legere. profonde et fertile ; les terrains 
purement argileux, a moins qu'its ne soient fort riches, ne 
valent pas ceux (jui contiennent tlu sable et de la chaux en 
proportion notable, et sont facilement permeables a la pluie, 
al'air eta la cbaleur. 

On doit choisir de preference les terres qui contiennent du 
carbonate de chaux en proportion convenable. On sait quelle 
grande influence !a. chaux exerce sur la vegetation desplantes 
saccharines, elle augmente beaucoup la quantite et la qualite 
du sucre. Les terrains contenant du carbonate de chaux dans 
la proportion de 20 ou BO pour 100 sont excellents pour ces 
planles, tandis que ceux qui contiennent un exces de sub- 
stances salees leur sont contraires ; quant a ceux qui sont 
purement argileux, ils ont pour effet de retarder beaucoup la 
croissance et. la inaturite. 

Les terres amendees avec Tengrais animal ou artificiel, 
e'est-a-dire celles ou abondent l'ammoniaque et le principe sale, 
donnent des tiges magnifiques, mais le jus est mucilagineux et 
nitreux, et tout a fait impropre a la fabrication du sucre. Le 
meme phenomene s'observe sur la Canne a sucre et sur la 
Betterave. 

La composition la plus convenable des terres, resultant de 
mes propres observations, est celle-ci : 

Argiie 50 ^ ii5 

Carbonate de chaux 20 a 25 

Sable 15 a 20 

Mantillo, manteau (terre pre"pare"e d'avance) 

pour couvrir la graine 15 a 9 

Oxyde de fer et de magne'sie 1 

100 

En outre des qualites de la terre, la planle a besoin de 
trouver la fraicheur etThumidite pour faciliter I' absorption du 
jus. Cette humidite est necessaire pour dissoudre les composes 
des engrais. 

Si, au contraire, le sol est desseche par la chaleur ou par 
le vent, il faut arroser, a peine de voir languir la plante et de 
perdre une partie du principe sucre. De la la necessite, dans 



i'LAMKS S.VCCHAIUISES. 83 

les lerres legeres partieulierement, de faire des arrosages par 
infiltration. 

En resume, Writes legeres, fertiles et de beaucoup de fond ; 
abondance de chaleur et de lumiere; bumiditc convenable, 
proportioning au climat et a la nature du sol, telles sont les 
conditions essentielles pour le complet developpement de ces 
precieux vegetaux. 

Amendements. 

J'ai dit que la terre doit tHre naturellement fertile ; rnais 
eette condition n'exclut pas les amendements convenables. Us 
sont dedeux sortes : modifiants et fertilisants. Les modiliants 
se composent de toutes les substances minerales necessaires 
pour ramener le terrain aux conditions que j'ai posees plus 
haut : la chaux, I'oxyde de fer, le sable quand les terres sont 
fortes, l'argile quand elles sont trop legeres. 

Les fertilisants, plus importants encore que les premiers, 
doivent etre employes avec discernement; il ne faut pas em- 
ployer toutes les matieres organiques indistinctement. 

II faut renoncer aux fumiers on matieres con tenant 1' azote 
en abondance; elles ont I'inconvenient de developper les sub- 
stances salees et albumineuses au detriment du sucre. Si Ton 
veut obtenir seulement du fourrage, il importe peu que les 
engrais soient plus ou moins azotes ou ammoniacaux. De toute 
facon, il faut employer un engrais qui se decompose et pro- 
duise des effets en rapport avec la rapidite de croissance de la 
plante. Ceux qui doivent obtenir la preference sont : le sang 
dessecbe, la poudrette bien preparee, le fumier d'ecurie bien 
consomme, et les debris de vegetaux, tels que feuilles, 
berbes, etc. ; il faut exclure le guano, le fumier d'ecurie frais, 
et beaucoup d'autres cbarges d'ammoniaque, dans les cultures 
(|iii ont pour but la production du sucre. 

Pour les semences, il est bon de preparer une couche com- 
poses de feuilles etde paifle tres consommees, etd'y m6ler. un 
tiers de sable fin. Cette preparation, nous la nommerons 
manleau des semences. 

(La fin prochainement.) 



84 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

SUR LE CLIMAT DE MONTPELLIER. 

EXTRAIT D'UNE LETTRE 
ADRESSEE A M. LE PRESIDENT DE LA SOCIETE IMPERIALE D'ACCLIMATATION 

Par IW. Charles MARTINS, 

Professeur d'hisloire naturelle a la Faculte de medecine, 
Directeur du Jardin dcs plantes de Montpellier. 



(Seance du 24 decembre 1858.) 

La Societe d'acclimatation a bien voulu m'admettre au 
nombre de ses membres. Si je n'ai pas sollicite cet honneur 
plus tot, e'est que je n'etais pas en mesure de prendre part 
activement a ses travaux. Je le suis actuellement. S. Exc. le 
Ministre de l'instruction publique consacrera, l'annee pro- 
chaine, une somme de lib 000 francs a la reconstruction de la 
serre elevee par De Candolle, mais qui tombait de vetuste. 
Cette liberalite du Ministre emut l'opinion publique ; l'ancienne 
serre elait mal placee, le Conseil general du departement de 
l'Herault vota une somme de 5000 francs pour contribuer a 
1'acquisition d'un terrain contigu au Jardin, en exprimant le 
vceu qu'il serait destine specialement a l'erection de la serre et 
a la naturalisation de vegetaux interessants pour Tagriculture 
du Languedoc. Le Conseil municipal aclieva l'oeuvre du Conseil 
general, et decida qu'un hectare de terrain serait acquis pour 
remplir ce but. 

Desormais je pourrai done tenter sur une echelle conve- 
nable les essais que la Societe voudra bien m'indiquer. 

Je demanderai surtout a etre compris dans la distribution 
de graines provenant de la Chine, du Japon, de l'Himalaya, 
de la Californie, du haut Mexique et de TAustralie. En elfet, 
sept annees d'observations meteorologiques faites reguliere- 
ment au Jardin des plantes et un assez grand nombre d'essais 



CLIMAX DE MONTPELLIER. 85 

de naturalisation ni'ont appris que le cliinat de Montpellier 
appartient a la classe des climats extremes caracterises par 
des contrastes de temperature du jour et de la nuit, de I'hiver 
et de I'ete ; des pluies torrentielles, des secheresses prolon- 
gees, etc. 

Cette serie meteorologique specialement appliquee al'horti- 
culture se continue, et tous les essais de naturalisation se 
feront dans des conditions meteorologiques exactement de- 
finies, et qui permettront de conclure pour d'autres contrees 
de la France ou de TEurope. 

Aucun essai rationnel et scientifique de naturalisation ne 
saurait etre tente sans le concours de la climatologie. Le 
naturaliste choisit les sujets, mais le meteorologiste etudieet 
determine rigoureusement les circonstances climatologiques 
favorables ou defavorables a leur existence ou a leur propa- 
gation en dehors du paysou ils vivent et se multiplient. 



Montpellier, le 20 d^cembre 1858. 



86 S0C1ETE IMPERIALE ZOOLOG1QUE d'aCCLIMATATION. 

II. EXTRAIT DES PROCES-VERBADX 

DES SEANCES GENERALES DE LA SOClETE. 



SEANCE DU k FEVRIER 1859. 
Presidence de M. Is. Geoffroy Saint-Hit, aire. 

M. le President proclame les noms des membres nouvelle- 
ment admis : 

MM. Arnoux, proprietaire agriculteur, a Alger. 

Ballyet (le baron), ancien intendant militaire, ancien 

mailre des requetes, ancien membre du Conseil de 

l'Algerie, au chateau deLantilly, parCorbigny (Nievre). 
Belcastel (le baron de), premier secretaire d'ambassade, 

a Toulouse (Haute-Garonne). 
BSrard, membre correspondant del' Academie des sciences, 

doyen de la Faculte de medecine de Montpellier. 
Bouge-Kesler, proprietaire, a Paris. 
Brouzet (Alexandre), capitaine defregate, a Paris. 
Chatellus (Ernest de), a Paris. 
Chambray (le comte Raoul de), a Paris. 
Cordier, agriculteur, a la Maison-Carree, pres Alger. 
Cordier (Gustave), proprietaire, a Saint-Quentin (Aisne). 
Danyau (le docteur), membre de T Academie imperiale de 

medecine, a Paris. 
Demarquay (le docteur), chirurg'ien des hopitaux, a Paris. 
Devalois, regent de la Banque de France, a Paris. 
Duclos, proprietaire, a Lieusainl(Seine-et-Marne). 
Ferraton, medecin-major, aFhopital du Dey, a Alger. 
Galignani (Antoine), proprietaire, a Paris. 
Galignani (William), proprietaire, a Paris. 
Guguenheim, banquier, a Alger. 
Lacroix, proprietaire, a Paris. 
Lagneau (le docteur), membre de FAcademie imperiale 

de medecine, a Paris. 



PROCES-VERBAI \ • S7 

MM. Lafkiley (le docteur .Iran), secretaire du Cornice agricole 
It Melun et Fontainebleau, a Coubert (Seine-et-Marne). 

Larriru, chef du cajnnet de la prefecture, a Alger. 

Le Brallr-Antirr (A. 1 ), professeur an college Rollin et a 
Sainte-Harbe, a Paris. 

Lochr (le commandant), directeur du Musee d'histoire 
naturelle, a Alger. 

Maisonnruve aine, proprietaire, a Ambert(Puy-de-Ddme). 

Maisonsril (de), capitaine de f regale, directeur du port 
d'Alger, a Alger. 

Mallarme, intendant de la division a Alger. 

Mallet (.lean-Francois), proprietaire, a Paris. 

Montellano (le due de), a Paris. 

Moustier (le comle de), membre du Conseil general de 
Seine-et-Marne, a Paris. 

Mitiaux, proprietaire et negociant, a Paris. 

Pepin, directeur des cultures au Museum d'histoire natu- 
relle, membre des Societes imperiales et centrales 
d'agriculture et d'horticulture, a Paris. 

Rayner (le docteur), a Paris. 

Rostan, j)rol'esseur a la Faculte de medecine, membre 
de I'Academie imperiale de medecine, a Paris. 

Sarlande, maire d'Alger, a Alger. 

Senez, ingenieur en chef des mines, a Villefranche de 
Rouergue (Aveyron). 

Terray de Morel- Vjnde (le vicomte), a Paris. 

— M. le President informe que, en reponse a une lettre 
adressee par M. Diouyn de Lhuys a S. Emin. Mgr le cardinal 
Antonelli, le prelat a aunonce que le Saint-Pere daigne per- 
mettre que son nom venere soil inscrit en tete de la liste des 
augustes protecteurs de noire Societe. 

— Conformement a lordre du jour special de cette seance, 
I'assemhlee est appelee a voter sur la nomination de deux 
membres honoraires proposes par le Conseil et la Commission 
des recompenses. L'un est le reverend pere Annibale Fantoni, 
de Rielle (Piemont) , missionnaire apostolique au Chan-tong 



88 S0CI15TE 1MPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

(Chine), et Vciutre est le commandant Maury, de la marine 
des Etats-Unis, surintendant de l'observatoire national a 
Washington. Les titres du premier sont exposes par M. le 
President, et ceux du second par M. Davelouis, qui, au nom de 
la Commission des recompenses, donne lecture d'un Rapport 
(voy. pour les details, p. lxxvj). Les nominations sont faites 
a l'unanimite par deux votes successifs. 

— Conformement encore a l'ordre du jour, l'assemblee , 
par ses votes , admet au nombre de ses Societes agregees : 
1° l'lnstitut agricole Catalan de San-Isidro a Barcelone 
(Espagne) ; 2° la Societe d'agriculture de Louhans (Saone-et- 
Loire) ; 3° la Societe nantaise d'horticulture. 

— Des lettres de remerciments pour leur admission sont 
adressees par MM. Ed. de Glatigny, de Murga et Pepin. 

— En reponse a une lettre par laquelle la Societe avait 
annonce a M. le Prefet de la Seine la cloture de la souscrip- 
tion pour la fondation du Jardin zoologique d'acclimatation, 
etlui avait demande d'etre mise en possession du terrain que 
la ville a concede au bois de Boulogne, ce haut fonctionnaire 
informe que nulle formalite nouvelle n'est necessaire pour l'en- 
tree en jouissance du terrain. 

— M. Willemot met a la disposition de la Societe : 1° une 
certaine quantite de plants de Pyrethre du Caucase {Pyre- 
thrum elongatum, Fisch.), provenant de ses semis de graines 
recoltees en France, afin que racclimatation de cette plante 
utile puisse etre etudiee ; 2° de la graine de cette meme plante 
provenant d'individus acclimates depuis trois ans. 

— M. Sacc adresse une Nole sur la culture de VOranger du 
Japon (Citrus japonica) et sur Tusage qui pourrait etre fait des 
fruits de cet arbrisseau, jusqu'alors inutile dans notre pays. 
Suivant lui, aTexemple desChinois, on devraitlesfaireconfire. 
En donnant de l'extension a la culture de cet Oranger dans le 
midi de la France et en Algerie, on n'aurait plus a aller cher- 
cher au loin un article d'importation, qui n'est pas sans valeur. 

— M. Anselme Petetin fait connaitre les resultats remar- 
quables qu'il a obtenus dans la culture des cerealespar suite 
de l'influence des changements de semences, qui determinent 



i>h(k;ks-vkhbaux. 8v) 

line ties grande augmentation des produits. Ainsi, dans flsere, 
des semis de Seigle provenant de cultures d'Algerie qui sont 
elles-memes le produit de graines importees de France, ont 
donne pres de 12 pourun, c'est-a-dire plus du double de ce 
qu'on oblient d'ordinaire avec le Seigle recolte sur notre sol. 

— M. Guerin-Meneville lit une Note sur les races de Vers a 
soie du Murierque l'oneleveen Syrie. 

— Lem6me membre annonce qu'il sera fort difficile, d'ici a 
un certain temps, de faire droit auxdemandes deja assez nom- 
breuses de graine du Ver a soie qui vit sur l'Ailante glandu- 
leux, et dont on lui doit l'introduction en France. II sera pru- 
dent, dit-il, en raison de la petite quantite de cocons obtenus 
jusqu'a ce jour, de concentrer les educations a faire cette 
ann^e, entre un petit nombre de personnes, qui serontbien en 
mesure de donner tous les soins necessaires a cette espece, 
afin que, plus tard, il soit possible dela repandrelargement. 

— M. Jules Verreaux ayant fait don a la Societe d'un certain 
nombre d'ceufs d'un Verasoiedel'Himalaya, M. Guerin-Mene- 
ville a recueilli ceux en petit nombre qui n'etaient point eclos 
pendant le voyage, et il en a confie le soin a M. Vallee, se re- 
servant, s'il y a lieu, de surveiller activement Teducation des 
larves et de rechercher dans les serres du Museum les vege- 
tauxdel'Indedont le feuillagepourraitservira leur nourriture. 

— M. Poitevin adresse des details sur quelques produits de 
la Californie qu'il y a etudies pendant un sejour de sept annees, 
et en particulier sur un Ver a soie qui vit sur le Chene. 

— M. 0. Tuyssusian, membre armenien de notre Societe, 
qui vient de parcourir pendant deux ans les contrees serici- 
coles de l'Orienl, tant pour y repandreles notions de sericicul- 
ture qu'il a puisees en France, que pour recueillir dans ces 
contrees de la graine saine, annonce qu'il en possede une cer- 
taine quantite de qualite excellente et sur la provenance de 
laquelle on peut avoir, dit-il, la plus grande confiance, car la 
galtine n'a pas encore paru dans les localites ou a eu lieu 
1'education qui l'a fournie. II peut en ceder au prix de 15 francs 
les 31 grammes (once de Paris) a ceux de nos confreres qui 
en desireraient avant la fin du mois de fevrier. 



90 SOCIETY IMPERIALS ZOOLOGlQtJE d'aCCLIMATATION. 

— M. le President place sous les yeux de 1'assemblee quelques 
chenilles du Bombyx du Ricin arrivees a tout leur developpe- 
ment. Elles proviennent d'une education d'hiver composee de 
500 chenilles nees du l er au 20 decembre, et el evees a la Mena- 
gerie des reptiles du Museum d'histoirenaturelleparM. Vallee. 
II les a exclusivement nourries avec des feuilles de Chardon 
a foulon rcgulierement envoyees de Gisors , trois fois par 
semaine, par les soins obligeants de madame Ant. Passy, a 
qui les remerciinents de la Societe seront transmis. Ces resul- 
tats prouvent done la possibility d'une substitution complete 
de regime sans inconvenient pour cette race, et par conse- 
quent il en resulte l'assurance que les educations peuvent 
n'etre pas arretees pendant l'hiver. 

— M. Millet presente des produitsdes huitrieres de MM. Bois- 
siere et Douillard, meinbres de la Societe, et Lalesque, tous les 
trois proprietaires dans la Gironde. II entre dans quelques 
details sur les procedes employes par ces messieurs pour 
favoriser dans leur etablissement la reproduction et le deve- 
loppement des Huitres. 

— M. de Quatrefages annonce que M. le marechal Vaillant 
donne a la Societe une figure peinte a Fhuile de l'une des 
jeunes Autruches nees a la Pepiniere centrale du Gouverne- 
ment a Hamma pres Alger; figure presentee tout recemment 
a l'Academie des sciences par M. le Ministre, a qui la Societe 
fera parvenir ses remerciments. 

— M. le docteur Rufz, membre de la Commission nommee 
pour determiner les conditions du prix a decerner a celui qui 
aura introduit et acclimate aux Antilles un animal non nuisible 
aux cultures et destructeur du Serpent venimeux dit Fer-de- 
lance, ecrit une lettre dans laquelle ildeveloppe des conside- 
rations sur la necessite pressante de provoquer des tentatives 
ayant pour but la realisation de ce programme. 

— M. Gustave-Henri Chabaud, agent consulaire de France 
a Port-Elisabeth (cap de Bonne-Esperance), annonce I'inten- 
tion ou il estdefaire parvenir a la Societe deux Gazelles, dites 
dans le pays Spring-bok, et deux Pacbydermes du groupe des 
Sangliers. II se met, en meme temps, a la disposition de la 



PROCKS-VERBAUX. 9i 

Societe pourlui procurer d'autres animaux du Cap. Desremer- 
ciments lui seront trausmis pour ce present et pour ses olTres 
de service. 

— M. Jolivot, secretaire de la Societe centrale d'agriculture 
des Basses-Alpes, adresse de Digne un rapport detaille stir les 
Yaks. Ces animaux, conlies d'abord au Cornice agricole de 
Barcelonnette, sont maintenant remis parM. I)ard,sous-prefet 
de cet arrondissement, aux soins de la Societe centrale. 

— M. Albert Geoffroy Saint-Hilaire donne lecture d'un 
Rapport sur l'etat actuel des Chevres d'Angora et des Yaks 
rassembles sur les hauteurs du Cantal. et qu'il a tout recem- 
ment visites (voy. ci-dessus, p. 49). 

— M. Henri d'Escamps, laureatde Tlnslitutetancien admi- 
nistrateur de la marine, offre a la Societe un exemplaire d'un 
ouvrage publie par lui sous le tiire (Y Histoire de Madagascar, 
et dans lequel il a trftite avec une attention particuliere des 
questions d'Histoire naturelle. On fera parvenir des remer- 
ctments a notre confrere. 

— M. Ramon de la Sagra continue la lecture de son me- 
moire sur lile de Cuba. Le chapitre qu'il communique contient 
I'enumeratiou des animaux et des plantes utiles de ce pays. 

— M. Jules Cloquet, presente de la part de notre confrere 
M. Eug. Cavenlou, un Memoire sur un arbre de la Guyane 
(Carapa touloucouna, le m6me que le Carapa senegalensis), 
appartenant a la famille des Meliacees, et dont 1'ecorce con- 
tient un principe ainer febrifuge. Ce travail, qui est une suite 
des recherches de ce chimisle sur les ecorces reputees comme 
pouvant servir de succedanees au Quinquina, est renvoye a 
Texamen de la Commission medicale. 



92 SOCIETY IMPERIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. 

SEANCE DU 18 FEVRIER 1859. 
Presidence de M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire. 

M. le President proclame les noms des membres nouvelle- 
ment admis : 

MM. Agnely (le docteur), a Aiger. 

Alcochete (le vicomle d'), Conseiller de la Legation por- 

tugaise, a Paris. 
Barny, Conseiller a la Cour imperiale, a Alger. 
Belleroche (de), proprietaire, a El-Biar, pres Alger. 
Belmont (de), eapilaine d'artillerie, a Alger. 
Boissonnet (le baron de), lieutenant-colonel d'artillerie, 

vice-president du Conseil general de la province d' Alger, 

a Alger. I 

Bonneau du Martray, a Paris. 
Bouillod, proprietaire, a Chalon-sur-Saone (Saone-et- 

Loire). 
Bouilloux, proprietaire, a Chalon-sur-Saone (Saone-et- 

Loire). 
Bresson, ingenieur-mecanicien, a Alger. 
Brimont (Gaston de), a Paris. 
Caffe (le docteur), a Paris. 
Chasseriau, architecte, a Alger, 
Glaudon (le docteur Ch.-A.), directeur du credit departe- 

menlal, a Clermont (Oise). 
Delacroix, recteur deTAcademie, a Alger. 
Demontzey, garde general, aOrleansville, provinced'Alger. 
Dequevauviller (le docteur), a Paris. 
Dufeu, sous-inspecteur des forels, a Alger. 
Duquesne (le baron Melchior), a Paris. 
Escamps (Henri d'), laureat del'Institut, ancien adminis- 

trateur de la marine, a Paris. 
Eyroux, officier d'administration, a Alger. 
Franclieu (le comte de), a El-Biar, pres Alger. 
Pranclieu (Henri de), a Alger. 



PROCES-VFRBYUX. 93 

MM. Fourrier, propriotaire, defenseur, a Blidah (province 
d'Alger). 
Gonneald (Pierre), pharmacien, a Chalon-sur-Saone 

(Sadne-et-Loire). 
Guastalla, banquier, a Paris. 
Herelle (Felix), a Paris. 
Herpin (ledocteur), a Paris. 
Hill (le vicomte), pair d'Angleterre, a Hawkstone Salop 

(Angleterre). 
Imberdis, President dechambreala Cour imperiale, a Alger. 
Joly de Lotbiniere (Gustave), a Quebec (bas Canada). 
Lamote-Barace (le comte de), au chateau de Coudray, 

pres Chinon (Indre-et-Loire), et a Paris. 
Leonard, medecin en chef de la division, a Alger. 
Lestiboudois, Conseiller d'Etat, membre correspondant 

de l'Academie des sciences, a Paris. 
Maisons, proprietaire, a la Maison-Carree, pres Alger. 
Marchesseaux, directeur del'usine agaz, a Alger. 
Marcotte, pharmacien, a Paris. 
Marion, President du Tribunal civil, a Alger. 
Marmier (Jules), colonel d'etat-major, maire de Mont- 
morency (Seine-et-Oise). 
Negrin, cbirurgien en chef de l'h6pital civil, a Alger. 
Noel (Etienne-Leon), proprietaire, a Paris. 
Orihuela (A. -A.), vice-consul de 1'Uruguay, a Paris. 
Oudry, directeur proprietaire de l'usine electro-metal lur- 

giqued'Auteuil, a Auteuil. 
Pailloux (le docteur), maire de Saint-Ambreuil (Sadne- 
et-Loire) et a Paris. 
Percheron, receveur general, a Rhodez (Aveyron). 
Ravan, consul du Portugal et du Bresil, a Alger. 
Rietschel, medecin principal de Tarmee, a Alger. 
Roussel (le docteur), a Paris. 
Royer, sous-inspecteur des forets, a Alger. 
Rozier, proprietaire, defenseur, aAlger* 
Rumigny (le marquis M.-H. de), ancien ambassadeur de 
France, a Paris. 



( .>/l SOCIETE IMl>EltlAI,K ZOOLOGIUUE d'aGGLIMATATIoIN. 

MM. Seguin (Paul), ingenieur, Paris. 

Sery (de), ingenieur en chef des ponts et chaussees, a 

Alger. 
Vaitrun, proprietaire, a Alger. 
Viglier , inspecteur general honoraire de TUniversite , 

a Paris. 
Villaiis, proprietaire agriculteur, a Paris. 
Vitallis, proprietaire, membre du Conseil general de 

Saone-et-Loire, a Macon (Saonc-et-Loire) et a Paris. 

— M. le President annonce que M. Drouyn de Lhuys a recu 
de S. Exc. M. Fould, ministre d'Etat et de la maison de 
I'Empereur, membre de la Societe, une lettre Vinformant (|ue 
SaMajeste, voulant encourager nos travaux, a daigne ordonner 
que son nom serait porte pour qualre-vingts actions sur la liste 
des souscripteurs de la Societe du Jardin zoologique d'accli- 
matation. 

— M. le President communique ensuitedeux lettres succes- 
sives de M. Drouyn de Lhuys, lui apprenant, Tune que S. M. 
le roi de Baviere, et Tautre que S. A. le Due regnant de 
Saxe-Weimar, ont daigne permettre que leurs noms fussent 
inscrits sur la liste des augustes protecteurs de notre Societe. 
La nouvelle de ces nouveaux temoignages de distinction a 
ete transmise a notre honorable vic«-president par M. le 
baron de Wendland, ministre de Baviere a Paris , et par 
M. le vicomte des Meloizes, ministre de France a Weimar 
et membre de la Societe. 

— MM. Audibertfreres, Bonvalot,Jaillet, etMM. le comtede 
Causans, le baron de Lage, Andre Leroy et Barbey, tous quatre 
membres de la Societe, ecrivent pour remercier des recom- 
penses qui viennent de leur etre decernees. Ce dernier met a 
la disposition de la Societe, pour le transport des Dromadaires 
d' Alger a Rio de Janeiro, des navires qui sont en ce moment 
a Marseille. 

— Des remerciments pour leur recente admission sont 
adresses par MM. Laffiley, le comte A. de Moustiers, de 
Orihuela et par M. Herisse, qui fait parvenir un memoire sur 



IMiOCKS-Vl.liliM X. 95 

la propagation en liberie des aniniawx utiles. Ce travail surtout 
r»)afc»f a la Pintaile, au I'aon et au Faisan, et dont la derniere 
pa it ic icuI'itux* des eonsiderations sur un projet de loi ayant 
pour but d'assurer cette propagation, est renvoye a 1'examen 
de la 2" Section. 

— Dans une lettre adressee d' Alger, M. Richard (du Cantal) 
s'exprhne ainsi a Toccasion des felicitations qui lui avaient ete 
transmises pour l'impulsion qu'il vknt de donner a notre 
ceuvre par la creation et l'organisation du Comite d'Alger : 
« Si j'ai etc nsscz liemeiix pour concourir au but que la Societe 
se propose dans I'interet du bien public, je naifait que suivre 
Texemple de devouement qu'elle donne a lous ses membres. 
Je saisirai toujours avecempressement toute occasion de prou- 
ver par des actes, que je n'ai pas oublie les marques d'estime 
et de syinpathie dont mes confreres n'ont jamais cesse de 
mhonorer. » 

— Notre confrere M. le comte de Galbert, administrateur 
du canal de Suez, au moment de son depart pour TEgypte, se 
met a la disposition de la Societe, a laquelle il adresse ses 
offres de service. 

— M. Fred. Jacquemart, au nom de la Commission de 
comptabilite, dont il fait partie avec MM. E. Dupin et Passy, 
lit un Rapport sur I'etat des recettes et des depenses de la 
Societe pendant Tannee 1857. Sur les conclusions de ce 
Rapport, l'assemblee approuve les comptes de M. le Tresorier, 
a qui elle vote a Tunanimite des remerciments, ainsi qu'a la 
Commission de comptabilite. (Voy. ce Rapport, p. xc.) 

— M. le marquis Seguier fait hommage a la Societe d'e- 
chantillons de dix varietes de Pommes de terre, dont huit pro- 
viennent du Jardin hotanique de Berlin ; les deux autres sont 
celles qui portent en France les noms de Bec-d'aigle et de 
Cornice d' Amiens. Ces varietes sont remarquables, dit notre 
(•(mlrere, par I'abondance de leur rendement et par leurs 
bonnes qualites comestibles. 

— M. Giot, membre de la Societe, oft're desproduits de ses 
cultures de Mais. 

— M. de Lentilhac, directeur de la ferme-ecole de la 



96 SOCIETE IMPEK1ALE Z0OL0GIQUE d'aCCLIMATATION. 

Dordogne, fait don a la Societe d'une collection de glands de 
Chines de l'Amerique du Nord et de graines de Virgilia lutea, 
de diflerentes plantes legumineuses du mc>me pays, ainsi que 
de Sorgho sucre de la Chine. Cette graminee est cultivee depuis 
plusieurs annees avec succes en Pensylvanie, dit notre con- 
frere, qui offre de fournir des notes sur certains arhres precieux 
des Etat-Unis, dont racclimatation serait facile, a ce qu'il 
pense, dans la Sologne etdans les landes de Gascogne. 

— M. Marcadieu offre a la Societe un sachet de graines 
de Thequ'il a recueillies lui-meme et rapportees des Indes. 
Des remerciments seront adresses a M. Marcadieu. 

— Notre confrere M. Baborier, de ia maison Jacquemet- 
Bonnefond pere etfils, de Lyon, expedie le catalogue des vege- 
taux de pleine terre que cette maison possede, et un ttapport 
sur ses cultures parM. I'abbe Berlese. Cetenvoi est accompagne 
d'une proposition d'echanges, qui est renvoyee a la Commis- 
sion de distribution des vegetaux. 

— La culture de l'Igname de Cuba pouvant offrir de l'inte- 
ret a la Societe, Tunde ses membres, M.David, ancienministre 
plenipotentiaire a Venezuela, offre de procurer des reponses 
tres precises aux questions qui pourraient lui &tre posees rela- 
tivement a cette culture. — Renvoi a la 5 e Section. 

— Le meme renvoi a lieu pour une Note de M. V. Chatel, 
relative a ses cultures de l'Igname, qui, dans les terres argi- 
leuses et a sous-sol schisteux, n'a pas pris la forme en massue. 
Les rhizomes, apres avoir traverse la couche de terre meuble, 
se sont aplatis et ont m6me parfois penetre dans le sous-sol. 
Des differents engrais qu'il a essayes, c'est le melange de 
guano et de sel, qui lui a donne les meilleurs resultats. Cette 
Note contient differents autres details touchant ses essais sur 
cette dioscoree. 

A cette occasion, M. Anselme Petetin insiste sur l'impor- 
tance d'obtenir des tubercules courts, pour que ce precieux 
vegetal, dont racclimatation est maintenant assuree parmi 
nous, puisse entrer definitivement dans la grande culture. 

M.le President fait observer que la Societe le comprend si 
bien ainsi, qu'elle a propose un prix extraordinaire a decerner 



PftOCiS-VEQBADS. 97 

on 1862, pour la creation tie nouvelles varietes d'Ignames tie 
la Chine superieuros a celles (ju'on possede doja, et notam- 
nientplus faciles acultiver. (Voy. plus haut, p. in.) 

— M. le President renvoie, en outre, a la meme Section une 
serie de reponses faites par M. Brierre, de Riez en Vendee, 
au Questionnaire redige par M. V. Chatel, imprime et distri- 
bute par ses soins, et portant pour litre : Projet d'enquete sur 
la culture de I'lyname de Chine. 

— Enfin, M. V. Chatel presente des observations relatives 
a une sorte d'ergot developpe sur les graines du Sorgho. 

— M..le comte de Fontenay fait un Rapport sommaire 
sur les recherches auxquelles, tPapres lademandede la Societe, 
il s'est livre pendant un voyage en Orient qu'il a entrepris 
avec le soin d'accomplir une mission lilteraire que lui avait 
confiee S. Exc. le Ministre de Instruction publique. Notre 
confrere insiste particulierement sur l'Olivier de Crimee, dont 
il n'apu constater la presence dans leslieux qu'il a visites aux 
environs de Sebastopol. 

— M. Drouyn de Lhuys signale a Tattention de la Societe 
un Rapport insere au Proces-verbal imprime des concours du 
Cornice agricole des arrondissements de Melun et de Fontaine- 
bleau en 1858. Ce Rapport, du a M. E. Dumesnil, rend compte 
des succes obtenus dans la pisciculture par M. Pelit-Huguenin, 
proprietaire a Nemours. II a etabli des appareils semblables 
a ceux qui fonctionnent au college de France, et y a fait 
eclore en assez grand nombre des ceufs de Salmonoides re^us 
de retablissement de Huningue, pour peupler des cours d'eau 
ou jamais auparavant ces poissons n'avaient vecu. 

— Une liste d'oiseauxdemandesetofferts par notre confrere 
M. Harle a ete renvoyee par M. le President a la 2 e Section, 
qui a dresse une liste ties propositions d'echanges parvenues 
dans ces derniers temps. Elle sera soumise a l'examen du 
Conseil. (Voy. cette liste plus loin, p. 112.) 

— M. de la Begassiere, conservateur des forets des Vosges, 
adresse un Rapport de M. Galmiche, inspecteur des forets a 
Remiremont , sur ses essais de domestication du Coq de 
bruyere. — Renvoi a la 2 e Section. 

T. VI. — Mars 1859. 7 



AS SOClfcTE IMPEIUAMJ ZOOLOGIQUB d'aCCLIMATATION. 

— M. Louis deClercq annonce qifon ecrit de Sidney (Aus- 
tralie), a la date du mois dedecembre dernier, que la rnaison 
de Montefiore, Graham et C ie de cette ville, vient d'y importer 
un troupeau de 300 tetes de Lamas, d'Alpacas etde Vigognes. 
Ce troupeau a ete rassemble au Perou avec le plus grand soin, 
pendant six annees, par >1. Ledger {Bulletin, t.V, p. 177). On 
fonde, ajoute notre confrere, de grandes esperances sur ce 
troupeau, qui trouvera dans les montagnes entre Sidnev et 
Moreton-Bay un climat fort analogue a celui des Cordilleres. 

— Un memoire sur les Rhunas-Lamas et congeneres de la 
chaine des Andes de l'Amerique du Sud estadresse par M.Eug. 
Roehn, qui fait parvenir une proposition relative au transport 
en France, a effectuer par lui, de Lamas et d'Alpacas. 

M. le President informe qu'une autre proposition ayant le 
meme objet et emanant de M. Russeil (de Bordeaux) lui est par- 
venue. Elles sont Tune et l'autre renvoyees a une Commission 
ehargee de presenter le plus promptement possible un Rapport 
au Conseil. 

— M. Ferdinand Denis fait hommage a la Societ'e d'une paire 
de gants tisses en poil de Paco Vicuna ou Alpa-Vigogne. 

. En presentant ces gants, M. le President rappelle que la 
Societe possede deja, grace au don de notre confrere M. le 
docteur Weddell, de la laine de cette admirable race obtenue 
par M. l'abbe Cabrera, cure de Macuzani au Perou, I'un des 
premiers membres houoraires de la Societe. L'Alpa-Vigogne 
est le produit de 1' Alpaca blanc et de la Vigogne. 

— II est donne lecture par M. le docteur Vavasseur, a la 
demandedeM. le President, d'un extrait des Notes d'un voyage 
dans les montagnes de I' Elbow z et le Mazenderan entrepris 
par notre confrere M. de Saint-Quentin, secretaire de la lega- 
tion de France a Teheran, en compagnie de lord Kerr et de 
M. Thompson, tous deux secretaires de la mission de S. M. 
Brilannique en Perse. 

— M. Balech de Lagarde fait parvenir deux articles etendus 
sur les travaux de notre Societe, qu'il a inseres dans les 
numeros du 30 Janvier et du 6 feyrier derniers r du journal 
le Courrier francais. 



I'ltot.i :-\i:u i;\UX. H 

— On procede a I'election dti Bureau el du tiers du Conseil. 

Les bulletins de vote sont remis a une Commission choisie 

dans le sein du Conseil; pour operer le depouillement imme- 

diat du scnilin. 

Le nomine des votanls etait de 3ZiO. (Outre les billets de vote 
deposes dans I'urne par les membres presents, beaurowp «le 
bulletins avaienl elr envoyes sous pli caebete et contre-signe 
ou dans des lettres adressces soit a M. le President, soit a 
M. le Secretaire general.) 

Vaici comment les votes out ete repartis : 

1° Pour la Presidence : M. Isidore Geoffroy Saint- 
Hilaire, 338; M.de Quatrefages, 1. 

2° Pour les rjuatre Vice-Presidences : MM. Drouyn de 
Lhuys, 339; Ant. Passy, 339; Ricbard (du Canlal), 339; le 
prince Marc de Beauvau, 33A. 

3° Pour les fonctions de Secretaire general : M. le comte 
d'Epremesnil, 337; M. l)areste,l. 

k a Pour les fonctions de Secretaires : MM. E. Dupin, 337; 
le comte de Sinety, 337; Aug. Dumeril, 336; Guerin-Mene- 
ville, 336. 

5° Pour le Conseil : MM. le baron Seguier, 337; Huffier, 335 ; 
J. Cloquet, 334 j de Quatrefages, 384. En outre, d'autres 
membres ont obtenu un moindre nombre de voix. 

En consequence, sont elus pour Tannee 1869. 

President : M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire \ 

Vice-Presidents : MM. le prince Marc de Beauvau, Drouyn 
• de Lbuys, Passy et Ricbard (du Cantal) : 

Secretaire general: M. le comte d'Epremesnil; 

Secretaires : MM. Guerin-Meneville, pourle Conseil ; Aug. 
Dumeril, pour les seances; E. Dupin, pour Tinterieur; et le 
comte de Sinety, pour Texlerieur ; 

• Membres du Conseil : MM. J. Cloquet, de Quatrefages 
Ruffier et le baron Seguier. 

. 



100 S0C1ETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

SEANCE DU U MARS 1859. 
Presidence de M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire, 

M. le President proclame les noms des membres nouvelle- 
ment admis : 
MM. Baraillon (J.-B.), proprietaire, a Chambon (Creuse). 

Bassery (Jules), ancien agent de change, a Paris. 

Bonnin, entrepreneur des eaux de Paris, Bordeaux, 
Lyon, etc., a Paris. 

Bouloumie, ancien magistrat, proprietaire des eaux mine- 
rales de Vittet, a Vittet (Vosges). 

Braconnot, a Paris. 

Charert-Moreau, defenseur a la Cour imperiale d'Alger, 
adjoint au maire, a Alger. 

Chevaindier, membre correspondant de l'Academie des 
sciences, administrateur des chemins defer de FEst, a 
Cirey (Meurlhe). 

Courcy (le comte de), membre du Conseil general de 
Seine-et-Marne, president de la Societe d'agriculture 
de Bozoy et du Cornice agricole de Coulommiers, a Paris. 

Durourg (A.), membre du Conseil general de Seine-et- 
Marne, a Paris. 

Delaville Le Roulx (Laurent), proprietaire, a la Gueri- 
tande, pres Tours, et a Paris. 

Delesvaux (Camille), proprietaire agriculteur, a Vendat 
par Escurolles (Allier). 

Durois (le baron), doyen de la Faculte de medecine, a Paris. 

Dutfoy (Paul-Edouard), chef de culture a la ferme des 
Bergeries de Senart, par Montgeron (Seine-et-Oise). 

Ernemont (d'j, membre du Conseil general de la Seine- 
Inferieure, a Paris. 

Fourchy (Paul), a Paris. 

Fremunger (le docteur), a Paris. 

Gallien, manufacturier, proprietaire, a Puteaux (Seine). 

Ganneval (Auguste), a Paris. 

Garnier (le docteur Marcel), proprietaire, aux Sables 
d'Olonne (Vendee). 



PROCES-VERBAl \. 101 

MM.Gavarret (le docteur), membre de l'Academie imperiale de 
medecine, professeur a la Faculte de medecine, a Paris. 
Gillkt de Grandmont (Ernest), avocat, a Paris. 
Goulhot m Saint- Germain, senateur, membre du Conseil 

general de la Manche, a Paris. 
Gouttes (de), chef de bureau au ministeredes finances, a 

Paris. 
Grisolle (ledocteur), membre del'Academie imperiale de 

medecine, professeur a la Faculte de medecine, a Paris. 
Gubler (le docteur), medecin des h6pitaux, professeur 

agrege a la Faculte de medecine, a Paris. 
GuiLLEMARD,procureurgeneralalaCourimperialed'Alger. 
Huillier, notaire, a Paris. 
La Boulie (de), sous-prefet, a Medeah (Algerie). 
Lairtullier, notaire honoraire, a Paris. 
Laugier (le docteur), membre de l'Academie imperiale de 

medecine, professeur a la Faculte de medecine, a Paris. 
Liniers (le general de) , commandant la subdivision de 

Medeah (Algerie). 
Loffler (Charles), a Berlin (Prusse). 
Marconnet (le docteur), a Paris. 
Marengo (le colonel), maire, a Douera (Algerie). 
Mniszech (le comle Georges de), a Paris. 
Moreno de Mora (Jean), attache a rambassade d'Espagne, 

a Paris. 
Perrot d'Esiivareilles, inspecteur general des lignes 

telegraphiques en retraite, a Paris. 
Portalis, sericiculteur et filateur de soies, a Beyrouth 

(Syrie). 
Poujade (Eugene), consul general, a Paris. 
Rapet, inspecteur de 1'instruction primaire, a Paris. 
Ricord (ledocteur Phiiippe), membre del'Academie impe- 
riale de medecine, et chirurgien des hopitaux, a Paris. 
Sauzey, conseiller honoraire a la Cour imperiale de Lyon, 

a Lyon. 
Serres (Jules), proprietaire, a Auvenay, par Meursault 

(Cote-d'Or), et a Paris. 



102 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

MM. Tandeau de Mvrsac, a Brignac , par Saint-Leonard 

(Haute- Vienne). 
Tardy de Montravel (Louis-Marie-Franqois), capitaine 

devaisseau, gouverneur de la Guyane franchise, a Paris. 
Willermoz, directeur de l'Ecole pratique d'horticulture 

du Rhone, a Ecully (Rhone). 

— Des lettres de remereiments pour leur admission sont 
adressees par MM. Claudun, Edan, inspecteur pour la France 
des douanes chinoises a Chang-bai, le comte de Lamotte- 
Barace, Paul.Seguin et Villars. 

— MM. J. Cloijuet, le haron Seguier et le comte de Sinety, 
remercient de leur recente nomination comme membres du 
Conseil et comme secretaire pour Tetranger. 

— MM, Barthe de Sainte-Fare, H. de Colonjon, F. Comba, 
Jacques Deschamps, V. Griseri, Aime Laurence et Nouel- 
^ecomte, font parvenir lexpression de leur reconnaissance 
pour les recompenses qui leur ont ete decernees dans notre 
seance solennelle du mois dernier. 

— Unedemande d'affiliation emanantde la Societe centrale 
d'agriculture des Basses-Alpes, qui compte ajouter a son titre 
celui de Societe d'acclimatation, est renvoyee a l'examen du 
Conseil. 

. — Des ofl'res de service pour le Bresil et pour I'Egypte sont 
adressees par notre confrere M. Rodrigo de la Mare Koeler, et 
par M. Miani qui va entreprendre, a ses frais, une expedition 
aux originesdu Nil. Les remereiments de la Societe leur seront 
transmis, et M. Miani est invite a vouloir bien se servir, comme 
guide dans ses recherches en faveur de la Societe, des Instruc- 
tions recemment redigees par TAcademie des sciences pour 
une expedition semblable qui n'a pas eu lieu, et dont M. Clo- 
quet, en saqualite de membre de la Commission nommee par 
rinstitut, depose un exemplaire sur le bureau. 

Des remereiments seront egalement adresses aM. Maurand, 
qui met a notre disposition, pour des experiences d'accliinata- 
tion, des proprietes qu'il possede dans les departements du 
Rhone, de l'Ain et de TAriege. 



I'KOCKS-YKHIS.U \. 103 

De ce dernier dcpartement, M. le President a re<ju une" 
lettre de noire confrere M. Leo d'Ounous, qui informe que, 
dans Icscin des Soeielcs liippi(|ues et d'agrieulture de Saver- 
dun el dcs villes voisines, i! sera possible de creer un Somite 
d'acclimatalion. Cette letlre estrenvoyeea rexamen du Conseil, 
qui aura egalement. a examiner une proposition relative a la 
delegation d'un inemhre de la Societe au Concours regional de 
Foix, fixe au mois de mai. 

M. d'Ounous donne des details sur les consequences facheuses 
des secheresses extremes de l'ete passe, lesquelles ont fail 
perir un assez grand nombre darbres etrangers depuis long- 
temps acclimates dans cette con tree ou I'Ailante glanduleux 
croit en abondanee, et ou, par consequent, les educations du 
nouveau Ver a soie pourront etre poursuivies sur une grande 
ecbelle. Notre confrere, enfin, annonce 1'intention d'oft'rir a la 
Societe des graines d'arbres et d'arbustes du midi tres propres 
a etre cultives dansle centre de la France, ainsi que des (vufs 
de l'Oiede I'Ariege, vulgairement nommee Oie de Toulouse. 

— Diverses demandes de vegetaux sont renvoyees a la Com- 
mission de distribution. 

— Notre confrere M. Chagot fait bommage a la Societe d'un 
certain nombre de graines du Senegal, en annon^ant qu'un 
envoi s^mblable vient d'etre fait par ses soins a Alger, a notre 
confrere M. Hardy. Ces graines seront remises a la Commis- 
sion de distribution. 

— A l'occasion d'un passage du proces-verbal de la seance 
du 7 Janvier dernier, ou il est dit que M. le professeur Hetel, 
tout en rendant justice aux travaux de M. le docteur Sicard 
sur l'ex traction et I'emploi des malieres colorantes foui nies par 
le Sorgbo, a fait observer que dans un memoire dale de 
decembre 1855 et inseredans la Revue coloniale de 1856, il a 
mentionne les proprietes tinctoriales des graines de cette 
plante avant que M. Sicard eut encore rien publie sur les re- 
sultats de ses recheiclies, ce dernier rappelle que le 13 de- 
ceinbre 1854, il a depose sur le bureau de la Societe d'liorti- 
culture de Marseille la sorghotine et un autre principe colo- 
rant de meme origine. decouvert par lui. En mars 1855, cette 



4 04 SOCIETE IMPERlALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

Societe lui a decerne une medaille de vermeil pour ces produits 
et pour des echantillons d'etoffes teintes avec ces substances; des 
pieces semblables onl figure a l'Exposition universelle de 1855. 

— De beaux echantillons d'Ignames de Chine et de Pommes 
de terre deSainte-Marthe sont places sous lesyeux deFassem- 
blee par nos confreres MM. le baron de Kirgener et Hipp. 
Geoffroy-Chateau, juge a Bernay. A l'occasion de ces Pommes 
de lerre, dont Tun des specimens, qui n'a pas ete choisi parmi 
les plus beaux, pese 69 grammes, et a n, ,055 de diametre, 
M. le President fait observer que Ton s'est peut-etre trop 
bate de juger defavorablement cette espece. 

M. Louis Vilmorin pense, d'apres certaines observations qui 
lui sont propres, qu'il y a eu probablement plusieurs varietes 
dans l'envoi, et que les differences dans les resultats obtenus 
pourraient 6tre dues a cette diversite m6me. 

M. le President, sur la demande de M. Drouyn de Lhuys, 
dit quenotre honorable vice-president tient ace qu'il soit bien 
etabli devanl l'assemblee, puisque de bonnes nouvelles sont 
donnees sur la culture de la Pomme de terre americaine, qu'il 
n'a pas ete seul a sollicker l'expedition en Europe de cette 
plante, et que le premier appel a ce sujet nous a ete adresse 
par notre confrere M. d'lvernois. 

M. Bourgeois rappelle alors ses anciennes tentatives relati- 
vement a l'acclimatation sur noire sol de la Pomme de terre 
des Cordilleres, qu'il ne lui a pas ete possible de conserver. 

— M. Brierre, de Riez (Vendee), fait parvenir un dessin a 
Thuile, qui est place sous les yeux de Tassemblee. II represente v 
de grandeur naturelle, a quaire mois , des racines de deux 
especesde Haricots a tubercules deSiam, dont la culture reussit 
bien entre ses mains. II joint a cette peinture un Rapport sur 
d'autres vegetaux etrangers. Des remerciments seront trans- 
mis a notre confrere. 

— M. A. Dupuis, membre de la Societe, depose sur le bureau le 
numero du journal la Patrie en date du 22 fevrier, dans lequel 
il ainsereuncompte rendu detaillede notre seance solennelle. 

11 presente, en meme temps, de la part de M. H.-E. Bene, 
eleve de l'ecole de Grignon, une Note relative a la substance 



IMtOCKS-YKiUtAL'X. 105 

oonnue sous le nom tie teckrouri, et qui n'est autre chose que 
le produit oblcnu par lehaehage extremement fin de la graine 
tlu Chanvre tlit Cannabis indica. Cette substance, dont il com- 
munique un echantillon, et qui peut etre fumee sous cette 
forme, est la base de la preparation connue sous la denomina- 
tion de hachisch. — Renvoi a la Commission medicale. 

— M. le President renvoie a la Commission industrielle un 
echantillon de fils fournis par l'Ananas et d'autres plantes do 
la iamille ties Bromeliees. Ces fils sont transmis par M. de Bel- 
laigue, consul de France a la Chaux-de-Fond ; il adresse en 
meme temps une Note redigee par une dame qui, apres s'etre 
longtemps occupee aux Antilles ties moyens d'obtenir les fils 
dont il s'agit, est arrivee a trouver un procede permettant de 
tirer de ces plantes un produit vraiment industriel. 

— M. Giot, qui avait fait parvenir, deja l'annee derniere 
(t. V, p. 559), et recemment, des echantillons de Mais des 
Indes provenant de ses cultures de Chevry (Seine-et-Marne), 
adresse aujourd'hui une Note a ce sujet, dans laquelle il insiste 
sur l'importance de cette plante et sur celle du Sorgho qu'il 
cultive aussi, relativement a la production de Valcool. A un 
certain moment de l'annee, la distillerie qu'il a etablie dans son 
exploitation, qui couvre 365 hectares, chomerait, si, apres les 
travaux de distillation executes d'abord avec la Betterave, 
puis avec le Topinambour, il n'avait la possibilit.e d'obtenir du 
Mais et du Sorgho alors arrives a leur maturite l'alcool qu'ils 
peuvent foumir. Neanmoins une lacune reste encore force- 
ment dnns l'atelier de distillerie depuis la fin de juillet jusqu'a 
la fin d'aout, et notre confrere appelle Tattention de la Societe 
sur l'interet quil y aurait a inlroduire dans nos cultures une 
plante riche en alcool propre a etre travaillee pendant cette 
periode. 

La comparaison que M. Giot a faite des produits du Sorgho 
et du Mais des Indes le porte a considerer ce dernier comine 
sni)erieur taut sous le rapport de la quantite de sucre, et par- 
suite d'alcool, qu'il peut tlonner, que parce que ses tiges, dit-il, 
sont pret'erees par les bestiaux. 

— M. Laure, agronome a Toulon, ofi're a la Societe des 



4 06 SOCIETE lMPEKlALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

graines d'un arbre de I'lnde (Sapindus emarginata) qui sup- 
porte les gelees des haules montagnes de la partie nieridionale 
du continent indien, et dont les fruits fournissent une sorte 
de savon. M. Laure pense que cet arbre peut reussir dans le 
Midi, et il a entrepris des essais avec une portion des graines 
qu'il a revues. II adresse, en outre, une Note lithographiee 
dont l'examen est renvoye a la 5 e Section, et qui contient la 
description d'un procede de culture permettant d'obtenir des 
tubercules d'Ignames arrondis et ramasses, par suite d'obstacles 
qu'on oppose a leur developpement en longueur. Cette Note 
renferme des details sur des tentatives de culture du Tayo ou 
Taro, aroidee a tubercules feculents de Samana (Haiti), dont 
quelques-uns des tubercules rapportes parM. Salles, capitaine- 
armateur, ont ete remis a M. Laure. (Voy. Bulletin, t. IV, 
p. 241, 589.) 

— M. Vilmorin presente un Rapport sur les resultats que 
lui a fournis la culture des diverses plantes cbinoises rap- 
portees par Mgr Perny. II entre dans quelques details sur ses 
essais de fabrication, avec les Pois oleagineux, du fromage 
cbinois nomme teo-fou. 

M. le baron Seguier fournit des renseignements complemen- 
taires sur cette fabrication. 

— M. Brot, delegue de la Societe a Milan, donne des nou- 
yelles fort satisfaisantes de la culture de l'lgname en Lom- 
bardie, ou son acclimatation reussit tres bien. La lettre de 
notre confrere informe du bon accneil qui a ete fait en Lorn- 
bardie au projet de voyage en Cbinede MM. les comtesFrescbi 
et Castellani pour y recueillir de la graine de Vers a soie, et 
de rempressement avec lequel on a pris part a la souscripiion 
ouverte en vue de Texecution de ce voyage dont on espere de 
tres beureux resultats relativement a 1'industrie sericicole. 

— Differentes demandes de graines de Vers a soie du Ricin 
sont renvoyees a la 4* Section. Une deces demandes emanant 
du Gouvernement portugais a ete transmise par S. Exc. M. le 
baron dePaiva, envoye extraordinaire et ministre plenipoten- 
tiaire de S. M. le Roi de Portugal et membre de la Societe. 

Parmi les personnes qui desirent de la graine de Vers a 



I'RocKs-vrcnBAUX. 107 

soie, se trouve noire confrere M. le professeur Hetet. II annonce 
a M. J. Cloquet, par qiii la demande est transmise, que, scion 
I'ohsci •valiun de If". Philippe, inembre de la Society, les Dalles 
inurisscnl liifii «a Toulon, et donnent de bonnes graines, si Ton 
a soin de laisser les fruits deu* ans sur larbre, com me on le 
fera a Lamalgue, dans la piopriete de M. Cloquet. 

— Noire confrere, M. Perrottet,dans le butde venir en aide 
a la serieiculture europcenne si gravement atteinle par suite 
de Fetal de maladie de nos Vers, voudrait pouvoir faire par- 
venir en France de la graine des races indiennes, qui vivent 
egalementsur leMurier, ct qui sont parfaitement saines. Pour 
que ces envois pussent eire faits, il serait indispensable que la 
graine fut soumise a une refrigeration qui retardat l'eclosion 
jusquau trente-cinquieme jour, duree actuelle du voyage de 
Pondichery en France ; car dans l'lnde, cette eclosion a lieu 
au bout de huit, dix, douze ou quinze jours, selon la tempera- 
ture. La lettre est renvoyee a I'examen de la Commission de 
serieiculture. (Voy. t. V, p. 565.) 

— M. le docteur L. Soubeiran, en sa qualite de secretaire 
de la h e Section, adresse le Proces-verbal de la seance tenue 
par cette Section, le 22 fevrier. 

On y remarque une discussion sur les conditions climatolo- 
giques de la Chine comparees a celles de la France relativement 
a I'alimentation des Vers a soie du Chene, et sur la distinction 
specifique des especes dont le feuillage sert a la nourriture 
de ces Vers. De celte discussion, il resulte : 1° que le Ver 
dont il s'agit est sounds dans le Kouy-tcheou, ainsi que dans 
la Mandchourie, et sans renversement de saisons, a des tem- 
peratures semblables a celles de la France, sinon m6me plus 
froides : 2° <jue non-seulement les quelques Vers eclos jusqiuci 
out pu elre nourris d'une facjon satisfaisante avec les feuilles 
de deux de nos Chenes (Quercus pedunculata et alba), mais ipie 
les Chenes de Chine, dont on a apporte des glands, se deve* 
loppent bien dansnotre pays. Sur l'observation deM.A. Dupuis, 
la Section decide t|ue, en raison de la complexite des ques- 
tions que souleve I'acclimatation des insectes producteurs de 
soie, elle s'adjoindra, quand elle le jugera convenable, des 



108 SOCIETE 1MPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

membres de la 5 e Section, afin de composer une Commission 
mixte. 

— M. Bashford, de Surdah (Bengale), adresse.une Notice 
imprimee, qui contientla suite de ses experiences sur les croi- 
sements des Vers a soie indiens avec les meilleures races fran- 
chises et italiennes, mais sans alterer la rapide succession 
des phases du developpementdes Vers de l'lnde. 

— M. Guerin-Meneville depose sur le bureau un Memoire 
extrait de sa Revue de zoologie, ayant pour titre : Melanges 
de sericicultufe, et dans lequel il s'occupe de l'introduction 
du Ver a soie du Vernis du Japon, de l'education du Ver a 
soie ordinaire a Cayenne el de l'epidemie des Vers a soie. 

— La Societe recoil un numero du journal de Louhans 
(Saone-et-Loire), du 20 fevrier, dans lequel se trouve un 
Rapport favorable sur la pisciculture. 

— M. Millet place sous les yeux de l'assemblee Une serie 
d'echantillons vivants d'ceufs fecondes et de jeunes poissons, 
savoir : de Saumon, de Truite saumonee et d'Ombre-Cheva- 
lier. Ces ceufs ont ete fecondes, les uns artiliciellement, les 
autres naturellement, sur desfrayeres etabliesparlessoins de 
M. Millet dans des viviers et reservoirs parfaitement clos et 
alimentes par des eaux de source. Les frayeres ont ete fre- 
quences, cette annee, pour la seconde fois, par les especes 
introduites dans ces eaux a l'etat d'alevin provenant de fecon- 
dations artificielles. 

— M.J. Cloquet lit une Note relative a la reproduction du 
Saumon au milieu des eauxde 1'etangde Saint-Cucufa presde 
Saint-Ouen, dans les domaines de TEmpereur, ou, depuis plu- 
sieurs annees, M. le professeur Coste execute sous les yeux de 
Sa Majeste des experiences sur une vaste echelle. Le fait domi- 
nant de cette note est la constatation de la reproduction abon- 
dante du Saumon a l'etat de domesticite, dans des bassins clos 
etsans que les individus sequestres des leur naissance. ages 
maintenantdevingt-deuxmois, pesanten moyennel'20 grammes 
et longs de m ,25 a m ,30, aient jamais pu eft'ecluer leur mi- 
gration a la mer. 

— M. Davelouiscommunifjue unelettre adressee de Khadra 



I'HOCKS-VKIUIAUX. 109 

(cercle lie Geryville, Algerie) par M. A. Joyeux., lieutenant, 
commandant les puisatiers du Sud, charges de rechercher les 
eaux dans cette partita de notre colonic Dl« la lettre dont il 
s'agit, il semble resulter que 3VI. Joyeux aurait domestique une 
uiande espece d'Outarde. — Renvoi a la future Commission 
des recompenses a decerner en 1860. 

— M. Altliammer, president de notre Societe affiliee d'aceli- 
matation a Roveredo (Tyrol meridional), transmet des details 
sur la domestication de la Perdrix bartavelle. 

— Une demande de graines et de Vers a soie etrangers est 
adressee par la Societe d'agriculture du duche de Nassau sie- 
geant a Wiesbaden et agregee a la ndtre. Cette Societe de- 
mande en m6me temps des renseignements sur les Chevres du 
Mont-d'Or. — Renvoi a la l re Section. 

— M. Milliot, charge de la direction de notre troupeau de 
Souliard (Cantal), annonce que dix Chevres d'Angora ont re- 
cemment mis bas chacune un Chevreau ou une Chevrette, et 
que la maladie designee sous le nom de pietin a disparu. 

— Notre confrere M. le docteur Lepreslre (de Caen) fait 
connattreque, au nombre des animaux dont il vient d'enrichir 
son jardin zoologique, se trouve un Lama femelle. 

— M. de Capanema, notre delegue a Rio-de- Janeiro, informe 
que le coupon de dr.ap velours fabrique par M. Davin avec le 
poil de Chameau d'Asie et d'Afrique a ete presente a Tempereur 
du Bresil et fort admire. 

— M. Vauvert de Mean fait parvenir de Glasgow la traduc- 
tion d'un article publie par un journal de Sidney {Australian 
and J\ew Zeland Gazette), et dans lequel sont consignes des 
details sur Theureuse arrivee en Australie du troupeau de 
Lamas et Alpacas rassemble dans l'Amerique du Sud par 
M. Ch. Ledger, qui, apres six annees de sejour penible sur le 
continent americain, voitenfin ses efforts couronnes de succes. 

— Notre confrere M. 0. Reveil adresse une Note renfermant 
quelquesrenseignementssurlatentatived'acclimatationduDro* 
madairedans lesLandes, faiteen 1836parM. Laurence, depute 
de ce departement ; tentative quia echouepardescirconstances 
particulieres, et d'ou ne resulte aucune preuve que ces ani- 



110 SOCIETE IMI'EIUALE ZO0L0G1OUK p'ACCLIMATATJON. 

maux ne puissent y 6tre transports avec succes et y rendre 
les services quVm est en droit d'en attendre sur un sol si ana- 
logue a celui du desert. — Renvoi a la 1" Section. 

— M. Sacc informe que MM. Ziegler et Juci de Guebwiller 
pouvant tiler bien et avantageusement nos lainesd'Angora indi- 
genes, il luiseinble necessaire, pourqu'on arrive aobtenirdes 
resultats convenables, qu'on remette aces tilateurs 100 kilo- 
grammes de laine. En consequence, il sollicite Tintervention 
de la Societe afin qu'elle demande les toisons de FAlgerie. 
Une lettre a, en effet, ete immediatement ecrite dans ce sens 
a S. A. I. le prince Napoleon. 

— M. Guerin-Meneville depose sur le bureau, de la partde 
M. le docteur Berg, chirurgien de la marine imperiale, aide- 
major de l'escadron de spabis au Senegal, un travail qui a pour 
titre : Etude sur une tribu de Ruminants a comes creases 
tres commune au Senegal. — Renvoi a la l re Section. 

— M. L. Figuier, membre dela Societe, lui fait hommage du 
livre qu'il publie sous le titre de : Annee scientifique. 

— M. Drouyn de Lbuys transmet un numero du Journal de 
Loir-et-C her , en date du '11 fevrier, dans lequel est contenu 
un extrait du discours prononce par M.. le President dansnotre 
derniere seance solennelle. 

Le Secretaire des seances, 
Aug. Dumeril. 






- 



KAITS DIVERS. Ill 

III. FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. 



I'rojet d'importation en France d'un troupeau a" Alpacas et de Viaognes. 

Le Conseil d'administration vient de prendre une decision importante : il a 
accept* 4 les propositions qui lui avaient H6 adressees par M. Eugene Rueha, 
voyagcur fran<-ais depuis longtcmps Itahli en Amcriqtie, et qui sunt relatives a 
rintrodnrlion en France d'un troupp.iu d'Alpaeas el de plusieurs Vigognes. 

La Socilte* recevra communication, dans sa prochainc stance, des bases 
adoptees pour cette operation importante, a laquelle pourront s'associer, en 
leur nom privc\ ceux de MM. les Mcmbres de la SocieHe" qui de\sireraieut rece- 
voir pour eui-nieiQea, soil des Alpacas ou des Vigognes, suit des Lamas. 

S. M. l'Empercur a domic un nouvcau tdmoignage de son interet pour la 
Societc et pour ses travaux, en demandant que trois Alpacas cl trois Vigognes, 
destines aux domaines impe>iaux, fusscnt compris dans les demandes de la 
Socie*te\ 

UtiliU de f introduction de plantes remarquables par la beaute 
de leurs fleurs. 

La Chambre de commerce de Lyon, afin de mettre a la ported du plus grand 
nombre un nouvel element d'instruction, a recemment vote - la creation daui 
eette ville d'un Muse'r. d'arl el d' Industrie. Cette decision, des longtemps projet^e, 
a < ; te prise a la suite de la lecture d'un Happort quo notre confrere M. Natalia 
Rondot, deMegue de la Chambre, lui a prlsente au mois de septembre dernier. 
Le Rapport dont il s'agit servira de programme prcliminairea ('organisation du 
Muse>, qui est institue" dans le but d'e"veiller et d'entretenir cbez le public le 
sentiment du beau, de lui montrer et de lui faire aimer dans I'art la grace et 
la distinction. 

Parmi les moyens d'arrivera ce rdsultat si desirable que M. N. Rondot e"nu- 
mere dans son Rapport, ilea est un sur lequel il semble convenable d'appeler 
I'attention de la Snnetc, car il se rattache, jusqu'a un certain point, a I'objet 
de uos travaux. Nousvonlons parler de I'introduction de plantes remarquables 
par I'ciiat et par la beauts de leurs fleurs. 

Or, voici ce que dit le rapporteur sur le rdle que les plantes peuvent etre 
appetees a jouer dans Paccomplisscment des oeuvres d'art : 

n Une salle, dons le Musee, serait destinee aux fleurs. Elles sont les clement > 
« essentiels de tout ornement, les modeles les plus heureux dont I'art se soit 
» inspire, et offrent des diversity inflnies de formes, de port etde couleur. Le 
» bienfait serait grand, de rlunir des dessins fldeles et des photographies del 
w plautes et des fleurs les plus belles, tant de I'Australie que de I'Amerique, 
a de I'lnde que de la Chine et du Japon. La seule famillc des Orchide'es ne pre"- 
» sente-t-elle pas un type d'ornement d'une beaute singuliere? 

» Toute I'ornementatiou egyptienne, dont on connalt la grandeur, I'cleganca 
» et la richesse, se rapportc a trois types, a trois plautes, au lotus, au palmier 
» et au papyrus. L'ornement de la Grece et de Rome repose sur I'acanthe et 
» deux ou trois feuillages, et celui du xm e siecle a pour type une feuille a trois 
» ou cinq lobes. N'y a-t-il que ces types dans la nature, et a ceux-la seuls I'art 
» est-il ossentiellement Ii6? Non certes ; le nombre est grand parmi les cent 
» mille especes de plantes r^pandues dans le monde, de celles qui ont la beaute 
» de la forme ou de la couleur, et dont un art savant et iugenieux peut tirer 
u de nouveaux sujets d'ornement. L'homme exerce" a bien voir trouvera des 



112 S0C1ETE IMPEUIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

» ressources inattendues et precieuses d'orncmentation daus Ics attitudes et les 
» enlacements naturels des plantes, dans Ics charmants et harmonieux effets 
» que pr^sentent le rapprochement et l'accord de tant de vie et de couleurs. » 
Les belles fleurs que la Soci^te" iutroduira dans son jardin du bois de Bou- 
logne ; les fleurs nouvelles dont on lui devra la decouverte et l'accclimatatioi), 
n'auront done pas le seul merite de l'agr^ment. Elles presenteront une veritable 
utility, comme le fait observer M. N. Rondot dans une lettre qui accompagne 
l'envoi de son Rapport. Elles fourniront, en elTet, de nouveaux sujets d'orne- 
ment, et par cela mfime, la SocieHe\ qui se pr^occupe vivemeut de tous les genres 
d'utilite" des productions de la nature, pourra rendre a Tart et a 1'industrie un 
veritable service en encourageant la recherche des fleurs les plus belles. 



BULLETIN DES ECHANGES 

PROPOSES PAR LES MEMBRES DE LA SOCIETE IS1PERIALE D'ACCLIMATATION. 



MM. 

Le baron d'AvESNE, 
a Paris. 

A. Bouvenot, 

a Jevigney , par 

Combeau-Fontaine 

(Haute-Saone). 

Deschamps , 
a Paris. 

Hari.e, 

a Aizecourt-le-Haut, 

pres Peronne. 



Lecointe, 
a Paris. 

E. Roger, 
a Paris. 



DEMANDES. 



OFFRE8. 



Reveil, 
a Paris. 



ffiufs de Canard mandarin. 
— de la Caroline. 



ffiufs de Colin houi. 



Poules de Bulgarie. 

— de Varna. 

— de Malacca. 

— de Cochincliine. 

— moucheteesdenoiretdore. 



Femelles de Faisan dore. 



Perruches ondulees. 

Colins 

Sarcelles de Chine. 

Faisan dore. 



Poules de Cochinchine perdrix. 

— jaune. 

— blanche 
Brahma-pootra. 

Colombes a tete bleue. 
ffiufs de Colins. 

ffiufs d'Oie d'Egypte. 

— de Magellan. 

— a pattes et bee roses. 

— de Cravanl. 

— Bernache. 

— du Canada. 

Faisan argCHte. 

— dore, male. 

Poule cochinchinoise perdrix. 

— — jaune. 

- — — blanche. 

— Brahma-poolra. 



Le Secretaire du Conseil, 

GUEBIN-MliNEVILLE 






ALPACAS ET VIGOGNES. 113 



I. TRAVAUX DES MEMBRES DE LA S0CltfTE\ 



PROJET ^INTRODUCTION 

D'CN 

TROUPEAU DALPACAS ET DE VIGOGNES. 
RAPPORT 

PRESENTS DANS LA SEANCE DU 1" AVRIL 1859 

Par M. i icdnir JACQVKHART, 

A l NOM d'cne commission speciale (1). 



Messieurs, 

M. le President vous a souvent entretenus de l'inter6t qu'il 
y aurait a acclimater en Europe et a repandre dans le monde 
les Lamas, les Alpacas et les Vigognes, animaux precieux, au- 
jourd'hui renfermes dansl'Amerique du Sud, et gardes par des 
gouvernements jaloux, qui cependant n'en tirent qu'un bien 
faible parti. M. le President vous a dit aussi quels avaient ete, 
a diverses epoques, les projets con^us, les tentatives faites 
pour se procurer ces animaux, et les circonstances qui avaient, 
ou suspendu l'execution de ces projets, ou compromis le suc- 
ces de ces tentatives. 

Neanmoins la question restaitentiere etconservait toute son 
importance. Notre Societe etait apeinefondee depuis quelques 
semaines, que votre Conseil preparait deja les moyens defaire 
venir en Europe un troupeau de Lamas, d'Alpacas et de 
Vigognes. Notre caisseetant vide alors, le Conseil faisait appel 
a nos confreres de bonne volonte; et ceux-ci repondaient par 

(l) Cette Commission se composait de : MM. Richard (du Canlal), president, 
le marquis Amelot, Daresie, Davin, Delon, Drouyn de Lhuys, le comte 
d'fipre'mesnil, A. Geoffroy Saint-Hilaire, Gervais (de Caen), le baron de Pon- 
talba, le marquis Sdguicr, le marquis de Selve, le comte de Sinety, le baron 
de Tocqueville, Vavasseur, Weddell, et Fre"de*ric Jacquemart, rapporteur. 
T. VI. — Avril 1859. 8 



11k SOClliTE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

unedemandedequarante-sixanimaux qui devaient etreachetes 
et transporter a leurs risques et perils. Ces demandes furent 
transmises a un ingenieur francos qui reprenait, dans les Cor- 
dilleres, 1' exploitation d'anciennes mines d'argent, et que ses 
affaires appelaient souvent a Lima. En meme temps, grace au 
eoncoursefficacedenotre confrere si devoueM.DrouyndeLhuys, 
alors ministre des affaires etrangeres, nous obtenions du gou- 
vernement peruvien Valorisation de faire sortir du Perou un 
certain nombre de ces animaux dont l' exportation est prohi- 
bee. Ce projet, longuement muri, allait recevoir son execution, 
lorsque notre malheureux compatriote, atteint de la fievre 
jaune, qui pour la premiere fois apparaissait au Perou, mou- 
rut apres avoir langui pendant plusieurs mois. Cette tentative, 
ou plut6t cette etude n'a cependant pas ete inutile; elle nous 
a fait connaitre toutes les difficultes que presentent le choix et 
l'achat d'un troupeau au Perou, son expedition en France, 
sa nourriture et sa conservation pendant la traversee. Ces diffi- 
cultes, tres grandes et multiples, peuvent bien ne pas decouT 
rager celui qui demande un petit nombre d'animaux et n'a de 
comptes a rendre qu'a lui-meme ; mais elles sont capables 
d'arreter le zele d'un Conseil qui se trouverait dans la necesr 
site d' engager dans une operation si chanceuse des sommes 
importantes appartenant a une Societe dont il doit surveiller les 
interets. La question fut done encore necessairementajournee. 
La situation prospere de vos finances avait decide votre 
Conseil a Tetudier de nouveau, lorsque M, Eugene Roehn, 
yoyageur naturaliste frangais, vint lui proposer sa cooperation, 
mettre a sa disposition sa grande experience, et lui olfrir 
d'amener en France pour la Societe, a des conditions qui se- 
raient debattues, un troupeau de cent UHes. Vous connaissez 
deja, messieurs, le nom et les travauxde M. Roehn-, vous vous 
rappelez que, dans votre seance publiquedu 17 fevrier dernier, 
vous lui avez decerne une medaille de premiere classe, pour 
avoir, en deux fois, avec des peines infinies, fait sortir de 
FAmeriquedu Sud plus dedeux cents Lamas et Alpacas qui onl 
ete diriges sur New- York, Cuba et l'Australie 
. Le Conseil a ete d'avis que les propositions de M lloelin 



ALPACAS ET VIGOGNES. H5 

devaiont etre etudiees; uiais, frappe tout a la fois de I'impor- 
lance de la somme a engager et de la grandeur du but le 
Conseil a ponse qu'on devait s'ell'orcer d'alteindre ce but, et 
n 1 engager serieusement les finances de la Societe qu'a pnrlir 
du moment ou les animaux, etant arrives en France, auraient 
ete acccptes par la Societe. En consequence, il nomma une 
commission qui dut se mettre en rapport avec M. Hoebn, 
et trailer avec lui sur ces bases. 

Cette Commission, penetree de la double pensee du Conseil, 
et comprenant que, lorsqiron a l'bonneur de trailer au noin 
de la Societe, on doit etre sagernent econome de ses deniers, et 
nc poser que des conditions ties netles el ties precises, afin 
qu'on ne puisse jamais soupc,onner sa loyaute, cette Commis- 
sion aborda resolument toules les diificulles. Apres les avoir 
successivement aplanies, elle presentait a M. Uoebn un projet 
de traite redige dans cet esprit. En i'acceptant, M. Hoehn a 
prouve, a noire sens du moins, qu'il appreciait les devoirs 
imposes a la Commission ; que sa bonne foi etait entiere, et 
que son premier mobile etait le desir forme depuis longtemps 
par lui d'elre Tinlroducteur en Fiance de ces precieux animaux. 
Vous pourrez, messieurs, prendre communication, au siege de 
la Societe, de cet acte qui vous interesse non-seulement parce 
qu'il engage une partie de vos finances, et parce qu'il est la 
constatation d'un des actes les plus importants de la Societe ; 
mais m6me parce qiril y est expressement convenu que tous 
les membres de la Societe ou toutes autres personnes qui vou- 
draient se procurer des Lamas, des Alpacas et des Vigognes, 
pourraient, par l'intermediaire de la Societe, les faire venir 
aux memes clauses et conditions que la Societe imperiale 
zoologique elle-meme. 

Limite dans ses ressources, votre Conseil a du. se restreindre 
dans le cboix des especes, atin d'avoir de cbacune d'elles un 
nombre sui'tisanl de sujels pour faire des experiences deck 
sives. II a prel'ere les Alpacas de pur sang et les Vigognes aux 
Lamas et autres races, parce que les premiers sont superieurs 
aux seconds par la beaute si remarquable de leurs magnitiques 
loisons, et presentent sous les autres rapports presque les memes 



116 SOCIETE IMPERIALE Z00L0G1QIE d'aCCLIMATATION. 

avantages. Le Conseil a done demande tant pour la Societe 
imperiale d'Acclimatation que pour le Jardin du bois de Bou- 
logne, vingt Alpacas de pur sang, au prix de 200 piastres 
(1050 fr. environ) par tete (1), et dix Vigognes, au prix de 
300 piastres (1575 fr. environ) par tete, dont le prix est 
payable seulement quand les animaux, amenes bien portants 
en France, auront ete acceptes et rectus par la Societe, confor- 
mement aux conditions stipulees dans le traite. 

La Societe a recu de l'Empereur la mission de faire venir 
pour Sa Majeste un petit troupeau d 1 Alpacas et un autre de 
Vigognes. La Societe zoologique d'acclimatation des Alpes et 
M. le baron de Rothschild se sont egalement fait inscrire pour 
un certain nombre de ces animaux. 

EXTRAITS DES PRINCIPAUX ARTICLES DU TRAITE. 

Le delai accorde" a M. Roehn pour amener les animaux en France est fixe 
a un an ou dix-huit mois au plus, a dater du 18 mars. 

Les animaux seront ages de trois a quatre ans au plus, d'une belle con- 
formation, propres a la reproduction et au moins de la taille moyenne de 
leur espece. 

Tons les animaux devront Gtre marques sur la joue droite, de la marque 
au feu de la Soci6te\ 

11 est expresse"ment convenu que la Socie'te' a le droit de n'accepter que 
les animaux qui satisferont a toutes les condilions £mises au traite", et que si 
aucun de ceux qu'amenera M. Roehn n'^tait dans les conditions exigees, la 
Societe" pourrait n'en recevoir aucun. 

Los demandes adressdes a la Socidle par des associations ou par des par- 
ticuliers seront transmises par elle a M. Roehn, qui s'engage a les ex^culer 
aux mgmes clauses et conditions que celles stipules au traite. 

Pour ces demandes, comme pour la reception des animaux qui en resulte- 
ront, la Societe" sera seule en rapport avec M. Roehn ; elle setile se chargera 
de la repartition. 

(1) Le prix des Lamas sera le memo que celui des Alpacas. Les personnes qui desireraient 
profiter de l'intervention de la Societe pour se procurer des Lamas, des Alpacas ou des Vigognes 
peuvents'adresser pour tous les renseignements a l'Agcnt general de la Societe, rue de Lille, 19. 






PEHDRIX BARTAVELLE. 117 

NOTE 
SUR DES PERDRIX RARTAVELLES 

( Perdix saxatilis) 
ELEVEES EN DOMEST1CITE. 

Par M. \l I II \ 'I Ml !t 

Membre-fondaleur de la Soci&e d'acclimatation du Tyrol. 



(Seance du 4 mars 1859.) 

La Perdrix bartavelle est abondante dans certaines parties 
du Tyrol meridional, etdepuis cinq ansj'enpossededesindividus 
qui vivent en pleine liberie dans mamaison. Elle se multiplie 
tresbien, m£me dans une petite chambre. Les soins a donner 
aux nouveau-nes sontdeja tres bienindiques par M. Allary (1), 
et je n'ai rien a y ajouter. Les adultes sont peu delicats, et 
mangenlde tout. Les troispaires que j'aien ce moment se pro- 
minent dans la maison; maisle lieu de leur predilection est la 
. cuisine, ou, je le repete, les oiseaux mangent tout en veritables 
omnivores, m6me la viande cuite ou crue. Leur apprivoise- 
ment en domesticite estelonnant et remarquable. S'il le plai- 
sait a la Societe, je pourrais lui en envoyer un couple, ou 
m6me quelques couples en septembre prochain, lorsque les 
jeunes seront deja developpes etpourront subir le voyage sans 
crainte de soufl'rances. Ce sont des oiseaux Ires rustiques, 
robustes; l'esclavage jusqu'ici n'a pas eu d'influence sur leur 
temperament. JPai envoye, cesjours-ci, un male etdeuxfemelles 
a M. (Ettel, a Gcerlitz, qui veut en essayer racclimatation 
dans son pays. Je viens de lire dans le Bulletin de la Societe 
imperiale quelle desire des ceufs du Tetras auerhan et 
birkban {grand et petit Coq de bruyere)\ je m'empresserai 
d'en procurer un petit nombre, car ces deux especes ne sont 
pas abondantes dans le Tyrol meridional surlout le T. uro- 
gallm. II me serait bien agreable, de recevoir quelques instruc- 
tions pour I'envoi de ces ceufs et les soins prealables a y 
apporter. 

(I) Voyez Bulletin, t. I, 1856, p. 62. 



118 society impekiALe zoologique u'acclimatation. 

APPLICATION 

DE NOUVELLES METHODES DE PISCICULTURE 

A LA PRODUCTION DE LA TRUITE 

DANS LE DEPARTEMENT DE LA HAUTE-LOIRE, 
Par M. le conite Maxime de < M SAYS. 



(Seance du 10 decembre 1858.) 

La peche de la Truite dans le departement de la Haute - 
Loire donne lieudepuislongtemps a un commerce d'exporta- 
tion considerable. La qualite superieure que la chair de ce 
poisson acquiert dans les eaux vives et rapides des montagnes 
du Valay Ta fait rechercher par les gourmets a Lyon, a Saint- 
Etienne et dans les departements voisins. au point que le prix 
des meilleures Truites s'eleve jusqu'a 3 francs le demi- 
kilogramme. 

De cette recherche et de cette exportation to u jours crois- 
santes est resulte le depeuplement rapide et progressif des 
coursd'eaude laHaute-Loire. La Truite, memede 500 gram., y 
devient tres rare, et tous les reglements actuellement existants 
sur la peche, lors meme qu'ils sont executes rigoureusement, 
ne peuvent remedier sr cette facheuse situation. 

Les nouvelles methodes de pisciculture sont venues fort a 
propos fournir un moyen de repeupler les lacs, les etangs et les 
cours d'eau ; mais seules, et a defaut de bons reglements, elles 
seraient certainement insuftisantes pour alteindre les resultats 
reparateurs auxquels la pisciculture semblait d'abord etre 
reservee. C'est ce qu'a parfaitement compris la Societe d'Accli- 
matation en resumant, dans un remarquable rapport insere 
dans son Bulletin, les mesures de conservation qui lui pa- 
raissent les plus efficaces. Toutefois la pisciculture a fait 



PlSCKfLTURK. 119 

flepuis |)lnsi(Mirs amines dans le dopartement de la Haute- 
Loire des progres qui meritent d'etre signales. 

DM I'lmnw 1853, M. de l'Eguille, sous-inspeeteur au Puv, 
et dont te departement regrette encore la perte, s'etait mis en 
rapports suivis avec M. Millet, qui s'empressa de lui dormer 
les instructions les plus precises et essentiellement pratiques 
avec quelques modeles d'appareils. 

Desireux d'etre utile a mon pays et d'utiliser les belles eaux 
que j'avais a ma disposition, je me suis mis a I'ceuvre de mon 
c6te, et je suis arrive dans ces dernieres annees a des resultats 
qui m'ont paru de nature a fixer la bienveillante attention de 
la Societe d'Acclimatation. J'ai applique lesnouvellesmethodes 
au lac de Saint-Front (canton de Fay-le-Froid) et a la piece 
d'eau de Saint-Jean-de-lNay (canton de Londes) dont je suis 
proprietaire. Ces deux bassins presentent aujourd'hui un 
repeuplement complet de Truites etd'Ombres-Cbevaliers, et ce 
resultat a ete obtenu par deux methodes : la fecondation atti- 
ficielle et la frayere artificielle, qui ont produit, la derniere 
surtout, d'excellents effets. J'ai suivi a cet egard les instruc- 
tions pratiques de M. Millet qui sont inserees dans le Bulletin 
de la Societe d'Acclimatation et la description des frayeres 
qu'ilaimaginees et qu'il a decrites dans plusieurs publications. 

Le lac de Saint-Front, d'une surface de plus de 30 hectares, 
d'une profondeur qui atteint jusqu'a 10 metres, est situe dans 
le canton de Fay-le-Froid (Haute-Loire), a 1200 metres au- 
dessus du niveau de la mer. 

Ce lac est alimente par de nombreuses et belles sources qui 
jaillissent de I interieur ou qui sillonnent les prairies dont il 
est environne.LTeau en est constammentrenouvelee, et forme, 
a sa sortie, une riviere appelee la Gagne, qui se jette dans la 
Loire. 

Les Truites du lac sont generalement ties saumonees. d'une 
chair ferme et grasse, d'une conservation facile etsupportant 
tresbien le transport. Files sont si estimees, qu'elles se vendent, 
l»iisos au lac, de 2 fr. 60 c. a 3 francs le demi-kilogramnie. 

On comprend des lors tout l'inter6t que j'avais a repeupler 
cet important reservoir. On s'etait jusqu'alors borne a y jeter 



120 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOG1QUE b'ACCLIMATATION. 

chaque annee quelques centaines de jeunes Truites pechees 
dans les ruisseaux voisins, et qui acqueraient dans ces nou- 
velles eaux toutes les qualites qui les font rechercher par les 
gourmets. Mais ce mode d'empoissonnement etait toujours 
tres incomplet et sujet a mille inconvenients. 

Le fermier du lac, comptant trop sur le remplacement insuf- 
fisant du poisson qu'il pechait sans moderation, en avait 
epuise les ressources. En 1854, on avait de la peine a saisir, 
aumois d'octobre, un nombre de Truites suffisant pour fecon- 
der trente ou quarante mille oeufs. 

A cette epoque, je fis construire aux abords du lac un reduit 
voute dans lequel je fis disposer des ruisseaux artificiels et 
des tamis flotleurs destines a recevoir les oeufs fecondes. 
Chaque annee, M. Montes (1), homme intelligent, maire de la 
commune de Saint-Front, place dans ces appareils plus de 
cent mille ceufs fecondes artificiellement. 

C'est parmilliers qu'il verse, chaque printemps, dansle lac, 
les alevins de Truites et Ombres-Chevaliers obtenus par cette 
methode. En meme temps les embouchures des ruisseaux qui 
se jettent dans le lac ont ete desobstrues et elargis, et les 
Truites s'y precipitent en foule pour y deposer leurs ceufs sur 
un fond decailloux etde gravier au moment du frais. 

Ce moyen si simple et si naturel de reproduction a donne 
de tels resultats, que, dans le courant de l'annee 1857, les 
filets places pour la peche retiraient chaque fois du lac de 
25 a 30 kilogr. de Truites d'un poids moyen de 500 grammes, 
et le revenu de ce magnifique bassin atteignait des lors le 
niveau des annees les plus prosperes. Je puis actuellement 
livrer a la consommation, sans appauvrir mon lac, au moins 
1500 kilogrammes d'excellentes Truites par annee. 

Ces resultats, deja ties remarquables, donnent lieu de pen- 
ser que Ton pourrait faire mieux encore. Car, d'apres les don- 
nees pratiques de M. Millet, on pourrait facilement obtenir, 

(1) M. Months, au lac de Saint-Front, pres Fay-le-Froid (Haute-Loire), 
se charge de fournir des ceak de Truite, fe"conde"s avec le plus grand soin, 
aux personnes qui lui en feront la demande avant la fin.de septembre 1859. 



PISCICULTURE. 121 

par annee, 200 kilogrammes a Tliectare. Le lac de Saint- 
Front est situe a 26 kilometres du Puy et a 6 kilometres de 
Fay-le-Froid, chef-lieu du canton. Les abords en sont faciles 
et Ton arrive en voiture jusque sur les bords du lac. Les sources 
abondantes et intarissables qui l'alimentent , les vastes 
gazons qui 1'environnent etdontplusieurs pourraient6tre con- 
verts en reservoirs dependants du lac, la qualite superieure de 
ses Truites, enfin sa forme arrondie qui en facilite la surveil- 
lance, tout semble signaler ce bassin comme eminemment 
propre a un important etablissement de pisciculture pratique. 
L'abondance des Truites qui le peuplent actuellement et leur 
presence sur les frayeres artificielles, au moment de la ponte, 
permettentd'y preparer d'immenses quantites d'ceufs fecondes ; 
(Tun autre cote, le voisinage des sources de la Loire et de 
l'Allier presente les plus grandes facilites pour une application 
immediate des resultats obtenus au lac de Saint-Front. 

II me reste a parler maintenant du mode de repeuplement 
applique au reservoir de Saint-Jean-de-Nay, d'une surface 
d'un demi-hectare, et construit expres pour des experiences 
piscicoles. 

II est forme par un barrage de 5 metres de hauteur, etabli 
en travers d'un petit cours d'eau. On a jete une centaine de 
Truites dans le reservoir, et des frayeres artificielles leur ont 
ete menageesavec soin dans la partie superieure du ruisseau. 
Au bout de trois ans, cette piece d'eau s'est trouvee peuplee 
abondamment de Truites de tout age et de toute taille, quel- 
ques- unes depassant le poids d'un kilogramme. 

II est a remarquer que le lac de Saint-Front et les bassins 
de Saint-Jean-de-Nay nourrissentct reproduisent la Carpe, et 
surtout la Ta?iche, et que les bords sont peuples de myriades 
de Verons et de Grenouilles qui fournissent une pature abon- 
danle a la voracite des Truites. J'ai suivi pour leur alimenta- 
tion le systeme a la fois simple et ingenieux de M. Millet, en 
favorisant et en provoquant meme la production d'aliments 
naturels. 

Les viviers-barrages , dans le genre de celui de Saint-Jean- 
de-Nay, seraient faciles a etablir dans unefoule de vallons. lis 



122 SOCIETE IMPERIALS Z00L0G1QUE d'aCCLIMaTATION. 

existaient memo autrefois en grand nombre, et leur ecoule- 
ment, calcule pendant les epoques de secberesse, n'en faisait 
pas seulement des asiles protecteUrs pour les poissons, mais 
entretenait encore la fraicheur des prairies, et retardait oil 
detruisait les causes des inondations si frequentes de nos 
jours. 

II serait done du plus grand interet pour la pisciculture, et 
pour ['agriculture en general, de favoriser la reconstruction 
des barrages. II suffirait pour cela d'encourager les proprie- 
taires a les retablir, en les aidant a les empoissonner et en 
protegeant les resultats obtenus. Or, nos reglements actuels 
sur la peche presentent, a ce point de vue, de grandes et re- 
grettables lacunes. 

On prone la fecondation artificielle, on applaudit a ses re- 
sultats, et les reglements interdisent la pecbe dans le moment 
m6me, le seul, ou la Truite soit propre a subir ces operations. 
On rencontre les plus grandes difticultes a se procurer quelques 
sujets au point voulu pour eHre operes, et les reglements 
defendent encore de transporter clans les viviers du I'retin 
vivant destine a fournir les plus precieux elements de fecon- 
dation. 

Les reclamations d'un grand nombre de proprietaires et la 
puissante intervention de la Societe d'Acclimatation, au sein de 
laquelle cette importante question a ete parfaitement traitee, 
ont enfin obtenu pour quelques departements (le departement 
de la Haute-Loire est de ce nombre) des permissions qui ont 
rendu un service immense a la pisciculture. 

Quant a.ux mesures de conservation et de protection, on ne 
peut qu'applaudir aux vceux emis par la Societe d'Acclima- 
tation ; il serait bien important que ces vceux fussent mis, 
cette annee encore, sous les yeux des Conseils generaux et des 
prefets. 



I'l.vNTI'S SACCIIUUNRS. 123 

EXTRAITS 

d'un 

Mi: MOIRE SUR LES PL ANTES SACCHARINES 

appelres 

SOIUiHO l)K CHINK, HOLCUS SACCHARATUS AFR1CAIN 
ET TARTARE, 

Par Don Julian I'l I I o\ t it oil it H.I I / . 

Comniandeur de l'ordre d'lsabelle la Catholique, 
Profe«enr de sciences physiques et nattirelles appliquees a ('agriculture. 



(Stance du H juin 1858.) 

CHAPITRE V ty 

Systemes de reproduction. 

L'unique moyen convenablepour multiplier les plantes sac- 
charines consiste a semer la graine venue amalurite parfaite. 
Les autres moyens proposes par M. G.Heuze, lelsque la divi- 
sion de chaque toufle en boutures et le repiquage ne m'ontpas 
donue de bons resultats, parceque ces plantes sont tres deli- 
cates, et la moindre atteinte a leurs racines les altere. 

Semis de pied ferme. 

II faut travailler, ameublir et fumer pendant l'hiver les 
terres que Ton destine a la culture de VHolcus ; il importe que 
la semence soil bien choisie et preparee. : le rnoyen leplus sur 
est de la jeter dans l'eau un jour ou deux avant de 1' employer : 
celle qui est saine et mure seprecipite au fond; la mauvaise 
surnage; on recueille alors celle qui est au fond, on la met 
a egoutter dans un sac de toile. II faut echelonner cette opera- 
tion de maniere a employer au plus tard le lendemain les 
graines ainsi preparees, afin d'eviter la germination qui pour- 
rait se produire. 

(1) Pour les quatre premiers Chapilres, Toyer numero de mars, page 63. 



\1k SOCIETY IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

Epoques des semaille.s . — Fin fevrier dans presque toutela 
region du Vimbischuapa, mi-avril dans la region du Boonvana, 
mi-mai dans celle du Niazana. Le premier mouvement de la 
seve dans les arhres cites comme indicateurs annonce le mo- 
ment de semer. J'ai deja dit que la saison des semailles dure 
plus longtemps dans les regions chaudes, ou quand on ne veut 
recolter que du fourrage, qui, en regie generate, est bon a 
couper au bout de deux mois. 

Manieres de semer depied ferme. — Elles varient selon le 
but qu'on se propose. Si Ton ne veut obtenir que des paturages et 
des fourrages, et faire des prairies artiticielles, il suffit de jeter 
la semence a la volee, comme pour le Ble ou l'Avoine, mais 
pourlant moins epais, et de la couvrir ties legerement avec la 
berseoudesbottes d'epines trainees sur la superficie du terrain; 
on peut aussi employer une semeuse speciale-, il n'est pas 
besoin, d'ailleurs, de tracer des sillons, ni de faire des 
plancbes. L'arrosage se fait par immersion comme pour les 
prairies naturelles. 

Pour obtenir du sucre, la culture doit etre autrement soi- 
gnee; je vaisdecrire une metbodeperfectionneequi doit porter 
mon nom ou celui que je lui donne, et que meslongues obser- 
vations m'ont fait reconnaltre pour preferable. 

Dans la terre bien preparee, ouvrez, au centre de cbaque 
planche, avec une binette de jardinier un sillon de 2 polices 
de profondeur (ce travail peut etre fait par des femmes). 

Derriere celui qui ouvre le sillon, marcbe une femme 
ou un enfant qui seme en jetant trois ou quatre graines de 
place en place, c'est-a-dire, a la distance de 12 a 13 pouces : 
ces graines formeront des touffes qui perdraient de leur vigueur 
a etre trop rapprocbees ; on perdrait du terrain en les eloi- 
gnant davantage, et les vents d'automne pourraient ebranler 
les Cannes qui manqueraient alors de soutien. 

Derriere le semeur vient une autre personne porlant le 
terreau ou manteau de sentences dont il est parle au chapitre 
precedent, et elle en couvre les graines d'une coucbe de 
2 pouces d'epaisseur. Le semis ainsi termine, on remue la 
terre sur laquelle on a marcbe, et Ton donne un arrosage leger 



PLANTES SACCHARINES. 125 

dans toutes les raies, pour que le manteau prenne bien |*ho- 
midite et fasse germer; on laisse le tout ainsi jusqu'a ce que 
les touffes soient levees. Si la ehaleur est forte, si liuit jours 
se passent sans querien paraisse, il faudra arroser de nouveau. 
Si quelques eultivateurs reculent devant la depense que 
necessite la preparation du terreau manteau de sentences, ils 
couvriront au moins les graines avec de la terre fine et bien 
meuble, en ayant soin de n'en mettre qu'une epaisseur de 
moins d'un pouce, et d'arroser immediatement. De ces soins 
depend presque toujours le succesdela culture. 

Soins de culture. 

Ils se composent d'arrosement, de binages et de sarclages. 

J'ai deja dit que la terre doit toujours etre a un certain degre 
d'humidite. II estentenduque les arrosages necessaires varient 
selon les terrains et le climat ; mais, en regie generale, on 
peut dire qu'il faut arroser quand la terre est seche, a trois 
doigts de profondeur, et quand elle se couvre d'une croute 
secbe. Au printemps il vaut mieux arroser le soir, et le matin 
dans les autres saisons. 

Pendant la premiere vegetation, il fautbiner et sarcler pour 
maintenir toujours la surface du sol bien meuble et propre, 
en ayant bien soin de n'attaquer en rien les racines. Le pre- 
mier binage se donne au bout de vingt jours, un second encore 
au bout de vingt jours, puis il sufiira d'un par mois ; on but- 
tera et Ton cbaussera bien les plantes quand paraitra l'epi. 

Au bout de deux mois , il faudra eclaircir, c'est-a-dire, 
debarrasser les touffes des tiges faibles et mal venantes, et n'en 
laisser que dix sur chacune d'elles. Si la terre est tres fertile 
etquela vegetation soil vigoureuse, on peut laisser jusqu'a 
quinze tiges. 

II est bon de faire une seconde eclaircie quand l'epi com- 
mence a paraitre-, on enleve alors les repousses qui se seraient 
elevees depuis la premiere operation, et Ton ne laisse que les 
brins bienvenants. 

II ne faut point oter defeuillesaux brins que Ton conserve; 
quant a ceux qu'on enleve, on peut les utiliser en fourrage. 



\ 20 SOCIETE IMPEIUALE Z00L0GIQUE d'aCCLIMATATION. 

Epoque des recoltes selon I 'usage auquel on destine 
ces plant es. 

Quand on veut employer le Sorgho ou Yffolcus enfourrage, 
on peut le couper au bout de deux ou trois mois. Au bout de 
deux autres mojs on a one nouvelle coupe, si Ton a pris soin de 
biner et d'arroser. et ainsi de suite jusqu'a ce que viennent 
les gelees. 

Quand on veut recolter la graine, il faut Iaisser murir a 
point et seciier l'epi sur la Giuine, jusqu'au moment ou les 
feuilles deviennent jaunes : c'est la le signe de la maturite 
complete. 

Mais quand, a part la graine et le fourrage que procurent 
les feuilles a Fetat adulte de la plante, on se proposera de 
faire du sucre, il ne faut commencer la recolte au plus L6t 
qu'au moment ou la graine est en lait., et la terminer quand 
elle arrive a maturite parfaite. 

La maturite du grain se reconnait en le pin^antavec longle ; 
il est alors compacte comme l'amande ou la chataigne fraiche, 
ne rendant aucun jus, mais se laissant partager par l'eflbrt de 
l'ongle. Les derniers grains de l'epi etantceux qui murissent 
le plus tard, c'est sur eux qu'il faut faire l'epreuve ; la couleur 
caracteristique des cosses, dans chaque variete, est aussi un 
signe que Ton peut consulter. 

. J'ai deja dit plusieurs fois que, dans toutes les varietes, la 
matiere saccharine n'est bonne qu'au moment ou la graine est 
mure, j 1 ai dit aussi a quelle epoque elle commence a monter. 
Vouloir extraire le jus des Cannes avant cette epoque, c'est 
encourir un mecompte complet : c'est ce qui est arrive dans 
le midi de TEspagne a quelques experimentateurs malinten- 
tionnes, qui, prenant le titre de chimistes, ont vouiu exploiter 
les Cannes de Yffolcus avant la maturite de la graine, se figu- 
rant quon pouvait les traiter comme la Canne a sucre ordi- 
naire : le resultat a ete negatif, et il n'en pouvait etre 
autrement. 

Regie generale. — Avant la floraison de l'epi, aucune 
variete, pour ainsi dire, ne contient le minimum de son sucre, 



PLANTES SACCHARINES. 1 "27 

et en cu moment indue il est a I'elat de glycose ; elles en sont 
chargees quand la graine murit, mais il n'est pas encore a 
I Yl.it sulidc. \\\\ laissant fletrir la graine sur la plante, la quan- 
tity de jus diminue, mais il est plus cristallisable qu'a aucune 
autre epoque. 

Ces fails, annonees par M. Wray, etaient inconnus des chi- 
mistes dont je viens de parler et de divers ecrjvains franc,ais, 
Ids tjue M. Heuze, et une celebrite etrangere qui vient de les 
presenter cpmme nouveaux a l'Academie des sciences de 
Paris. Je reclame pour M. Wray la priorite de ces obser- 
vations. 

M. Heuze, dans son second memoire, dit (page 232) que les 
experiences ont prouve que la recolte des Cannes doit se faire 
quand la graiueest mure : avant la maturite, le jus est moins 
sucre ; trop tard, la quantite de jus est moindre. 

M. Heuze dit cela a propos du Sorgho de Chine, mais cette 
regie est generate pour toulesles varietes de YHolcus. J'incline 
a croira que Mgr Verrolles se trompe aussi dans la note qui 
accompagnait renvoi qui m'a ete fait des graines ftHolcus de 
Tartarie, et dans laquelle il dit qu'il ne faut pas attendre la 
maturite parfaite pour extraire le jus sucre. Cette plante est 
une variete des Africains que nous possedons, et doit (Hre 
sujette aux memes lois. 

CHAPITRE VI. 

Produits a retirer de ces plantes. 

Ces produits consistent en : fourrage, semences, jussaccha-* 
rin, marc, racines, cendres, matiere colorante et cire. 

Les essais relatifs aux ressources fourrageres que peuvent 
donner ces plantes ont ete faits en grand, en France, sur le 
Sorgho de Chine, unique variete qu'on y ait cultivee jusqu'a 
ee jour. II; Heuze dit a ce sujet : 

« Dans les terres legeres, fertiles etfraiches, le Sorgho peut 
» donner en moyenne de 90 000 a 100 000 kilogrammes de 
» tiges vertes par hectare, soit de 9 a 10 kilogrammes par 
» metre carre. Si cette plante, merveilleuse par sa beaute et 



128 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

j sa taille, n'est pas destinee a <Hre cultivee en France comme 
» plante saccharine, il est incontestable qu'on peut, des a pre- 
» sent la regarder comme une denos meilleuresplantes fourra- 
» geres. Dans le midi de la France, coupee en juin, elle donne 
» un plantureux fourrage vert; elle repousse immediatement, 
» et donne encore en octobre un excellent fourrage. » 

En 1857, M. Noel a seme dans sa propriete del'Isle, pres 
Saint-Denis, departement du Loiret, 7 hectares et demi de 
terres sur lesquelles il n'a recolte que du fourrage, qu'il a 
donne aux chevaux, boeufs, vaches et moutons. Les quantiles 
obtenues furent de 80 a 100 000 kilogrammes par hectare : 
les bestiaux le devorerent avec avidite; on le hachait meme 
avant de le leur donner. Toutes les b6tes engraisserent, les 
vaches donnerent unlait plusabondantetde meilleurequalite; 
la chair des animaux devint plus savoureuse. Ces resultats 
furent communiques au gouvernementet a la Societe d'Accli- 
matation par le prefet du Loiret. 

Mes experiences m'ont demontre la verite de cesfaits. 

Semence. — J'ai deja dit, au chapitre II, que le Sorgho dc 
Chine est une des varietes les moins productives en grains; 
toutefois, bien cultive, il en donne un produit qui n'est pas a 
dedaigner, vu le grand nombre d'emplois qu'on en peut faire. 
Plusieurs varietes de YHolcus africain produisent davantage. 

Jus saccharin. — J'ai dit, au chapitre II, la production de 
chaque variele; mes experiences dans la Peninsule, aussi bien 
que celles faites aux Canaries par le comte de Vega Grande, 
confirment qu'une fanegue de terre produit toujours de A a 
6000 arrobes (1) de tiges propres a faire du sucre. Si Ton a 
obtenu moins en France, c'estparce qu'on a cultive le Sorgho 
settlement, et qu'on n'y a pas apporte le soin desirable. Je puis 
certifier qu'on obtiendra le resultat que j'annonce, pourvu que 
Ton suive ponctuellement mes instructions. 

Prenant le minimum de 4000 arrobes de Cannes par 
fanegue, et le rendement minimum de 60 pour 100 de jus, 
nous trouvons un produit de 24 000 arrobes (25 litres) de jus. 

(1) L'arrobe ^quivaut a 12<<ii,508, et a 25 litres environ. 



PLANTES SACCHARINES. 199 

Cr jus contient au inoins 14 pour 100 de matiere sucree, soit 
350 arrohes de sucre par fanegue do terre, sucre cristallisable 
et incristallisable ; en moyenne, il faut deduire un tiers d'incris- 
tallisahlc, ce qui laisse environ 233 arrobes de sucre cristal- 
lisable, et donne, en poids franc,ais, 2910 kilogrammes par 
fanegue (640 metres) ou 4530 kilogrammes par bectare. 

Ce memoire avait pour objet seulement d'enseigner la culture 
de YUolcus d'Afriquc. T outefois il me semble a propos d'indi- 
quer un moyen facile de se rendre compte de leur rendement. 

Marc ou jus. — Pour se rendre compte de la production des 
Cannes en marc ou jus, on prend dans Tune d'elles un mor- 
ceau au pied, un autre au centre, un autre a la pointe; on les 
coupe en rondelles minces, on les fait cuire par trois fois dans 
le double deleur poids d'eaupure, et apres la troisieme cuite, 
on les met a secher au soleil ou au four. Avant de couper en 
rondelles les morceaux de Cannes, on les pese avec soin ; on 
les pese de nouveau quand ils sont sees apres la cuisson, et la 
difference de poids entre Tune et Tautre operation donne la 
quajitite de jus que contiennent les Cannes. 

Sucre. — Determiner la valeur saccharine de jus est une 
operation difficile pour quiconque n'a pas a sa disposition les 
appareils de cbimie necessaires en pared cas ; toulefois, void 
un procede qui donne des resultats approximatifs. 

On exprime le jus de quelques Cannes avec une presse quel- 
conque, jusqu'a ce qu'on en ait une livre environ, on y ajout : ; 
un gros de chaux vive eteinte et reduite en poudre fine; on 
remue le tout, et au bout de dix minutes on filtre dans un linge 
propre et fin, ou mieux dans une manche de Hanelle double. 
Le jus filtre se met dans un tube de verre ou de fer-blanc; 
l'areometre de Baume, introduit dans ce tube, marque un 
nombre de degres que Ton double; du total on retranche le 
dixieme. Le chiffre restant indique la proportion du sucre 
pour cent. 

Exemple : Supposons que l'areometre donne 8 degres; en 
doublant, comme il estdit, on aura 16; 6tez le dixieme, soit 
1,6, reste 14,4. Ce chiffre indique que 100 livres de jus con- 
tiennent 14,40 de sucre. 

T. VI. — Avril 1859. 9 



130 SOC1ETE IMPEI'.IALK ZOOLOGIO.il. d'aCCLIMATATION. 

Cette methods offre aussi l'avantagc de faire connaltrc tres 
approximativement la quantite d'alcool que peut produire le 
jus : chaque degre de l'areometre, dans les conditions ci- 
dussus, indique 1 pour 100 d'alcool pur contenu dans le jus. 
Ainsi, d'apresFexemple qui precede, on sait que lejus contient 
8 pour 4 00 d'alcool pur, ou 16 pour 100 d'eau-de-vie a 
20 degres de Cartier. 

CHAPITRE VII. 

Emploi des produits. 

J'ai deja dit que le Sorgho de Chine et YHolcus africain, 
employes en fourrage,sont excellents pour les races chevaline, 
bovine, ovine et caprine ; la quantite de tnatiere sucree et 
feculente que contiennent ces plantes leur assure une grande 
superiorite, et, de plus, la constitution herbacee, tendre et 
delicate des feuilles est un attrait pour les animaux. 

Ce fourrage doit 6tre donne coupe en petits morceaux, 
c 1 est-a-dire hache auhache-paille. 

Lejus sucre peut 6tre employe : 

1°A faire des sirops excellents et economiques 5 

2° Pour la preparation des fruits en conserves et en mar- 
melades ; 

3° Pour alimenter les abeilles; 

4" Pour faire du sucre aussi bon que celui de la Canne a 
sucre 5 

5° Pour fabriquer des vins et eaux-de-vie de toutes qualites. 
Par de bons procedes on obtient des produits aussi bons que 
ceux de la Vigne, m6me plus purs et plus limpides. 

Ces faits sont confirmes par les travaux du comte de Vega 
Grande et par les miens. 

CHAPITRE VIII. 

Applications assurees en Espagne par privilege e.tclusif. 

Note du traducteur. — Dans ce chapitre, Tauteur donne la 
copie des pieces ofiicielles qui assurent, en Espagne, le privi- 



PLAN IKS SACCHAHINBS. IM 

lege tie la fabrication des sucres, alcools et vins provenanl cle 
XHolcus saccharatus. 

Jusqifa ce jour, la fabrique montee aux Canaries par le 
comle de Vega Grande esl la seule qui ait fonctionne avee 
regularite; les eaux-de-vie et les liqueurs provenant de cette 
fabrique, ainsi que des Cannes recollees par l'auteur lui-meme, 
aupres de Madrid, sent d'une linesse exquise et de qualite 
tres superieure. 

En ce moment, Don Manuel Delgado y Reufigo cultive ccs 
plantes sucrees par cession de privilege dans la provinee de 
Malaga. 

II en est de mehie de Don Jaeobe Navano y Aiedo dans la 
province d'Aluceira, et de Don Antonio Lopez de Tejada dans 
la province de Jaen. 

L'auteur ajoute que le but principal du comte de Vega 
Grande, et le sien propre, en demandant le privilege, a ete 
bien plus de constater qifils sont les premiers qui aient accli- 
mate en Espagne les varietes de XHolcus saccharatus , et 
enricbi leur patric d'une nouvelle industrie si riche et si pro- 
fitable, que de s'assurer, pour Tavenir, dans des vues de 
cupidite egoiste, les revenus d'une speculation importante. 

Enfin, leur privilege n'ayant pour objet que la grande indus- 
trie, ou fabrication manufaeturiere, comportant etablissements 
speciaux et machines , ils se mettent a la disposition de 
quiconque voudrait se livrer a l'etude de ces plantes, offrant 
tous les renseignemenls ou conseils dont on pourrait avoir 
besoin. 



132 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

II. TRAVAUX ADRESSES 
ET COMMUNICATIONS FAITES A LA SOCIETE. 



MfiMOIRE SUR LES LAMAS 

[Rhuna- Llamas) (1) 
ET CONGENERES DE LA CHAINE DES ANDES DE L'AMERIQUE 

DU SUD (EXTRA1T), 

Par n. Engine ItO! ll\. 

Naturalisle voyageur francais, 
Vice-president de la Societe nationale agricole et manufacturiere de Paris, etc. 

J'imagine que ces animaux servient une 
excellent? acquisition pour I'Europc, etpro- 
duiraient plus <le bien reel que tout I'or du 
nouveau rnonde. (Buffok. 1765.) 

Quaml une tentative sera faite sur un 
point lucn choisi <les Alpes ou des Pyrenees, 
le succes est aussi assure que peut 1'etre 
celui d'une entreprise oouvelle. 

(Is. GEOFFHor Saint-Hilaire, 1848.) 

(Seance du 18 fevrier 1839.) 

II est incontestable que Timplantation d'animaux et de 
plantes utiles tend a augmenter le bien de tous en general. 
Depuis longtemps il a ete reconnu que V acquisition des Rhunas- 
Lamas (2) et congeneres peut (Hre une source de nouvelle 
richesse pour l'agriculture, en ce qui concerne d'immcnses 
terrains improductifs, des pentes arides et crevassees : comme 
aussi pourTindustrie, uneprecieuse ressource delaines fines, 
soyeuses, necessaires a la fabrication d'etoftes lisses et 
brillantes. 

L'Anglcterre, la France, la Belgique, quelques provinces 

(1) Rhuna signifie indien ; Llama, nom gdnerique (en langue kitkna) 
ou Oviga de la tierra, niouton du pays, selon les locality de la chaine des 
Andes. 

(2) Pour un pre"ce"dent travail de M. Roehn sur les mcmes animaux, 
\oyez tome V, page 521. 



LAMAS ET ALPACAS. 133 

allemandes, manufaclurent d'immenscs quantites de laines de 
Illiunas-Lamas et congeneres, qui laissent a chacun de ces 
pays des benefices de plusieurs millions. 

Nous devrons toujours signaler avec plaisir, et surtout avec 
justice, le nom de M. Benjamin Outram, savant manufacturier 
de Greenland pres Halifax (Angl.), qui, en 1832, a ete le pre- 
mier a manufacturer les laines de Rhunas-Lamas et conge- 
neres, comme aussi celuideM. Titus Salt (de Bradford), qui a 
consacre plusieurs millions de piastres a construire une 
immense manufacture specialement destinee au seul emploi 
de ces laines. 

Beaucoup de personnes, guidees par les celebres paroles du 
grand naturaliste Button (1765), se sont appesanties sur la 
question des utiles et interessants animaux dont il s'agit; 
beaucoup de phrases bien sonores sont sorties de la plume 
eloquente de savants agronomes, et cependant, combien leur 
importation sur une grande echelle, une importation serieuse, 
que nous designerons par le chiffre d'au moins une centaine, 
est encore tardive sur divers points, ou ils s'acclimaleraient si 

tfaciiement etavec avantage pour I'eleveur. 
II suffit de quelques annees de soins donnes avec discerne- 
inent au developpement de cetle race, pour obtenir, en peu de 
temps, une entiere fixation an sol-, les placer dans des condi- 
tions propres a leur nature, a peu pres similaires, s'il sepeut, 
des lieux ou ils sont nes, avec des gardiens ou gardiennes fami- 
liarises avec leurs mceurs. Ces conditions natales sont faciles 
a rechercher. II n'y a done pas d'etude bien speciale a faire 
pour concevoir l'elevage de ces animaux, qui recherchent par 
preference les parties montagneuses. Les terres elevees, cre- 
vassees, denudees, sous un climat froid et humide, sont prin- 
cipalement exposeesa l'etat dejachere; elles peuvent etre uli- 
lisees au moyen des Uhunas-Lamas et congeneres. 

Ces animaux peuvent 6tre compares aux moutons, sur les- 
quels ils remportent a plusieurs egards, car ils vivent et 
prosperent la ou nos races ovines ne pourraient resister. 

1° Ils l'emportent par le rendementde la chair, puisque ces 
animaux pesent trois, quatre et cinq fois le poids d'un mouton 



134 S0CIETE IMPERIALE ZOOLOGIQU1-: D'ACCLIMATATlON. 

ordinaire-, 2° par le rendement d'une plus grande quantite de 
laine par tonte. 

Le Rhuna-Lama est en outre une bete de somme ; i! peut 
porter un poids de 80 a 120 livres, selon l'age et la taille de 
Fanimal. 11 peut cheminer plusieurs mois de suite, si Ton a 
soin toutefois de lui donner du repos, tous les huit ou dix 
jours, quelle que puisse etre la nourriture qu'il rencontre 
chemin faisant. Des Fage de deux ans (la Vigogne exceptee), 
il peut deja porter 30 ou 50 livres sur de longs parcours. 

C'est ainsi que j'ai parcouru d'immenses distances dans le 
grand prolongement de la chaine des Andes jusqu'au littoral 
de la mer, de 1855 a 1857, avec deux troupeaux : Fun de 
117 tetes, pour le Gouvernement espagnol (Junta de Fomenlo 
de la Havane, ile de Cuba), et par son ordre; 1'autre de 103, 
pour les Etats-Unis. 39 animaux de ce dernier troupeau ont 
ete conduits a Glascow (Ecosse). 

Au point de vue alimentaire , le poids brut de sa chair, 
sans os, ni sang, varie de 70 a 160 livres, selon la taille de 
r animal. Lafemelle donne un lait savoureux, quoique epais. 

Comme animal Industrie^ il donne annuellement de 12 a 
ill livres delaine par tonte, quelques animaux en donnent 
jusqu'a 20 livres. Si Ton n'a pas soin de le tondre tous les 
ans, il rejette lui-meme sa toison en se frottant, soit sur le 
sol, soit a des buissons epineux. Beaucoup peuvent 6tre tondus 
des Fage de deux ans. La laine la plus line est sur les epaules 
et sur le dos. Son cuir, par son elasticite, par sa force, Fem- 
porte sur celui duMouton, qui n'est propre qu'a certains usages, 
tandis que celui des Rhunas-Lamas et congeneres (bien tanne) 
rend non-seulement les m6mes services, mais egale aussi celui 
du Veau. Le cuir du cou, qui est la partie la plus epaisse de la 
peau de ces animaux, fait d'excellentes bottes, souples et pour 
ainsi dire impermeables. J'ai parcouru de grandes distances 
avec ces animaux sous la zone torride, et je n'ai jamais pu 
observer de transpiration sensible par le cuir de Fanimal. 

Sa charpente osseuse fournit egalement une plus grande 
quantite de matieres pour la fabrication du noir animal que 
celle du Mouton. 



LAMAS ET ALPACAS. 135 

l)oues deheaueoupde doeilile (la Vigogne exceptee), ils sont 
suseeptibles d'etre dresses a tous les caprices de l'liomme qui 
sait s'armer de patience. 

Originaires de l'Amerique duSud, depuis le ^degre sud, 
jusqu'au 10" degre nord de la cliaine des Andes, ils appartien- 
nent ;i la lamille des Ruminants et ressemblent nu premier 
abord a un petit Chameau. llshahitent la partie superieurede 
la cliaine des Andes, a une hauteur de 2000 a 3500 metres 
au-dessus du niveau de la mer, dans des climats qui varient 
en raison de l'elevation. J'en ai rencontre de sauvages a 
/i200 metres, mais a cette hauteur ils sont rares; ce sont ce- 
pendant ceux dont la laine est la plus fine, la plus longue, 
la plus la soyeuse, la plus elastique, variant de 1 a 30 et indme 
40 centimetres, selon les croisements. Taille, force, rusticite, 
sobriete, excellence de la chair (car elle est savoureuse, quel 
que soit l'age de Tanimal), secretion du lait, facilite pour la 
domestication, tout se trouve dans les Rhunas-Lamas et con» 
generes pour le plus grand avantage de l'espece humaine, qui 
ne les a pas recberches comme ils devaient Tetre ; et nous 
repeterons, comme nous l'avons deja exprime dans un autre 
Memoire public le 10 juin 1848 a Marseille, et dans une Note, 
en 1844, dans les journaux du Havre : « Que e'est un des 
animaux les plus utiles de la creation. » 

La hauteur du corps de I'animal, terme moyen, varie de 
1 metre a 1"\40 des pieds de devant au garrot. De trois ans a 
trois ans et demi, il a atteint son entier developpement, La 
grosseur du corps est en raison de sa taille. Haut sur jambes, 
le cou allonge, la tele legere, Une, osseuse, elegante; yeux 
vifs et saillants, entoures de cils longs etserres; narines mo- 
derementecartees; lalevre superieure fendue, 1'inferieure fer- 
manL hermetiquement la houche; les oreilles, sans etre Irop 
longues comparativement au corps, un peu arrondies vers 
I'extremite, et toujours dirigees en avant, lorsque I'animal est 
jeune et en bonne sante (les vieux portent presque toujours 
les oreilles en arriere). 

Quatre petites mamelles ne s'allongeant que legerement, 
quel que soit l'age de Tanimal 5 pieds fourchus, armes de 



136 S0CIETE IMI'tiRIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIM.VTATION. 

deux onglons ; sole charnue et ferme; systeme dentaire le 
meme que celui du Chameau ; longevite commune, dix-huitans. 
La machoire superieure est depourvue d'incisives. La couleur 
de leur robe varie du brun (cafe) au noir gris, jaune, blanc. 
II s'en rencontre autant de blancs que d'autres robes, selon 
les diverses localites et les hauteurs de la chaine des Andes 
(les flancs du Chimborazovoient naitre une tres grande quantite 
de Rhunas-Lamas blancs). 

Cesanimaux, quoiqueextr6mementsobres,ruminent presque 
toujours, aussi les voit-on souvent avec d'enormes protube- 
rances de chaque cote des mandibules, qui, au premier abord, 
paraissent a l'ceil peu exerce comme une inflammation subite 
de cette parlie de l'animal, tandis que ce n'est que le depot 
momentane d'une certaine quantite de nourriture premiere- 
ment absorbee qu'il a fait revenir sans effort par un mouve- 
ment de contraction imperceptible, pour la rebroyer encore, 
lis ont sur les Moutons Tavantagede ne consommer que tres 
peu d'eau, en raison de la conformation de leurestomac, dont 
la capacite est tres grande et garnie d'un tissu cellulaire tres 
epais. lis boivent rarement, a moins qu'ils ne soient soumis a 
une nourriture par trop seche, dans les longs voyages par mer. 
Avant de s'abreuver, ils flairent l'eau, toute boisson ne leur 
convient pas : ils boivent pargorgees repetees de une a six et 
huit; ils different en cela aussi de TAne et des Moutons qui 
recherchent toujours l'eau la plus limpide, qui boivent presque 
toujours d'un seul trait ou par deux reprises auplus. Dans les 
montagnes, sur les grandes hauteurs, ils mangent la neige a 
defaut d'eau, et l'eau qu 1 ils preferent est toujours celle de la 
fonte des neiges. 

lis recherchent de preference les herbes courtes, quoique 
presque seches, les feuilles seches, les troncs d'arbres sees ; 
mais ce qui leur plait le plus, e'est le Sicce, espece de grami- 
nee qui se rencontre sur presque tous les points habites par les 
Rhunas-Lamas et congeneres, laquellepourrait tHreegalement 
implantee avec avantage (j'en ai apporte et remis un sac avec 
le troupeau des Etats-Unis). Sicce : paille plate, longue de 
80 centimetres a 1 metre, rugueuse v verte a sa naissance, jaune 



LAMAS ET ALPACAS. 137 

A lVxtremite, croissant par touffes separees, a longues racines 
(ilandreuses, ne se rencontrant pas au dela de 3500 metres, 
mais croissant deja a 2000 metres d'elevation au-dessus du 
niveau de la mer. 

II suffitde melerles Rhunas-Lamas et congeneres farouches 
on a demi-sauvages a quelques-uns reduits a l'etatde domes- 
ticite, pour qu'ils s'apprivoisent en quelques jours. Ces ani- 
maux sont naturellementtres craintifs, extr6mement sensibles 
au chalimentde leur gardien, auquel ils s'attachent facilement, 
jusqu'a le suivre comme tete de colonne. II faut done toujours 
user de douceur avec eux. Comme l'homme, ils regrettent pen- 
dant un certain temps les lieux ou ils sontnes-, leurs petits 
gemissements nasillards, les oreilles portees en arriere, 
marquent toujours de la tristesse ; un desir, l'inquietude, la 
frayeur, la curiosite, les leur font pointer en avant. Doux, 
sans defiance, curieux, ils flairent tout, vont au-devant du 
danger, qu'ils neprevoientpas. II n'en est cependantpas ainsi 
de la Vigogne, dont le premier instinct est toujours de fair. 

Le male est treslascif, etsuffit a dixfemelles; il est presque 
toujours dispose a la monte, lorsqu'il est en bonne sante, etpeu 
importe Fepoque de I'annee. Lorsque la femelle est disposee a 
recevoir le male , elle se couche sur le sol, les quatre pattes 
repliees sous elle (1'accouplement des deux individus male et 
femelle a lieu surle sol). Si elleresiste, c'estqu'elle estpleine; 
elle repousse le male en lui crachant a la face, elle le fuit de 
toutes manieres. 

La gestation de la femelle est de dix mois et demi; cepen- 
dant, en dehors du pays natal, elle est quelquefoisplus tongue*, 
elle donne un petit, rarement deux. Elle est bonne mere et 
donne bien souvent a teter a trois ou quatre autres petits, in- 
dependamment du sien. J'ai eu dans ma seconde expedition un 
Lama femelle qui en allaitait cinq tous les jours. Trois ou 
quatre jours apres la mise has, elle recherche elle-meme le 
male, et il faut remarquer qu'elle ne consent a elre chargee 
du poids qu'elle a coutume de porter, que lorsqu'elle est 
pleine. Cette observation met les Indiens a l'abri de toute 
erreur sur I'etat de la gestation de leurs animaux. Si Ton 



138 SOCIETY 1MP1SRJALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

surcharge ces animaux, ils se couchent et ne se relevent que 
lorsque le chargement est allege ; tout chatiment devient inu- 
tile, et ils sont si sensibles , que si Ton a Tim prudence de les 
battre, ils meurent presque instantanement. Si Ton remarque 
dans un troupeau un de ces animaux se repliant circulaire- 
ment la tete a la colonne vertebrate, il faut en conclure qfi'fl se 
sent mal; cette contraction annonee toujours une mort pro- 
chaine. Ils sont ncanmoins plus patients que Fespecc Chameau, 
qui mord bicn cruellement celui qui Firrite, tandis que les 
Rhunas-Lamas et congeneres n'expriment leur tristesse que 
par un petit gemissement nasillard bien sourd qu'ils font 
entendre sans ouvrir la bouche. 

Ces animaux ont besoin de Fair libre de la campagne ; con- 
fines, leur nature change. Hors de leur pays, a defaut de 
petites pluies, il est utile de les baigner pendant la saison des 
chaleurs (une seule immersion dans Feau suffit, oubien on les 
asperge au moyen d'unepompe ; il est bon de les tenir toujours 
a proximite d'un terrain sablonneux ou d'herbes seches, sur 
lesquelles ils puissent se router a la maniere des Mules et des 
Chevaux \ ceci est essentiellement utile a leur sante : les 
grandes avalanches de pluies leur sont contraires. 

La seule defense des Rhunas-Lamas et congeneres est de 
souffler une salive acre, melee d'aliments maceres, au moyen 
de laquelleils s'aveuglent entre eux, si Ton n'y prend garde; 
mais a Faide d'un peu d'eau et de vinaigre ou d'eau seule- 
ment , cette salive devient sans nul effet, meme sur l'homme. 

Toutes les fois que le gardien verra Tun de ces animaux 
sous l'impression d'une forte respiration, les narines agitees 
d'un mouvement convulsif, il devra conclure que F animal est 
malade, lui presenter un peu d'eau douce, ne jamais la lui 
entonner de vive force, melanger un peu de sel a de la terre 
ou du sable fin repandu sur le sol, puis lelaisser libre dans le 
champ. 

L'eleveur qui les tiendra a Fetable pendant Fhiver aura 
soin de ne leur donner qu'une nourriture legere, avoine, orge, 
foin, point de farines ni de buissons humectees de son, et de 
les preserver des grandes pluies. II laissera toujours un pain 



LAMAS Li ALPACAS. 139 

de sel au centre del'etable, afinqu'ils puissent venir Its lecher. 
II ne laut jamais melanger de sel aux breuvages ni aux ali- 
ments, et avoir soin de les tondte des le debut de leur implan- 
tation en Kurope. 

II va sans dire que dans les localites ou il y a des loups et 
des chiens (urieux, il sera utile de les parquer ou de les rentrer 
la nuit venue. La ou ce danger n'cxistera pas, il suffira de 
fixer une femelle ou deux par un lien quelconquc a un piquet 
pour que tout le Iroupeau se reunisse autour d'elle a la tombee 
dela nuit. Un seul lazo tendu des deux bouts et presente au- 
devant de ces animaux suffit pour arrtMer toute une colonne 
en fuite, fut-elle de plusieurs centaines. 

Nous recommanderons au berger qui sera charge du soin 
d'un troupeau de ces animaux, d'en dresser un ou deux comme 
tele de colonne. Ces animaux ont une recherche toute particu- 
liere pour le sexe feminin; ils sont plus soumis et plus obeis- 
sants a sa voix ; et j'ai toujours employe des femmes indiennes 
avec avantage comme guides et comme gardiennes dans les 
longs voyages. 

Nous esperons que les details qui precedent epargneront bien 
des tatonnements a l'eleveur qui, desormais, se consacrera a 
l'elevage des Rhunas-Lamas etcongeneres ; ils sont le fruit de 
bien longucs annees d'etude de ces animaux sur les lieux de 
production, dans les diverses localites du prolongement de la 
chaine des Andes frequcntees par ces animaux. 

Je crois devoir rappeler, en terminant, que depuis plusieurs 
annees je vis au milieu de la chaine des Andes de TAmerique 
du Sud. J'ai traverse les Cordilleres d'un ocean a l'autre, 
c'est-a-dire de Test a 1'ouest, sur sept points differents, et 
j'ai, entre autres monlagnes, parcouru tous les flancs du 
Chimborazo, m 1 etant repose au pied de son cone (Equaleur) 
avec : 1° un troupeau de 117 Rhunas-Lamas, Alpacas et 
Guanacos en 1856; 2° avec un autre de 103, en 1857. Le pre- 
mier par ordre et pour compte du gouvernement espagnol et 
Hacendados (Junta de Foment de la Havane, lie de Cuba), 
ayant pour president-ne M. le general Don Jose Gutierrez de 
la Concha, capitaine general et gouverneur de Tile. Le second 



1 AO SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

pour New- York (Etats-Unis), dont 39 pour Glascovv (Ecosse 
angl.). [/exportation de ces animaux, en 1855, n'etant pas 
permise au Perou, j'ai du longer la chaine des Andes et sortir 
precipitamment mes troupeaux par Babahogo (Equateur), ou 
j'ai pu les embarquer pour Panama, en leur faisant souflrir dix 
embarquements et debarquements jusqu'a leur destination, 
ou mes Indiens et moi arrivames tous avec des blessures encore 
saignantes de ces penibles voyages. 

Ce furent les deux premiers plus grands troupeaux qui 
sortirent jamais de la chaine des Andes jusqu'en 1857. Les 
certificate de sept consuls de l'Amerique du Sud sur le Pacifique 
sont aux mains de M. le Ministre de l'agriculture et du com- 
merce; le certificat de M. le consul de France a Panama, 
attestant qu'aucun autre troupeau ne passa par l'isthme jus- 
qu'en 1857, est joint aux pieces que j'ai l'honneur de sou- 
mettre a la Societe imperiale zoologique d'Acclimatation, 
ainsi que divers autres documents constatantque c'est depuis 
bien longtemps que nous nous occupons sans relache de cette 
question, que nous considerons encore jusqu'a ce jour comme 
Tune des plus utiles, ou du moins pouvant rendre de grands 
services a l'agriculture et a l'industrie. 



VOYAGE DANS LES MONTAGNES DE i/ELBOUKZ. 1£1 

NOTES DUN VOYAGE 

DANS LES 

MONTAGNES DE L'ELBOUHZ ET LE MAZENDEUAN 

entrepris par M. de sum.»iimi\. 
Secretaire de la legation do France a Teheran, 

en compagnie de lord KERR et de M. THOMPSON, 

tous deux secretaires de la mission de Sa Majcstc Britannique a Teheran. 

PRESENTEES A LA SOCIETE PAR M. DKOUYN DE LHUYS. 



(Seance du 18 fevrier 1859.) 

On donne le noni d'Elbourz a une longue chaine de mon- 
lagnes qui, se detachant du Caucase dans les plaines de 
Mogham,presde l'embouchure de I'Araxe, contourne tout le 
littoral meridional de la mer Caspienne, passe au nord de 
Teheran, et se dirigeant vers Test, va rejoindre l'Hindou-bou 
et I'Hirnalaya. 

Cette chaine separe les trois provinces de l'Azerbidjan, de 
l'lrak et du Korassan des provinces caspiennes appelees le 
Guilan et le Mazenderan. 

Lorsqu'apres avoir franchi la montagne des Tigres (le 
Kaflan-cou), vous quittez l'Azerbidjan, et vous descendez dans 
les vasles plaines de l'lrak, qui s'etendent jusqu'a Teheran, et 
vont se confondre a Test avec les steppes du Grand desert sale, 
vous apercevez a gauche, vers le nord, une suite de pics 
rocailleux dontlessommetsdepouilles, mais pleins de majeste, 
sont couverts de neiges eternelles : c'est XElbourz. A ses pieds 
passe le chemin des caravanes qui de Tebriz se rendent a Casbin, 
a Teheran, et, plus loin, dans le Korassan, jusqu'a Meched. 

Ces lieux ont ete le theatre des exploits du Vieux de la 
montagne, Hassan-el-Sabah. Onmontre encore pres de Casbin 
les ruines du chateau d'Alamont, ou ce chef des assassins 
mourut a quatre-vingt-dix ans dans son lit, impuni et triom- 
phant, apres un regne de trente-cinq ans, dont les souvenirs 
sanglants ne sont point encore efl'aces de la memoire des 



1/|2 S0C1ETE 1MPEKIALE ZOOLOGlQCti d'aCCLIMATATION. 

peuples tie cette contree. Ce vieux brigand ne pouvait placer 
son repaire dans des lieux plus inaccessibles etplus sauvages. 
Rien n'est plus triste quel'aspect de ce pays desole: en hiver, 
une neige epaisse recouvre la terre, et le froid s'eleve jusqu'a 
20 degres Reaumur (pendant mon voyage au mois de dc- 
cembre 1857, le vin de Xeres a gele dans !es caisses ou il etait 
emballe, ce qui indique, je pense, une temperature de plus de 
20 degres) ; en ete, la chaleur devient aussi extreme que le 
froid, la plaine se transforme en un desert brulant et aride. 
Des le mois de mai, le peu de verdure auquel la fonte des 
neiges a donne la vie se seche sous les feux d'un soleil ardent. 
On n'apercoit d'autres traces de vegetation que quelques 
maigres peupliers eparpilles autour des rares villages que de 
loin en loin on rencontre sur la route; encore cette vegetation 
purement artificielle est-elle due a des prodiges de patience 
et de travail, et, sans les nombreux canaux qui, creuses sous 
terre a une profondeur quelquefois considerable, amenent 
dans cbaque village, souvent de plusieurs lieues de distance, 
les eaux des sources et des montagnes voisines, la secberesse 
et la chaleur sont telles, que toute culture serait impossible, 
et que les arbres meme periraient. Les Persans, du reste, il 
faut leur rendre cette justice, excellent dans ces travaux d'irri- 
gation et de canalisation souterraine. lis n'ignorent ni l'art de 
faire des saignees a une riviere et de calculer les pentes et les 
differences de niveau, ni celui de construire des voutes et de 
creuser des puils dans des terrains sablonneux et difficiles. lis 
ont couvert le sol de leur pays de travaux de ce genre, au 
nioyen desquels ils cherchent a lutter contre leurs deux plus 
grands ennemis, la secberesse et la chaleur, qui sont toutes 
deux extremes, mais la secheresse y est surtout incroyable. 
On doit aux observations d'un savant russe la determination 
de la quantite de vapeur d'eau contenue dans l'atmosphere de 
Teheran. Scion M. Kanikof, cette quantite ne depasserait pas 
8 pour 100. Ce resultat, que j'ai tout lieu de croire exact, 
quelque exagere qu'il paraisse, constate que le plateau ou est 
situee la capitale de la Perse est un des points les plus sees, 
sinon le plus sec de l'univers, et je suis porte a penser que 



VOYAGK DANS LliS MONTAGNISS DE l'eLBOURZ. 143 

sur tous les autres grands plateaux de l'lran on obtiendrait un 
eh i lire aussi surprenant. 

Si a cette secheresse extreme on ajoute une chaleur qui 
s'eleve pendant I'ete jusqu'a kQ degres Reaumur, on pourra se 
la ire une idee du peu de charmes et de fraicheur que doit 
otl'rir un paysage persan au mois de juillet. L'air est en feu, 
le soleil brule de ses rayons ces vastes plaines de sable et de 
sel qui se partagent la I'erse, et qui ont fait dire si justement 
de ce pays quMl pouvait se diviser en deux parties, en desert 
sale et en desert non sale. Les montagnes paraissent couleur 
de brique; une vapeurrougeatre formeedelapoudredu desert 
flotte conime un brouillard a Phorizon ; les villes et les villages 
prives de ces coupoles et de ces minarets qui font la gloire de 
TOrient, et construits en boue sechee au soleil, se confondent 
avec la poussiere ; rien ne vient rompre I'uniformite et la 
monotonie de ce paysage, et je plaindrais le voyageur qui 
chercherait dans ce pays ce que nous appelons la couleur 
orientale. Quelquefois cependant, si Ton suit la route qui, a 
travers le lit desseche d'un torrent, mene au campement du 
roi, sur les premieres croupes de l'Elbourz, la scene s'anime ; 
de longues caravanes de cbameaux et de mules sillonnent le 
chemin : les cbameaux passent silencieusement et en file, les 
mules vont en troupes bruyantes et fontresonner leurs grelots. 
Ici vient le harem d'un chef qui retourne en ville prendre ses 
quartiers d'biver: ce sont des litieres portees par des mules et 
hermetiquement fermees au moyen de ten tures rouges richement 
brodees; les eunuques precedent, le baton blanc a la main, 
signe de leur dignite, et les femmes esclaves, avec leurs longs 
voiles blancs perces de trous a I'endroit des yeux et leurs 
larges manteaux bleus, suivent les litieres, montees a califour- 
chon sur des mules ou des anes, suivant leur rang. Plus loin, 
vous rencontrez des seigneurs qui vontet viennent de la ville 
au campement royal. Un nombreux cortege de serviteurs et 
d' esclaves les entoure. Leurs riches habits aux couleurs ecla* 
tantes, leurs bonnets eleves, leurs chevaux couverts de 
housses et de barnais dores, leurs faucons portes sur le poing, 
leurs levriers qui bondissent autour d'eux, leurs kalions ou 



144 S0C1ETE IMI'ERIALE Z00L0GIQUE d'aCCLIMATATION. 

narguilles qu'ils fument a cheval sans s'arreter, tout cela 
forme un tableau pittoresque etanime qui rappelle a la fois le 
moyen age et l'Orient, et fait oublier la tristesse et la laideur 
du paysage environnant. 

Mais cette nature si sterile et si sauvage change enquelques 
heures, si vous gravissez et franchissez la chaine derElbourz. 
Autant le versant meridional qui regarde la plaine de Teheran 
est rocailleux et aride, autant le cote septentrional est cou- 
vert de verdure, de fleurs et de forets. Le climat, la nature, 
Fair, sont entierement differents; le changement est subit et 
total. Les montagnes se revetent d'une vegetation de plus en 
plus puissante, a mesure qu'elles abaissent leurs versants 
vers la mer Caspienne. Cette mer, dont le niveau est de 
83 pieds au-dessous de celui des autres mers, est environnee 
de profondes vallees aussi basses quelle, et remplies de forets 
et de marais presque impenetrates : c'est cequ'on appelle le 
Mazenderan. De nombreux cours d'eau, dont les principaux 
sont les rivieres de Selif-Uoud, qui a son embouchure pres de 
Recht, de Heras ou Lar, de Barfrouche, de Nour, repandent 
dans cette province une vegetation admirable. On y trouve 
des forets presque vierges, avec tous les arbres d'Europe, et 
des varietes inconnues, des bois de construction propres aux 
navires et des bois precieux pour 1'industrie et l'ebenisterie. 
Le citronnier et Poranger y prosperent; mais le manque 
absolu devoiesde communication empeche qu'on ne tire parti 
de ces richesses. Les arbres meurent de vieillesse, et leurs 
debris poudreux encombrent les ravins et les torrents. 
Quelques charbonniers exercent seuls leur industrie au sein 
de ces forets, et en expedient les produits sur des mulcts, a 
Teheran et dans la province de lTrak. Malheureusement, 
l'humidite extreme et les pluies continuelles, qui font la ri- 
chesse etla fertilite de cepays, contribuent aussi a y develop- 
per des fievres terribles qui le rendent inhabitable pour les 
Europeens et dangereux meme pour les indigenes. Les Kusses 
qui s'y elaient etablis sous Pierre le Grand, attires par la 
fertilite du sol, ont ete obliges de Fabandonner, et l'ont cede 
par un traite a Nadir-Chah, le conquerant de l'lnde. 



VOYAGE DANS LIB MONTAGNF.S DE l'kLHOURZ. 1^5 

Noire voyage dans cede partie du Mazenderan dura plus 
d'un mois. Nous marchions a Taventure. Lorsque nous trou- 
vions un endroit pittoresque et fertile en gibier, nous nous y 
arretions et y faisions dresser nos tentes. Les Truites abon- 
dent dans toules les rivieres. Les Perdrix sont de trois sortes. 
II y a d'abord une espece de Perdrix rouge qui ressemble beau- 
coup a la Bartavelle; puis une Perdrix grise, beaucoup plus 
petite que celle de France et d'une chair excellente, qu'on 
appelle Tiou; enfin, une Perdrix de la grosseur d'un dindon, 
(ju'on nomme Perdrix royale ou du Demavend, et qui se plait 
dans les rochers et la neige, a une elevation considerable. 
Nous en avons vu sur le pic de Kolasson, a pres de 12 000 pieds 
au-dessus du niveau de la mer. C'est 1'oiseau le plus remar- 
quable du pays, et le nom qu'on !ui a donne indique le cas 
qu'en font les Persans. Son plumage est brun et blanc, son bee 
et ses pieds rouges, sa chair excellente. Un ministre d'Angle- 
terre a Teheran a envoye en Ecosse un couple de ces animaux ; 
mais j'ignore le resultat qu'a eu cet essai d'acclimatation. 

Outre la Perdrix, on trouve dans les vallees, des Cailles, et, 
sur les hauteurs, des Antilopes, des Mouflons et des Chevres 
sauvages d'une espece remarquable, dont lescornes ont quel- 
quefois plus dun metre de longueur. J'en possede un specimen 
vraiment extraordinaire. 

Voici les points principaux dont nous avons mesure les hau- 
teurs : 

Charislonek 7,889 pieds anglais. 

Gbimlian 9,620 — 

Kolasson 10,800 — 

Lanous 5,900 — 

Tchesme 9,430 — 

Camarman 7,860 — 

Fulad-cou 10,561 — 

VallCe de Nour 6,530 — 

Passage avant Sefid-Ab 10,859 — 

Lar 7,833 — 

l.ena 6,618 — 

Le pied du pic de Demavend. . . 12,864 — 
Le Demavend 21,520 — 

Apres le Demavend, la montagne la plus elevee de toule 
cette region est le Chazade-cou (la montagne du prince). Sa 

T. VI. — AvriM859. 10 



14© S0C1ETE IiMl'EKIALK ZOOLOGIQUti h'ACCUMATATION. 

forme bizarre la designea Inattention du voyageur. Son som- 
met est inaccessible a cause des rochers a pie qui le couron- 
nent ; mais on peut evaluer sa hauteur a 15 000 pieds environ. 

A notre retour du Mazenderan, et apres quelques jours de 
repos au campement anglais dans la vallee de Lar, nous 
sommes repartis pour faire l'ascension du Demavend. Nous 
tenions a avoir la gloire de mesurer les premiers la hauteur 
de cette montagne, qui passe ehez les Persans pour inacces- 
sible, et qui domine majestueusement de sa neige eternelle 
toute la chaine del'Elbourz. Cette derniere expedition devait, 
pour ainsi dire, couronner notre voyage d'exploration et de 
decouverte dans ces regions inconnues (1). 

* • 

Le Demavend est la plus haute montagne de FAsie apres 
FHimalaya: nous etions a peu pres de 5000 pieds plus eleves 
que l'Ararat et a plus de 6000 au-dessus du Mont-Blanc (qui 
n'a, comme on sait, que 4810 metres, ou 15632 pieds anglais). 
Iln'y a ni en Europe, ni en Afrique, de points plus eleves. On 
cite en Asie les pics de I'Himalaya, et en Amerique, dans les 
Cordilleres, ceux appeles Nevado de Sorata et Nevado de 
Ilimani. Le Chimborazo lui-meme (21 222 pieds anglais) est 
inferieur de quelques centaines de pieds au Demavend. 

II est a regretter qu'un voyage tel que celui que nous avons 
fait dans les rnontagnes de TElbourz, et une ascension comme 
celle du Demavend, n'aient pas ete executes par des savants. 
Ce curieux pays est tout a fait inconnu au point de vue de la 
science, et renferme pour un botaniste, et surtout pour un 
geologue, des tresors immeuses, qui se donneront au premier 
qui saura les voir. On pourra juger, d'apres le peu que notre 
ignorance a pu decouvrir, des richesses que contient ce sol 
inexplore.On nous pardonnera aussi d'avoir ose toucher a ces 
matieres qui ne sont point de notre competence; nous n'avons 

(1) L'auteur donnc ici de l'ascension du Demavend unc relation tres 
inte"ressante, mais trop e*tendue et trop e"trangi'ie a 1'objet des travaux de la 
Socie"^. pour qu'il ait etc possible de lui donner place dans ce recueil. 



VOYAiili DANS LKS MONIAUMKS |g L ELHOUKZ. 1A7 

eu que la pretention (liiidiquer la route ; les habiles viendront 
iMisuite 

Voici les noms de quelques plantes qui nous ont paru re- 
marquables a divers titles, el dont, pour la plupart, nous 
avons recueilli des graines. 

Kargouchek, plantea lleurjaune, dontles pecbeurs du Ma- 
zenderan se servent pouretourdir le poisson, qui abonde dans 
les rivieres, et qui se prend ensuite facilement. 

Kehvache, herbe contre les puces, dont on fait une assez 
graude exportation en Russie. 

Le Bheum Rivas se trouve en abondance dans les mon- 
tagnesde I'Elbourzjusqu'a la bauteur des neiges eternelles, et 
prospere dans des terrains composes de debris d'ardoises. Ce 
legume fleurit vers le mois d'avril, et Ton en mange les bour- 
geons, qui ont un gout delicat. La racine se vend dans les 
bazars, sous le nom de Rhubarbe de Chine ; mais son action 
est faible. Les Persans font avec les bourgeons du Rheum 
Rivas une boisson tres rafralcbissanle. J'en ai recueilli des 
semences dansun endroit de la montagne ou se trouvaientdes 
bouleaux, arbres qui ne viennent en Perse que dans les lieux 
froids et eleves. 

Zole, cbardon qui croit dans les pierres et les rocbers et 
donne une fleur bleue, couleur turquoise, en forme de boule, 
la plus belle que j'nie jamais vue en Asie. 

Karchoutouri , Cbardon du cbameau, ainsi nomme parce 
que ecst le seul animal qui puisse s'en nourrir. Ses feuilles 
exsudent une manneque les Persans appellent terengebin^ et 
dont ils font des sirops et des sorbets. Cette plante croit en 
abondance dans le desert qui environne Teberan, mais elle 
ne produit de la manne qu'aux environs de Kerman. Cette 
substance, que les Persans apprecient fort, se recueille egale- 
rnent pres de Kerman, sur un arbre vert assez commun que Ton 
nomme Guez % espece de Tamarix qui, comme le Karcbou- 
louri, pousse partout, mais ne donne de manne que dans le 
sud de la Perse; la meilleure vientde Kbounsor. 

Le Saule persan [Salix fragilis), dont les racines sont 
rouges, les feuilles tres allongees, et les fleurs, au printemps. 



148 S0CIETE IMPERIALE ZOOLOGIQL'E b'ACCLIMATATION. 

repandent une odeur delicieuse, exsude egalement une manne 
dont on fait un excellent sirop, et qui s'emploie aussi en me- 
decine. 

Derekt felfol^ l'Arbre de poivre, petit arbrisseau qui croit 
dans les terrains les plus sees et les plus pierreux. 

Dans les forets du Mazenderan, nous avons remarque : 

Le Tengues, espece d'Acacia dont le trone est herisse 
d'enormes epines, et dont on fait des baies impenetrables. 

Le Demir Agatche, bois de fer {Mioxylum)\ sa hauteur 
atteint 30 pieds environ. II est fort estime dans le pays, et 
tres employe dans Tindustrie. 

VAzad dereht, arbre libre, espece de Pin. En Persan, 
Azad veut dire cypres, rnais ici ce nom s'applique a une va- 
riete du genre Melea de Linne. Cet arbre est rernarquable par 
sa hauteur, la grosseur de son tronc, et sa forme droite et 
elancee. II me paralt eminemment propre aux constructions 
maritimes. 

Le Fermani. Cet arbre, particulier au bassin de la mer 
Caspienne, est colossal. Ses feuilles ressemblent a celles du 
Hetre, et son fruit a de petites dattes. On emploie son bois dans 
l'industrie, et Ton fait avec le fruit un bon sirop. Cet arbre a 
une analogie avec le Palmier, ses sexes sont separes. 

Nous avons vu egalement dans ces forets un arbre dont nous 
ignorons le nom, mais qui ressemble au Tremble, et atteint 
d'immenses proportions ; on nous a assure qu'il y en avail de 
plus de 40 archines ou 50 metres environ. 

Jementionnerai ici deux arbres qui sc trouvent non-seule- 
ment dans le Mazenderan, mais dans toute la Perse, sous les 
climats les plus divers, et qui font le plus bel ornement des 
jardins du pays. 

L'un s'appelle Narbend. Sa forme ronde etgracieuses'elance 
en eventail. Son feuillage, compose de touffes rondes et bril- 
lantes, est tellement epais, qu'il est impenetrable m6me aux 
rayons du soleil d'Asie et qu'il repand une ombre toujours 
fralcbe. Ce bel arbre, dont racclimatation en France me 
semble tres facile, est tout simplement une variete de I'Orme. 
On l'obtient par greffe, car il ne donne point de graines. 



VOYAGE DANS LES MONTAGNES DE l/ELBOURZ. 109 

Le second tlont je veux parler, et qui est tout aussi gra- 
cieux et non moins aime lies Persans, c'est PArbre de soie, 
Derekt Aprichcn. 

Cet arbre, de la famille des legumineuses, ressemble a TAea- 
cia du Grand Seigneur, dont il est sans doute une variete 
obtenue par grefle comme 1c Narbend ; sa feuille est des plus 
gracieuses, et les fleurs dont il se couvre pendant la fin de I'ete 
et I'automne entier se composent d'une toufle de soie d'un 
rose vif dont l'ensemble produit un eflet des plus agreables. 

Le tabac de Perse, connu sous le nom de Tombakou, se 
cultive dans les provinces meridionalesde la Perse ; le meilleur 
vient du district de Iledjnum pres d'Ispahan. II y en a de deux 
especes. L'une s'appelle Ghiri-Renk, etPautre Ghiri-Kushad. 
La premiere, qui est la plus eslimee, a des noeuds dans les 
feuilles, qui sont longucs etpesantes. La plante s'eleve jusqu'a 
une bauteur de h pieds, et demande a ^tre abondamment 
arrosee. Le Ghi?'i-Kushad a des noeuds plus rares ; ses feuilles 
sont grandes, fines et terminees en rond. II ne demande pas 
autant d'eau ; aussi le plante-t-on a Ispahan, a Djulfa et parlout 
ou Peau est rare. 

On fait un semis de Tombakou vers la fin de Janvier, dans un 
endroit chaud, expose aux rayons du soleil, ou on le laisse gran- 
dir jusqu'aux premiers jours de mai; puis on le depique et en 
le transporte dans les lieux de plantation dont la terre a ete 
convenablement preparee. La recolte se fait vers la fin de 
septembre. 



150 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION 

III. EXTRAIT DES PROOES-VERBAUX 
DES SEANCES GENERALES DE LA SOClETE. 



SEANCE DU 18 MARS 1859. 
Pr6sidence de M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire. 

M. le President proclame les noms des membres nouvelle- 
ment admis : 

MM. Ali-Naghi (Mirza), gentilhommedelachambre deS. M. le 
Schah de Perse et second secretaire de Tambassade 
persane, a Paris. 

Baillarger (le docteur), medecin des hopitaux, menibre 
de 1'Academie imperiale de medecine, a Paris. 

Berard (de), peintre et voyageur, a Paris. 

Bersolle (Auguste), secretaire de l'ambassade de France 
en Chine, a Paris. 

Boulard (Gustave), a Paris. 

Boyer, inspecteur des lignes telegraphiques, a Paris. 

Brenier (le baron), ministre plenipotentiaire, a Paris. 

Costallat, sous-prefet, a Milianah (departement d'Alger). 

Cousin (Adrien), notaire, a Paris. 

Cussy (le vicomte de), ancien officier superieur, a Paris. 

Denonvilliers (le docteur), professeur a la Faculte de 
medecine, membre de I'Academie imperiale de mede- 
cine, inspecteur general des Facultes et des Ecoles de 
medecine de France, a Paris. 

Dupont, officier du genie en retraite, a Rouge-Perrier, 
par Neubourg(Eure). 

Farre (Geraud), proprietaire, au chateau du Claux, pres 
Aurillac (Cantal). 

Feuillet de Conches (le baron), maitre des ceremonies, 
introducteur des ambassadeurs aupres de S. M. 
I'Empereur, a Paris. 



piioces-vkrbmjx. 151 

MM. 6t ACCOM, conseiller a la (lour imperiale d'Algcr. 

Giralu (A.), redacteurdes proces-verlmux du Corps legis- 
late I", a Paris. 

Hamilton (le due de), pair d'Angleterre, a Paris. 

Hl\nni:quin(H.), proprielaire, a Aulnay (Seine), eta Paris. 

.Io^skau (Francois-Jean-Baptiste), depute au Corps legis- 
late, a Paris. 

Mahguerittk, chef d'escadron, commandant le cercle de 
Lagliouat, aLagbouat (Algerie). 

Masson (A.), employe au Ministere de la marine, a Paris. 

Millet, depute de Vaucluse, a Orange (Vaucluse). 

Minster (Louis), proprietaire, a Paris. 

Palffy(1c comle Jean), aPresbourg(Hongrie), eta Paris. 

Reiset (le comte de), ministre plenipolentiaire, a Paris. 

Wurtz (le docteur), professeur a la Faculte de medecine, 
membre de l'Academie imperiale de medecine, a Paris. 

— MM. Arthur Arnould, Delacroix, Gamier, Lairtullier, 
Percheron, Fourrier et E. Perrot d'Estivareilles ecrivent pour 
remercier de leur recente admission dans la Societe. 

— S. Eniin. le Nonce apostolique, arcbeveque de Nice, et 
M. le baron de Wendland, ministre de Baviere en France, 
informent qu'ils ont fait parvenir a Sa Saintete le Souverain 
Pontife, et a S. M. le Hoi de Baviere, les adresses ou le Conseil 
a depose Texprcssion de sa respeclueuse gratitude pour l'lion- 
neur que ces souverains ont accorde a la Societe en daignant 
permettre leur inscription sur la liste des augustes protecteurs 
de notre oeuvre. 

— M. Drouyn de Lhuys rend compte d'une audience dans 
laquelle il a eu l'honneur d'etre rec,u par PEmpereur avec 
MM. le prince Marc de Beauvau, le comte d'Epremesnil et 
Mitchell, afin de presenter a S. M. les plans du Jardin d'accli- 
matation qu'Elle a bien accueillis.Differentes demandes adres- 
seesdansl'interetdu Jardin ont etc tresfavorablementecoutees 
par 1 'Empereur. 

Sur la communication qui a etc faite a rEmpereur du projet 
forme par la Societe de se procurer au Perou des Alpacas et 



152 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIM.VTATION. 

des Vigognes de race pure, S. M. a voulu que son noin fut 
inscrit en tete dela liste des personnes qui desirent s'associer 
individuellement acette importante acquisition. 

— M. Guerin-Meneville donne, d'apres une lettre de notre 
confrere M. Hollard, des nouvelles satisfaisantes sur l'organi- 
sation du Comite d'acclimatation de Poitiers. M. Hollard, de 
concert avec M. le Prefet de la Vienne, s'occupe de la creation 
d'un jardin qui serait a la fois une annexe tres utile de la 
Faculte des sciences et un jardin d'acclimatation zoologique 
aussi bien que botanique. 

— Une demande de graines, provenant de notre Societe 
agregee d'horticulture de TAube, est renvoyee a la Commission 
de distribution des vegetaux. 

— A l'occasion d'un don de graines du Savonnier del'Inde, 
dit Sapindus emarginata, que M. Laure, agronome de Tou- 
lon, fait a la Societe, et par suite d'une observation du secre- 
taire, relative aux inconvenients que semble presenter l'emploi 
habituel du savon vegetal fourni par les fruits de cet arbre, 
M. Ramon de la Sagra appelle ['attention sur ce point. Ainsi, 
dit-il, le savon provenant, par exemple, du Sapindus sapona- 
ria, tres commun a Tile de Cuba, contenant des principes qui 
attaquent les fibres du tissu des toiles, il est utile seulement 
pour le linge tres grossier. 

— M. Brierre, de Riez (Vendee), adresse un nouveau Rap- 
port sur les Haricots de Chine, sur les graines mucilagineuses 
du Dracocephahim Royleanum {Bulletin, I. V, p. 39) et sur 
le Sorgho. II a vu de (res heureux resultats obtenus par l'emploi, 
dans son departement, des tiges de cette graminee comme 
fourrage. A ces pieces il a joint un dessin a l'huile represen- 
tant, de grandeur naturelle, le developpement sous terre de 
l'lgname de Chine dans sa quatrieme annee, et dontles tuber- 
cules se sontsubdiviscs et aplatis. En outre, M. Brierre annonce 
qu'il fait de nombreuses distributions des produits obtenus par 
lui des vegetaux qui lui ont ete confies. Ce Rapport est ren- 
voye a la 5 e Section ainsi qu'un autre Rapport transmis par 
M. Charleuf, a Voccasion de ses cultures a la Bussiere 
(Nievre). 



I'ROCKS-YKHIUUX. 153 

— M. V. Chiitel depose sur le bureau un travail imprime 
qui a pour litre : Durule des animalcules dans les alterations 
des fruits, des tuber cules de la pornme de terre, des truffes 
et des feuilles de vegetaux. 

— Notre Societe agregee d'horticulture a Nantes annonce 
qu'une exposition des prod nits et objets (Tart et d'industrie 
horticoles aura lieu dans cette ville, les 12, 13 et \h mai, et 
elle sollicile la presence d'un membre de notre Societe com me 
delegue devant faire partie du jury charge de l'examen et du 
jugementdes concours. Renvoi au Conseil. 

— M. Paillet donne lecture d'un Rapport salisfaisant sur 
ses cultures d'Ignames. A cette occasion, M. le President rap- 
pelle que c'est a M. Paillet qu'ont ete confies les premiers bul- 
billes de cette precieuse Dioscoree. 

— M. Oudin aine, pepinieriste a Lisieux, fait parvenir un 
ex trait du Catalogue de ses cultures. 

— M. Zablotsky, directeurdu departement del'Economie ru- 
rale au Minislere des domaines del'empire de Russie, transmet 
le catalogue des plantes de Chine dont il a donne des graines 
formant une nombreuse collection. 

— Des ofTres de service relatives a l'education des Vers a 
soie sont adressees a la Societe par M. Ed. Reveil, au nom de 
la Societe d'agriculture de Lyon, et par M. le general marquis 
d'Hautpoul qui met a la disposition de notre ceuvre deux ma- 
gnaneries qu'il possede dans le departement de FAude. Des 
remerciments seront transmis a nos deux confreres. 

— M. Guerin-Meneville fait hommage a la Societe, de la 
part de mademoiselle Caroline deSusini,d'unecertainequantite 
de graine de Vers a soie du Murier appartenant a la race Tre- 
voltini, et provenant d'educations poursuivies par elle a Sar- 
tene (Corse) ; cette graine sera deposee a la Menagerie des 
reptiles du Museum et confiee auxsoins de M. Vallee. 

— M. Guerin-Meneville offre a la Societe, de la part de 
M. Levert, Prefet de VArdeche , un opuscule extrait d'un 
Rapport officiel adresse a S. Exc. leMinislre de Tagriculture, 
et qui a pour tilre : Des Vers a soie d 'automne dans VArdeche \ 
en 1858. Notre confrere presente une analyse de ce travail 



Ibll SOCIETY IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATA/MON. 

dont les conclusions motivees sur 1'examen detaille de toutcs 
les questions qui se rattachent au sujet, sont que les educa- 
tions d'automne peuvent etre considerees comme utiles aux 
petits agriculteurs de FArdeche, car elles semblent devoir jeter 
dans le commerce et dans la fabrication une quantite notable 
deproduits. 

— M. le docteur Leon Soubeiran place sous les yeux de 
Fassemblee un fragment d'une toile tissee par un insecte 
d'espece non indiquee, el trouvee aux environs de Macon sur 
un tronc deCytise (Cytisus laburnum). 

M. Guerin-Meneville dit que ce tissu doit avoir ete fabrique 
par les larves du Papillon nocturne designe sous la denomina- 
tion de Hyponorneata padella, qui couvrent quelquefois le 
tronc des arbres, et particulierernent des arbres fruitiers, de 
longs voiles blancs sous lesquels elles vivent. II ajoute que des 
tentatives faites dans le but de cbercher a utiliser ce produit 
ont demontre qu'on n'en peut tirer aucun parti en raison de 
son peu de consistance. 

— M. de Beauvoys informe de Fheureux succes obtenu 
dans l'enfouissement des ruches a Dole (Jura) par une dame, 
qui eleve un grand nombre d'Abeillcs. Elle vient de faire sor- 
tir vingt-cinq ruches qui avaient ete enfouies sous terre en no- 
vembre et en decemb're. Toutes ces ruches sont en bon etat, a 
Fexception d'une seule, dont la destruction a ete acciden- 
telle. Des resultats aussi satisfaisants ont ete obtenus par M. de 
Beauvoys lui-meme, qui fait observer que Fexcellence de la 
pratique proposee par M. Antoine (de Reims) se trouve, pour 
la seconde annee, confirmee en tout point. 

— M.Millet presente des observations sur les differences 
offertes dans leur developpement par les poissons de lafamille 
des Salmonoides, suivant quits se sont reproduits apres avoir 
sejourne dans la mer ou sans avoir quitte les eaux douces 
Des resultats founds par les pecheries d'Irlande et d'Ecosse, 
dont M. Millet analyse les documents, il resulte, dit-il, que 
dans le cas ou ces poissons ne frequentent pas les eaux salees, 
leur taille reste plus petite. Dans son opinion, ajoute-t-il, il y a 
des inconvenients tres graves, a tous les points devue, a cber- 



PltOCES-VKRIJVUX. 155 

cber i recommciuvr des experiences sur ledeveloppement des 
Salmonoldes dans les eaux douces. 

M. Jules Cloquet fait observer que notre confrere a conclu 
d'une maniere trop generate d'experiences faites dans les pays 
du Nord a celles tentees dans la ptece d'eau de Saint-Cucufa. 
En eflet, dit-il, les differences de climat, de terrains, denature 
etde temperature des eaux, doivent apporter necessairement de 
notables differences dans les resullats obtenus par des experi- 
mentateurs operant dans des contrees qui sont loin de pre- 
senter les memes conditions. Nul , d'ailleurs , ajoute-t-il , ne 
peul dire d priori ou s'arrelera Taction de Thomme sur la 
nature vivante, surtout dans un temps ou, par de profondes 
etudes d'embryologie comparee, la science penetre plus avant 
dans la connaissance des lois de la vie 5 l'avenir ne nous 
appartient pas, et nous ne pouvons encore juger des futurs 
resultats que donnerontles experiences de M. Coste. II pense 
done qu'on doit engager les'pisciculteurs alesrepeter, et qu'ils 
constateront sans doule aussi que des Saumons nes d'oeufs 
fecondes artificiellement dans des reservoirs d'eau douce, 
peuvent, sa?is aller a la mer, arriver a un de'veloppement 
qui leur permette d'une part de se reproduire, et de I 'autre 
de pouvoir servir a I' alimentation. Quand bien mftme on ne 
parviendraita elever les Saumons qu'aux dimensions des Sau- 
moneaux du Rhin si recherches sur nos tables, ce serait deja 
un service important rendu par les experiences de pisciculture 
du professeur au College de France. 

— M. Cbavannes, delegue de la Societe a Lausanne, ecrit : 
« Notre Societe de pisciculture marche bien. Nous avons eu, 
ces jours-ci, Teclosion de A0 000 oeufs de Truites du lac 
Leman ^ il n'en a pas peri plus de 6 pour 100 pendant l'in- 
cubation. » 

— Dans une lettre relative a Tintroduction a la Martinique 
d'animaux qui puissent combattre et detruirele Serpent veni- 
meux dit Fer-de-lance (Bothrops lanceolatus), le Cochon ayant 
ele cite, le Secretaire fait observer que, en raison des ravages 
de cet animal, quand il penetre dans les cbamps de Cannes, il 
esl impossible de songer a en faire un auxiliaire utile de 



456 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE D'ACCLlMATATfON. 

rhomme pour la destruction du redoutable reptile. Aussi la 
Societe, en proposant dans sa derniere seance publique un 
prix pour 1'introduction etl'acclimatation a la Martinique d'un 
animal destructeur de ce Serpent, a-t-elle eu soin d'exclure 
les especes nuisibles aux cultures (voy. plus haut, p. in). 

— M. le professeur J. Cloquet annonce l'intention ou il est 
de lire prochainement un travail sur ce sujet. 

— M. Aristide Dupuis depose sur le bureau trois numeros 
des journaux la Science pour tons et le Monitenr des cornices, 
dans lesquels il a publie, aux dates du 13 decembrel855, du 
28 aout 1858 et du 5 mars 1859, des articles etendus sur les 
travaux de notre Societe, et un compte rendu detaille de la 
derniere seance publique. M. le President remercie notre con- 
frere du soin qu'il prend d'enlretenir les lecteurs de ces jour- 
naux des progres de notre ceuvre. 

— M. Natalis Rondot ecrit une lettre de remerciments a 
Toccasion de la medaille de premiere classe que la Societe lui 
a decernee pour 1'introduction en France de l'un des Nerpruns 
de Chine qui donnent la belle couleur verte nominee lo-kao 
En meme temps, il fait bommage d'un Rapport quMl a presente 
a la Chambre de commerce de Lyon sur le Musee d'art et 
d'industrie qu'elle va fonder dans cette ville. 

— M. Felix Foucou, en faisantparvenir unebrocbure inti- 
tulee De I ' acclimatation des travailleurs blancs dans les 
colonies francaises^ adresseune lettre dans laquelle se trouve 
contenue une proposition dont l'examen est renvoye au Con- 
seil. Cette proposition a pour but de provoquer la formation, 
dans le sein de la Societe, d'une Commission cbargee d'etudier, 
dans leurs rapports avec le travail, les cultures des colonies et 
toutes les questions qui se rattachent, sous le point de vue de 
l'bygiene, au remplacement dans ces colonies des homines 
de couleur par des bommes de race blanche. 



PU0CES-VEHBAUX. 157 

SEANCE DU 1" AVRIL 1859. 
Pr6sidence de M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire. 

jM. le President proclame les noms des membres nouvelle- 
ment admis : 

MM. Adelsward (le baron d'), envoyc extraordinaire et ministre 
plenipotcntiaire de S. M. le roi de Suede et de Nor- 
vege, a Paris. 

Beaubin (Guillaiime), proprietaire, fabricant de sucre, a 
Margny pres Compiegne(Oise). 

Ciiassiron (le baron de), senateur, a Paris. 

Cornudet (le comte), ancien pair de France, a Paris. 

Duchesne de Bellecourt, consul general de France au 
Japon, a Paris. 

Dutfoy (Auguste), proprietaire agriculteur, a Eprunnes 
pres Melun (Seine-et-Marne). 

Grenier tils, proprietaire, a Cerilly (Allier). 

Guillemeau (le docteur), a Paris. 

Glyot (le docteur Jules), a Paris. 

Hugueney, lieutenant-colonel, commandant les compa- 
gnies du train des equipages militaires de 1'armee 
d'Afrique, a Alger. 

Jalabert de Hlparlac, a Paris, 

Koechlin (Andre), ancien depute, a Paris. 

La Vallee (Alpbonse), a Paris. 

Louvrier, conseiller a laCour imperiale de Poitiers. 

Mon (S. Exc. M.), ambassadeur deS. M. Catbolique, a Paris. 

Paillet (Louis), borticulteur, a Paris. 

Pelletier (Joseph), chimiste, a Paris. 

Pons (de), capitaine de spabis, commandant la Smala de 
Beragouya, a Medeah (Algerie). 

Tollard (E.), marchand grainier, horticulleur, a Paris. 

Valade-Gabel, directeur honoraire del 1 inslitution impe- 
riale des sourds-muets de Bordeaux, a Paris. 

— II est donne lecture d'une lettre par laquelle S. A. I. le 
prince Ferdinand-Maximilien, archiduc d'Autricbe, qui a 



i 58 SOCIETE IMPERIAL ZOOLOGIQUE p'aCCLIMATATION. 

daigne permettre ['inscription de son noin parmi ceux des 
augustes protecleurs de notre Societe, cxprime aM. le Presi- 
dent, en termes pleins de bienveillance, l'interet qu'il porte a 
nos travaux. 

— M. le chef du cabinet du Ministre de l'Algerie et des 
Colonies, transmet copie de deux depeches des gouverneurs 
de la Guadeloupe et de la Martinique informant de l'institution 
dans chacune de ces deux colonies d'un Comite d'acclimalation 
destine a correspondre avec la Societe. Ces Comiles, composes 
des hommes les plus competents, portent a quatre le nornbre 
de nos Comites coloniaux. 

— Suivantl'ordredu jour special de cette seance, l'assemblee, 
appelee a se prononcer sur une demande d'aflilialion adressee 
au nom de la Societe centrale d 'agriculture etd'acclimatation 
des Basses-Alpes, a Digne, par son President, M. de Saint- 
Paul, Prefet du departement, 1'admet a l'unanimite au nornbre 
de nos societes affiliees. 

— Deux demaiides d'agregation emanant , l'une de la 
Societe d 'agriculture deSavoie, dontle siege est a Chambery, 
l'autre de la Societe d' horticulture de Bergerac (Dordogne), 
sont renvoyees a I'examen duConseil. 

— Des lettresderemercimentssont adressees par M. Hardy, 
a l'occasion de la grande medaille d'or qui lui a ete decernee 
dans notre derniere seance solennelle, et par MM. le vicomte 
de Cussy, Demontzey et Rapet, pour leur recente admission. 

— M. J. Pellon y Rodriguez, nomme Commissaire special 
des travaux publics des possessions espagnoles a Fernando-Po, 
dans le golfe de Guinee , fait parvenir, par Tentremise de 
M. Danican-Philidor, ses offres de service pour tout ce qui 
pourrait interesser la Societe dans cette ile. 

— M. le President informe l'assemblee de l'adoption par le 
Conseil d'Etat des Statuts de la Societe du Jardin d'acclimata- 
tiondu bois de Boulogne. Toutes les dilficultes etant mainte- 
nant levees et le decret imperial prepare, il y a tout lieu 
d'esperer queS. M. daignera le signer tres prochainement. 

— M.Becquerel, rappelant les succes desa culture d'Oran- 
gers a Chatillon-sur-Loing (Loiret) {Bulletin, t. V, p. 77, 107, 



I'llUCKS-VKItH.U X. 159 

el t. VI, p.35),ouil poss(\Uuin grand noinbredevarieles,emel 
levoeu que, comme ornement du Jardin d'acclimatation, il y 
soil conslruil uno scire temperee pour celte culture, dont il 
oll'rira volontiers les premiers elements a la Societe, a laquelle 
il propose aussi de fournir les moyens de cultiver dans ce 
jardin les plus belles Jacinthes, dont il obtient des produits 
comparables a ceux de la Hollande. 

Notre confrere est prie, par M. le President, de recevoir, a 
cette occasion, les remerclments de la Societe, 

— M. le baron de Luitjens, membre de la Societe, adresse 
de beaux ecbanlillons de la Pomme de terre de Sainte-Martbe 
provenant de Fremersberg pres Baden-Baden. II y joint un 
Rapport sur sa culture. 

— Notre confrere M. Pepin, qui a fait des essais avec cette 
Pomme de terre, declare qu'il en a bonne opinion; il engage, 
en consequence, a continuer les experiences et les observations 
commencees l'annee derniere, et a attendre la recolte procbaine 
avant de se prononcer d'une maniere definitive. II a goute 
quelques-uns des plus gros tubercules, etil les a trouves fari- 
neux etdoues d'une saveur agreable. 

— -M.Drouyn de Lbuys fait horn mage a la Societe, de la 
part del'un deses membres, M. Hubert-Delisle, ancien gouver- 
neur de Tile de la Reunion, d'une collection de graines pota- 
geres venant du cap de Bonne-Esperance, ainsi que d'un assez 
bon nombre d'autres graines de m6me origine. Des remer- 
clments seront transmis a M. Hubert-Delisle, etl'on remettra 
les graines a la Commission de distribution. 

— M. le President renvoie egalement a cette Commission des 
noyaux de P6ches, d'Abricots et de Prunes originaires de 
Perse, que M. Drouyn de Lhuysoffre au nom de notre collegue 
M.Bourree, ministre plenipotenliaire, a qui on fera parvenir 
les remereiments de la Societe. 

— M. Bourgeois, (jui nous a deja plusieurs fois entretenus de 
ses ellbrls pour 1'amelioration de la culture des Ignames, place 
sous les yeux de lassemblee deux racines de forme bizarre : 
leur extremite gi"6le, e'est-a-dire superieure, longue de m ,40 
a m ,50, s'eleve verticalement apres avoir fait un angle droit 



1(50 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCUMATATION. 

avec la portion rentlee, qui s'elait dirigee dans le sol hori- 
zontalement. Cette conformation anormale est due au soin 
que M. Bourgeois a pris de placer a une profondeur de 0™,35 
environ un lit de grands joncs ayant m ,0A a ,ll ,06 d'epaisseur. 
Par suite de cet obstacle imagine par son jardinier , les 
Ignames se sont ainsi detournees de leur direction verticale. 

— M. A. Dupuis fait observer que, par suite de cette hori- 
zontals des Ignames, il est a craindre qifon ne soit oblige 
d'espacer les plants par des intervalles trop considerables. 

— M. Jacquemait, qui vient de faire don a la Societe d'une 
quantite considerable de racines de cette Dioscoree, s'est ega- 
lement bien trouve d'une preparation du sol destinee a em- 
pecher une penetration trop profonde. 

Un membrede TAssemblee dit, a cette occasion, qu'ilpense 
que Tinstrument en pied de biche destine a extraire du sol la 
longue racine de la Patience pourrait 6tre employe avec avan- 
tage pour Tlgname. 

M. Pepin fait observer que les difficultes dont il s'agit sont 
en grande partie levees par le mode de culture propose par 
M. Paillet, et qui consiste dans la transformation de l'lgname 
en plante annuelle, par suite de l'emploi pour la reproduction 
de portions de racines beaucoup plus volumineuses que celles 
dont on fait usage d'ordinaire. (Voyez plus loin la Note de 
M. Paillet.) 

— M. Hennequin, directeur au Ministcre de la marine, et 
membrede la Societe, communique des renseignements qu'il 
a recueillis sur VAroidee de Samana (Haiti) nominee Tayo, et 
qui a ete rapportee en France par M. Constant Salles, capi- 
taine au long cours [Bulletin, 1857, t. IV). II resulte de ces 
renseignements, que cette plante contient 72 pour 100 de 
fecule pure et '28 pouHOOd'un residu mucilagineux et gluli- 
neux, qui est propre a la nourriture des animaux, et qu'elle 
reussit bien en Provence. On en peut fabriquer un pain 
agreable et tres nutritif, et son feuillage est un bon legume. 
Des remerciments seront transmis a M. Hennequin pour cette 
communication, qui est renvoyee a Texamen de la 5 e Section. 

— M. le docteur Turrel, secretaire du Cornice agricole de 



fROCES-VKRBAUX. 161 

Toulon, ecrita M. le President une letlre qui sera souniise au 
Conseil, et qui a pour but d'appeler Tattention de la Societe 
sur ['importance quesemblerait devoir presenter la formation, 
dans le Jarclin du hois de Boulogne, d'une collection complete 
de vignes reeueilliessur tous les points du globe. « On les ras- 
semblerait la, dit notre confrere, au point de vue de l'etude 
oudela multiplication ulterieure dans les districts viticoles ou. 
des especes superieures, soit en produit et en vigueur, soit 
en precocite, pourraient utilement se subslituer a des varietes 
inferieures.abatardiesoudegenerees par une culture seculaire 
ou par les ravages de Toidium. » 

— M. Aristide Dupuis donne lecture d'un travail sur les re- 
sultats obtenus jusqu'a ce jour par la culture des arbres resi- 
neux du nord du Mexique et de la Californie, connus sous les 
noms de Sequoia sempervirens et S. gigantea. Cette Note 
complete les renseignements precedemment fournis sur ces 
arbres par M. le marquis de Vibraye {Bulletin, t. V, p. 500), 
en faisant connaitre les conditions climatologiques les plus 
favorables a des essais d'acclimalation de ces arbres pre- 
cieux. 

— M. Bonnevyn, pharmacien en chef des hospices civils 
d'Aerscbot (Belgique), fait hommage d'un ouvrageayant pour 
titre : Considerations sur le The et sur son acclimatement 
en Belgique. 

— Diverses demandes de graine deVers a soiedu Ricin sont 
renvoyees a la Commission de sericiculture. A cette occasion, 
le Secretaire informe des soins pris par le Gonseil pour que 
ces distributions amenent, autantque possible, de bons resul- 
tats. Ainsi, on remet a chaque destinataire, en expediant les 
ceufs, une Instruction redigee par M. Guerin-Meneville, etqui 
renferme tous les renseignements necessaires aux eleveurs. 

— M. de Quatrel'ages offre a la Societe un exemplaire dun 
extrait du Rapport qu'il a presente recemment a TAcademie 
des sciences au nom de la Sous- Commission chargee par 
elle d'etudier la maladie des Vers a soie dans le midi de la 
France. Notre confrere fait connaitre d'une maniere sommaire 
les principales conclusions de ce Rapport. 

T. VI. — Avrill859. U 



162 SOCIETE 1MPER1ALE ZOOLOGIQUE D'aCCLIMATATION. 

Une de ces conclusions etant que la maladie epidemique 
dontils'agit nepeutetre attribute a une alteration preexistante 
des feuilles de Murier, alteration dont il n'y avait, est-il dit, 
aucune trace en 1858, M. Guerin-Meneville fait observer que 
les recherches entreprises cette annee par MM. les Commis- 
saires de 1'Academie des sciences n'ont pas ete assez prolon- 
gees pour pouvoir infirmer Topinion emise par lui , et qui resulte 
d'etudes deja anciennes, qu'il poursuit depuis quinze ans en 
France, en Italie, en Espagne, savoir, que la maladie des Vers 
a pour principale cause celle des feuilles. II ajoute que, selon 
lui, l'etat morbide des Vers asoie, devenu hereditaire, ne peut 
cesser brusquement, m6me quand les Muriers auront repris 
leur etat normal. 

— M. de Quatrefages repond que, deja longtemps avant 
d'avoir ete charge de la mission dont il vient d'exposer 
quelques-unsdes principaux resultats, il avait combattu l'opi- 
nion qui tend a faire considerer Tepidemie comme tirant son 
origine de l'alteration de la substance alimentaire. Si, dans 
certains cas, dit-il, il y aeu coincidence delamaladie des Vers 
et de celle du Murier, dans d'autres, au contraire, cette 
coincidence n'a pas ete remarquee. Des 18Zi2 et 1843, pres de 
Poitiers et dans le Gard, I'epidemie frappait les magnaneries, 
et les feuilles etaient saines. II pense done que les maladies 
des vegetaux ont pu aggraver celle des Vers, mais ne Tontpas 
produite. 

M. Anselme Petetin dit que, dans le Dauphine, en 1852 et 
en 1853, lefeuillagedu Murier a ete malade, mais que l'annee 
passee, bien qu'il ne presentatplus les memes tacbes, il a pro- 
duit une inflammation de l'intestin et ladiarrhee cbez tous les 
animaux quadrupedes auquels il a ete donne comme aliment. 

— Un envoi de 250 grammes de graine de Vers a soie du 
Murier parfaitement saine, provenant de l'Ecole centrale de 
sericiculture de Moscou, que la maladie n'a jamais atteinte, est 
annonce par M. deMasslow, secretaire perpetuel de la Societe 
imperiale d'agriculture de cette ville, comme un don qu'il 
fait a notre Societe. dont il est un des membres bonoraires. Des 
remerciments lui seront.transmis. 



I'KOCES-VEKUAUX. 463 

— M. Aguillon, qui possede pros de Toulon, dans sa pro- 
priety de l'Eygoutier, des Ailantes glanduleux en nombre con- 
siderable, les met a la disposition de la Societe pour des educa- 
tions en liberie du Ver a soie qui se nourrit des feuilles de 
cet arbre. Des remerciments seront adresses a notre confrere. 

— A cette occasion, M. Guerin-Meneville informe l'assem- 
bleequ'il a euThonneur de placersouslesyeuxdel'Empereurce 
nouveau Ver a soie, et de l'aire connaitre a Sa Majeste les res- 
sources que la soie produite par cet insecte peut fournir a 
notre industrie sericicole. 

— M. Perrottet ecrit de Pondichery pour informer qu'il 
adressea la Societe soixante-douze coconsvivants de la larve 
productrice de soie qui vit sur XOdina wodier, arbre de la famille 
des Terebinlhacees, et neuf cocons egalement vivants de la 
larve du Bombyx Mylitta, qui mange le feuillage de plusieurs 
arbres, et en particulier celui du Jujubier dit Syzygium jambo- 
lanum. Cette derniere espece nous a deja ete adressee prece- 
demment a deux reprises par notre confrere, mais nous n'avons 
jamais recu la premiere dont il sera necessaire de chercher a 
obtenir les accouplements a l'etat de liberte, comme on le fait 
pour le Bombyx My litta {Bulletin, t. V, p. 485 et suiv.). 

— M. Hamet, professeur d'apiculture, fait hommage a la 
Societe du Cours pratique d'apiculture qu'il vient de publier. 
Les remerciments de la Societe lui seront transmis. 

— M. Galmiche, inspecteur des for^ts, a Remiremont, 
adresse deux Rapports qui ont ete inseres dans le Bulletin de 
notre Societe affiliee d'acclimatation pour la zone du N.-E. L'un 
est relatif a des tentatives heureuses de pisciculture dans le 
ressortde l'inspection de M. Galmiche, et l'autre a desessais 
de domestication de la Marte. 

— M. A. Lefevre, naturaliste, a Paris, annonce qu'il pos- 
sede le moyen de guerir certaines affections des membranes 
muqueuses des oiseaux de basse-cour, et demande a la Societe 
de vouloir bien lui confier ceux qu'il lui semblerait necessaire 
de faire soumettre a un traitement. 

— M. le professeur J. Cloquet donne lecture d'une Note 
sur les moyens de detruire les Serpents, par racclimatation a 



164 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

la Martinique, a Sainte-Lucie et a la Jama'lque, d'oiseaux qui 
puissent combattre le Serpent fer-de-lance. 

Notre confrere ayant cite parmi les oiseaux dont l'inlro- 
duction devrait 6tre tentee, les Cigognes, qui ne causent 
aucune espece de tort aux cultures et que la mauvaise qualite 
de leur chair ferait respecter des chasseurs, M. le comte de 
Sinety emet I'opinion qu'il n'y aurait sans doute pas de secours 
efficace a attendre des Cigognes qui, habitant d'ordinaire le 
borddes eaux, ne se porteraient pas dans les lieux oil setient 
d'ordinaire le Serpent. II craindrait aussi qu'elles ne restassent 
pas stationnaires, en raison de leurs habitudes voyageuses. 

M, Ramon de la Sagra n'a pas la m^mecrainte, car dans la 
Castille,ou il n'y apasde marais,ces oiseaux, dit-il,sejournent 
toute l'annee et s'y reproduisent. 

M. Moquin-Tandon, a l'appui de cette fixite de residence, 
cite des Cigognes qui ont ete conservees pendant trois ans, au 
Jardin des plantes de Toulouse. La premiere annee, elles cher- 
cherent a s'eehapper, mais ensuite elles ne quitterent plus le 
jardin, ou une alimentation suffisante leur etait fournie. Ce 
fait prouve, ajoute-t-il, que les Cigognes, quand elles ont 
une nourriture assuree, n'emigrent plus. 

— Des renseignements sur les Lamas et les Alpacas sont 
adresses par M. Russeil (de Bordeaux), qui a etudie ces ani- 
maux dans TAmerique du Sud. 

— M. Frederic Jacquemart, conformement a l'ordre du 
jour special de cette seance, donne lecture d'un Rapport pre- 
sente au nom d'une Commission dont il faisait partie, sur les 
mesures prises par le Conseil pour I'introduction en France 
d'un troupeau d'Alpacas et de Vigognes. 

M. le President engage ceux de MM. les membres qui desi- 
reraient faire venir quelques-uns de ces animaux en Europe 
pour leur propre compte, a se hater de se faire inscrire au 
siege de la Societe. 

Le Secretaire des seances, 
Aug. Dumeiul. 



FAITS DIVERS. 165 

III. FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. 



< oiniirs <l .i.cl Imatation de la Guadeloupe et de la Martinique. 

Dans la stance du 1" avril, M. le President, apres avoir rappele" la cir- 
culate que S. A. I. le prince Napoleon avait bien voulu adresser, 1c 
3 novembre dernier, a MM. les Gouverneurs des Antilles, pour Porganisa- 
tion de ComltCs d'acclimatation dans nos colonies, a donne* communication 
des deux ddpeches suivantes qui lui ont t" t»- transmises par son Exc. M. le 
Ministre de PAlgerie et des Colonies. 

Ces ddpftches avalent e*te" adressges a S. A. I. le Prince Napoleon. 

Martinique (Fort-de-France), le M fovrier 1859. 
Monscigneur, 
J'ai l'honneur d'informer voire Altesse Imperiale que, conformement aux 
recommandations de sa depeche du 3 decembre, j'ai designe le Comite de l'expo- 
tition locale pour corresponds avec la Commission permanente des Colonies formee 
au sein de la Societe imperiale zoologique d'Acclimatation. 
Le Comite se compose de : 
MM. Le direcleur de l'interieur, president. 
Le maire de Saint-Pierre, vice-president. 
Le Lorrain, secretaire general de la direction de l'interieur. 
Neyrat, proprietaire. 
Cordier, id. 

Bei. anger, directeur du Jardin des plantes. 
De Maynard, commissaire de l'Exposition locale. 

Je suis avec un profond respect, etc. Le Gouverneur par interim, 

Lagrange. 

Guadeloupe (Basse-Terre), le 18 fdvrier 1859. 
Monseigneur, 

J'ai recu le \ " de ce mois la depfiche par laquelle votre Altesse Imperials 
manifeste l'intention d'organiser dans la colonie un comite destine a corresponds 
avec la Commission permanente des Colonies formee a Paris au sein de la Societe 
d'Acclimatation. 

Je me suis occup6 immediatement de la formation de ce comite. 

J'ai, en outre, en publiant dans la gazette offlcielle du 1 1 de ce mois, la depeche 
que votre Altesse Imperiale m'a fait l'honneur de m'adresser a cette occasion, 
fait un appel a ceux des habitants de la colonie qui s'occupent des ameliorations 
a introduire dans notre agriculture. 

J'aurai l'honneur d'informer procliainement votre Altesse Impe>iale de la 
constitution definitive de ce comite, comme aussi je m'empresserai, le cas ccheant, 
d'adresser au departement le resultat de ses travaux. 

Je suis, etc. Le Gouverneur, Touchard. 

Lettre de § A. I. l'archiduc Ferdlnand-IMaxlmiilen d'Autriche. 

La lettre suivante a die" adresse*e a M. le President de la SociCtd par 
S. A. I. Parchiduc Ferdinand-Maximilien d'Autriche : 

Monsieur le President, 
Je me serais empresse de repondre sans delai a l'aimable lettre par laquelle 
vous avez bien voulu m'annoncer mon inscription parmi les membres de la Societe 



166 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE u'aCCLIMATATION. 

imperiale zoologique d'Acclimatation, si je n'avais prefere attendre le moment 
ou je pourrais en meme temps remplir ma promesse de vous transmettre l'epreuve 
photographique de cette espece d'Hemione qui se trouve a la menagerie de 
Schcenbrunn. Cette epreuve vient de m'etre envoyee, et j'ai hate de vous la faire 
parvenir dans le pli ci-joint. Je regrette doublement le retard qu'a subi sa con- 
fection, puisqu'il a fait differer si longtemps l'expression de la vive satisfaction 
que j'eprouve a voir figurer mon nom au milieu de celui de tant d'hommes dis- 
tingues. Toutes mes sympathies sont acquises a la tache que poursuit la Societe, 
et c'est avec un grand interet que je prends connaissance de ses publications. 
Peut-etre les relations dans lesquelles mes voyages m'ont mis avec les regions 
extra-europeennes pourront-elles, dans l'occasion, lui etre de quelque avantage, 
et je me feliciterai toutes les fois que mon concours aura pu profiter au but inte- 
ressant et eminemment utile que la Societe s'est propose. 

Place a latete de l'administration d'un pays dont la culture de la soie, si grave- 
ment atteinte aujourd'hui, faitune des principales richesses, j'ai ete particuliere- 
ment touche de l'assistance pretee recemment par la Societe d'Acclimatation a une 
entreprise qui a pour objet de remedier a la fa tale decheance de cette industrie. 

Veuillez, M. le President, faire connaitre ces sentiments au Conseil d'adminis- 
tration et a chacun de ses membres en particulier. 

Ma visite au Musee d'histoire naturelle de Paris, ou j'ai eu le plaisir de vous 
avoir pour guide , m'a laisse le plus agreable souvenir, et je me fais une fete 
d'aller le revoir un jour, ainsi que l'etablissement analogue que la Societe impe- 
riale d'Acclimatation a eu la pensee de creer au bois de Boulogne. 

Je suis, M. le President, etc. Ferdinand -Maximimen, archiduc d'Autriche. 

Chateau de Monza, le 27 mars 1859. 

Introduction d'un troupeau de 280 Lamas et congeneres 
en Australie. 

Sous ce titre, M. Vauvert de Mean, chancelier du consulat de France a 
Glascow, a communique a la Societe" la note suivante : 

« Peu d'entreprises des temps modernes ont ete conduites avec une energie 
plus determinee et une plus grande perseverance que celle que vient heureuse- 
ment d'accomplir M. Ledger. Le nom de ce gentleman est peu connu du public 
anglais en general ; mais il se perpetuera dans les colonies australiennes comme 
celui d'un homme qui aura plus que tout autre contribue a l'accroissement de sa 
richesse. M. Charles Ledger est un marchand anglais etabli depuis nombre 
d'annees a Tacua, au Perou ; le commerce des laines d' Alpaca est le but principal 
de ses affaires ; il preparait depuis six ans l'execution de son projet d'introduire 
en Australie cette race precieuse d'animaux a laine. 

» Les difllcultes contre lesquelles il avait a lutter pour porter a execution ce 
projet etaient enormes, mais apres six ans de perseverance indomptable, au 
milieu de dangers et de desappointements sans nombre, il a reussi a accomplir 
son projet, et la derniere malle australienne nous annonce l'heureuse nouvelle 
de Tarrivee a Sidney de 280 de ces precieux animaux. Le troupeau se compose 
de Lamas , Alpacas et Vigognes , plus differentes varietes qui ont ete obte- 
nues par des croisements de races. Ces animaux, au depart de la malle, pais- 
saient tranquillement dans les environs de la ville, sans paraitre se ressentir du 
changement de climat. L'heureuse arrivee de ce grand troupeau d'Alpacas a 
Sidney est un grand triomphe pour M. Ledger, et donne un exemple d'intrepidite 
et de prudence qui merite d'etre signale. Avoir conduitce troupeau par des regions 
montagneuses, expose aux vicissitudes de climat, changement de nourriture, 
ravages des animaux, jalousie des gouvernements, et enfin avoir reussi avec 
autant de succes a l'embarquer et a faire une traversee aussi longue, sont des faits 
qui prouvent en faveur du patriotisme et de l'intrepidite de leur auteur. » 



FA1TS DIVEKS. 167 

Aequisition du troupenu <l< Clianieaux. que In Koclete a < «< 
charge*- d'inti -oduli <• au Bresil. 

La saison d«?signe*e pour ('expedition des Chameaux an Bresil etant 
arrive*e, M. Richard (duCanlal), vice-president de la Society, actuellement 
a Alger, s'est rendu dans le sud de l'Algerie ou il a fait, avec le zele et le 
denouement dont il a de"ja donne* tant de tdmoignages , I'acquisition d'un 
troupeau de choix. 

En mfime temps M. A. Hesse, qui a d<5ja rendu d'importants services a 
la Society, dont il est le dengue" a Marseille, et qui avait bien voulu se 
charger de prendre les mesures ne*cessaires pour s'assurer d'un navire, 
traitait avec un armateur dans des conditions propres a assurer le succes de 
cette expedition. 

Nous extrayons de la conespondance de M. Richard (du Cantal) les 
passages suivants : 

« Me void enfln rentre a Alger, et je suis pret a embarquer les animaux ; acqui- 
sition des chameaux, du fourrage et des grains, engagement de quatre Arabes, 
dont deux comprennent et parlent le francais, tout est termine. Grace au bien- 
veillant empressement de Fadministration de la guerre, qui m'a prete ses presses 
hydrauliques, la provision de fourrage, calculee pour trois mois, est prete, sous un 
volume comparativement peu considerable. 

» Parti d' Alger le9avril, je suis arrive aBoghar le 12. Deux jours apres,j'6tais 
a 27 lieues de la, sur la gauche de la route de Laghouat, au milieu des tribus les 
plus riches en chameaux, au centre d'une immense plaine. Tous les chefs de tribus 
environnantes avaient etc pr6venus et envoyaient des Chameaux au point ou je 
me trouvais. J'ai fait I'acquisition de dix belles Chamelles de trois a quatre ans, 
et de quatre Chameaux tres beaux egalement, dont trois de quatre ans et un de 
sept ans. Pour eviter toute substitution, ces quatorze animaux de choix ont ete 
immediatement marques au feu d'un B , sur le cote gauche de Fencolurc , et 
places sous bonne garde et surveillance. Cette importante operation de I'acquisi- 
tion m'a ete singulierement facilttee par l'obligeante intervention des bureaux 
arabes, et surtout par le concours le plus bienveillant de M. le general de Liniers, 
qui commande la subdivision de Medeah, et le zele de noire confrere M. le capi- 
taine Ritler, plac6sous ses ordres. 

« Ainsi done, aussitot que j'aurai recu avis de l'arrivee du navire que votre 
honorable delegue M. Hesse, toujours devoue aux interets de la Societe, vous a 
procure a Marseille, je serai prSt a faire embarquer immediatement les animaux 
et leurs provisions. » 

Llste des animaux proposes a Techange par l'etablissement 
zoologlque de San-Donato. 

Miilet. Fein. Hales. I'mi. 



i Taureau d'Egypte 1 

3 Antilopes Nilghau. ... 1 2 

1 Gazelle Dorcas \ 

1 Cerf d'Afrique » 1 

2 Cerfs de Boheme » 2 

1 Cerf croise d'Afrique. . . » i 



2 Cerfs Axis 1 1 

1 Daim blanc » 1 

4 Faisans dores 2 2 

6 Faisans dores 3 3 

3 Cygnes noirs 1 2 

Le Secretaire du Conseil , 

<;ru;i>'-Mi'\i:\ii.Li; 



168 S0C1ETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCGLIMATATION. 

outrages offerts a la societe. 

seance du 7 janvier 1858. 

Sorgho and Imphee, the Chinese and African sugar Cannes. A Treatise upon 
their Origin, Varieties and Culture. By Henry S. Olcott. 1 vol. in-8, New- 
York, 1857. 

Report of the Commissioners of Patents for the year 1856. — Agriculture. 
I vol. in-8, Washington, 1857. 

The First and second Annual Reports of the Geological Survey of Missouri, 
byG. C. Swallow. 1 vol. in-8, 1855. 

Transactions of the Michigan State Agricultural Society for 1856, vol VIII, in-8. 

Annual Report of the Board of Regents of the Smithsonian Institution, for the 
year 1856,1 vol. in-8, Washington, 1857. 

Eleventh Annual Report of the Board of Agriculture of the State of Ohio to 
the Governor, for the year 1858. 1 vol. in-8, Columbia, 1857. 

Oflcio informativo, que por conducto del ministerio de hacienda eleva al 
supremo gobierno del Peru el Giudadano Manuel Mariano Basagoitiaa po- 
derado fiscal enviado A. Inglaterra, Espaua, Italia e isla de Mauricio. En 
complimento de la resoluciou legislativa de 9 setiembre de 1859. 1 vol. in-4, 
Paris, 1858. 

Le bon Jardinier, almanach horticole pour Fanned 1859 , par Vilmorin, 
Poiteau, L. Vilmorin, etc., Paris. 

Notices sur l'amdlioration des plantes par le semis, et considerations sur l'her£- 
dite" dans les v^geHaux, par Louis Vilmorin, pr£c<$dees d'un memoire sur 
l'amelioration de la Carotte sauvage, par M. Vilmorin, correspondant de 
l'lnstitut. 

Catalogue des veg^taux et graines disponiblcs et mis en vente par la P^piniere 
centrale du Gouvernement, au Hamma (pres Alger), pendant 1'automne 1858 
et leprintemps 1859. 

Exposition permanenie des produits coloniaux a Paris. — Premier envoi des 
etablissements fnincais dans lTnde (Pondichery). 

Essai de r^ponse aux questions sur l'utilite de l'acclimatation, par M. le doc- 
tour N. Joly (de Toulouse). 

Sur les maladies des Vers a soie et sur la coloration des cocons par l'alimenta- 
tion au moyen du Chica, par le meme. 

Etablissement d'un nouveau genre teratologique, pour lequel l'auteur propose 
le nom de Rhinodyme, par le meme. 

Sur Thyperm^tamorphose des Strepsipteres et des OEstrides,par le mfime. 

SocieHe' impe>iale d'horticulture pratique du Rh6ne. Congres pomologique de 
Lyon : Poires, varietes admises par le Congres. 

Die Zucht der auslandischen Hiilner in Dcutschland, von Carl Loffler. 
Berlin, 1857. 

Recueil de travaux lus a la Socidte" m&licale allemande de Paris, public par 
MM. H. Meding et A. Martin. Premiere anne'e. Paris, 1856. 

Le livre d'Abd-el-Kader, intitule Rappel a l'intelligent, avis a l'indiffe>ent. 
Considerations philosophiques, religieuses, historiques, etc., par PEmir 
Abd-el-Kader, traduites par Gustave Dugat. 1 vol. in-8. Paris, 1858. 

Projet de colonies agricoles pour tous enfants orphelins ou abandonnes et tous 
autres des deux sexes, par J.-F. Baudier (de la Cdte-d'Or). Paris, 1858. 

Czwarte Zebranie Ogolne Uczestnikow spolki IedwabniczeX Warszowa, 1858. 



ESPECKS Z0OLOG1QUES ET BOTANIQIES DE CUBA. 109 



I. TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOClfiTE". 



ENUMERATION 

DES ESPfiCES ZOOLOGIQUES ET BOTAN1QUES 

DE L1LE DE CUBA 

UTILES A ACCLIMATER DANS d'aUTRES REGIONS ANALOGUES DU GLOBE. 

Par M. RAIHOK DE LA. SAGKA, 

Consul general dc la Ropubliiiuc de l'Uruguay, correspondant de l'lnstitut. 



(Seances du 10 decembre 1858 et du 21 Janvier 1859). 

Un des moyens les plus directs et les plus feconds pour 
obtenir de grands resultats des travaux de notre Societe d'ac- 
climatation, serait, anion avis, derediger des releves detailles 
des productions naturelles de chaque pays, avec des indications 
precises sur les conditions du sol, du climat, de I'exposi- 
tion, etc., auxquelles ils doivent la vie. En parcourant ces 
tableaux des richesses mUurelles du globe, chaque pays en 
general, etla France et ses colonies en particulier, pourraient 
rechercher et etudier celles que, d'apres les conditions analo- 
gues des contrees, ileonviendrait d'introduire pour essayer de 
les ace li mater. 

11 faudrait done que les releves en question pussent oflrir a 
rexamen altentil" des Societes d'acclimatation, non-seulement 
['enumeration rnethodique des aniinaux et des vegetaux utiles 
de chaque pays, mais aussi un expose sommaire et tres exact 
des conditions climatologupjes sous lesquelles ils vivent et 
prosperent sur le sol natal. 

Ne voulant pas borner mon indication a un simple conseil, 
que chacun de vous, Messieurs, pourrait emettre avec plus 
d'autorite que moi, il m'a paru plus utile d'essayer d'en fournir 
un exemple, en mettant a profit mes propres recherches dans 
un pays intertropical que j 1 ai habite longtemps, et dont la 
richesse et la variete des productions naturelles seraient difti- 

T. VI. — Mai 1859. 12 



170 SOCIETE IMPtiRIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

cilement surpassees par celles d'une autre con tree. Je veux 
parler de l'ile de Cuba, ricbe ileuron envie de la cour de 
Castille, et un des restes preeieux de ses anciens domaines sur 
toutes les parties da globe. 

Vous savez, Messieurs, que le grand ouvrage ou se trouve 
expose le riche tableau de la faible partie des productions na- 
turelles cubanaises que j'ai pu reunir, et qui furent etudiees 
et determinees par des savants francais associes a mon entre- 
prise, comprend la zoologie et la botanique. (Test done dans 
ces deux branches de l'bistoire naturelle que je devais cber- 
cher les objets utiles al'homme, pour vous les presenter ici. 

Mais, conformement aux indications qui precedent, je dois 
commencer par vous donner un apercu des conditions geogra- 
phiques, topographiques, orographiques et climatologiques de 
File de Cuba. Que cette enumeration ne vous effraye point, 
Messieurs ; je saurai etre avare de votre temps en vous fournis- 
sant cependant le moyen d'apprecier la plus grande partie des 
conditions de localite, sans entrer dans de tres longues et 
ennuyeuses descriptions. La carte generate de File de Cuba, 
dontje me plaisafairehommageala Societe, suffit, a mon avis, 
pour donner une idee assez nette des conditions du sol en 
lui-meme, et relativement au ciel et a Feau qui Fenvironnent. 
Vous n'avez, en efl'et, qu'a reflechir un moment sur ce que doit 
oft'rir, pour la vie des animaux et des plantes, cette langue de 
terre detachee du continent americain, jetee a travers Fentree 
du golfe du Mexique, sous une latitude admirable; plate dans 
une grande etendue, de formation calcaire neptunienne; on- 
dulee et montagneuse dans Fautre, de date beaucoup plus 
ancienne 5 presque en totalite couverte d'une vegetation luxu- 
riante j traversee dans sa petite longueur par d'innombrables 
ruisseaux, et offrant aux vagues tiedes et aux brises rafrai- 
chissantes une immense etendue de 2500 kilometres de cdtes 
sinueuses, dont les plis capricieux torment les plus grands et 
les plus magnitiques ports du monde. 

Mais si Fceil clairvoyant du savant peut decouvrir tout cela 
a la simple inspection de la carte, les conditions climatolo- 
giques ne se devoilent pas dans la representation graphique. 



ESPECES Z00L0GIQUES ET BOTANIQUES DE CUBA. 171 

11 faut l'aide des chiflres, deduits d'observations constantes et 
variees, dont je vais avoir I'honneur do presenter le resume. 

I. — Conditions climatologiques. 

Les caracteres distinctifs de la zone fertile ou se trouve 1'ile 
de Cuba proviennent moins de la temperature elevee de sa 
latitude geographique que de la Constance de la chaleur dans 
les memes degres, et de l'excessive humidite atmospherique 
pendant une longue periode de I'annee. Cette humidite, jointe 
au voisinage de la mer, par I'extreme retrecissement de Tile, 
et a Taction des vents alises dans les mois les plus rigoureux 
de l'ete, modere la temperature et procure a la vie animale 
et vegetale des conditions beaucoup plus favorables que celles 
que devait faire presumer la zone tropicale. Pour qu'on 
puisse juger, au moyen de donnees plus certaines, des eftets 
simultanes de ces diverses influences bienfaisantes, je vais 
reunir dans un seul tableau le resume de mes observations 
les plus essentielles pour caracteriser les phenomenes que je 
viens de signaler. 



Janvier 

F6vrier 

Mars 

Avril 

Mai 

-In i n 

Juillet 

AoOt 

Septembre. . . 

Octobre 

Novembre. . . 
D^cembre 



TEMPERA- 
TURE. 



Moyenneet total 



21,87 
23,35 
23,37 
24,79 
25,74 
27,22 
27,47 
25,54 
26,87 
26,03 
23,96 
22,65 



HLMIHITI;. 



25,05 



82,0 
84,0 
82,8 
82,4 
85,4 
85,0 
87,6 
88,2 
88,2 
85,2 
86,2 
84,8 



JOURS QUANTITY 

de 

lombee. 
pluie. 



88,15 



8 

7 

6 

4 

8 

10 

12 

12 

14 

9 

8 

6 

104 



64 

53 

61 

31 

97 

128 

139 

116 

147 

79 

83 

31 



ASPECT DU CIEL. 



Journccs 
obscures. 



l m ,029 



Joumees 
claires et 
nuageuses 



80 



26 
20 
24 
25 
23 
24 
25 
25 
23 
24 
22 
24 



285 



Pour bien apprecier, par la seule donnee des temperatures 
moyennes mensuelles, l'intensite de la chaleur qu'elles pro* 



172 SOCIETE IMI'EIUALE ZOOLOG1QUE d'aCCLIMATATIOJN. 

duisent, on doit fixer son attention sur la longueur deVeehelle 
tbermomctrique pareourue par le mercure, soit pendant la 
duree du jour, soit pendant celle du mois, dans les diverses 
periodes de Tannee. Par I examen de ces faits, que je vais con- 
signer d'une maniere speciale dans un autre tableau, on pent 
se convaincre combien sont rapprocbes les degres maxima et 
minima entrelesquels oscille la colonne du liquide metallique; 
car la longueur qui separe ces extremes ne depasse pas 8°, 5 
pendant la duree de la journee, ni 12°, h pendant la duree du 
mois. 



Janvier. . , 
F^vrier . . , 

Mars 

Avril. 

Mai 

Juin 

Juillet. . . , 

Aoiit 

Septembre 
Octobre. . . 
No.vetnbre. 
D6cembre. 



TEMPERATURES 

mcnsucllcs. diurnes. 



12,3 

10,3 

12,4 

9,8 

10,2 

6,7 

6,2 

6,1 

6,8 

8,4 

9,8 

11,0 



G,8 
6,9 
6,8 
6,5 
7,1 
5,6 
5,6 
5,0 
5,1 
5,0 
6,7 
85 



HUMIMTES 

uicnstiolles. 



25,4 
22,7 
24,0 
26,0 
23,2 
22,2 
18,7 
18,5 
17,0 
20,4 
20,2 
21,3 



Pendant mon sejour de douzc annees a la Havane, la plus 
grande variation diurne que j'aie observee n'a ete que de 9 de- 
gres centigrades, dans quelques journees dumois de decembre, 
et la inoindre variation fut de h degres pendant quelques 
journees du mois d'aout. Les plus grandes variations mensuelles 
furent de 1A a 15 degres dans le courant des mois de Janvier, 
l'evrier et mars, et les moindres variations, mensuelles aussi, 
ne depasserent pas 5 a 6 degres dans les mois de juillet, aout 
et septembre. 

Les donnees extremes annuelles ollrent le meme caractere 
deproximite constante; car, pendant lalongue periode de mon 
sejour a la Havane, j'ai vu une seule ibis le mercure du tber- 



ESPECES Z00L0GIQUES ET BOTANIQUES DE CUBA. 173 

mometremonter a 32°, 3, et une autre fois, seulement, descendre 
a 10 degres au-dessus de zero. 

A l'interieur de Tile cependant. dans le voisinage des forets 
vierges, lors des eh a nge merits subits de temperature qui sur- 
viennent dans la saison seche de l'annee, a cause des vents qui 
descendent des regions septentrionalcs, le thermometre mar- 
que quelquefois zero; mais ce phenomene est accidentel, de 
tres courte duree etsans action sur les lois constantes de la vie 
animale et vegetale. 

D'apres ces legeres indications, et la connaissance J'ournie 
par robservation des faits relatifs a l'influence qu'exerce sur 
l'organisme des animaux et des plantes, pendant toutes les 
periodes de la vie, Taction physique d'une temperature non pas 
extreme, mais accumulee par son action constante; d'apres ces 
indications, dis-je, il est facile d'apprecier les phenomenes et 
d'en deduire toutes les consequences. 

Comme vous 6tes a meme de le faire mieux que moi, Mes- 
sieurs, je vous epargnerai la fatigue de les ecouter dans ce 
moment. Je vais passer a un autre ordre de phenomenes 
qui accompagnent ceux de la temperature, savoir,ceux de 
XhumiditL 

L'hygrometre offre aussi, dans sa marche diurne et mensuelle, 
des phenomenes semblables a ceux du thermometre, et qui ca- 
racterisentegalement le climat de Cuba, savoir : une oscillation 
de Faiguille dans des limites tres restreintes, qui dans cet 
instrument sont les plus elevees de son echelle. Le degre infe- 
rieur de celui de Saussure ou j'ai vu se fixer P aiguille a 
ete le 66", et le plus haut, et tres frequemment, le 100 e ou 
maximum de Techelle ; ce qui donne 34 degres seulement a 
I'etendue maxima parcourue, c'est-a-dire a la plus grande 
oscillation hygrometrique observee par moi. La frequence de 
Tindication en 100 degres, maximum de Thumidite atmosphe- 
rique, est toujours observee dans les heures de la matinee. La 
course la plus ordinaire s'opere entre 8k et 100 degres, de 
m^mequecelle qui a lieu en descendant du maximum dans la 
matinee, pendant les heures suivantes jusqu'a trois heures de 
l'apres-midi, ou la temperature commence aussi a baisser. 



174 SOCIETY IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCOLIMATATION. 

L'humidite moyenne est superieure a 88 degres, dans quel- 
ques mois ou la saturation atmospherique parvient au maxi- 
mum 100 degres. Les epoques de la plus grande secheresse 
sont celles ou pendant la nuit et la matinee tombent d'abon- 
dantes rosees. L'abaissement de la temperature fait perdre a 
l'air une partie de sa faculte dissolvante, et alors Veau des 
vapeurs condensees se depose sur les corps. 

L'abondance de ces rosees, dans la saison seche de Vannee, 
est extremement favorable a la vegetation des plantes herba- 
cees; car ces rosees viennent en quelque sorte remplacer, 
pour ces faibles vegetaux, les pluies qui manquent dans la 
saison de Vhiver intertropical. 

Le tableau de Vhumidite atmospherique que je viens de 
presenter montre que les degres moyens de l'humidite men- 
suelle different tres peu dans les differents mois de Vannee : et 
quant aux oscillations diurnes, la difference est aussi tres res- 
treinte. Cependant 'ces differences sont encore plus petites 
pendant les mois de juillet, aout et septembre, c'est-a-dire 
pendant les trois mois les plus chauds de l'ete, qui sont aussi 
les plus humides. 

On peut observer ainsi une correlation reguliere et constante, 
signe caracteristique du climat del'ile de Cuba, entre les tem- 
peratures mensuelles, Vetat hygrometrique de l'air etla quan- 
tite des pluies, trois phenomenes qui, en Europe, sont bien loin 
d'offrir un semblable parallelisme. Mais, je le repete, car c'est 
essentiel a constater, dans Vile de Cuba la simultaneite des 
trois phenomenes sus-indiques, dans leurs manifestations 
maxima et minima, est toujours constante. La premiere de ces 
manifestations, savoir : la temperature elevee, Vexcessive hu- 
midite atmospherique et la frequence de pluies torrentieiles, 
constituent et caracterisent la saison de Vannee qui porte le 
nom de saison des pluies, laquelle dure ordinairement depuis 
le mois de mai ou juin jusqu'a celui de septembre. La seconde 
manifestation, c'est-a-dire celle des temperatures douces entre 
22 et 28 degres, d'une moindre humidite atmospherique, et 
de la rarete ou du manque absolu des pluies, distingue Pautre 
saison, qui porte le nom de saison de la secheresse. 



ESPECES ZOOLOGIQUKS ET BOT ANJOUES I)E CUBA. 175 

Une circonstance partieuliere que mes observations consta- 
tent, et qui contribue aussi a moderer la cbaleur du climat 
cubanais, c'est que plus de la moitie du nombre des pluies tor- 
rentielles a lieu dans les apres-midi, lorsque la chaleur semble 
ledemander. Cette circonstance, agreable a rbomme, estextre- 
meinent avantageuse a la vegetation, ear les plantes se trouvent 
entourees d'une atmospbere humide apres les cbaleurs actives 
de la journee. 

A ces conditions heureuses pour le developpement de la vie 
organique dans cette region privilegiee du globe, il l'aut joindre 
Taction puissante et mysterieuse qu'y exerce Telectricite, dont 
les manifestations frequentes et formidables constituent un 
autre caractere, pas encore bien etudie, du climat des Antilles. 
Je ne les indiquerai ici que parce qu'elles rentrent dans le 
cadre de mes considerations essentielles pour le sujet que je 
me propose de vous recommander, savoir : Tetude des condi- 
tions climatologiques des contrees ou vos savantes etudes vont 
cbercber de nouvelles conquetes pour enrichir le domaine de 
l'acclimatation zoologique et botanique dans toutes les regions 
du globe. 

Telles sont en resume, Messieurs, les quelques donnees pre- 
liminaires que je voulais vous soumettre sur le climat de la 
riche Antille espagnole, avant de vous presenter Tenumeration 
des animaux et des plantes dont Introduction utile pourrait 
etre essayeedans d'autres regions analogues. 

U. — Enumeration des animaux et des plantes utiles 
de I' tie de Cuba. 

Ayant expose, quoique d'une maniere bien sommaire, les 
conditions climatologiques de Tile de Cuba, dont il faudra 
tenir compte pour en cbercher de semblables dans les con- 
trees ou Ton voudra essayer l'acclimatation de ses animaux 
et de ses vegetaux utiles, je vais presenter le resultat de mon 
enquete sur les uns et sur les autres. 

Mais des le commencement, je me trouve embarrasse par 
cet obstacle, savoir : que les pays vierges ou peu soumis encore 
a Taction intelligente de Thomme oilrent aux animaux des 



176 S0CIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

conditions d'independance propres a la vie sauvage qui leur 
est naturelle, mais qui sont differences de celles qui caracte- 
risent la domestication et la culture. 

Les considerations de cet ordre n'ont pas d'importance pour 
les peuples nouveaux, dans les essais qu'ils entreprennent 
afin de s'approprier les conquetes des anciens; car ceux-ci, 
par l'effet des efforts perseverants des generations qui les ont 
precedes, sont parvenus a se rendre maitres des animaux et 
des plantes utiles dans un etat deja docile, et si je puis m'expri- 
mer ainsi, resultant d'une longue civilisation. Je suis oblige 
d'employer ce mot qui s'applique seulement a l'humanite, a 
defaut d'un autre collectif semblable exprimant l'etat qui 
resulle de la domesticite chez les animaux et de la culture 
chez les vegetaux: etat qui constitue leur civilisation respec- 
tive. Le mot naturalisation ne me semble pas convenir, parce 
que, etant trop general, il n'exprime pas les cbangements 
operes par l'industrie prevoyante de l'homme sur les elres 
vivants. L'art d'introduire des animaux deja domestiques et 
des plantes deja cultivees par les peuples anciens, dans des 
contrees nouvelles qui possedent des conditions climatolo- 
giques analogues, ne peut presenter les memes difficultes que 
l'entreprise inverse; car, dans le premier cas, plus de la moitie 
de la route est deja franchie, tandis que, dans le secon cas, 
tout doit etre conquis par le travail de Fhomme. 

Maintenant vous me permettrezde vous soumettreune ques- 
tion preliminaire : celle de savoir si la reussite des acclimata- 
tions en general, soit d'animaux, soit de plantes, peut offrir 
des chances de succes, lorsqu'on ne les fera pas preceder des 
deux transformations que je viens de signaler a votre attention 
sous les noms de domestication et de culture ? Sans entrer dans 
de longs raisonnements, a l'appui desquels je pourrais citer 
de nombreux exemples d'experiences infructueuses et dispen- 
dieuses, essayees dans presque tous les pays, il me semble que 
la simple consideration a priori des cbangements enormes 
que doivent eprouver les animaux et les vegetaux encore 
sauvages dans leur pays, pour devenir citoyens et obtenir des 
lettres de naturalisation clans un autre, peut nous faire com- 



ESPECES ZOOLOGIQUES ET BOTANIQUES DE CUBA. 177 

prendre la grandeur de l'obstacle qui est oppose a l'industrie 
humaine. Les conquetes de celles-ci ont toujours oflert un 
caractere de lenteur et de gradation dependant a la fois des 
moyens et des obstacles ; par consequent, I'entreprise de la 
generalisation des especes utiles sur le globe, entreprise im- 
mense et toute providentielle confiee par le Createur aux 
societes bumaines, ne saurait etre realisee en debors de la 
soumission acette loide progression lente, indispensable pour 
le succes; car la Supreme sagesse, en confiant a rbomme l'ac- 
complisscment de ses grands desseins, n'a pas efface du travail 
ce cacbet de lenteur et de lutte perseverante qui en est 
caracteristiqueet qui le rend meritoire. 

Je n'irai pas plus loin, Messieurs, dans l'examen de la 
question prealable que je vous ai soumise, et sur laquelle je 
serai force de revenir a la fin de ce Memoire, lorsque vous 
aurez devant les yeux le tableau complet des productions cini- 
males et vegetales d'une utilite immediate pour rhomme, que 
la Providence divine a donnees a Tile de Cuba , laissant a sa 
noble creature le soin d'accomplir la mission de les repandre 
sur les climats analogues du globe, afin que tous ses habitants 
profitent des bontes du Pere commun. 

1* /.colonic On \nini;iti\. 

La zoologie de Tile de Cuba est incontestablement ricbe ; car 
elle repond a ('ensemble des conditions admirables de la con- 
tree, pour le developpement de la vie sous toutes les formes 
orgaoiques; mais, lorsqu'on examine les diverses classes et 
families d'animaux qui constituent celte ricbesse, on parvient 
bientdt a reconnaitre qu'elle est plus considerable au point de 
vue de la science qu'a celui de son utilite pratique, relative - 
ment a l'bomme. II se pourrait bien que ce manque de rap- 
port entre le nombre total des especes animates et de celles 
reellement utiles eCit pour cause l'imperfection de nos con- 
naissances sur les applications; mais il est toujours certain 
qu'aujourd'hui, soit dans Tile de Cuba, soit dans beaucoup 
d'autres contrees riches du globe, le nombre des animaux 
immcdiatement utiles a I'homme, dans I'ensembledes especes 



178 SOCIETli IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

vivantes, n'est que tres minime. Je ne pretends pas le moins 
du monde blamer ce defaut apparent de rapport, qui plus 
d'une fois souleve des questions pueriles ou Porgueil humain 
surpasse sa veritable science-, je suis, au contraire, tres dis- 
pose a regarder cette m6me disproportion entre ce qui existe 
en general et ce qui est simplement utile a l'homme, comme 
l'exposant exact de celle qui se remarque entre les besoins 
materiels de cet homme (si faciles a satisfaire avec quelques 
dons de la nature), et l'immense ensemble des besoins du 
monde physique, dont il n'est qu'un imperceptible atome. Mais 
voyons un peu quel est ce contingent d'utilite paye par la 
zoologie cubanaise aux besoins de notre espece. 

La classe des Mammiferes, representee a l'lle de Cuba par 
quelques Vespertilionides et quelques Rongeurs, ne merite 
pas d'appeler l'attention de notre Societe-, car, quoiquc les 
Hutias (Capromys Fournieri et prehensilis) soient man- 
geables, leur chair n'est pas si delicate qu'elle puisse rivaliser 
avec celle de nos Rongeurs. Du reste, la multiplication de 
ces especes ne doit pas franchir les bornes de la domesticite, 
a cause des ravages qu'elles operent dans l'etat de liberte 
sauvage. 

Nous devons passer a la classe des Oiseaux , laquelle pre- 
sente a l'ilede Cuba un ensemble plus factice que reel, a cause 
du nombre considerable d'especes voyageuses qui y sejournent 
plus ou moins passagerement. 

La position geographique de Tile de Cuba, et m6me la 
langue de terre qui la forme, la constituent en une espece de 
rendez-vous pour les oiseaux des deux grandes portions du con- 
tinent americain. Par le detroit qui la separe de laFloride, ces 
voyageurs ailes arrivent vers la fin de l'ete de toute I'Ame- 
rique septentrionale, et sejournent dans les riches ombrages 
de Cuba, pour se rendre plus tard aux vastes etendues so- 
litaires de l'hemisphere meridional , en traversant la serie 
d'iles qui se prolongent a l'ouest. Par la pointe en face du 
Yucatan, Cuba donne acces aux emigrations du Mexique, qui 
remontent vers le nord ; de la meme maniere, elle sert de 
passage a ces innombrables bandes qui, apres avoir fait de 






ESPECES Z00L0GIQUE8 ET B0TAN1QUR8 DE CUBA. 179 

monstrueux repas dans les lacs desseches des solitudes du Sud, 
retournent aux Etats-Unis, moins genereux, mais egalement 
bospilaliers pour les oiseaux sauvages. 

C'est a cause de ces circonstances propices pour Immigration 
etrinimigration,querornithologiecubanaiseofrre un ensemble 
bizarre d'especes des dift'erentes parties du monde : ensemble 
que mon savant collaborateur Alcide d'Orbigny distribua en 
six sections. Le total de 129 especes que j'ai rapportees de 
Cuba, fut ainsi classe : 

1° Especes qui habitcnt les deux hemispheres dans TAmlrique. Ill 

2° Especes qui sont de rAme*rique me"ridionale 49 

3* Especes cubanaises connues aussi aux deux continents. ... 26 
If Especes cubanaises qui se trouvent aussi dans l'hthnisphere 

nord de l'ancien et du nouveau monde 8 

6* Especes cubanaises connues aussi aux deux Ameriques et 

a l'Europe 5 

6° Especes particulieres a l'ile de Cuba, et tout au plus a d'autres 

Antilles 27 

Total 129 

Par consequent, mon enquele pour trouver les especes utiles 
dont Introduction pourrait interesser d'autres contrees ana- 
logues du globe restera bornee au nombre 27 de ces especes 
particulieres au sol de Cuba; car toutes les autres appar- 
tiennent deja a divers pays ou elles se repandent et se multi- 
plient, par le seul effet de Tadmirable loi des migrations 
naturelles. 

Par une coincidence particuliere, presque tous les oiseaux 
utiles de l'ile de Cuba, dont la possession peut etre enviee, 
appartiennent a la section peu nombreuse de ceux qui lui 
sont particuliers ; et meme dans la categorie des especes 
romarquables par la beaute des formes et l'eelat du plumage, 
c'est cette meme section, que j'appellerai des veriytbles 
indigenes, qui offre les trois plus cbarmants oiseaux de la 
ricbe Antille, savoir : le Tocworo (Trogon tennurus) , le 
Peorrera (Todus multicolor), et le Zun-Zun , ou Oiseau- 
Mouche (Orthorhynchus Ricordi). 

Les veritables oiseaux utiles, indigenes de Cuba, sont cinq 



180 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGlQL'IC d'aCCLIMATATIOM. 

especes de Gallinaces, presque toutes malheurcusement encore 
dans l'etat sauvage, savoir : 

1° Le Pigeon a tete blanche, Paloma de cabeza blanca a Cul)a 
{Columba leucocephala, Gmel.), belle et grande espece qui se 
trouve aussi a Santo-Domingo. 

2° Le Pigeon rougeatre, Paloma morada (Columba Porto- 
riccensis,'la mm.), presque aussi grand quele precedent. 

3° Une Tourterelle, Paloma torcaz a Cuba (Columba inor- 
nata, Vigors),. grande espece particuliere a 1'ile. 

4° Un Pigeon appele Perdizh Cuba (Columba ctjanocephala, 
Gmel.), qu'on garde dans des cages, pour le vendre au marcne, 
et dont la chair est excellente. 

5° Une autre Tourterelle, Paloma San Juanera a Cuba (Co- 
lumba Zenaida, Bonap.), la plus petite de toutes les especes, 
et extremement abondante. 

Outre ces cinq especes, particulieres a Cuba, on peut re- 
commander aussi, comme appartenant a son ornithologie, le 
Columba Carolinensis Gmel., Paloma rabiche a Cuba; le 
Columba montana, du m6me auteur, Tortola a Cuba, qui se 
trouve aussi dans d'autres regions de 1'Amerique, et le Co- 
lumba passerina, id., Tojosita a Cuba, espece tres petite, 
tres commune dans 1'Amerique meridionale, et qui pourrait 
augmenter la population des Colombiacees dans les contrees 
peu riches en especes dece beau groupe des Gallinaces. 

La famille des Tetraonides n'est representee a Cuba que par 
une espece du sous-genre Ortix (YOrtix virginianus), petite 
perdi ix americaine, deja connue de Buffon, appelee Codornix 
a Cuba, laquelle pourrait 6tre comprise dans le catalogue des 
conqu6tes a faire. 

Je ne recommanderai pas comme nourriture une autre 
grande et magnifique espece d'oiscau de la famille des Echas- 
siers, savoir, le Flammant americain, quoique les Romains 
aient compare sa chair a celle de laPerdrix, et que les langues 
de cet oiseau, accommodees gastronomiquement par A[»icius, 
aient obtenu Thonneur de plaire au palais delicatd'Heliogabale 
et de Vitellius. Mais, sinon comme aliment, le Flammant 
d'Amerique pourrait etre introduit comme oiseau domestique 



ES1»ECKS ZOOLOGIQUES ET BOTANIQUES 1>E CUBA. 181 

(Tomement, remarquable par sa couleur eclatanle, propro a 
brillcr clans les allees des jardins de TAIgerie. 

La classe des Reptiles n'est pas riche en especes utiles, soit 
par la nourriture qu'elles proeurenl a lliomme, soil par leurs 
depouilles. Cependant 1'ile de Cuba possede , outre deux 
especes de Tortues terrestres de peu d'importance, qualre 
autres maritimes, desquelles on lire un parti avantageux, 
savoir : la Torlue commune (Chelonia viridis) , la grande 
Caguama (Chelo?iia cephala), et deux Carets, les Ch. virgata 
et imbricata, utiles par leurs ecailles. La chair de la Tortue 
commune est un excellent remplatjant de la chair des mammi- 
feres, dans les epoquesde labstinence chretienne; et les eeufs 
desseches sc p relent a divers condiments, que la cuisine fran- 
chise saurait ameliorer faciiement. Sous le point de vue de la 
nourriture variee que les diverses parties des Tortues do mer 
procurent, cesanimaux meriteraient done d'elre acclimates ou 
au moins multiplies, soit par les moyens simples et naturels, 
dans les regions -chaudes du globe, soit par les moyens arlifi- 
ciels, qui ne sont pas dispendieux, dans les contrees tempe- 
rees. Si, dans ces dernieres, la multiplication de l'espece par 
la generation devient impossible , on devrait essayer au 
moins l'educalion pour favoriser le developpement et la crois- 
sance des jeunes individus, qu'on pourrait apporter tres faci- 
lement et en ties grand nombre, des regions intertropicales 
aujourd'hui nos voisines, grace a la rapidite de la navigation 
pyroscapbique. 

Si Tespece commune a Cuba merite de fixer Tatlention 
pour satisfaire les besoins des peuples catboliques et le gout 
des gastronomes orthodoxes, qui peuvent faire usage de sa 
chair dans les abstinences, les autres especes que j'aicitees, dont 
les ecailles sont employees par I'industrie, ne sont pas a de- 
daigner, d'autantplus que la grande consommation de ce pro- 
duit, dont la recolte est faite au detriment de la vie de ces 
animaux, et la longue duree que doit avoir leur existence 
pour qu'ils acquitment le developpement voulu, exigent Tap- 
plication des moyens scientifiques, atin d'assurer et de garantir 
la conservation de ces utiles especes con Ire ces chances de 



182 S0CIETE 1MPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

destruction. L'industrie humaine, imprevoyante et un pen 
sauvage clans ses exploitations commercials, est encore bien 
loin d'avoir applique tous les moyens artificiels de conservation 
que ses ravages reclament. 

Pour ne pas rester infidele a mon role d'historien des pro- 
duits animaux comestibles de l'ile de Cuba, vous me permet- 
trez, Messieurs, de vous citer un enorme lezard, superbe et 
elegante espece de la famille des Sauriens, savoir, le grand 
Iguana, ou Cyclurus Harlani^ que les anciens indigenes de 
Tile de Cuba placaient avec justice au nombre de leurs mets 
les plus delicats et les plus recherches. C'est a cause de cela 
et de la continuation du m6me gout parmi les negres, que les 
Iguanas deviennent extrememenl rares ; mais je doute fort que 
ces opinions favorables puissent jamais decider les Europeens 
a encourager la multiplication, dans Tile de Cuba ou ailleurs, 
de ce magnifique lezard. 

Passons maintenant a la riche classe des Poissons, classe 
composee de nombreuses especes voyageuses, vagabondes et 
migratoires, auxquelles on peut appliquer toutes les observa- 
tions que j'ai indiquees en parlant des conditions prealables 
que le succes de l'acclimatation exige. Ici mon embarras pour 
designer quelques especes utiles, dignes de vos etudes sous le 
point de vue qui nous occupe, est encore plus grand que pour 
les Oiseaux; car, quoique j'aie tache de demanderet de reunir 
le plus grand nombre possible de notices exactes sur les loca- 
lites et les profondeurs ouvit cbaque espece, ainsi que sur leurs 
mceurs migratoires, je ne pourrais employer le resultat trop 
incomplet de mes recherches a la determination precise des 
especes dont on pourrait essayer Tacclimatation. II me serait 
encore plus difficile de prescrire des regies pour la reussite, 
soit de la multiplication naturelle sur d'autres cotes, soit de 
la simple alimentation et de la conservation dans des viviers 
peuples par les moyens artificiels que procure la fecondation 
directe. 

L'acclimatation des Poissons doit (aire partie d'une science 
qui est encore dans l'enfance, et (pie notre actif collegue, mon 
honorable compatriote M. O-Ryan d'Acuna, aeu I'heureuse idee 



ESPECKS Z0OL0G1QUES ET BOTANIQUES DE CUBA. 183 

de nommer aqucecultura, ou culture des eaux. Envisagee de 
cette maniere, elle profitera de toutes les observations faites 
et a faire sur la topographie du fond des oceans et leurs cou- 
ranls, ainsi que sur celles relatives a la vie peu connue des 
habitants des mers. Ces etudes fourniront des regies pour 
essayer leur domestication, que jeconsidere comme la transi- 
tion par laquelle doit passer tout animal, de meme que toute 
plante doit passer, par celle de la culture, avant d'etre soumis 
Tun et Tautre aux essais de propagation et de multiplication 
reclames par les besoins sociaux de la civilisation, besoins 
qui embrassent ceux de Tagriculture, de l'industrie, du com- 
merce, de la science et de Tart. 

Nepouvant paspreciser devant vous quelles sontles especes 
eubanaises qui , dans une epoque plus ou moihs eloignee, 
entreront dans rimmense cadre des conquetes de l'acclima- 
tation, je me bornerai a vous indiquer l'examen des indica- 
tions publiees dans la section ichtbyologique de mon ouvrage 
sur les especes comestibles de Tile de Cuba. Ces indications 
seront comme un premier jalon jete sur la route de lavenir. 

Quant a la classe des Mollusques, dans les 561 especes de- 
crites dans mon ouvrage, je n'en trouve aucune digne de venir 
enrichir le catalogue des conquetes de notre science. II y a 
sans doute des especes mangeables, mais rien qui soit assez 
remarquable pour attirer votre attention. 

Je puis en dire presque autantdes classes suivantes dans la 
serie animate, savoir, de celles qui composaient les animaux 
arlicules, ou les Crustaces, les Arachnides et les lnsectes de 
Tile de Cuba, qui ont paru dignes a notre savant collegue, 
M. Guerin-Meneville, d'une etude longue, perseverante et con- 
sciencieuse. Parmi les nombreuses especes d'Ecrevisses dont 
les armees blanches, rouges, vertes et jaunes, couvrent les 
plages solitaires de Vile de Cuba, il y en a quelques-unes de 
comestibles, mais peu delicates, qu'on assaisonne d'une ma* 
niere etrange avec les graines extremement mucilagineuses 
du Gombo ou Hibiscus esculentus. Une goutte de citron fait 
disparaitre l'effet gluant de ce mets singulier. 

On parcourt en vain les innombrables series d'animaux crus- 



ISA SQG1&T& IMPElilALK ZOOLOG1QUE d'aCCUMATATION. 

taces, aracbnides et insectes de Cuba, avant de trouver 
quelque espece utile a rhovnme. La science, cependant, s'est 
enrichie par les explorations faitesdans cette belle contree, et 
elle saura un jour nous devoiler les mysterieux rapports de 
l'utilite absolue et relative des especes de ces trois classes d'ani- 
maux, dansl'economie universelle du globe et dans Teconomie 
particuliere a notre espece. Elle saura fournir de temps en 
temps a nos arts et a notre medecine de nouvelles conquetes 
aux depens d'especes aujourd'hui dedaignee:-., comme l'elaient 
jadis, sans doute, la Cochenille, le Vera soie etla Cantharide, 
qui recelent de veritables tresors pour les manufactures et 
pour la medecine. Quant a la periode actuelle, qui, par son 
ignorance sur Tutilile des especes animales des dernieres 
classes zoologiques, montre que la science est encore dans 
l'enfance, il est certain qu'il faut parcourir inutilement des 
ordres, des families et des legions immenses, depuis les Mol- 
lusques etquelques Crustaces utiles del'ilede Cuba jusqu'aux 
Insectes hymenopteres, pour y trouver une Abeille sauvnge, 
mais inoffensive, le Melipona fulvipes, dont la cire noire et 
tout a fait particuliere n'est pas a dedaigner pour quelques 
industries, et pourrait peut-etre se pr6ter a de nouvelles com- 
binaisons chimiques. 

Je crois devoir terminer ici le court releve que je me pro- 
posals de vous faire, Messieurs, des animaux utiles de l'ile de 
Cuba. II n'est pas en rapport, je le repete, avec ses ricbesses 
scientifiques ; mais le cadre de Futile, dans le regne vegetal 
que je vais avoir le plaisir d'etaler a vos yeux, offrira, je 
l'espere, une beureuse compensation. 



[La suite prochainement.) 



ANTILOPE NILGAU. 185 

NOTE 
SUR L'ANTILOPE NILGAU 

PAR 

NI. lo docteur II IMCI Sllti: 

Membre du Conscil general du Calvados, 

Chirurgien en chef de l'Hotel-Dieu, professeur a l'Ecole de medecine, 

et deleguede la Socidte imperiale d'acclimatation a Caen. 



(Stance du 10 decembre 1858.) 

Dans un moment ou chaque membre se fait un devoir d'ap- 
porter a la Societe le tribut de ses etudes et de son observation, 
il n'est pas sans interel, je le crois, d'appeler son attention 
sur les avantages de racclimatation de l'Antilope Nilgau. 

La difficulte sera grande ; j'en fournirai plus loin la fatale 
certitude, acquise a mes depens, mais, du moins, I'experience 
de deux fails malbeureux servira a eclairer la question, et 
facilitera la solution du probleme. 

En visitant les jardins zoologiques de l'Europe, en Belgique, 
en Hollande, en Angleterre, j'avais ete frappe des formes et 
de la beaute de cette Antilope j sa robuste constitution, carac- 
terisec par la bauleur du garrot, la profondeur dela poitrine, 
large et bien musclee, la vaste circonference des cotes, me 
parut de nature a supporter les rigueurs et les variations at- 
mospberiques de nos regions temperees. J'avais presentes a 
Tesprit les pages eloquentes de Butfon, les justes observations 
du celebre Hunter sur celte Antilope, puis entin, le fait acquis 
aujourd'bui a la science, que les especes venant des contrees 
les plus chaudesde I'lnde et du contintnt africain, s'acclima- 
tent moins difticilement dans nos regions que le Renne ou 
l'Elan, plus rapproches de nous, cependant, par la distance et 
le climat (1). 

(1) Is. Geoffroy Saint-llilaire, Domestication et naturalisation des ani- 
maux utiles, 3* Mit., ln-12, 1854, p. 53. 

T. VI. — Mai 1859. 13 



186 S0CIETE IMPERIALE ZOOLOG1QUE d'aCCLIMATATION. 

En examinant done cebel animal si fortement trempe, dont 
le foyer respiratoire indiquait une grande vitalite, j'arrivais a 
priori a conclure en faveur du succes de l'acclimatation ; mais 
en poussant plus loin mes recherches, les observations deja 
faites vinrent developper et confirmer mes esperances. 

Dans les jardins zoologiques de Regent's-Park a Londres, 
d'Anvers, de Gand, de Bruxelles, d'Amsterdam, malgre les 
rigueurs d'un froid parfois tres intense, plusieurs couples de 
Nilgau ont passe des hivers a Pair libre, sans fatigue et sans 
maladie. Chez moi, une jeune femelle de trois ans, exposee 
aux brouillards de la riviere d'Orne, a un froid de plus de dix 
degres, est restee alerte, vigoureuse, sans la pluslegere atteinte 
a sa sante, et pour toutes precautions on n'employait que 
Fabri d'une cabane ouverte la nuit et une excellente litiere. 
Aux questions que j'ai adressees aux directeurs de ces grands 
etablissements, la reponse etait invariable ; le Nilgau est un 
animal robuste qui resiste a Taction des temperatures extremes, 
et s'habitue sans difficulte au froid ou a l'humidite de nos 
climats. 

Les precautions a prendre sont des plus simples ; voici celles 
qui m'ont si bien reussi jusqu'a ce jour : 

1° Exposer la cabane de refuge au midi, autant que pos- 
sible adossee a un mur, ou bien abritee par un massif d'arbres 
verts, contre les vents de Test et du nord 5 

2° Disposer l'ouverture de telle sorte que l'animal, une fois 
entre, recoive le moins possible l'atteinte des vents regnants. 
(II est mieux de laisser la porte constamment ouverte, ces 
animaux ne supportent pas la reclusion, meme pendant la 
nuit.) 

3° Que le sol de la cabane soit en plan incline, et plus eleve 
que celui du petit pare; pour permettre recoupment facile des 
urines. Plus la litiere est seche, moins on doit redouter les 
atteintes de la phthisie pulmonaire qui fait perir tant d'ani- 
maux en domesticite, Vhumidite favorisant singulierement le 
developpement des tubercules. Ajoutez a ces precautions une 
nourriture saine et abondante, et la sante de l'animal restera 
parfaite. C'est aujourd'hui pour moi une certitude acquise, et 



ANTILOPE NILGAlJ. 187 

la difliculte la plus grande pour arriver a l'acclimatation du 
Nilgau, reside ailleurs. 

La uourriture (juotidienne d'une Antilope d'aussi grande 
taille, et d'un aussi excellent appetit, se compose de deux 
kilogrammes et demi de bon foin, bien sec, exempt de poussiere, 
d'une ration de son, soir et matin, melangee en hiver de ca- 
rottes et de betteraves hachees •, en ete, d'avoine et de four- 
rage vert, soit d'herbe non mouillee ou de trefle egalement 
exempt d'humidite. Ces animaux boivent beaucoup, Teau doit 
etre renouvelee avec soin deux fois par jour. 

La plus grande difficulte pour arriver a la demi-domesticite 
du Nilgau, vient de son instinct farouche ou plutot de son 
extreme timidite. 

Tout lui porte ombrage, tout lui fait peur; Tanimal excite par 
la crainte ou la colere ne connait plus d'entraves, il pousse la 
sauvagerie jusqu'a la brutalite, brise tous les obstacles, ou se tue. 

Bien convaincu que la Normandie ne serait pas moins favo- 
rable a des essais d'acclimatation que la brumeuse Angleterre, 
j'acbetai en 1854, d'un marchand de Londres, une femelle 
adulte, tres grande et tres belle, vivant depuis longtemps a 
l'etat de demi-domesticite dans un pare anglais. Dans la caisse 
de voyage, pendant et apres la traversee, elle ne temoigna ni 
crainte ni defiance, et mangeait a la main le pain qu'on lui pre- 
sentait. Arrivee a bon port, et la croyant parfaitemement dis- 
posee a accepter sa nouvelle situation , je fis ouvrir avec 
precaution sa prison cellulaire, et Tinstallai dans son petit 
pare. Une fois libre, TAntilope redressa la tete, ouvrit large- 
ment les naseaux, puis, en quelques bonds, se rua avec une 
telle violence contre le grillage, cependant tres fort de son 
enceinte, qu'elle le brisa, et prit son elan a travers les jardins 
et les pelouses du pare ! 

Temoin force de la course qu'elle fournit, en la voyant de- 
vorer l'espace, si belle et si fiere^ un instant j'oubliai qu'une 
catastrophe devenait inevitable. Je songeais au merveilleux 
spectacle que doit offrir au voyageur une troupe de ces ani- 
maux, independants et libres, fuyant a toute vitesse dans les 
vastes plaines de rAsie* 



188 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOG1QUE d'aCCLIMATATION. 

Assez longtemps je pus observer les allures de mon Anti- 
lope. A son premier elan, l'ofii! put a peine la suivre, puis de 
temps en temps, brusquement elle se retournait, humait l'air, 
observait autour d'elle, et recommenc;aitde plus belle sa course 
effrenee. 

Je ne sais si Buffon a ete a meme d'observer de visu la course 
du Nilgau ; je serais tente de croire qu'il a vu par les yeux 
d'autrui, quand il dit qu'il court de mauvaise grace. D'apres 
mon appreciation, mil animal n'est plus souple ni plusrapide. 
sans exclusion d'elegance. Les articulations sont d'une elasti- 
city telle, que le sabot semblea peine toucher le sol : ill'effleure 
plus qu'il ne le foule. C'est par bonds successifs que la pro- 
gression s'opere, mais si rapides, que I'ceil ne peuten apprecier 
le nombre. 

Mon plaisir fut, helas ! de courte duree. Apres avoir leste- 
ment franchi une barriere, le pauvre animal emp6tra ses sabots 
bifurques dans une toufle d herbes seches, et se fractura les 
deux jambes de devant. En voulant se relever et se soutenir 
sur les moignons, il ne fit querendre plus graves ses blessures, 
que je voulus tenter deguerir a l'aided'appareilsdextrines; ce 
fut en vain, les soull'rances devinrent si grandes, que je le fis 
abattre. 

Malheureux de mon echec, mais non rebute, je ne songeai 
qu'a le rcparer. Je lis Tacquisition, dans le magnifique jardin 
de Regent's-Park, d'un jeune couple age d'un an, et ne a 
Londres meme, dans l'etablissement. Ces animaux, je le sup- 
posais du moins, devaient etre par cela meme moins farouches, 
habitues qu'ils etaient a voir circuler des promeneurs, des 
enfants, si nombreux la chaque jour. Je me bercais de l'idee 
que je n'aurais plus a redouter l'instinct desordonne de leur 
indomptable nature • une nouvelle deception m'etait, helas ! 
reservee. Elle m'apporta la preuve qu'en changeant les con- 
ditions et le milieu d'existence de ces animaux, il faut s'en- 
tourer des plus grandes precautions, les pousser jusqu'aux 
plus extremes limites. Emprisonnes dans une caisse qui ne leur 
permet que de se coucher et se lever, etourdis par le bruit, le 
roulis du vaisseau, le transbordement et le voyage en wagon 



ANTILOI'E NILGAU. 189 

ou en voiture, les pauvres btMes oublient vite les habitudes 
d'une premiere education pour retrouver leur energique brus- 
f|iierie, leur sauvage amour de la liberie. 

(Test que, remis dans un pare, ils s'effraient de tout, et, 
sans tenir compte des obstacles qui leur sont opposes, ils les 
francbissent, les brisent ou se tuent. Mieux vaut cependant les 
placer dans une tres petite enceinte, garnie de paillassons, (jue 
les tenir enfermes dans la cabane qu'oo leur destine. Mon jeune 
couple, dispos, bien portant, sans la moindre blessure, n'an- 
nonc,ait rien de farouche ; du geste et de la voix, je cherchai 
a me faire connaltre ; sans crainte ni hesitation, le pain que 
j'oflfris fut accepte; je me croyais done a l'abri de tout danger, 
en les faisant entrer a la sortie de la caisse de voyage dans une 
cabane close, I'auge et le ratelier bien garnis. 

Le premier moment de stupeur passe, il est difficile d'expri- 
mer l'incroyable fureur dont furent saisis ces animaux, parti- 
culierement le male. Tout fut brise; ruades, coups de tete, 
mouvements desordonnes se succedaient sans repos ni trthe, 
et se terminerent en peu d'instants, par la mort du male, qui 
se brisa la colonne vertebrale, au niveau de la septieme ver- 
tebre cervicale. La mort fut immediate. Je me hatai de faire 
ouvrir la porte qui retenait captive la femelle, autrement elle 
eut subi le sort de son compagnon de voyage et de captivite. 
Dans des circonstances analogues, je conseillerais de rendre 
les animaux a la liberte, mais d'eloigner le bruit, la vue de 
toute personne, en donnant d'avance des aliments pour un ou 
deux jours ; le pare un peu etroit, bien garni de paillassons, 
derobera par cela meme la vue des objels exterieurs, et en tres 
peu de temps, ces beaux animaux, plus timides que reellement 
mediants et farouches, s'arrangerontdeleur nouvelle demeure, 
connaitront vite la voix du gardien, et les dangers seront 
conjures. En deux jours ma jeune femelle devint aussi calme 
qu'elle avait ete furieuse. Trois annees de captivite en ont fait 
une bete admirable de douceur et de tranquillite. Elle recon- 
nait de loin les voix amies, accourt, se laisse flatter comme le 
chien le mieux dresse, leche la main qui lui donne ou du pain 
ou du sucre, en un mot e'est un des plus magnifiques animaux 



4 90 SOCIETY (MPERIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. 

qui puissent animer le pare d'un oisif par la beaute de ses 
formes, ou fixer l'inler6t du naturaliste qui veut etudier le 
caractere et les mceurs des especes pliees a la domesticite. 

Avec ces minimes precautions, on evitera tres certaiuement 
les deux catastrophes qui m'ont si falalement donne de l'expe- 
rience. Aujourd'hui je n'en suis plus aux regrets, mais au 
plaisir de posseder cette belle espece. Je ne crains pas d'avan- 
cer, et j'espere le prouver, que le Nilgau, au point de vue 
artistique, economique, industriel, peut devenir, si Ton sait 
s'imposer quelques sacrifices , une de nos plus precieuses et 
plus utiles acquisitions. 

L'acclimatation m'en parait aujourd'hui, non pas seulement 
possible, mais certaine. Les faits sont assez nombreux pour en 
fournir des preuves patentes. 

De grands naturalistes, dans un temps deja loin de l'epoque 
actuelle, de bons esprits de nos jours, ont exprime des doutes 
a cet egard ; ainsi Parsons, qui le premier en France a parle 
du Nilgau, Hunter en 1771, dans les Transactions philoso- 
phiques , Buflbn, redoutant pour le [Nilgau le froid et les 
brusques changements de temperature des climats septentrio- 
naux, ont ecrit que ces animaux, originaires du Mogol et des 
contrees des plus chaudes de l'Asie, ne pourraient vivre long- 
temps en Europe, encore moins s'y propager! Cette opinion, 
emise a priori, sans avoir fait appel a 1'experience, n'est-elle 
pas dementie par les faits ? N'est-ce pas le cas de repeter que 
dans les sciences d'observation il ne faut jamais se hdter de 
conclure ? 

Sans attacher a cette objection plus d'importance qu'elle 
n'en merite, il est bon, cependant de fournir des preuves pa- 
tentes d'une proposition completement opposee. En premier 
lieu, Vanalogie demontre que les animaux venus de l'lnde et 
bien moins robustes que le Nilgau, sont arrives aujourd'hui 
a Tetatdedemi-domesticite, et resistentparfaitementau froid, 
ainsi qu'a toutes les vicissitudes atmospheriques: tel est I'Axis; 
originaire des bords du Gauge et du Bengale, habitant les con- 
trees les plus chaudes de l'Asie meridionale, il subit les froids 
les plus intenses de nos bivers, et se propage en Prance, en 



ANTILOPE NILGAU. 191 

Angleterre, aussi facilement que le Daim et le Chevreuil. Plu- 
sieurs fois chez moi, en plein hiver, des Axis ont mis bas el 
allaite leurs petils. II en est de meme du Cerf-Cochon. 

A l'appui de I'observation, la physiologie pretant son con- 
cours a rhistoire nature! le a etabli en principe que les animaux 
originates des parties les plus chaudes de I'Afrique et de 
l'Amerique, au moins dans les grandes especes, s'accommodent 
inieux dun climat froid, que les especes apportees du Nord 
dans les pays temperes. L'Elan et le Renne, transplanted chez 
nous, ne s'y propagent pas, languissent, et ne tardent pas a 
mourir. Sous des latitudes plus chaudes, ils succonibent plus 
rapidement encore. 

Pour les premiers, la transition s'opere sans trop de diffi- 
culty, et le couple que je possede depuis plusieurs annees n'a 
jamais ete enferme un seul jour, pas m6me la nuit, pendant la 
duree des hivers. 

Je crois done pouvoir affirmer qu'a ce point de vue la ques- 
tion d'acclimatation du Nilgau est resolue , non pas seule- 
mentdans le sens de sa conservation dans des limitesrestreintes, 
mais quand on le voudra serieusement, dans de vastes pro- 
portions. 

Les jardins de Londres, de Bruxelles, d'Anvers, d'Amster- 
dam, ont vu le Nilgau se reproduire sans qu'aucune precau- 
tion speciale ait ete prise pour les preserver du froid, ces pre- 
cautions je les ai indiquees. Je ne puis que rappeler avec les 
observateurs, que, dans la nombreuse farnille des Antilopes, le 
Nilgau est place au premier rang pour la force de resistance 
au froid. Sans aller jusqu'a Anvers ou en Hollande chercher 
des exemples, le beau couple qu'on admire au Museum d'his- 
toire naturelle, jouit, ainsi que les petits qui en sont nes, de la 
sante la plus florissante; il prouve aux plus incredules que mes 
assertions sont rigoureusement exactes. 

La question de reproduction n'est pas moins avancee et avant 
peu d'annees sera complete, si quelques amis de la naturalisa- 
tion veulent bien consentir, par de legers sacrifices dont ils 
seront plus tard ties largement dedommages, a agrandir le 
cercle des experiences. 



192 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQLE d'aCCLIMATATION. 

G'est en Angleterre, chez lord Cleve, que la premiere Anti- 
lope Nilgau a misbas; puis, dans le splendide jardin zoolo- 
gique de lord Derby, si ricbe en especes de ce groupe, elle s'est 
reproduite plus d'une fois. 

Le jardin de Regent's-Park a Londres en possede une paire 
qui donne naissance chaque annee a deux petits. Le couple que 
je possede en provient, et depuis un an qu'il est arrive a l'age 
adulte, sans que la sante du male ou de la femelle ait subi la 
moindre atteinte, cette derniere a subi les phases diverses de 
la gestation, aussi bien que Tanimal le mieux habitue a nos 
climats. La mise bas s'est faite facilement, et le jeune produit, 
malgre les pluies d'automne et le froid intense d'un hiver pre- 
coce, jouit de la plus florissante sante. Au midi, comme au 
nord, les memes succes ont ete constates. A San-Donato, chez 
M. le prince Demidoff, les essais de reproduction ont ete suivis 
des consequences les plus favorables. 

Si dans des contrees aussi peu propices, j'en excepte 1'Italie, 
des succes reels sont un fait acquis, qu'adviendra-t-il dans des 
contrees favorisees d'une temperature egale et chaude?Pour 
TEspagne et 1'Italie les precautions d'abri seraient inutiles, et 
la reproduction ne presenterait pas la moindre difficulte. Dans 
ces belles contrees, le Nilgau deviendrait facilement habitant 
libre du pays, s'iln'avait a redouter les atteintes du plus cruel 
ennemi de la naturalisation, de Thomme lui-meme. 

Les bulletins de la Societe ont enregistre les conquetes faites 
par M. le prince A. de Demidoff. 

Si le Nilgau devait rester un animal d'ornement et de luxe 
destine seulement a embellir le pare des privilegies de la for- 
tune, j'insisterais moins pour en sollicker la naturalisation; 
mais, au point de vue de l'utilite, son acquisition (j'espere le 
prouver) est des plus precieuses. Je trouve la un motif pe- 
remptoire de continuer mes essais, et de provoquer ceux de 
mes collegues. 

Comme aliment, le Nilgau devenu animal commun, est 
appele a fournir a nos tables un produit abondant et delicat. II 
n'y a pas de gros gibier, de venaison, qui puisse lui etre com- 
pare pour la quantite et la qualite. D'apres Hunter, les empe- 



ANTILOPK NILGAI!. 193 

reurs du Mogol s'en reservaient exclusivement le droit de 
chasse, et recevoir de la main du souverain un quartier de 
Nilgau etait une haute faveur recherchee de tous les grands 
de ce riehe empire. Hunter ajoute qd'au dire des voyageurs 
qui out pu en gouter, la chair en est bonne et savoureuse. 

En lisant le memoire de Hunter, j'etais loin de penser qu'un 
jour une funeste experience me permetlrait de confirmer la 
verite des assertions de cet illustre savant, et cependantrien de 
plus vrai, de plus fonde qu'elles ! Un jour, avec quelquesamis, 
nous avons pu, les premiers en Europe, constater de gustu 
l'excellente qualite de l'imperial gibier. 

Comme I'empereur du Mogol, nous avons mange du filet de 
Nilgau, du roti de Nilgau, pris a meme le jeune et bel 
animal qui se tua chez moi le jour m6me de son arrivee. Au- 
cune des autres parties moins delicates ne fut perdue, et plus 
d'un habitant, du village n'a pas encore perdu le souvenir du 
repas exceptionnel qu'on y fitce jour-la. Le jeune Nilgau etait 
age d'un peu moins d'un an •, aussi les morceaux les moins 
bons furent-ils trouves tendres et succulents. Tous etaient con- 
tents, l'amphitryon excepte!... 

Aujourd'hui, deux annees se sont ecoulees, etle magnifique 
couple que je possede, bien acclimate, d'une grande douceur, 
me donne 1'esperance d'un ample dedommagement et la certi- 
tude que si des essais de naturalisation, f'aits avec intelligence, 
sont poursuivis, l'Antilope Nilgau deviendra un des joyaux 
de la zoologie pratique. 

Les deux peaux que je possede opt donne un cuir d'une 
grande epaisseur et d'une resistance extreme. II appartiendra 
plus lard aux gens competents, d'en etablir les qualites supe- 
rieures et l'emploi qu'on en pourrait faire dans les arts ou 
l'economie domestique. 

Je crois avoir pleinement refute les objections soulevees par 
lesecrivainsduxvin* sieclecontre la domestication du Nilgau, 
objections puisees dans les dangers du froid, de nos hivers, et 
l'liumidite presque constante de nos climats. Les arguments 
etaient precon^uSj l'experience n'avait pas encore parle ; mais 
aujourd'hui, que de tous cotes la lumiere s'est faite, que de la 



19£ S0CIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

Belgique, de la Hollande, de l'Angleterre, de la France, les 
preuves contraires ont afflue, on peut admettre comme une 
certitude, que si leNilgau ne vientpas, dans quelques annees, 
occuper un rang important parmi nos animaux a demi-domes- 
tiques, a cote de FAxis, du Cerf-Cochon, du Cerf d'Aristote, 
la cause proviendra de difficultes d'une autre sorte, mais non 
des froids de l'hiver, des brouillards de l'automne, des varia- 
tions atmospheriques de toute l'annee. Gette cause, il faut la 
chercher dans l'instinct farouche ou 1' excessive timidite de ces 
animaux. 

On a eu bienraison de signaler a l'attention des naturalistes 
cette puissante objection, qui, aux yeux des gens tres compe- 
tents, au nombre desquels je puis citer le tres habile directeur 
du jardin zoologique d'Anvers, M. Vekemans, est irrefutable. 
II m'ecrivait que Thumeur farouche de ces animaux les rend 
indomptables; que jamais, malgre leur apparente douceur, on 
ne parviendra a les plier aux exigences de la vie captive. A 
mon sens, e'est bien la que se trouve le serieux obstacle qu'ait 
a vaincre la science de la naturalisation. Les deux funesles 
exemples qui me sont personnels et que j'ai signales, viennent 
a I'appui des motifs allegues contre la domestication du Nil- 
gau. Ces exemples ne sont pas les seuls : au Museum, deux 
de ces animaux ont peri par suite d'accidents analogues, etle 
jardin zoologique d'Anvers a fourni son contingent de preuves 
defavorables ; comme le Museum, comme moi-m6me, il a 
perdu plusieurs Nilgaux qui se sont tues en se brisant contre 
le fer des enceintes. La frayeur causee par des chiens ou des 
bruits insolites, apresque toujours etele point de depart de ces 
malheurs. 

Je conviens, sans me rendre a ces raisons, qu'il existe dans 
1' extreme timidite de cette belle race, une difficulte conside- 
rable a vaincre ; mais suffit-elle pour decourager l'experimen- 
tateur, et lui faire abandonner des essais dont le resultat 
serait un veritable triomphe ? je ne le crois pas. 

Si, au lieu de poursuivre les experiences qui m'ont coute 
tant de peines et de sacrifices pecuniaires, dccourage, j'eusse 
abandonne mes essais, les motifs d'abandon eussentparu con- 



ANTILOPE N1LGAU. 195 

cluants. Je pouvais dire avec les opposants, que le Nilgau, 
animal de luxe, devait tout au plus trouver sa place dans les 
collections zoologiques, mais ne meritait pas les depenses que 
ses facheux instincts rendaient steriles. C'est 1'opinion de 
M. Vekemans formulee explicitement-, cet homrne habile re- 
garde comme impossible la domestication du Nilgau ! Selon 
lui, la fin de cette Antilope est toujours malheureuse. II veut 
qu'on la tienne enfermee dans de tres petits pares, hermeti- 
quement clos, de maniere a lui dissimuler la vue des objets 
exterieurs ; au precepte il ajoute la pratique, et c'est ainsi 
qu'aujourd'hui dans le pare d'Anvers, elles sont au regime de 
la prison cellulaire. 

Quelle que soit la gravite des objections, je persiste ales trou- 
ver mal fondees. 

Oui, I'Antilope Nilgau est faeilement douee d'un instinct 
farouche, d'une timidite extreme, d'une susceptibilite qui la 
tient constamment en eveil; mais avec le temps, des precau- 
tions minutieuses au debut, des nuances graduees, on arrive 
rapidement, faeilement menie, a une transformation complete. 
Les miens en fournissent la preuve la plus concluante : fami- 
liers avec leur gardien, ils le suivent, et l'aiment au point de 
lui lecher les mains et le visage \ ils accourent a la voix qui les 
appelle, etrangere ou connue; leur familiarite est poussee 
parfois jusqu'arimportunite; moi, qu'elles ne voientque rare- 
ment. j'entre comme le gardien dans leur enceinte, et loin de 
fuir, elles se laissent caresser sans hesitation comme sans 
crainte. Des personnes etrangeres, en grand nombre meme, 
des voix inconnues, le bruit, les etonne, leur fait dresser la 
tele ; elles s'arretent pour regarder ou eeouter, s'eloignent 
([uelquefois; mais jamais, aujourd'hui , elles ne cherchent a 
franchir les limites de leur enceinte qui est de moyenne gran- 
deur. A toute heure, a tout moment, on peut entrer dans la 
loge, soit pour faire la litiere ou donner les rations. 

L/allaitement de la femelle n'a modifie en rien ses habitudes 
de douceur et de familiarite 5 le jeune produit est, comme sa 
mere, si peu farouche, qu'elle ne se leve meme pas quand on 
entre chez elle, joue avec un jeune chien , avec des chats 



106 SOCIETE IMPERIALS Z00L0G1QUE d'aCCLIMATATION. 

errants dans le pare ; uri entre autres est souvent couche entre 
ses jambes, et l'excellente nourrice adoptant l'elranger, leclie 
sans distinction, quand ils sont couches pres d'elle, et le chat, 
et la jeune Antilope. 

C'est done par nuances, doucement conduites, qu'il faut pro- 
ceder a l'education de ces beaux animaux ; rien de brusque, 
rien de saccade ; beaucoup de douceur, de patience, de conti- 
nuity ; les caresser du geste et de la voix, et tres certainement 
arrivees a l'age adulte, avec fhabitude contracted de soins 
intelligents, le probleme sera resolu. 

On ne peut serieusement admettre comme objection les 
funestes exemples d'accidents suivis de rnort dans les pares 
ouvertsau public; la foule bruyante,la mechancete des enfants 
qui fait naitre ou augmente la frayeur instinctive, la vue de 
chiens qui s'introduisent malgre la vigilance des gardiens, 
tant de circonstances de bruit ou de desordres qu'on ne peut 
prevoir a l'avance, expliquentsuffisamment les malheurs enre- 
gistres, et ce n'est pas 1'Antilope Nilgau seule qui figure sur 
la liste des accidents produits par la frayeur. La science de la 
naturalisation est encore au debut des essais, et c'est trop vite 
arriver a une conclusion facheuse que repousser formellement 
du cadre d'admission, un animal dont les instincts se modifie- 
ront, je l'espere et je le crois, a la seconde ou troisieme gene- 
ration. 

J'aborde une derniere objection. On dit que le Nilgau , 
comme la tribu des Antilopes, ne vit pas longtemps en domes- 
ticite; que sa reproduction est difficile et plutot une exception 
qu'une regie commune : des lors pourquoi depenser tant 
d' argent et faire tant d'efforts pour n'obtenir qu'un resultat ne- 
gatif ou peu important? 

Cette observation n'est pas le fruit de l'observation, et des 
lors elle est peu serieuse, si l'examen anatomique et l'expe- 
rience demontrent que le Nilgau est d'une constitution 
tres robuste, propre a supporter la rigueur ou les varietes 
atmospheriques de nos climats , l'experience prouve mieux 
encore la possibilite de conserver pendant une longue suite 
d'annees cet animal en domesticite. La premiere femelle que 



ANTILOPE MLGAU. 1P7 

j'ai possedee, etait agee de plus de douze ans ; le developpement 
des dents et des sabots le prouvait de la maniere la plus evi- 
dente. 

La fecondite est encore mieux demontree que la longevite. 
Le jardin zoologique de Londres en possede un couple qui 
pendant plusieurs annees a donne, a chaque saison, naissance 
a deux jumeaux ; le Museum de Paris, les autres collections 
europeennes ont consigne le meme resultat : les jeunes pro- 
duils sont nes bien constitues et nullement inferieurs a leurs 
ascendants. La jeune femelle nee chez moi depuis deux mois, 
exposee aux froids prematures, ' a la pluie, aux brouillards 
tres communs dans la vallee ou se trouve situe mon jardin, 
est forte, pleine de vie, et lout fait presager que l'hivernelui 
sera pas funeste. Un rayon de soleil vient-il a se monlrer ; elle 
sortavec sa mere dans son petit pare, court, bondit, joue avec 
elle et le jeune chien, qu'elle semble aimer et traiter comme 
s'il etait de son espece. 

Je recommande particulierement comme precaution indis- 
pensable au succes de la gestation de separer le male de la 
femelle, mais de maniere qu'ils puissent se voir, se flairer, 
sans que le male, toujours despote dans le menage, puisse em- 
peclier sa compagne de manger ou de dormir, autant et aussi 
souvent qu'elle le veut. 

La nostalgie, si funeste a Tbomme, ne Test pas moins chez 
les animaux ; j'ai plus d'une fois, meme dans les petites especes, 
constate les deplorables eflels qui, encore ici, se feraient mani- 
festement sentir. II faut done isoler le couple sans le separer 
completement des que la femelle tourmentee par le male refuse 
ses caresses et repousse ses approches ; e'est l'indice presque 
certain que la fecondation a ete obtenue. 

La nourriture du Nilgau est des plus simples , e'est un 
animal aussi sobre que robuste, mais friand de pain et de 
sucre. Avec ces deux appats, on ferait suivre les miens comme 
le chien le inieux dresse. J'ai indique que quatre livres de foin 
dans la journee en hiver, en ete, de I'herbe nouvellementfau- 
chee, sans humidite, matin etsoir un melange de son, d'avoine 
et de caroltes ou de betteraves composaient I'ordinairede mes 



198 S0CIETE 1MPER1ALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

animaux. Leur robe luisante et polie indique que ce regime 
est bon et entretient un florissant etat de sante. 

Cette esquisserapide, fruit d'uneconsciencieuse observation, 
a ete tracee avec Tespoir de convaincre les esprits difficiles ou 
rebelles. Je voudrais provoquerd'autres essais, afinque la ques- 
tion fut vite resolue. 

En se placant dans un milieu convenable, sans defiance ni 
certitude absolue du succes, on saurait ne negliger aucunes des 
precautions qui font reussir. Le nombre croissant des expe- 
riences, provoquees paries resultats des croyants, formerait 
un faisceau de preuves en faveur de l'opinion que je professe. 
de la conqueHe definitive. 

Je ne pense pas qu'il soit utile d'insister afin de prouver que 
le Nilgau, comme animal de luxe, est un des plus jobs, des 
plus precieux qu'un pare puisse renfermer 5 mais il me reste a 
etablir, qu'au point de vue utilitaire, sa place est marquee dans 
les produits que la science de la naturalisation reserve a l'ave- 
nir. J'ai prouve que ce bel animal, grand, robuste, sobre, est 
comme venaison un mets' veritablement digne de la table des 
rois, et que ce n'est pas sans motif que Hunter, a la fin du 
xvin e siecle, le signalait a I'Academie des sciences. 

N'est-ce pas aujourd'hui un fait acquis, qu'avec l'extreme 
division du sol, cbaque annee voit diminuer le nombre des 
especes de gibier, particulierement les grandes, et que dans peu 
d'annees. si une loi serieuse ne vient pas les proteger efficace- 
ment, on les verra successivement disparaitre ? Le Daim, le 
Chevreuil,leCerf, ne se trouvent plus, en certain nombre, que 
dans les forets de la couronne ; dans nos plaines, livrees a la 
merci de tous les braconniers, le petit gibier est traque nuitet 
jour. Ce serait done une bien precieuse ressource,., une belle 
acquisition que I'acclimatation du Nilgau portee au point de 
le rendre vulgaire, autant que le Daim, par exemple, et d'en 
faire une ressource alimentaire. 

II faudra bien aviser aux moyens de parer a la destruction 
sans cesse croissante du gibier a l'etat libre, par des moyens 
de domestication applicables aussi bien aux grandes qu'aux 
petites especes. Si l'experience est presque faite pour les Colins 



ANTILOPE NILGAU. 499 

qui se reproduisent a l'infini dans Tespace le plus restreint, 
I'avenir demontrera qu'avec quelques soins, un peu de peine, 
beaucoup de bon vouloir, de nombreuses conqueles seront 
faites a des degres plus eleves dans l'echelle animale. (Test un 
des services que la Societe est appelee a rendre a la France et 
a l'Europe entiere. 

Le cuir du Nilgau m'a paru d'une force extreme et d'une 
resistance bien superieure a celui d'animaux plus eleves en 
taille et semblant plus robustes, a en juger par le volume. Le 
commerce trouveraitla, au moins comme exception, un element 
utile. 

Quelle que soit la douceur de moeurs du Nilgau, je n'ose 
esperer qu'il soit jamais possible d'en faire un animal auxiliaire. 
Pour plier cette nature, aussi ardente que timide, a depareilles 
exigences, il faudrait assurement plusieurs generations. Mais 
n'est-ce pas deja, sans demander aulant, un grand pas de fait 
dans la naturalisation, que d'avoir amene a se reproduire et a 
subir les intemperies et les variations atmospheriques de nos 
climats, cet elegant et brillant habitant des zones torrides? 



200 SOCIETE IMPEIUALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

NOTE 
SUR LES MOYENS DE DfiTRUIRE LES SERPENTS. 

Par H. J. noon I. 

Membre tie l'Institut. ■ • 



(Seance du 1" avril 1859.) 

En parcourant le voyage du docteur Livingstone, de ce 
courageux missionnaire qui, pendant plus de quinze ans, s'est 
devoue pour repandre parmi les populations noires du centre de 
1'Afrique australeles lumieres de l'Evangile et les secoursde la 
medecinej'ai remarquele passage suivant, qui pourra.jecrois, 
interesser la Societe. En parlant des oiseaux qui habitentla 
vallee de Cassauge, province d'Angora (1), il cite le Lehututu (2) 
qui se rencontre jusqu'aux environs de Kolobeng, et jette ici, 
coinme partout, lecri prolonge dont son nomestronomatopee. 

C'est un gros oiseau qui ressemble beaucoup au Dindon : il 
est noir, mais quand il vole, on apercoit la partie exterieure 
de ses ailes qui est blanche. II tue les Serpents qu'il frappe 
avec adresse derriere la tete. 

Me rappelant le vif interet avjjc lequel la Societe avait ecoute 
la lecture du Memoire de notre savant collegue, le docteur 
Rufz, sur les trop nombreux cas de mort ou d'accidents deplo- 
rables resultant des piqures faites paries crochets avenin de 
la grande Vipere Fer de Lance (Bothrops lanceolatus) , a la 
Martinique, a Sainte-Lucie, a la Jama'fque, et sur l'insucces des 
moyens qui avaient ete mis en usage pour detruire cette espece 
de Serpents-, me rappelant aussi que la Societe d'acclimata- 
tion a fait de la destruction de ces dangereux reptiles le sujet 
de Tun de ses prix, j'ai pense que, par ses rapports avec les 
autorites portugaises, elle pourrait tenter Timportation et 
1'acclimatation du Lehututu a la Martinique d'abord, et de la 
aux autres lies des Antilles infestees par les Fers de Lance. 

(1) Exploration dans I'interieur de 1'Afrique centrale et voyage a travers 
le continent de Saint-Paul du Loanda , a I'embouchure du Zambeze , 
de 1840 a 1856, par le docteur David Livingstone. Traduct. francaise, p. 476. 

*) Tragopan Leadbeaterii. 



MOYENS DE DETRUIRE LES SERPENTS. 201 

En m'entretcnant de ce sujet avec notre collogue M. le pro- 
fessour Moquin-Tandon, il me parla tVun autre oiseau bien 
cpimu, del'ordredes Echassiers, egalement ennemi et destruc- 
teur des Serpents, qu'on pourrait opposer a la Vipere des 
Antilles. II s'agit de la Cigogne (Ciconia alba, Lin.). 

(let oiseau est assez commun dans le nord de la France, par- 
ticulierement en Alsace, sur les bords du Rliin et en Hollande. 
Surlestoits des ferines, on acoutunie. dans quelquesconlrees, 
de placer de petites roues de chariot horizontalement, le 
cote concave tourne en haut, et sur ces roues, les Cigognes 
construisent de grands nids de branchages. 

Ces oiseaux viennent s'etablir pendant l'ete dans nos con- 
trees pour s'y reproduire et faire la chasse aux Serpents et 
autres reptiles dont ils se nourrissent et aliinentent leur cou- 
vee. Les Cigognes ne font aucune especede tort aux cultures. 
Hatons-nous d'ajouter que ces oiseaux, n'etant pas bons a 
manger, seront respectes par les chasseurs et les braconniers. 

Ces oiseaux se rencontrent aussi en Algerie et y detruisent 
un grand nombrede ces Serpents que Ton rencontre frequem- 
ment entrela toilureet les plafonds de roseaux et de torchis 
des maisons arabes, ou ils se nourrissent des souris, des scor- 
pions et autres animaux qui en font egalement leur demeure. 
En as>istant a Tune des visiles de Thopital de Mostaganem, 
en 1841, une Couleuvre de pres d'un metre de longueur tomba 
du plafond sur le sol et se lua a nos pieds. 

Les Cigognes, chez nous, sont des oiseaux de passage. Elles 
s'eloignent du pays ou elles out niche des que la mauvaise sai- 
son arrive. C'est le moment ou les reptiles vont hiverner. Aux 
Antilles, ouces derniers animaux ne s'endormenl pas, et oil la 
temperature est assez douce pendant Thiver, les Cigognes 
demeureraient sedentaires. 

11 serait done facile de se procurer dejeunes Cigognes, soit 
en Allemagne, soit en Algerie, et de tenter leur acclimalation 
et leur domestication a la Martinique et a celles des aulres 
Antilles ou se rencontrent les Boihrops, et c'est precisement 
pour etudier cette importanlc question, que j'ai cru devoir 
soumellre la presente Note a la Societe. 



T. M. —Mai 1859. Ill 



202 S0C1ETE IMPERIALE ZOOLOGFQUE d'aCCLIMATATION. 

DE LA DESTRUCTION DU HANNETON 

ET DE SON EMPLOl POUR LA NOURRITURE DES JEUNES OISEAUX. 

LETTRE ADRESS^E A M. LE PRESIDENT 
DE LA SOCIETE" IMPERIALE ZOOLOGIQUE D'aCCLIMATATIOH 

Par M. Florent PROVOST. 



(Seance du 29 avril 1859.) 

Monsieur le President, 

An moment ou la Societe d'acclimatation va constituer son 
Jardin zoologique, je viens vous proposer un moyen econo- 
mique de nourrir et d'elever les oiseaux, parliculierement les 
Gallinaces dans leur premier age. 

(Test Temploi du Hanneton a l'etat de farine. 

A une epoque deja fort eloignee, j'ai eu l'idee d'utiliser cet 
insecte a l'etat parfail pour la nourriture de plusieurs especes 
d'oiseaux que je possedais alors. 

En 18/i7, j'ai repete ces experiences sur une plus grande 
echelle, en reunissant une quantite considerable de Hannetons. 
Voici le moyen que ^ai employe apres plusieurs essais et qui 
nfa le mieux reussi. 

II faut faire perir ces insectes en les enfermant dans des 
vases exposes a Tardeur du soleil ; les faire secher ensuite 
sur des claies ou de grandes toiles, puis les reduire en poudre 
a Taide d'un mortier; on obtient alors une espece de farine 
qui a Faspect decelle de graine de lin. 

Cette farine, meMee a la patee composee de pain, grains, 
ou pommes de terre, donnee ordinairement aux volailles, est 
tres bonne pour les jeunes oiseaux, et ils en sont tres avides. 

La farine de Hanneton se conserve fort longtemps dans 
des bocaux hermetiquement fermes, mais il est preferable de 
I'employer fraiche, ce qui est facile, puisque l'epoque de Te- 
closion de cet insecte coincide avec celle de la naissance des 
oiseaux de basse-cour. 

Je dois faire remarquer ici que cet aliment, bon pour de 



INSTRUCTION W) IIANNF.TOX. 203 

jeunes oiseaux , ne lcur convient plus a 1'age ou ils comraencent 
a devenir adultes. A retle epoque, cette nourriture est trop 
excitante et it faut lui substituer le sang de boeuf et les ceufs 
durs qui sont aujourd'hui employes avec avantage, par plu- 
sieurseleveurs. 

Vous savez qu'a 1'epoque de 1'eclosion du Hanneton, a 
laquelle nous arrivons presentement, Tinsecte sort de terre a 
l'etat parfait, s'accouple, et que la femelle va deposer ses oeufs, 
un a un, dans un champ deja ensemence du grain qui doit ser- 
vir de nourriture a la larve qui va bientdtse developper. 

Toutes ces evolutions s'operent la nuit. Le jour, l'insecte 
resteengourdi sous les feuilles des arbres; il est done facile de 
le recolter en grand nombre, ainsi qu'on le sait et qu^on le 
pratique parlout avec plus ou moins de suite. 

Vous voyez qu'il estplus utile de detruire le Hanneton a 
Fetatd'insecte, que de chercher a le detruire a l'etat de larve, 
soin qu'il faut laisser aux petits mammiferes insectivores et 
aux oiseaux (1) qui s'en acquittent beaucoup mieux que Thomme 
ne pourra jamais lefaire. 

Le moyen que je propose rendrait un triple service al'agri- 
cullure : 

1° Kn favorisant la destruction de Tinsecte le plus nuisible 
aux recoltes; 

2° En l'utilisant pour elever les Gallinaces, et en dormant 
ainsi une valeur a une chose qui n'en avait aucune ; 

J'ajouterai que lorsque la farine de Hanneton est trop 
ancienne et devenue ranee, elle peut encore 6tre employee 
comme engrais. 

Je place sous les yeux de la Societe deux bocaux, contenant 
Tun de la farine de Hannetons, Tautre des Hannetons entiers, 
que j'ai conserves depuisl8/i7. 

(1) Parmi les nombreux moyens que Ton a essayes ou proposes pour la 
destruction de la larve du Hanneton, le plus simple et le plus efficace est 
l'emploi des oiseaux de basse-cour qu'on laisse aller dans les champs ; mais 
ce moyen pre".sente le grand inconve"nient d'exposcr a Paviditd de ces auxi- 
liairesles semences et les rdcoltes. II serait, ce me semble, facile d'obvier 
a eel inconvenient en parquant les volailles comme on le faft ponr les moutons. 



204 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOG1QUE d'aCCLIMATATION. 

SUR UN ETABLISSEMENT D'HIRUDICULTURE 

CREE DANS LE DEPARTEMENT DE L'AIN. 

LETTRE ADRESSEE A M. LE PRESIDENT 
DE LA SOCIETY IMPERIAL'E ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATJON, 

Par M. le comtc de G ALBERT. 



(Seance du 7 Janvier 1859.) 

Monsieur l'e President, 

Dans ma lettre du 27 decembre dernier, j'avais riionneur 
de vous annoncer une Note sur l'etablissement d'birudiculture 
cree par mademoiselle deRuftieux, dans le departement de 
VAin; jem'empresse de vous transmettre cesrenseignements. 

J'avais souvent entendu parler de Televe des Sangsues. 
Curieux de voir et d'etudier un resultat que l'on m'annonqait 
devoir (Hre merveilleux, je saisis la premiere occasion qui 
m'etait ofTerte, et je visitai, dans le courant de juillet, les 
marais ou 1'inteUigente proprietaire avait dispose ses bassins. 

A cette epoque, des myriades de Sangsues de divers ages 
peuplaient les differenls reservoirs. Un grand nombre attei - 
gnaient deja le poids marchand. Presque toutes annoncaient 
par leur embonpoint que la ponte serait des plus abondantes et 
des plus heureuses. 

Voici les notes que je recueille sur l'origine et sur la suite 
des essais de mademoiselle de Ruffieux : 

L'entreprise avait ete tentee en iSl\9. Dirigee en sous- 
ordre par un homme qui se croyait expert et ne commit que 
des fautes, elle nedonna aucun resultat. Neanmoins, quelques 
sujets ecbappes au desastre apporterent la preuve de l'cxcel- 
lence des eaux; les Sangsues persistaient a se reproduire 
nialgre le pillage, malgre I'absence presque complete de soins, 
de nourriture et de surveillance. Ces observations rendirent 
le courage a mademoiselle de Ruffieux, et, en avril 185(5, elle 
se remit a Vceuvre. 



ETABLISSEMENT d'hIRUDICULTURE. 205 

Depuis cette epoque, le succes le plus complet a couronne 
ses efforts. Les pontes de 1856 avaient ete fort belles; celles 
de 1857 le furent egalement-, celles de 1858, que je fusadmis 
a suivre eta etudier pendant huit jours, devaient decupler les 
pontes des annees precedentes. Aussi, c'est par millions acluel- 
lement, que Ton compte les produits, soignes, surveilles, 
nourris avec une intelligence qui merite toutes vos sym- 
pathies. 

L'education des Sangsues appartient a cet ordre de travaux 
utiles dont il est superflu de vous signaler les avantages. Leur 
acclimatation est une amelioration importante pour tous les 
terrains de meme nature, terrains a peu pres improductifs. 
Deja diverses tentatives couronnees de succes ont constate 
que l'exemple de mademoisselle de Ruffieux serait pour le 
Bugey, ou se trouvent de nombreux marais, une bonne fortune 
dont la decouverteet I'importation seront dus a sonenergique 
persistance. 

C'est a cause de cet exemple donne et du resultat obtenu, 
que j'ai cru devoir vous faire connaltre le nom et les travaux 
de mademoiselle de Ruffieux. La Societe ne couronne pas 
seulement les efforts et les ceuvres qui viennent a elle; il 
appartient aux societaires de lui signaler ceux de ces travaux 
qui meritent sa protection et ses recompenses. La modestie de 
l'ouvrier me semble un titre de plus aux honneurs qu'elle 
decerne. 

Permettez-moi d'ajouter quelques lignes sur les moyens 
employes en 1849, dans la tentative demeuree sans resultat, et 
sur les modifications apportees en 1856, auxquelles doit 6tre 
attribue le succes actuel. 

Mademoiselle de Ruffieux assigne deux causes a son insuc- 
ces primitif : 1° La disposition des bassins dans lesquels les 
parties couvertes d'eau etaient trop considerables, etqui, par 
consequent, manquaient de retraites indispensables pour le 
depot du cocon 5 2° le moyen employe pour nourrirlaSangsue 
qui consistait a donner pour aliment le sang de boucberie, 
froid, au lieu d'animaux vivants; nourriture qu'elle ne pre- 
nait ([u'avec repugnance. 



206 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

En 1856, des modifications essentielles furent apportees aux 
bassins du marais et a la nourriture des Sangsues. 

Les nouveaux reservoirs furent creuses de fac^on a donner 
autant d'espace a la parlie solide qu'a la partie humide. Des 
fosses d'un metre de large semblerent suffisants et les terres 
en provenant eleverent d' autant Tespace intermediate. Les 
gazons aceumules faciliterent, en raison de leur permeabilite, 
Tentree des Sangsues qui choisissent, pour deposer leursceufs, 
les parties que Teau ne peut atteindr'e. Veiller a ce que le 
eocon reste, pendant l'incubation, dans un milieu sec, et, 
cependant, rapproche des terres humides, est une condition 
essentielle pour la reussite des pontes. Elle n'avait pas echappe 
a Ja sagacjte de mademoiselle de Ruffieux et du nouvel agent 
qu'elle avait charge de la direction de sa nouvelle tentative. 
D'un autre cote, le mode d'alimentation fut change, Au lieu 
du sang de boiieherie, on livra a la voracite des Sangsues des 
chevaux vivants. La precipitation avec laquelle elles se jettent 
sur les malheureux animaux qu'on leur donne en pature est telle 
que Ton peut, a cbaquc jambe, jes compter par milliers. Les 
secousses, les ruades, rien ne peut les detacher avant qu'elles 
soient gorgees. Les chevaux sont a peine dans l'eau que la 
surface du marais est noire de Sangsues avides d'arriver les 
premieres au festin. 

L'etendue du marais est de 3 a 9 hectares, toute cette sur- 
face a ete reconnue propre a l'entreprise. Dans le courant 
de 1859, le tiers du marais sera habite et ensemence au mcyen 
de la ponte de 1856. Un grillage eleve enserre l'espace con- 
sacre aux Sangsues ; deux gardes sont necessaires a la sur- 
veillance du marais et a l'entretien des chevaux. 

Si les frais d'etablissement ont ete considerables, le produit 
assure aujourd'hui depassera toutes les previsions. Jamais 
succes n'aura etp mieijx merite. Je serais heureux d'avoir con- 
tribuea vous faire connaitre une ceuvre qui morite toutl'inte- 
ret de la Societe d'acclimatation. 



. 



CANNE A SUCRE DE LA CHINE. 207 

Etudes slr les degenerescences 
OBSERVEES DANS LA CANNE A SUCRE DE LA CHINE, 

DITR 

SORGHO SUCRE. 

Par n. le doctear Adrlen SICARD. 



(Seance du 2t Janvier 1859.) 

La (rule voi« lie derouYrir tout ce qui 
• se trmive dans un objrt, est tie IVxi, miner 

en tleiail et de le decompoaer jusqu'a ce 
que 1'iilnrt < nlier devienne si simple qu'on 
ne puisse plus ('analyser davantage; man 
rette analyse a des uornrs 

(Zimmerman*.) 

Apres avoir etudie pendant plusieurs annees la Canne a 
sucre de la Chine sous tous ses aspects, pour tacher de nous 
rendre bien compte des proprieles utiles de cette plante, nous 
avons cru devoir observer les degenerescences que nous avons 
rencontrees dans cette graminee ; tel est le but de ce travail, 
que nous recornmandons a labienveillance de la Societe impe- 
rial zoologique d'acclimatation. 

Nous prendrons, comme point de comparaison, le Sorgho a 
balais cultive dans les memes conditions ; bien entendu que 
nous le considerons seulement au point de vue de la couleur 
des graines, car nous ne pouvons admetlre, jusqu'a preuve 
conlraire, une parfaite similitude entreles plantes sucrieres et 
cellos qui ne le sont pas, enlre une plante utile a maintes 
industries et celle qui fournit seulement de la graine. Une fois 
bien entendu sur ce point, nous allons entrer en matiere. 

Les graines qui nous ont presente les types ci-dessous de- 
signes avaient ete recollees en Algerie, ellcs ont ete semees et 
cullivees dans un terrain fort et bien arrose; nous ferons ob- 
server que la plus grande partie des plantes de ce champ 
etaient degenerees. La proportion de 50 pour 100 est en 
dessous de la verite. 

Toutes les couleurs rouges se sont rencontrees sur le bord 
d'un ruisseau qui elait presque toujours huniide et abrile de 
Taction solaire par un mur d'une grande hauteur; nous 



208 SOC1ETE IMPER1ALE ZOOLOG1QUE d'aCCLIMATATIOM. 

devons a la verite de declarer que si la degenerescence qui 
nous occupe a ete plus particulierement remarquee dans cette 
localite, on la rencontrait encore dans d'autres parties de ce 
champ ; nous I'avons trouvee aussi dans la plantation que nous 
avons faite a notre propriete de Vitrolles, lieu dans lequel 
les Sorghos n'ontpas ete arroses. Ce qui merite d^tre signale a 
Tattention des agriculteurs, c' est que les plantes ainsi degene- 
rees sans arrosementalteignaient a peine 1 metre de hauteur, 
la canne en etaittres grele, il enetait de meine del'epi, quoique 
les grains fussentbien nourris; tandis que le Sorgho Sucre qui 
etait sur le meme sol atteignait 3 metres de hairteur et avait 
de magnifiques epis. 

Dans le champ arrose, au contraire, les Sorghos degeneres 
etaient beaucoup plus forts et plus hauts que les aulres; ils ne 
conlenaient pas de sucre. Nous avons observe que plus lacou- 
leur des graines se rapprochait du rouge, moins les tiges 
etaient sucrees. 

Les graines couleur carmin indiquent des Cannes dont le 
milieu est vide, la moelle environnant le derme est d'autant plus 
molle qu'elle se rapproche davantage du centre de la canne. 
A mesure que la graine prend des couleurs de plus en plus 
foncees, la canne se sucre plus ou moins. Chez quelques Cannes, 
au lieu du vide existant au centre de la canne, il existait une 
moelle identique a celle du Sureau; il n'existait pas de fecule 
dans la canne. 

On trouve encore une variete de Sorgho sucre que nous 
devons signaler pour qu'on Feloigne de nos cultures; dans 
cette plante, la graine fait une forte saillie au-dessus de la 
cupule , qui a une couleur identique a celles des meilleurs Sor- 
ghos sucres, mais la graine est plus ronde, moins rougeatre; 
la canne n'est plus sucree, mais tres feculente-, on rencontre 
encore quelques apparences de sucre dans la partie corticale 
de la canne. 

Quelques-uns diront peut-etre que nous nous somnies fait 
illusion, que les degenerescences observees ne sont pas dues 
au Sorgho sucre , mais a des fecondations provenant du 
Sorgho a balais. Nous pourrions admettre ce fait s"il y avait eu 
des Sorghos a balais dans le voisinage, si la couleur des deux 



CANNK A SUCRE DE LA CHINE. 209 

graines etait identique; mais on ne peut supposer que le grai- 
netier vende la graine du Sorgho sucre melangee a moitie avec 
celle du Sorgho a sucre; s'il y avait presque identite de cou- 
leur comme celle du Sorgho graine de Chocolat, quoique ces 
dernieres different par la forme de celle du Sorgho sucre, 
nous pouvons penser que l'erreur est possihle. 

Pour tout homme qui a cultive le Sorgho, il est bien aise 
d'en distinguer les dilferentes especes ; quant a la graine du 
Sorgho a halais, il est impossible de la confondre avec celle du 
Sorgho sucre, on ne peut done supposer que la graine de 
sentence fut melangee ; au reste, nous en avons vu une partie, 
et nous pouvons affirmer le fait. Recherchons done les causes 
qui ont pu amener les degenerescences. 

II est d'observation que beaucoup de graines recoltees en 
Algerie ont, par le fait meme de cette origine, degenere des 
types; nous avons observe cette particularity sur la canne a 
sucre de la Chine dite Sorgho sucre. Est-ce le sol qui en est la 
cause? la temperature plus ou moinselevee de cette contree? 
le peu de soin que Ton donne a cette culture? Nous Tignorons, 
mais le fait existe, et ce n'est pas en Algerie que nous irions 
chercher des semences de Sorgho sucre. 

Si le lieu de production de la semence peut elre pour 
quelque chose dans les degenerescences qui nous occupent, 
nous ne pensons pas cependant que ce soit la seule cause a 
laquelle on doive attribuer la degenerescence observee: nous 
pensons que la trop grande humidite, et, dans une partie de 
ce champ, le manque de soleil, sont les deux causes essentielles 
de degenerescences : ce qui donne du poids a notre opinion, 
e'estque toutes les rangees de plantes qui se trouvaient dans 
la zone d'action de la muraille dont nous avons parle prece- 
demment ont toutes ete mauvaises, elles se trouvaient dans les 
deux conditions signalees, tres grande humidite et ombrage. 

Ce qui semblerait donner quelque poids a notre opinion, 
e'est que les plantes degenerees qui se sont rencontrees dans 
notre propriete de Vitrolles n'avaient pas pris le meme deve- 
loppement que celles qui viennent de nous occuper ; il en 
existait deux ou trois plantes sur un hectare environ de super- 
nc\e. Nous devons faire observer, a ce sujet, que les graines 



210 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

que nous avions semees avaient ete recollees sur le m6me 
terrain qui est plus sablonneux que celui dans lequel on a cul- 
tive les Sorghos qui ont fait le sujet de ce Memoire. 

Nous eroyons pouvoir eonclure de nos eludes que la canne 
a sucre de la Chine, dite Sorgho sucre, est, comme toute autre 
plante, susceptible de degenerescence, qu'on devrait etudier 
d'une maniere particuliere les lieux de production de se- 
mences, et qu'il serait a desirer que, dans ce but, on cultivable 
Sorgho sucre dans des conditions telles que 1'humidite ne puisse 
avoir aucune action sur les plantes destinees a la reproduction. 

Jusqu'acejour on n'a pris aucun soin decette nouvellecon* 
qu6te vegetale : c'est un grand tort, caril existe maintenant 
dans le commerce beaucoun plus de mauvaises graines que de 
bonnes ; telle est en grande partie la cause de la defaveur dans 
laquelie est tombee cette plante preeieuse. 

Tandis qu'en France, ou nous avons ete des premiers a 
etudier cette plante, on se demande si elle peut produire une 
quantite de sucre assez grande pour remunerer les depenses 
qu'en trainesa culture, les Etats-Unisremplacent la canne a sucre 
des colonies par la canne a sucre de la Chine dite Sorgho sucre. 

Que les habitants du midi de la France comprennent tiiflh 
portance de cette plante, qu'ils etablissent des usines pour en 
retirer les nombreux produits qu'elle peut donner et qui sont 
tous independants les uns des autres, qu'ils ne s'en tiennent 
pas a uneseule production, ils s'assureront alors que nous ne 
faisons pasde la theorie mais bien de la pratique. 

Terminons par ces belles paroles de M. Salze, directeur du 
Jardin botanique de Marseille : 

« N'oublions pas que les richesses vegetales deja acquises 
» sont seulement acclimatees chez nous; elles ne sont point 
» naturalisees. Nous les avons comme en depot ; leur conser- 
» vation, leur multiplication, leur amelioration, dependent de 
» la plus active vigilance, des soins les plus assidus, les plus 
)) eclaires. Ne perdons pas de vue que nous devons tout aux 
» efforts reunis de 1'agiiculture, des sciences, deFinduslrie, du 
» travail le plus opiniatre. N'oublions jamais qu'un seul mo- 
» ment de repos nous ramenerait vers des siecles de misere. » 



I'ROCfcs-VKHBAUS. 211 

III. EXTRAIT DES PROCES-VEhBAUX 
DES SEANCES GENERALES DR LA SOCIETE. 



SEANCK DC 15 AVR1L 1859. 
Pr6sidence de M. Is. Geoffhoy Saint-Hil^irb, 

M. le President proclame les noms des membres nouvelle- 
ment ad mis : 

MM. Andigne (le marquis d'), anciqn pair de France, a Paris. 
Arhault, pharmacien chimiste, a Montmartre. 
Bereisger, juge de paix d'arrondissement, a Paris. 
Blanchet (le docteur), chirurgien de I 1 Institution impe- 

riale des sourdsr-muets, a Paris. 
Bonneau ru Martray (Edmond), chef d'escadron d'Etat- 

major, a Paris. 
Boussiere, vice-president honoraire de la Societe impe- 

riale et centrale d'horticulture, a Paris. 
Caulaincoirt (le marquis de), membre du Corps legialatif, 

a Paris. 
Daru (le baron Eugene), a Paris. 
Gellineau (Georges), proprietaire, a Parbezieux (Cha-r 

rente) et a Paris. 
Gros (Jean), proprielaire, agriculteur, a Griiningen, can- 
ton de Zurich (Suisse). 
Ili.YR.un. proprietaire et sericiculteur, a Villeneuve-de- 

Berg (Ardeclie). 
Jannet (Pierre), proprietaire, a Montrouge. 
Jiii.LiKN (Theodore-Pierre), ancien magistrat, president 

honoraire de la Societe d'agriculture de Joigny, a Paris. 
Koemgswarter , charge d'affaires de S. A. le due de, 

Saxe-Cobourg-Gotha, a Paris. 
LagrknG (de), ancien ministre plenipotentiaire. a Paris. 
La Planche (de), proprietaire, membre du Conseil gene- 
ral de la Nievre, a Aulun (Saone-el-Loire). 



912 societe imperiale zoologique d'acclihatation. 
mi. La Rochefoucauld (le comte Frederic de), a Paris. 

La Rochefoucauld (le comte Hippolyte de), ancien mi~ 

nistre plenipolentiaire, a Paris. 
Levavasseur, ancien depute, a Paris. 
Maurice, avocat, secretaire-archiviste du Musee d'His- 

toire naturelle, a Douai (Nord). 
Mingaud (Philippe), pharmacien, membre de plusieurs 

societes savantes, a Paris. 
Moreau (le docteur), professeur a laFaculte demedecine, 

membre de l'Academie imperiale de medecine de Paris. 
Reille (le baron Gustave), membre du Corps legislatif, a 

Paris. 
Selim-Pacha, secretaire de S. A. le vice-roi d'Egypte, a 

Paris. 
Sieyes (Paul), a Pari?. 
Vaucher (Albert), negociant, vice-consul de France, a 

Hong-Kong (Chine). 
Vaucher (Alfred-Louis), negociant, a Fleurier, canlon de 

Neuchatel (Suisse). 
Vattecamps, proprietaire, a Paris. 
Zamoyski (le comte), a Paris. 

— MM. Bonneau du Martray, Boussiere, P. Jannet et Leon 
Maurice remercient de leur recente admission. 

— Notre confrere, M. C.-P. -Marie Haas, en ecrivant pour 
presenter un nouveau membre, donne des details interessants 
sur le developpement considerable qu'apris laSociete d'horti- 
culture fondee par lui dans le departement de la Haute-Marne 
etdans le sein de laquelle ont ete institues des cours publics 
suivis avec empressement. 

— M. le President informe que les Statuts de la Societe 
anonyme du Jardin zoologique d'acclimatation du bois de 
Boulogne ont ete approuves par decret imperial en date du 
2 avril courant. La Societe se trouve ainsi definitivement 
constitute. 

— M. le President, apres cette communication, citecomme 
temoignage de la haute consideration dont notre Societe jouit 



IMIOCKS-YUIUUUX. 213 

jusqu'a l'etranger, une demarche toute recente de M. von 
Siebold, <bienconnu, dit-il, du monde savant, non-seulement 
par ses travaux scientifiques de difl'erents genres, mais parle 
sejour si profitable aux sciences qu'il a fait au Japon. » Ce 
h:irdi explorateur retonrnant dans ce pays, comme colonel 
attache a la legation hbllandaise, a voulu, quoiqu'il ne put 
passer que six heures a Paris, exprimer au Conseil assemble 
ce jour-la, en seance administrative, le vif desir dont il est 
anime de so rendre utile a la Societe en ne laissant echapper 
aucune occasion de lui faire connaitre et de lui procurer les 
productions japonaises dont racclimatation lui semblera pou- 
voir elre tentee avec succes. 

— M. David, ancien ministre plenipotentiaire a Venezuela, 
fait parvenir un travail manuscrit deM. A. de Tourreil, chan- 
celier du consulat de France, et delegue de la Societe a Cara- 
cas. Ce travail est une etude ayant pour titre : Venezuela, po- 
sition geographique; aspect physique dupays; saisons; zones 
climate'riques ; observations meteorologiques. Dans une lettre 
d'envoi, notre confrere annonce qu'il signalera, dans des rap- 
ports speciaux, « les plantes et les animaux, dont racclimata- 
tion en France ou en Algerie pourrait conlribuer a I'ameliora- 
lion du sort des classes laborieuses. » II se propose de 
transmettre « des specimens d'animaux, de graines et de plantes 
propresa euricbir notre sol d'elements nouveaux. » 

— M. Bourgeois appelle I'attention sur les avanlages que 
semblerait devoir presenter l'extension de la culture : 1° du 
Sorgho dit Houque a halais (Holcus Sorghum vel Sorghum 
vulgare) comme plante fourragere, et comme fournissant une 
graine utile pour la nourriture des animaux; 2° de la legumi- 
neuse a racine tuberculeuse bonne a manger dite Apiostube- 
rosa (Glycine apios, Linn.), dont il place quelques tubercules 
en chapelct sous les yeux de TAssemblee. Ces tubercules, 
dit-il, ont une raveur excellente et par leurs qualites comes- 
tibles se rapprochent peut-etre plus que l'lgname de Chine des 
Pommes de lerre. 

— M. E. Tisserand, inspecleur des etablissemenls agricoles 
de la liste civile, au ministere de la maison de rEmpereur, 



21 h SOCIETY IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATJOIN. 

adresse, d'apres les instructions de M. le general de division 
Rolin, adjudant general du palais et membre de la Societe, 
trois caisses de graines et tubercules expedites en Europe par 
notre confrere M. de Montigny, consul general de France a 
Chang-Hai. A cette lettre est jcinte la liste du contenu de ces 
caisses. Renvoi a la Section des vegetaux. 

— Notre confrere, M. Radiguet, en faisant parvenir un 
exemplaire d'un Memoire de M. Ravel sur la culture et le 
developpement de la Truffe, informe, de la part de ce dernier, 
qu'il se met a la disposition de la Societe pour faire dans le 
Jardin du bois de Boulogne une experimentation de son pro- 
cede de culture et de reproduction de ce vegetal. Renvoi a 
l'examen ulterieur du Conseil d'administration de la Compa- 
gnie du Jardin d'acclimatation. 

— M. Aristide Dupuis fait hommage a la Societe, au nom 
de M. Jose Triana, d'une Note extraite du Bulletin de la Societe 
botanique de France ayant pour objel les Plantes iisuelles de 
la Nouvelle-Grenade . 

— M. David adresse une Note relative aux procedes de 
culture mis en usage a Cuba pour la plante dite Igname, qui 
est sans doute une Aroidee, mais que cependant M. de Castel- 
lanos, vice-president de l'lnstitut agricole de Barcelone et 
grand proprietaire a laHavane, de qui M. David tient les ren- 
seignementsquil transmet, considerecommeunesimplevariete 
del'Ignamede Chine introduite en Amerique. Quoi qu'il en soil, 
les procedes indiques par M. David ont pour but de determi- 
ner un developpement considerable des tubercules qui, alors, 
ne s'enfoncent plus aussi profondement dans le sol. Cette 
Note est renvoyee a la 5" Section. 

M. David annonce, en meme temps, Tarrivee en France des 
graines du i'ourrage de I'Amerique du Sud, dontil a deja entre- 
tenu la Societe, sous le nom de Yervade Guinea. 

Enlin, M. David appelle de ivouveau I'attention sur Tinleret 
qu'il y aurait |>our la Societe du Jardin du bois de Boulogne a 
faire acquisition de la collection de Camellias de la rue de la 
Muette, appartenant a M. Courtois, qui comptes'en defaire. 

— M. lecomte de Fontenay presente quelques observations 



PKOCES-VERBAUX. 215 

sur les avantages que semblerait, selon lui, devoir presenter, 
pour 1'aiimcntatiou ties Moutons, le Lupin blanc, dont il a 
remarque l'utilite dans le lloussillon, et qu'il voudrait voir 
acclimate dans les localites ou il manque. 

— M. le professeur J. Cloquet place sous les yeux de 
l'Assemblee une tige de Palmier haute de 3 metres environ, 
provenant de Tun des arbres qu'il possede dans sa propriete 
de La Malgue pres Toulon, et parmi lesquels il y a des sujets 
de vingtans. II propage cet arbre par drageons et par semis 
au moyen de noyaux contenus dans lesDattes qui arrivent a 
maturile parfaite a l'aide d'un procede dont il obtient de tres 
heuivux resultats. Ce procede consiste dans le soin qu'il 
prend, a Tarriere-saison, des le commencement denovembre, 
de faire entouier chaque regime de Datles par un sacde toile, 
qui preserve les fruits de Taction du froid. Apresles premieres 
chaleursdu printemps, dont on favorise Taction en laissantpe- 
netrer lesoleil dans les sacs, les Dalles sont bonnes a manger. 

M. le comte deSinety fait observer qu'il est bizarre de voir 
si bien reussir en Provence ce mode de propagation, dont on 
ne trouve des exemples en Egypte que si, comme il en a eu 
par lui-meme la preuve, on penetre jusqu'a 250 lieues dans 
I'inlerieur. Dans ce pays, ajoute-t-il, la propagation se fait par 
drageons. 

M. Cloquet, a cette occasion, repete que celle par semis 
reussit toujours a La Malgue. II ajoute que ce mode de propa- 
gation, au reste, ne presente pas l'avanlage oiler I par celui 
qui consiste dans l'emploi de drageons, lequel est sans doute 
prefere en Egypte par ce motif quon peut, de cette facon, se 
procurer un nombre d'arbres a fleurs femelles beaucoup plus con- 
siderable, la multiplicite des arbres a lleurs males etant inutile. 

— M. Pepin met a la disposition de la Sociele des graines 
du faux veifiis du Japon (Ailantus glandulosa) pour elre dis- 
tributes a ceux de ses membres qui voudraient clever plus tard 
les Vers a soie auxquels le feuillage de eet arbre sert de nour- 
riture. Des remeroiments serontadresses a noire confrere. 

— M. Guerin-Meneville annonce larrivee des cocons de 
Vers a soie annonces par M. Perrottet, et vivant les uns sur 



216 SOCIETE JMPER1ALE ZOOLOG1QUE d'aCCLIMATATION 

une Terebinthacee nommeeaPondichery Odina wodier , et les 
autres sur un Jujubier (Zizyphus) arbre de la famille des 
Rhamnees, ainsi que sur le Syzigium jambolanum, de la 
famille des Myrtacees. Surles soixante-douze cocons de la pre- 
miere espece, seize sont morts ou eclos, et les autres pa- 
raissent contenir leurs chrysalides encore vivantes. Malheu- 
reusement, ajoule notre confrere, on ne sait pas quel est 
I'arbre qui portedansl'Indele nomvulgaire de Odina wodier, 
et il ne pense pas, a en jugerpar Taspect du tissudes cocons, 
qui est mince et peu riche en soie, que ces cocons puissent 
fournir une ressource tres precieuse a l'industrie sericicole. 

Parmi les neuf cocons de l'autre espece qui est le Saturnia 
mylitta, dont on a deja essaye en Europe Teducation avec les 
feuilles du Chene, on en a trouve au deballage cinq morts ou 
eclos . 

— Une autre lettre de M. Perrottet, en date du 11 mars, 
signale un nouyel envoi de trente-trois cocons de cette der- 
niere espece j ce sont les seuls qu'il ait pu se procurer. 

A ce don, notre confrere a joint des lubercules de six 
especes distinctes de Dioscorees (D. rubella, purpurea, fasci- 
culata, gibbosa, ou peut-etre elata, oponti folia, et penta- 
phylla. Ces caisses contiennenl, en outre, deux especes de 
rhizomes assez gros de l'Aroi'dee dite Arum colucasia, le 
Careny des Malabars. « Ces plantes sarmenteuses, a tuber- 
cules plus ou moinsvolumineux, semblent, dit notre confrere, 
elre de nature a pouvoir reussir en France, ou mieux tout 
d'abord en Algerie. 

M. Perrottet termine en exprimant le desir de voir conser- 
vcr a la colonie Tetablissement sericicole du Gouvenement 
laisse depuis six ans a sa charge, qu'il soutient a ses risques 
et perils et qu'on a cependant le projet de lui retirer et de 
faire rendre a la fin de l'annee, quoique la situation facheuse 
de l'industrie des soiesen France exigeimperieusement, selon 
lui, que la colonie ne soit pas privee de cet etablissemeut. 

— M. Guerin-Meneville annonceque ceux de nos confreres 
qui ont re^u de la graine de Vers a soie ordinaires recueillie 
en Orient par M. Bourlier, remercient de renvoi et font, con- 



PROCES-VERBAUX. 217 

naitre rintention de tenir la Societe au courant des educa- 
tions qu'ils vont entreprendre avec celte graine. 

Malheureusement, ainsi qu'on l'apprend de Turin par 
M. Barufli, et de la valleedu Khdne parquelques agriculteurs, 
les gelees ont nui aux premieres feuilles du Murier. 

— M. le docteur 0. Reveil qui avait ete adjoint, ainsi que 
Mgr. Perny et M. Fremy a la Commission de sericiculture, 
pour l'etude d'iine question speciale, donne lecture d'un tra- 
vail ay ant pour titre : Description des appareils adoptes pour 
le transport des cocons du Ver a soie du CMne qui doivent 
etre envoyes de Chine par Mgr. Perny. (Ce rapport sera insere 
dans le Bulletin, avec la figure des appareils.) 

— M. de Quatrefages informe que M. Dechamps, filatour 
a Sumene, dans les Cevennes, a parfailement reussi a devider, 
des le premier essai, les cocons du Ver du Chene, d'un bout a 
l'autre, sans rupture. La soie, ainsi qu'il resulte d'explications 
verbales donnees a M. le President par ce filateur,est belle, et 
sa tcnacite mediocre, maisson elasticile remarquable, car elle 
est de 29 pour 100, tandis que celle de soie du Ver du Murier 
est seulement del9 pour 100, c'est-a-dire que, tandis que un 
metre de cette soie peut <Hre amene seulement a la longueur 
de l^^O par l'extension, celle du Ver du Chene peut acquerir 
une longueur del m ,29. Les resultatsobtenuspariM. Dechamps, 
ajoute M. le President, doivent etre attribues a la perfection 
des machines employees dans sa filature. 

M. Guerin-Meneville confirme Timportance de ces resultats, 
qui tirent surtout leur valeur des conditions vraiment indus- 
trielles dans lesquelles ils ont etc obtenus, mais il fait obser- 
ver que notre confrere, M. Jules Bourcier, il y a quinze ans 
deja, elait parvenu a devider les cocons dont il s'agit, sans avoir, 
a la verite, fait de ce resultat aucune application a rinduslrie. 

Pour completer ce qui vient d'etre ditsur les qualites de la 
soie des Vers querciens, M. Guerin-Meneville dit qu'un fil de 
cette soie vaut cinq a six fils reunis de la soie ordinaire. 

— M. le professeur E. Cornalia, de Milan, membre de la 
Societe, adresse une Note relative a la maladie des Vers a 
soie. Elle contient le detail des observations sur ce sujet dues 

T. VI. — Mai 1859. 15 



218 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

a M. Vittadini et de celles qui, lui appartenant en propre a 
lui-meme, contirment les premieres. Elles sonl relatives a la 
presence dans les tissus et dans les liquides de la larve atteinte 
par la maladie, d'une multitude de corpuscules vivants d'unc 
forme et d'un volume presque constants. Sans se prononcer 
sur la nature de ces corpuscules dont noire confrere, M. Mon- 
tagne, a presente I'histoire dans ua recent rapport a la Societe 
d'agriculture, M.Cornalia annonce avoir pleinement continue la 
decouverte annoncee par M. Lebert d'abord, puis par M. Vitta- 
dini, de la presence de ces corpuscules dans le vitellus meme 
des oeufs du Ver a soie. 

— M. le secretaire donne lecture d'une lettre par laquelle 
M. le comte de Greffulhe annonce que madame la comtesse de 
Segur a decouvert que les jeunes feuilles de Lilaspeuventpar- 
faitement servir a Teducation des Vers a soie du Ricin. Des 
remerciments seront adresses a M. de GrelTulhe pour cette 
communication. M. Vallee avait deja fait de semblables essais 
a la Menagerie du Museum. 

— M. A. Lignac, ancien interne en pharmacie des bopi- 
taux, employe principal au chemin de fer d'Orleans, fait 
parvenir un travail manuscrit dans lequelil atraite de plusieurs 
questions relatives au Ver a soie du Ricin et a son education. 
II annonce d'abord etre parvenu a en devider completement 
les cocons, etinsiste sur les avantages pecuniaires que produi- 
rait I'emploi de ce procede substitue a celui du cardage. 

Aiin de faire dispaiaitre | les inconvenients qui resultent 
dans l'education du Ver dont il s'agit, de la f'acilite avec 
laquelle les excrements entrent en fermentation et du prompt 
dessecbement des feuilles du Ricin, il a imagine un easier 
dont il otl're de placer un modelesous les yeux de la Societe, 
et qui, par une disposition speciale, debarrasse instantane- 
ment les chenilles de leurs excrements, en m£me temps qu'il 
permet de maintenir dans leau les queues des feuilles de 
Ricin soustraites de cette facon a une dessiccation rapide qui 
seraitun veritable obstacle pour Televeur, s'il nepouvait ainsi 
leur conserver lafraicheur et I'buinidite indispensables. C'est, 
au reste, un inconvenient que M. Vallee a, des longteinps, 



PROCES-VERBAUX. 219 

cherche a combaltrc dans ses educations a la Menagerie des 
Reptiles du Museum. 

M. Lignae, dans le but de procurer a nos colons d'Algerie 
des avautages reellement remunerateurs dans l'education de 
ce Ver a soie, s'est livre, depuis 1856, a de nombreuses 
recherclies chimiques sur les usages auxquels pourrait etre 
employee la graine de l'huile de Ricin, jusqu'ici sans valeur 
reelle. Or, il a trouve que cette huile peut etre transformee 
en trois grands produits industriels d'une haute importance. 
Apres avoir enumere les recherches qui viennent d'etre indi- 
quees et dont les resultats ont ete obtenus des 1858, M. Lignae, 
en mentionnant les bienveillants encouragements queM. Gue- 
rin-Meneville lui a accordes a Tepoque ou il lui fit connaitre 
tous ses travaux, en appelle a ses souvenirs afin que notre 
confrere puisse temoigner del'exactitude des fails qu'ilenonce. 

M. Guerin-Meneville dit « qu'il a vu les appareils fort inge- 
nieuxdeM. Lignae, dontil connait tresbien, depuis un an, les 
iuteressants travaux. » II ajoute qu'ils ont eu l'honneur d'etre 
re^us ensemble par S. A. I. le prince Napoleon, de la bien- 
veillance duquel ils sollicitaient des concessions de terrains 
pour l'education sur une grande echelle des especes nouvelles 
de Vers a soie. 

M. Dareste, al'occasion des travaux chimiques deM. Lignae, 
rappelle que, a la suite d'un Rapport presente par lui, apres 
reposition universelle de!855, au nom de la Sous-Commis- 
sion chargeedc 1'examen deshuilesetdesvins {Bulletin, 1856, 
p. 235), et connne complement d'un passage de ce Rapport 
relatil'a l'huile de Ricin (p. 237-230), il a communique (p. 349) 
les resultats de recherches sur cette huile enlreprises par 
M. Bouis. Ce chimiste en a obtenu de lacide sebacique et de 
lalcool capi ylique. 

— Les pieces de la seance contenant une Note lithog raphiee, 
adressee par la Societe d'agriculture de Louhans aftiliee a la 
notre, et qui est relative a une vented'alevind'angnilles, M. le 
President fait observer que la Societe imperiale d'acclimatation 
a ete mention nee a tort dans cette note. Le Conseil, ajoute- 
t-il, a vu avec regret que sa redaction put faire croire a une 



220 SOCIETE IMPER1ALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. 

intervention quelconque de notre Societe dans une affaire 
commerciale. 

— Notre confrere, M. John Le Long, ecrit de Parana, au 
Bresil, qu'il a obtenu dans ce pays un certain nombre d'adhe- 
sions a notre ceuvre, et qu'il espere pouvoir fonder des 
Societes d'acclimatation affiliees a la notre dans les villes de 
Buenos-Ayres et de Rio-de-Janeiro. 

II s'est occupe de nous procurer des plantes et des animaux 
utiles; malheureusement, il en a perdu beaucoup. II annonce 
cependant 1'envoi de cocons de Vers a soie recueillis par lui 
dans les provinces de Sanla-Fe et d'Entre-Rios entre le 31 e et 
le 32 c degres de latitude sud, et qui vivent sur les Mimosa. De 
plus, il compte expedier prochainement deux oiseaux, male 
etfemelle, d'une espece qui porte, dit-il, le nom de Pavo del 
monte; elle est originaire du Choco. « La chair en est tres de- 
licate, preferable a celle de notre Faisan, auquel cet oiseau 
ressemble un peu. » 

II fera egalement parvenir un oiseau du Paraguay nomme 
Mitu, a peu presgros comme le Dindon, dont il est l'analogue 
pour les qualites de sa chair. (Cet oiseau est un hocco.) 

— M.Felix Real, president de la Societe regionale des 
Alpes, demande que cette Societe soit inscrite pour deux 
femelles et un male d' Alpacas et a defaut de ceux-ci pour 
deux femelles et un male de Lamas, au nombre des souscrip- 
teurs appeles a participer a Introduction de ces animaux en 
France. 

— M. Richard (du Cantal) ecrit d 1 Alger quelesDromadaires 
achetes pour I'empire du Bresil seront prets a partir a la fin 
d'avril. i 

A cette occasion, M. le President informe de tout le soin 
que notre honorable vice-president a apporte a cette affaire, 
qui n'a pas ete sans difficultes, et qui a exige un voyage dans 
le Sud, alin qu'un choix convenable de types put etre fait~ 
II annonce, en outre, que, grace au zele de notre Delegue a 
Marseille, M. Hesse, et de la Commission nominee pour arriver 
a la solution demandee par le gouvernement bresilien, un 
traite vient d'etre passe pour le transport de ces animaux a 



PROCES-VERBAUX. 221 

bord d'un excellent navire, le Splendide, qui a ete nolise a cet 
effct. 

— M. le docteur Jacotot, fils du celebre fondaleur de la me- 
thode de l'enseignement universel, fait hommage a la Societe 
d'un numero du journal YAvenir, en date du 2 avril courant, 
dans lequel il a publie, sur les travaux de notre Societe, un 
premier article qu'il coinpte faire suivre de plusieurs autres. 



SEANCE DU 29 AVRIL 1859. 
Presidence de M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire. 

M. le President proclame les noms des membres nouvelle- 
ment admis : 

MM. Biron (le comtede), a Paris. 

Blasselle, adjoint au maire d'Alger, a Alger. 
Boensch, proprietaire, a Koubir (Algerie). 
Boissy (le marquis de), senateur, a Paris. 
Bonant, proprietaire, a Bouffarick (Algerie) 
Boppe-Hermite, proprietaire, a Nancy (Meurthe). 
Bourdens-Lasalle, vice-president du tribunal civil d'Alger, 

a Alger. 
Brigode (le comte de), au chateau de Romilly, par Beau- 

mont-le-Royer (Eure). 
Coquerel, membre du Conseil general d'Alger, a Alger. 
Costeplane (de), employe au Tresor, a Alger. 
Delasalle, commandant superieur du cercle de Boghar 

(Algerie). 
Demarquoy, proprietaire, a Alger. 
Dormoy (Alphonse-Antoine), veterinaire, a Chaumont 

(Haute-Marne). 
Dru, docteur-medecin, a Alger. 
Ferrand, ancien officier de marine, a Alger. 
Fontvielle (Wilfrid de), licencie es sciences, a Alger. 
Gasson, chef du service des contributions directes, a Alger. 
Godart (Ernest), proprietaire, a Bordeaux, docteur en 

medecine, a Paris. 



222 SOCIETE 1MPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

MM. Jauffret, inspecteur ties forets. a Alger. 
Komar (le comte de), a Paris. 
Kuene'mann, proeureur imperial, a Alger. 
La Rochefoucauld duc de Bisaccia (de), a Paris. 
Lauras, directeur de la pharmacie centrale d'Alger, a 

Alger. 
Levy (Louis), negotiant, a Oran (Algerie). 
Martin, President du tribunal de commerce d'Alger, a 

Alger. 
Meynier, docteur-medecin, a Alger. 
Monnier, chef du service des forets, a Alger. 
Namur, substitutdu proeureur general d'Alger, a Alger. 
Parnet, proprietaire, a Alger. 
Poyet (le docteur C.-F.). a Ternowo (Bulgarie). 
Reverchon, proprietaire, a Birkadem (Algerie). 
Robert, President de la Chambre de commerce d'Alger, 

a Alger. 
Roubiere, verificateur de l'Enregistrement, a Alger. 
Saunt-Agabio, consul general de Sardaigne, a Alger. 
Schouen (le baron de), proprietaire, a Alger. 
Stanley (John), a Paris. 
Tobias (Jean-Hendrick), resident pour S. M, Neerlan- 

daise, a Riou, Detroit de la Sonde. 
Torcy (le comte R. de), proprietaire, a Paris. 
VIaLaRd (Maximin de), proprietaire, a Alger. 
Woltehs, docteur-medecin, a Alger. 

— M. Drouyn de Lhuys transmet une lettre autographe de 
S. A. R. le grand duc de Saxe-Weimar, relative a Tinscrip- 
tion de son nom sur la liste des membres protecteurs de notre 
Societe. 

— 31M. Berenger et Bonneau du Martray ecrivent pourre- 
mercier de leur recente admission. 

— Notre confrere, M. Gery, prefet d'Alger et president du 
Comite d'acclimatation de cette ville, annonce pour le 28 avril 
la premiere reunion de ce Comile, qui a ete reculee jusqu'a 
cette epoque afin que M. Richard (du Cantal) fut de retour du 



[•ROCES-VKRBAUX. 223 

voyage entrepris dans le Sud pour F acquisition des Droma- 
daires destines an Bresil. 

A l'occasion des soins que notre vice-president et que notre 
confrere, M. Hesse, ont apportes a cette affaire, et sur la pro- 
position de M. le President, TAssemhlee leur vote, a I'unani- 
mite, des remerciments. On transmettra, on outre, a M. Ri- 
chard (du Cantal) ceux du gouvernement du Bresil, d'apres la 
demande expresse qui vient d'en etre faite a M. le President 
par la Legation de cet empire. 

— M. le major Wayne adresse de Washington l'expression 
de sa reconnaissance pour la medaille d'or qui lui a ete decer- 
nee dans notre derniere seance solennelle, a l'occasion du 
transport et de I'acclimatation de Dromadaires aux Etats- 
Unis. 

— Madame veuve Piddington informe officiellement du 
deces de son mari, membre honoraire, delegue de la Societe 
a Calcutta, a qui nous devons le Ver a soie du Ricin {Bulle- 
tin, 1859, p. xxxix). M. le President adeja transmis a madame 
Piddington Texpression des regrets de la Societe. 

— M. le professeur JFoly, en accusant reception de graines 
qu'ila recjies, comme Delegue a Toulouse, fait parvenir deux 
Memoircs imprimes : 1'un a pour objet les maladies des Vers a 
soie, et l'autre est un Essai de reponse a differenles questions 
relatives a la possibilite, a Tutilite et a la necessite de Taccli- 
matation de certaines plantes etde certains animaux. 

— Des Societes agregees a la notre et divers membres 
adressent de semhlables accuses de reception. 

— Notre confrere, M. Aubry-Lecomte, conservateur de 
l'exposilion permanente de l'Algerie et des colonies, fait par- 
venir, au nom du ministre, des semences et des tuberculesve- 
uant de la Chine. Des remerciments seront transmis. 

— M. Giot, membre de la Societe, adresse, de sa ferme de 
Chevry (Seine-et-Marne) ou il a etabli une distillerie agricole 
(voy. plushaut, p. 105), des echanti lions d'alcool de Ma'isexo- 
tique a 79 degres, de tiges de Sorgho a 75 degres, de Bette- 
raves a 88 degres et de Topinambours a 90 degres. 



224 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATJOiN. 

— M. David, ancienministreplenipotentiaire, fait hommage 
a la Societe d'une certaine quantite de graines d'un fourrage 
de File de Cuba nomme Yerva de Guinea, ainsi que d'une 
plante transported d'Espagne a la Havane, et nominee Flor de 
Pascua. Noire confrere donne a ce sujet quelques details, et 
M. le President le remercie au nom de la Societe. 

— On les transmetlra egalement aM. Renard, qui fait don 
de graines de Sorgho destinees a 6tre distributes a ses con- 
freres et qui ont muri a Saint-Mande pres Paris. 

Sur Tobservation de M. A. Petetin, qui dit n'avoir pas pu en 
obtenir la maturite, M. le President rappelle qu'elle a eu lieu 
deja a Corbeil cbez M. Darblay, a Palaiseau pres Paris chez 
M. Jomard, etM.F. Jacquemartfait connaitre qu'elle a eu lieu 
chez lui-meme a Paris. 

— M. Brierre de Riez (Vendee) joint a un Rapport sur ses 
diverses cultures de vegetaux etrangers, un nouveau dessin a 
Thuilemontrant les premiers developpements du Cerfeuil bul- 
beux. Renvoi a la 5 e Section. 

— M. Chagot depose sur le Bureau : 1° un article du Moni- 
teur du Senegal et dependances 'publie a Saint-Louis, et dans 
lequel se trouve un article sur le Jardin d'acclimatation du 
Gabon fonde par M. Aubry-Lecomte ; 2*Unelettre de M. Hardy 
annoncant le semis des graines senegaliennes envoyees par 
notre confrere, qui demande qu'on le tienne au courant des 
resultats que produiront ces memes graines, dont il a donne 
un certain nombre a la Societe. 

— M. de Bellaigne, vice-consul de France a la Chaux-de- 
Fonds (Suisse), Iransmet, au nom de madame Cugnier-Racine, 
de nouveaux renseignements sur I'extraction des fits fournis 
par I'Ananas et d'autres plantes de la famille des Bromeliees 
(voy. p. 105). II y joint un echantillon de ces fils et d'une 
etoffe fabriquee avec de la soie et avec les fibres vegetales. 
Renvoi a la Commission industrielle. 

— M. Becquerel, dans le but de guider, au moyen de don- 
nees scientifiques, les tentatives d'acclimatation des vegetaux, 
fait connaitre les resultats auxquels il a ete conduit par l'etude 
de leur temperature, et il insiste, dans le developpernent de 



PROCES-VERBAUX. 225 

ses recliercbes, sur l'indispensable necessite de cette elude, si 
Ton ne veut pas selivrer a des essaisinfructueux. 

M. Moquin-Tandon fait observer que, dans les travaux si 
importants par la precision des experiences et par les conse- 
quences a en deduire pour la pratique, dont M. Becquerel 
vient de donner connaissance, notre confrere a considere le 
vegetal comme toujours identique. Cependant il y a, dit 
M. Moquin-Tandon, dans l'aspect et dans la structure m6me 
des feuilles etde la tige, par exemple, des dissemblances d'oii 
il doit resulter, suivant lui, que ces parties du vegetal peuvent 
se laisser influencer differemment par la temperature exte- 
rieure. Dans quelques cas, d'ailleurs, comme on en a la preuve 
durant lafloraison de certains Arum, les vegetaux, bienqu'ils 
n'aient pas de temperature propre, en acquierent une momen- 
tanee. II pense done qu'il est essentiel de tenir conipte de la 
constitution meme des plantes. 

M. Becquerel repond que, precisement, il s'occupe en ce 
moment de Tetude des questions queM. Moquin-Tandon vient 
de signaler. 

M. Millet dit que, dans de nombreuses experiences qu'il a 
faites pendant plusieurs annees sur des Pins, des Sapins, des 
Chines et des HtHres, il a obtenu des resultats un peu diffe- 
rents de ceux qui viennent d'etre mentionnes par M. Becque- 
rel. Ainsi, en hiver, dans les Alpes, avec une temperature exte- 
rieure de — 17 degres ou — 18 degres, jamais il n'a vu le 
thermometre place dans l'interieur des arbres descendre au- 
dessous de zero, et m6me quand le pied des Sapins est encore 
couvert de neige, on trouve dans les arbres + 5 degres a 
+ 6 degres. D'apres ses observations, il est porle a penser 
que la temperature interieure des arbres tient a cellede I'eau 
contenue dans le sol et que les racines y ont puisee. 

M. Becquerel fait observer que generalement, dans la me- 
sure des temperatures, on ne s'est pas mis suffisamment a 
l'abri des erreurs, et Ton n'a pas repete l'examen un assez 
grand nombre de fois dans cbaque periode de vingt-quatre 
heures. Aussi, ne peut-on tirer qu'un faible parti des expe- 
riences qui ont ete faites jusqu'a ce jour. 



226 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGfQUE d'aCCLIMATATION. 

M. Millet 'respond qu'il croit s'etre assez premuni contre les 
causes d'erreursignalees par M.Recquerel pour pouvoirconclure 
de ses recberches que la temperature du Ironcdes arbres est 
presque constamment concordante avec celle del'inlerieur du 
sol. II ajoute que des observations etant faites actuellement 
par les employes de l'administration des forets, a l'aide des 
thermometres places entre leurs mains par les soins de la 
Societe, les resultats en seront publies. 

C'est seulement apres cetle publication, replique M. Bec- 
querel, qu'il pourra etre constate si les observations auront ete 
faites d'une facon convenable. 

— M. le prefet de l'Herault transmet un ex trait de son 
Rapport au Conseil general du departement pour 1858. Get 
ex trait est relatif aux succes obtenus par M. P. Gervais, doyen 
dela Faculte des sciences, dans ses tentatives d'empoissonne ■• 
ment de differents cours d'eau de ce departement. 

— M. Millet place sous les yeux de I'assemblee, de la mon- 
tee d'Anguilles vivantes, et lit un travail ayant pour titre : 
Etudes sur I'Anguille. 

— M. le President informe que le Jardin d'acclimatation 
que M. le docteur Le Preslre possede pres de Caen vient de 
s'enrichir d'une paire de l'Antilope de grande taille dite Canna 
(Boselaphus oreas) dont on n'avait pas encore eu un couple en 
France ; la Menagerie du Museum n'a jamais possede qu'un 
seul individu de cetteespece, qu'on a commence a acclimater en 
Angleterre. Notre confrere vient egalement de faire acquisi- 
tion d'une paire de Cygnes a col noir. Cet oiseau, jusqu'a ce 
jour, n'avait pas vecu en France. Enfin, M. Le Prestre a, en ce 
moment, seize ceufs de Casoar en incubation. 

— M. Prosper Ramel fait don a la Societe de deuxoiseaux 
originaires de Melbourne (Australie), appartenant au groupe 
des Pigeons et dits Brunze wings Pigeons. Des remerclments 
seront adresses pour le don de ces deux beaux oiseaux. 

— II est donne lecture d'une Note de M. Florent Prevost 
relative a l'emploi des Hannetons desseches et reduits en 
poudre pour la ncurriture des oiseaux. (V. plus baut, p. 202.) 

— M. le baron de la Fresnaye communique verbalement 



PROCtS-VKRBAUX. 527 

quelques details sur des faits relatifs a certains oiseaux. Ainsi, 
d'apres sa propre experience, il est porte a penser que le pal- 
mipede designe sous le nom de Eider, et dont il a conserve un 
individu en captivile, pourrait etre acclimate dans des regions 
autres que celles ou il vit. II ne doute pas qu'il ne puisse en etre 
de memepour les Bernaches des Sandwich qui, a deux reprises 
dejA, lui ont donnedesjeunes. Ce sont des oiseaux tres fami- 
liers et dont la chair doit avoir, a ce qu'il suppose, beaucoup 
d'analogie avec celle de nos Oies. II croit aussi a la possi- 
bility de 1'acclimatation d'url magnifique palmipede de la 
Nouvelle-Hollande, le Ctrtopse. C'est un oiseau essentielle- 
rnent voyageur, a chair extremement delicate, au rapport de 
M. Gould qui a dit, avec raison, qu'il est tres belliqueux. 
Celui que possede M. de la Fresnaye a perdu cet instinct de 
combat pendant un etat de maladie, et apres son retablisse- 
ment, il est reste fort doux. Enfin, apres avoir mentionne" les 
resultats qu'il a obtenus par le croisement de VOie de Guinee 
avec VOie a cravate, et avoir offert de belles races de Galli- 
naces pour le Jardin du bois de Boulogne, M. de la Fresnaye 
insiste sur les avantages que presenterait la multiplication de 
VOie de Toulouse, espece particulierement propre a acquerir, 
par suite de la captivite, le developpement enorme du foie si 
recherche pour 1'alimentation. 

— M. le capitaine Russeil fait hommage a la Societe d'une 
toison d'Alpaca. Des remerctments lui seront adresses. 

I — M. le docteur Jacotot adresse un numero du journal 
YAvenir (26 avril 1869) qui renferme un nouvel article de lui 
sur les travaux de la Societe. 

— M. de Montmahout presente les deux premiers volumes 
d'un traite d'histoire naturelle N dans lequel il s'est attache a 
faire entrer les notions les plus essentielles sur les conditions 
d'acclimatement et de domestication des especes nouvelles. 

— M. Clniuvin fait parvenir un travail imprime ayant pour 
litre : titudes et observations sur les Huitrieres du littoral. 



Le Secretaire des stances, 
Aug. Dumeril. 






228 SOCIETY 1MPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCGLIMATATION. 
III. FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. 



Premiere stance dn Comity d'acclimatation de l'AIgerie (4). 

Le 28 avril, le Comite algerien de la Society imperiale zoologique d'ac- 
climatation a tenu sa premiere stance generate a Alger, dans la salle de 
PExposition permanente des produits de l'AIgerie. 
Ont pris place au bureau : 
MM. Gery, preTet d' Alger, president ; 

De Vaulx, premier president de la Cour imperiale, vice-president ; 
De Vives, general commandant en chef l'arlillerie, vice-president ; 
Le docteur Millon, pharmacien principal, secretaire general ; 
Le docteur Roi, inspecteur de colonisation, vice-secretaire ; 
Gugenheim, negotiant, tresorier. 
M. Richard (du Cantal), vice-president de la Societe et president de la 
Commission permanente d'Algerie, etablie depuis plusieurs anneesa Paris, 
au sein de la Societe d'acclimatation, assiste a la seance. 
Cent membres environ sont presents. 

A quatre heures, M. le President ouvre la seance et prononce le discours 
suivant : 

Messieurs , 

Appele a inaugurer vos travaux, je dois d'abord vous rappeler l'origine, le but 
et l'importance de la Societe d'acclimatation, et rechercher ensuite avec vous les 
moyens les plus surs de rendre notre Comite algerien utile a la science et au pays. 

Buffon disait en 1764 : 

« Nous n'usons pas, a beaucoup pres, de toutes les richesses que la nature nous 
offre... Elle nous a donne le cheval, le boeuf, la brebis, tous nos autres animaux 
domestiques, pour nous servir, nous nourrir, nous vetir, et elle a encore des 
especes de reserve qui pourraient suppleer a leur defaut, et qu'il ne tiendrait qu'a 
nous d'assujettir et de faire servir a nos besoins. L'homme ne sait pas assez ce 
que peut la nature et ce qu'il peut sur elle : au lieu de la rechercher dans ce 
qu'il n'en connait pas, il aime mieux en abuser dans ce qu'il en connait. » 

En 1766, Daubenton, realisant la pensee de son maitre, dotait la France de la 
precieuse race des merinos; en 1793, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire creait, au 
jardin des plantes, la menagerie d'acclimatation. 

Soixante ans plus tard, M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire inaugurait la Societe 
d'acclimatation, corollaire naturel du principe pose par son illustre pere et par 
Daubenton (2). 

« Nous voulons, disait M. Isidore Geoffroy, dans la reunion preparatoire du 
20 Janvier 1834, fonder une association jusqu'a cejour sans exemple, d'agricul- 
teurs, de naturalistes, de proprietaires, d'hommes eclaires, non-seulement en 
France, mais dans tous les pays civilises, pour poursuivre tous ensemble une ceuvre 
qui, en effet, exige le concours de tous, comme elle doit tourner a l'avantage de 

(1) Extrait du Proces-verbal dels seance, redige par M. Roi, vice-secretaire du Comite. 

(2) Drouyn de Lhuys. 



FA1TS DIVERS. 229 

tous. II ne s'agit dc rien moins que tie peupler nos champs, nos for£ts, nos 
rivieres, d'hotes nouveaux : d'augmenter le nombre de nos animaux domestiques, 
cette richessc premiere du cultivaleur ; d'accroitr« et de varier les ressources ali- 
mentaires, si insuffisantes, dont nous disposons aujourd'hui ; de creer d'autres 
produits economiques ou induslriels ; et, par la m£me, de doter noire agricul- 
ture, si longtemps languissante, notre industrie, notre commerce et la societe 
tout entierc de biens jusqu'a pr6sent inconnus ou ndgliges, non moins precieux 
un jour que ceux dont les generations anterieures nous onl lcgue le bienfait. » 

Vous savez, Messieurs, quelles nobles et precieuses adhesions ont repondu a cet 
appel. 

L'Empereur a voulu se faire inscrire lui-raeme sur la liste de la Societe comme 
protecteur. 

Dix-huit souverains ont suivi l'exemple de 8a Majeste. 

Lisez les comptes rcndus annuels de la Societe et vous reconnaitrez qu'elle 
s'ctend dcja sur le monde entier. Elle a etabli ses correspondents, ses collabora- 
teurs ou ses affilies dans tous les etats voisins de la France , en Norwege , en 
Pologne, en Russie, en Moldavie, en Turquie, a Java, a Madere,dans la Caroline 
du Sud, au Rresil, au Chili, dans la nouvelle Grenade. 

Desormais un membre de la Societe d'acclimatation peut faire le tour du monde 
en trouvant partout des confreres associes a sa pensee (I). 

Parcourez les listes de la Societe et, parmiles membres, vous verrez les hommes 
dont s'honore le plus la diplomatic, l'armee, la magistrature, l'eglise, l'adminis- 
tration, inscrits a cdte de Pagriculteur et du savant : 

Magnifique spectacle, riche en enseignemeuts. 

Nous voyons, comme le disait si bien M. Geoffroy Saint-Hilaire, concourir a la 
mi'iiii' osuvre : 

» La main qui dirige la charrue ; 

» La main qui tient la plume ; 

» La main qui porte l'epee ; 

» La main qui porte le sceptre. » 

L'Algerie, messieurs, ne pouvait rester etrangere a ce mouvement. 

Des le debut, elle se rattacha a la Societe imperiale par les travaux de ses 
agriculteurs et de ses savants. 

Une commission permanente de l'Algerie fut organisee au sein meme de la 
Societe. M. Richard (du Cantal), agriculteur eminent, ancien directeur de l'ecole 
des haras, ancien rcpresentant, dont la presence honore aujourd'hui notre reunion, 
fut in 'I i mi.'- president de cctte commission. 

En 1856, il se rendit en Algerie, accompagne de M. Albert Geoffroy Saint- 
Hilaire, lils du fondateur de la Societe, ctudia longuement, serieusement nos trois 
provinces, et publia peu apres le resultat de ses recherches et de ses observations, 
designant ainsi u la jcunesse fran^aise, a la science, un magnifique champ de 
completes et d'experimentations. 

A partir de cette epoque , les relations s'etendent et se fortifient. II serait 
trop long de suivre et de reconnaitre avec detail, tous les faits, toutes les circon- 
stances qui rapprochent l'Algerie de la Societe d'acclimatation. 

L'elite de l'armee d'Afrique (l'armee ne saurait rester indifferente a aucun 
des succes, a aucune des gloires futures de l'Algerie), l'armee, s'inspirant de 
l'exemple du savant Ministre qui occupe le departement de la guerre, tient a hon- 
neur de se faire affllier. 

Et enfin, Messieurs, tout recemment, pour nous rattacher plus etroitement 
encore a l'association mere et aux idees dont elle a ete le foyer, la Societe impe- 
riale d6cide la creation a Alger, d'un Comite alg6rien. J'ai eu l'insigne honneur 
d'etre delegue pour presider ce Comite et c'est a ce titre que je viens aujourd'hui 
inaugurer vos travaux. 

(1 ) Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. 



230 SOC1ETE IMPERIALE ZOOLOGIQUK D'ACCLIMATATION. 

Messieurs, l'Algerie, plus qu'un autre pays, est appelee a rendre d'importants 
services a 1'ceuvre de l'acclimatation. Les deux cents lieues de cotes qu'elle ctend 
sur la Mediterranee, ses montagnes, ses plaines, ses hauts plateaux et ses oasis 
sont autant de terrains privilegies offerls a ['etude et a la science de la nature, au- 
tant de laboratoires ouverts a la transformation des especes vegetales et animales. 

En effet, Messieurs, les races animales, placees par le Createur dans les 
regions brulantes du globe, et qui succomberaient au climat rigoureux du Nord, 
pourront facilement vivre et se multiplier parmi nous. 

D'autres, plus robustes, pourront meme, plus tard, s'acclimater en France, 
mais a la condition toutefois d'avoir passe d'abord un temps plus ou moins long 
•mv noire sol, comme dans une station intermediate qui leur adoucira la transition. 

Et ce que je dis des races d'animaux, il faut le dire aussi des plantes. 

L'Afrique du Nord, Messieurs, est appelee, par sa situation meme, a devenir 
le jardin d'acclimatation de 1'Europe. 

Puis, Messieurs, quels resultats immediatement pratiques notre Comite ne 
doit-il pasobtenir? Je dis pratiques, car c'est un des honneurs de la science 
d'avoir compris qu'a notre epoque, elle devait descendre des hauteurs de la con- 
templation pure au domaine de l'application, et qu'il ne lui suffisait pas d'etre 
noble et divine, qu'il lui fallait de plus etre utile et humaine. 

Voyez en effet : notre agriculture est completement privee des types d'ani- 
maux domestiques dont 1'Europe est si richement pourvue. 

Sans ces types, l'exploitation de notre sol, comme notre commerce et notre 
industrie, ne pourront atteindre le degrei de prosp6rite auquei il leur est facile de 
s'elever. Pour vous citer un exemple, Messieurs, parmi tant d'autres que j'aurais 
a vous signaler, permettez-moi de vous parler de nos especes bovine, chevaline, 
asine et ovine. La premiere n'a pas de race laitiere distincte comme en Europe. 
Si quelques sujets isoles peuvent satisfaire par hasard quelques menages ruraux, 
au point de vue de la production du lait, ces sujets ne forment pas race, et nous 
n'avons pas, comme la Flandre, comme la Normandie, comme la Bretagne, etc., 
des races laitieres distinctes ; et pourtant, de quelle grande utilite n'est pas le lait 
pour l'alimentation de nos populations urbaines ou rurales, pour l'enfance sur- 
tout, dans nos villes comme dans nos campagnes? Nous aurons done a examiner 
s'il ne serait pas possible de doter 1'Afrique francaise de races bovines laitieres 
qui manquent encore a son agriculture et a nos subsistances. Si nous parvenions 
a resoudre afflrmativement cette grave question d'alimentation, quel service ne 
rendrkms-nous pas au pays ? 

Notre espece chevaline offre un des meilleurs types de guerre qui soient au 
monde. L'administration militaire a organise un systeme de haras bien compris. 
Mais il nous manque le cheval de trait. Pouvons-nous le produire en Afrique ? 
Pouvons-nous y acclimater des races de trait d'Europe ? Voila encore une grave 
question a etudier et a resoudre par des faits pratiques bien observes. 

Notre espece asine nous offre deux types. L'un, chetif, petit, rabougri, mais 
s'appropriant tres bien a certains besoins et a certaines habitudes des indigenes. 
L'autre, plus developpe, particulierement employe pour la production des mulets 
de bat, mais encore incomplet ; car son produit, ce mulet si sobre, si rustique, 
convient peu au trait. II est trop leger, et l'agriculture comme le commerce et 
le roulage algeriens, sout obliges de faire venir d'Europe les mulets de trait qui 
leur sont vendus a des prix ruineux. 

Serait-il possible de produire le mulet de trait en Algerie ? Quel moyen fau- 
drait-il employer pour y parvenir? €'est encore la une question d'acclimatation 
que nous devons etudier praliquement. 

L'espece ovine algerienne offre des ressources immenses a la consummation, 
ces ressources peuvent et doivent etre augmentees par l'introduction de races 
nouvelles. D'autre part, les laines qui peuvent etre ameliorees par de judicieux 
moyens de perfectionnement, sont destinees a pourvoir notre Industrie obligee 
d'acheter en grande partie et a grands frais a l'etranger. 



I MIS DIVERS. 231 

Messieurs, les travaux de colonisation souflYent plus qu'on ne pense de la 
privation des types dont je viens de parler, et la question de leur acclimalation, 
celle de leur multiplication par nos agriculteurs, est un des points les plus impor- 
tant* qui puissent Stre soumis a votre examen. 

Nous devrons aussi nous preoccuper de l'acclimatation et de la multiplication 
des vegetaux qui peuvent devenir une source de bien-etre pour notre agriculture 
et offrir a l'industrie et au commerce de la raere-patrie des matieres premieres 
qu'elle est obligee d'aller chercher dans les colonies les plus eloignecs. 

Vous connaissez, Messieurs, notre jardin d'Essai, et vous savez deja quels 
resultats ont ete obtenus sous ce rapport, grace a la direction habile de M. Hardy. 

A la seance publique annuellc de la Societe imperiale d'acclimatation, le 
10 fevrier 1858, S. A. I. le prince Napoleon a dit: « Aujourd'hui nous voulons 
sortir du domaine de la theorie pour entrer dans celui de la pratique, et meltre les 
resultats de nos efforts sous les yeux de tous, par la formation d'un jardin d'accli- 
matation d'abord, puis par celle d'un grand depot de reproducteurs. 

Quel but plus noble et plus utile que notre Societe ! Ameliorer la condition 
de tous, des classes souffrantes, en particulier, par le developpement de l'agri- 
culture, cette vraie richesse de la France, celle dans laquelle elle n'a pas de 
rivale parce que son admirable position l'a faite, au point de vue agricole, la pre- 
destinee parmi les nations europeennes. » 

Ces paroles n'ont pas ete prononcees en vain par S. A. I. — L'Empereur, 
par un decret recent, a concede a la Societe imperiale d'acclimatation un terrain 
de ilix-lniil hectares au bois de Boulogne, pour y faire un jardin d'acclimatation. 

Un grand depot de reproducteurs a ete fonde dans les montagues d'Auvergne, 
sous la direction de la Societe. C'est a nous, Messieurs, de faire en Afrique ce 
qui a ete fait en France- Nous avons deja un jardin d'acclimatation de vegetaux, 
fondons de grands depdts de reproducteurs, des fermes-modeles, des champs 
d'essai pour la science agricole. 

La protection de l'Empereur et du prince Napoleon, celle du Ministre de 
i'Algerie et des colonies, ne nous feront pas defauL La Societe imperiale d'accli- 
matation aura fait pour l'Afrique francaise ce qu'elle a deja realise pour la mere- 
patrie, et nous aussi nous aurons accompli, avec le concours de tous, une entre- 
prise a l'avantage de tous. 

Ce discours est vivement applaudi. 

M. le President procede ensuite a la distribution des medailles et mentions 
honorables accordees par la Societe a des Membres du Comite algerien. 

(Les medailles, decernees par la Societe daos sa seance annuelle du 17 fevrier, 
avaient ete adress6es a M. le prefet, c'omme president du Comite d'acclimatation, 
pour etre remises aux laureats dans la premiere seance du Comite). 

Les recompenses accordees cette annee, sont les suivantes : 

1" I ne medaille d'or de 1" classe a M. Hardy, directeur de la Pepiniere du 
gouvernement ; 

2" Une medaille d'argent de 1" classe a M. le docteur Bourlier, professeur a 
l'Ecole preparatoire de medecine d'Alger ; 

3° Une deuxieme mention honorable a M. le capitaine Ritter, chef du bureau 
arabe de Medeah. 

M. le President donne ensuite lecture du programme des prix exlraordinaires 
ofTerts par la Societe ; lesquels sont indiques au n° 2 du Bulletin de la Societe 
zoologique, annee 1S59. 

M. Hardy depose sur le bureau une piece d'etoffe pour meubles, fabriquee par 
MM. Sacc et Schlumberger avec la soie provenant de cocons du Bombyx cynthia 
recoltes a la pepiniere centrale, et un paquet de fdasse de l'ortie blanche de 
Chine. 

L'etoffe presentee par M. Hardy, faite avec la soie du Bombyx cynthia, est 



232 societe imperiale zoologique d'acclimatation. 

teinte en rouge et brochee ; elle n'a ni la finesse, ni le brillant de la soie ordinaire, 
mais elle est souple, nerveuse et elle parait douee d'une solidite remarquable. 

L'echantillon de filasse de l'ortie blanche de Chine presente a l'apparence du 
lin peigne. 

Cet echantillon a ete prepare par M. Tervangne (de Lille) au moyen d'un pro- 
cede dont il est l'inventeur. 

Les Chinois tirent un excellent parti de l'ortie blanche , qu'ils nomment 
chou-ma. lis font avec ses filaments des toiles d'une finesse et d'une beaute admi- 
rables. Les precedes qu'ils emploient pour tailler cette filasse sont tres minutieux 
et ne sont pas admissibles chez nous avec la cherte de notre travail. 

L'ortie blanche est une plante vivace dont la culture est facile en Algerie et 
dans une grande partie de l'Europe. Ici, elle donne par an trois coupes dont le 
produit en poids de filasse est plus eleve que celui du lin ou du chanvre a egales 
surfaces. 

L'obstacle le plus serieux a sa vulgarisation residait dans la difficulte de pre- 
parer economiquement ses tiges, qui sont enduites d'une gomme tres tenace. 

Le precede de rouissage de M. Tervangne semble avoir vaincu cette difficulte. 

M. Millon demande la parole pour exprimer que la Societe a inter6t a se mettre 
de suite a l'oeuvre; elle trouverait sans peine, dans les indications generates qui 
viennent d'etre presentees par M. le President du Comite , des questions a 
etudier. 

Le Comity entre ensuite, sur le plan et l'ordre de ses travaux, dans une discus- 
sion a laquelle prennent part MM. le docteur Bourlier, le docteur Warnier et 
Richard (du Cantal). Conformement aux vues emises par ces honorables membres, 
et sur la proposition de M. le President, le Comite decide qu'il sera cree deux com- 
missions permanentes, l'une pour le regne vegetal, l'autre pour le regne animal ; 
lesquelles se subdiviseront en sous-commissions , qui etudieront les especes 
indigenes a faire connaitre ainsi que les especes etrangeres a introduire dans le 
pays. 

L'assemblee ayant donne son adhesion a cette division du travail, MM. les 
Membres sont invites a s'inscrire suivant leurs aptitudes, pour l'une ou l'autre 
commission. 



— M. Mitchell, qui a dirige pendant quatorze ans le jardin zoologique de 
Londres, vient d'etre charge de la direction du Jardin zoologique d'acclimatation 
du bois de Boulogne, dont les travaux vont etre poursuivis, sous la direction de 
M. Davioud, architecte de la ville de Paris. 



Le Secretaire du Conseil, 
Guebin-M£neville. 






TEMPERATURE DES VEGETAUX. 233 



I. TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOCltfTE. 



SUR LES CONDITIONS 
DE I/ACCLW1ATATION DES E1TRES ORGANISES 

ET PARTiCULIKREMENT 

SllH LA TEMPERATURE DES VEGETAUX < n . 

Par M. ICI.< til ER1 I. , 

Membre de l'lnstitut. 



(Seance ~du 29 avril 1859.) 

Dans l'acclimatation des animaux et des vegetaux, on doit 
prendre en consideration les phenomenes calorifiques, lumi- 
neux et a(|ueux de latmosphere des pays d'ou on les tire, afin 
de voir si ces conditions sont remplies dans ceux on on les 
transports Ces phenomenes varient non-seulement avec la 
latitude, mais encore sous la meme latitude, suivant I'expo- 
sition. 

Les efl'ets caloriliques sont ceux (jui exercent sans aucun 
doute le plus d'intluence ; aussi leur etude est-elle indispen- 
sable, si Ton ne veut pas faire des essais infructueux. Le hasard 
conduit fjuelquefois a la verite, tandis que les donnees scien- 
lifiques y conduisent surement. 

Le travail que j'ai presente dernierenient a l'Academie des 
sciences sur la temperature des vegetaux a ete entrepris dans 
le but d'eclairer racclimatation des vegetaux. Je vais essayer 
d'en donner une analyse a la Societe, en ecartant tous les de- 
tails techniques qui ne sauraient avoir de l'inlertH pour elle. 

Les conditions de temperature nccessaires a Texistence des 

(1; Extrait d'un Memoire leccmment presente a l'Academie des 
sciences. 

T. VI. — Juin 1859. 16 



23/l S0CIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

vegetaux duns une contree ne sont pas les memes que pour les 
animaux : ceux-ci ont une chaleur propre qui vient en aide a 
leur acclimatation ; la nature les a pourvus en outre d 1 un 
pelage au moyen duquel ils peuvent braver les hivers rigou- 
reux dans les regions polaires. L'homme et le chien sont les 
seuls qui vivent sous toutes les latitudes, sous l'equateur 
comme dans le Nord, puisqu'ils peuvent supporter des diffe- 
rences de temperature qui vontjusqu'a 100 degres, sans qu'il 
y ait danger pour leur vie. 

Les vegelaux, comme jeviens de le demontrer, n'ayant pas 
de temperature propre appreciable, prennent a Pair la chaleur 
dont ils ont besoin pour remplir toutes les phases de leur 
existence, c'est-a-dire pour nailre, fleurir et fructifier. Cette 
chaleur est soumise aux lois suivantes. Les temperatures men- 
suelle, annuelleelparfois memediurne des vegetaux sontexac- 
tement les monies que celles de Fair, quel que soit le diametre 
de ceux-ci. Plus ce diametre est petit, plus Pequilibre de tem- 
perature s'etablitrapidement : dans les feuilles, il a lieu en peu 
de temps ; dans les rameaux ensuite, et en dernier lieu dans 
le tronc et les racines. (Test pour ce motif que la gelee atteint 
cTabord les bourgeons a peine eclos ; puis successivement les 
jeunes branches, le tronc, et raremtnt les racines. 

La variation de temperature, c'esl-a-dire la difference entre 
le maximum et le minimum, est beaucoup plus grande dans 
l'air que dans les arbres d'un certain diametre, quoique la 
temperature moyenne soit la meme. 

Le maximum de temperature dans l'air a lieu, suivant la 
saison et l'ex position, de deux a trois heures du soir, le minimum 
au lever du soleil. Dans Parbre, en raison de la mauvaise con- 
ductibilite, le maximum se manifeste de neuf heures du soir a 
minuit; le minimum a lieu vers le lever du soleil. Pendant la 
nuit la variation de temperature est tres faible. 

La transmission de la chaleur de l'air a Tarbre se fait de la 
peripherie au centre, et le relroidissement suit une marche 
inverse. 

II estprouve par ces faits que Patmosphere est bien la source 
naturelle de la temperature des vegetaux; la latitude doit 



TEMPERATURE DES VEGETAUX. 235 

done exereer par consequent une plus grande influence sur 
leur existence que sur celle des animaux qui ont une tempera- 
ture propre, et qui, pouvant se transporter d'un lieu a un autre, 
notamment les poissons et les oiseaux, s/arretent dans la 
region dont la temperature convient a leur constitution. Les 
vegetaux, qui ne sont pas doues de la locomotion, sont obliges 
de subir la temperature du milieu ou ils vivent, sans pouvoir 
s'y soustraire. 

Cette liaison intime entre la temperature de l'air et celle 
des vegetaux exige que lorsqu'on veut transporter avec 
chance de succes un vegetal d'un pays dans un autre pour l'y 
acclimater, on prenne en consideration non -seulement la 
temperature moyenne de l'un et de I'autre, mais encore les 
temperatures maxima et minima, surtout les dernieres, qui 
peuvent rendre impossible la culture de telle ou telle plante, 
tres sensible a la gelee ; je pourrais en citer un grand nombre 
d'exemples : aussi on ne saurait trop recommander aux 
voyageurs et aux personnes qui envoient des graines d'y 
joindre aulant que possible des renseignements precis relatifs 
aux temperatures des contrees ou on les cultive. 

Nulle dil'ficulte pour la determination des maxima et des 
minima, on a des instruments qui les donnent avec facilite ; 
mais il n'en est pas de m6me de la maniere de supputer la 
temperature moyenne, telle que l'on doit la considerer a la 
vegetation. 

Dans Torigine, pour trouver la quantite de chaleur neces- 
saire a la vie d'une plante, soit que Ton considere safloraison 
ou sa fructification, on multipliait le nombre de jours pendant 
lequel s'accomplit la phase de la vie vegetale dont il est 
question par la moyenne des temperatures de l'air prises au 
nord pendant la duree de cette phase. On sentit plus tard la 
necessite de prendre en consideration la temperature moyenne 
solaire que Ton avait negligee/, et qui est d'une grande im- 
portance. La chaleur totale se composerait done ainsi de 
ces deux elements multiplies par le nombre de jours, 
savoir, la chaleur moyenne au nord et la chaleur moyenne 
ausoleil. 



236 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE DACCL1M ATATI0N . 

C'est ainsi que M. de Gasparin a etabli comme il suit le 
nombre de degres necessaire pour la maturite du froment el 
celle du raisin, depuis le commencement de la vegetation an 
printemps 

Froment. 

Orange. Paris. 

Chaleur moyenne 1601" 19M" 

Chaleur solaire 832 524 

2633 2468 

Raisin 

Bruxelles. Paris. 

Chaleur moyenne 1916° 1914° 

Chaleur solaire 761 619 

2677 2533 

On voit par la comment une difference de lkk degres de 
chaleur suffit pour empecher que le raisin nesoit cultive pour 
vin enBelgique. 

Je dois dire que la melhode employee pour determiner la 
chaleur solaire ainsi que l'emploi de la chaleur moyenne au 
nord, ne sont pas a l'abri de toute objection. Ce qu'il y a de 
mieux a faire, suivant moi, c'est de substituer a ces deux 
valours la moyenne des temperatures observees le plus fre- 
quemment possible dans la journee avec un thermometre 
ordinaire ou le thermometre electrique place a un metre au- 
dessus du sol, loin de tout abri, et se trouvant ainsi dans la 
meme position qu'un vegetal expose a la radiation solaire. 

Le court expose que je viens de presenter suffit pour mon- 
trer a la Societe combien il importe de faire entrer l'element 
scientifique dans racclimalalion des animaux etdes vegetaux, 
particulierement des derniers. Avec ces elements i'aciles a se 
procurer, on ne court pas le risque de s'egarer, et, en suivant 
cette marche, on eprouve la satisfaction d'arriver au but que 
Ton s'etait propose en voulant acclimater tel ou tel vegetal, 
en meme temps qu'on imprime un caractere de grandeur a 
l'ceuvre de I'acclimatation en general. 



ESPECES ZOOLOGIQL'ES ET B0TAN1QUES DE CUBA. 237 

ENUMERATION 

DES ESPfiCES ZOOLOGIQUES ET BOTANIQUES 

DE L'lLE DE CUBA 

UTILES A ACCLIMATER DANS d'aUTRES REGIONS ANALOGUES DU GLOBE. 

Par M RAIHOIV DE LA n\«.k\ 

Consul general <le la Repnblique de l'Uruguay, correspondant de l'lnstitul. 

SCITE ET FIN (1). 

iSSances du 10 d^cembre 1858 et du 21 Janvier 1859.) 



a* Boianique, on VCgetaux. 

Nous avons fait preceder renumeration des especes utiles 
cubanaises qu'il conviendrait d'introduire dans d'autres con- 
trees du globe de quelques donnees caracteristiques des con- 
ditions climatologiques qui accompagnent leur existence, et 
nous avons explique le motif de pareilles indications presentees 
au debut de ce travail. Par une cause analogue, nous croyons 
dans ce moment convenable de faire preceder le catalogue des 
vegetaux utiles de Tile de Cuba d'un rapide coup d'ceil sur 
I'aspectde sa vegetation luxuriante. 

Nos recbercbesetles collections qui en ontetelefruit n'ofTrent 
pas, bien loin de la, la totalite des especes qui couvrent le sol 
de la ricbe Antille; mais les 155/1 qui sont decrites dans la 
Flore cubaine suffisent pour donner la confirmation de ce qui 
frappe lout de suite le regard avide du naturalistequi parcourt 
cepays,savoir, la predominance des plantcs arborescentes sur 
les berbacees, donnant a la vegetation 1'aspect grandiose et 
imposant que ne possedent pas les contrees europeennes. 

Le nombre, comparativement restreint, d'especes herbacees 
peut elre altribue en partie a cette meTne preponderance des 
arborescentes, lesquelles, jetant un epais ombrage sur la sur- 
face du sol,emp6cbent la vegetation des autres. Mais la source 
de ce pbenomene reside principalement dans l'iiifluence de la 
cbaleur et de la lumiere, extr£mement favorables au develop- 

(1) Voir, pour la premiere partie de ce travail, le numero de mai, p. 169. 



238 S0CIETE IMPERlALE Z00L0G1QUE d'aCCLIMATATION 

pement et a la transformation des tissus delicats en matiere 
ligneuse. Qui sait encore si I'electricite, dont Paction est si 
active sous les tropiques, n'agit pas aussi pour produire ou se- 
conder cette merveilleuse puissance ascensionnelle des vege- 
taux, a partir du col de la tige, et dont le point de depart 
superticiel semble demontrerl'existenced'une zone, dansl'epi- 
derme du globe, chez laquelle s'operele partage d'une meme 
force occulte en deux directions opposees, vers le haul et vers 
le bas, mais dont la nature est identique? C'est a la grande 
vigueur que Telectricite possede sous les tropiques, secondee 
par les deux autres agents, peut-etre de nature analogue, la 
chaleur etlalumiere, quTl taudra attribuer le developpement, 
la hauteur et la solidite des arbres de ces regions, ainsi que 
l'abondance de leurs gommes, de leurs resinesetde leurs sues 
laiteux, riches secretions qui d'ordinaire accompagnent la 
luxuriante vegetation des regions cbaudes du globe. 

Cette force remarquable se decele dans la vegetation cuba- 
naise par deux autres manifestations curieuses, qui frappent 
aussi le regard du voyageur, savoir : le nombre considerable 
de lianes, quelques-unes arborescentes, et la quantite pro- 
digieusede piantes parasites qui couvrent la cime des arbres et 
tapissent les fentes des rochers. Les unes en multipliant leurs 
tiges infinies, les autres en etalant leurs larges feuilles et 
leurs brillantes corolles, donnent lieu a une vegetation aerienne 
inconnue en Europe. 

En contemplant ces gracieux bouquets suspendus aux 
branches et ces immenses guirlandes qui semblent unir les 
habitants ligneux des forets par un telegraphe fleuri ; en voyant 
la vegetation sous ces deux formes bizarres, melant ses fleurs 
et ses fruits, sans demander rien au sol ou seuleinent un point 
d'appui, on est force d'avouer que dans ces admirables regions 
les forces de la vie s'epanchent au dehors de la surface et enva- 
hissent la couche voisine de Tatmosphere, ou elles se developpent 
avec une egale puissance a Taide de la chaleur, de la lumiere. 
deFhumidite, et de quelque autre agent encore inconnu. 

Mais venons enfin a chercher parmi ces richesses celles que 
I'homme applique a satisfaire ses besoins. 



E8PECES ZOOLOGIQUEft ET BOTANIQl'ES DE CUBA. 239 

En suivant l'ordredes families nnlurelles, pour nous guider 
dans cette enquete, il nous faul arriver a la famille des Ano- 
nacees pour trouver des especes utiles. Outre des fruits succu- 
lents H delicieux, mille fois decrits et figures, elle coinprend 
des arbres renommes pour leurs bois de construction, dont 
(juelques-unsn'avaient pas encore de denomination botanique. 
Ces conquetes nouvelles de la science sont : le Xylopia cu- 
bensis, ou le Guacima-baria du pays, et I'espece obtusi folia. 
appelee Guavico, connue deja des negres sous le nom de 
Guintbd, ear elle semble etre sinon la meme, au moins sem- 
blable a I'espece africaine ainsi nominee ; YUvaria neglecta, 
Yaya a Cuba, et un autre Yaya qui appartient au nouveau 
genre Oxandra de Ricbard, et qui porle aujourdbui le nom 
specifique de lauri folia. 

La famille des Flacourtiacees contient, a 1'ile de Cuba, dif- 
ferent arbres utiles pour la resine medicinale qui decoule de 
leurs trones. Tels sont les Lcetia longifolia et crenata^ qui 
portent dans le pays le nom deG^/tf^wac^donne aussi a la resine. 

La famille des iMalvacees contient un grand nombre de 
plantes dont toutes les parties possedent des proprieles emol- 
lientes, car elles sont extremement mucilagineuses. LeGombo, 
ou Hibiscus esculentus, est la plus remarquable. Cette famille 
aussi et les deuxsuivantes, lesBombacees et IcsTiliacees, sont 
riches en plantes textiles : je eilei ai pour les eeorees quelques 
Sida, Corchorus et Triunpheta, le Belotia grevifolia, arbre 
magnifique dont le bois est aussi tresestimeetdont les ecorces 
sont employees partout dans la campagne, pour faire, soil des 
cordages, soit des attaches de tout genre. II porte, ainsi 
que son produit fibreux, le nom de Majagua. l'armi les tibres 
textiles retirees des fruits, je inentionnerai, outre le Coton, qui 
vegete tres bien dans toute la parli** occidentale de Cuba, le 
duvet extremement delicat qui enveloppe les graines du Pari- 
tiwn elatum et des Eriodendron, qui portent dans I ile les 
uoms de Ceibon et de Ceiba. 

L'Amandier de Cuba, ou Almendro de la Vuelta de aba jo 
[Laplacea Curiyana. Hi<h.), fournit un bois de construction. 
La famille des Guttiferes, outre \e Mammea, bien connu par sou 



?&0 S0CIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCGLIMATATION. 

fruit, possede le Calophyllum calaba, Ocuge du pays, tres 
estime par son bois pour la construction et par la resine rae- 
dicinale qui en decoule. 

Parmi les Sapindacees se trouvent differents arbres utiles 
aussi par leurs bois : tels sont les Schmidelia, les Guam, les 
Ciipaniaet V Hype late paniculata. Comme fruits comestibles, 
le Mamoncillo (Melicoca bijuga) n'est pas a dedaigner. 

La famille des Meliacees, outre rAcajou et le Cedre juste- 
ment renommes, possede le Yamao, le Cabo de hacha et deux 
Ciguaraya, trois arbres cubanais dont les bois sont employes, 
et qui trouvent leur place respective dans la science, sous les 
noms de Guarea trichiloides . Trichilia spondioides^ Trichilia 
havanensis, et Trichilia minor . 

Parmi les Rutacees, je citerai le Guaiacum officinale et le 
G. verticale, et quelques especes du genre Zanthoxylum, par- 
ticulierement les lanceolatum et jitglandi folium, qui portent 
a Cuba les noms de Ayua male et femelle, oujaune et blanche. 
Dans les Rhamnees se trouvent deux arbres utiles : le Bija- 
guara ou Colubrina ferruginea, Rrong., et le Yayajabico, 
qui est I'espece reclinata du meme auteur ; tous les deux em- 
ployes comme bois de construction. 

La famille des Terebinthacees oflre des plantes a fruits co- 
mestibles, comme le Manguier, et des arbres a bois de con- 
struction, comme le Guaoi Commocladia dentata) , tres dange- 
reux par ses emanations irritantes, et d'autres tres utiles dans 
la medecine, comme le Rhus metopium, VIcica copal et 17. 
Edwigia,\e Burrera gummifera, et un autre peu connu en- 
core, X Aguedita (Picranmia pentandra, Sw.), dont I'ecorce 
est employee par les campagnards de Cuba avec un grand 
succes centre les iievres intermittentes. 

La ricbe famille des Legumineuses, outre les graines comes- 
tibles des especes vulgaires et une racine peu connue encore, 
\aJicama, Tprovennnt du Stenolobi?(?n cmruleus de Bentbam.et 
qui merite d'etre cultivee, offre un ensemble considerable de 
plantes utiles sous beaucoup de rapports. Telles sont diverses 
especes d' Indigofera, le bois de Campecbe et le bois du Bre- 
sil. parmi les tinctoriales ; le Gra.nadillo {Brya ebenus). le 



ESPECKS Z00LOGIQUES ET BOTANIQUES DE CUBA. 241 

Sabicu, \eMoruroel\e Tengue, qui sont des especes d'Acacias, 
le Yaba (Andira inermis), et le rcmarquable Quiebra hacha 
(case hache), Copaiferahymena> folia, comme arbres a boisde 
construction •, le Pterocarpus gummifer , YHymencea cour- 
baril, et le Moringa pterygosperma, desquels on retire des 
resines etde Thuile; les Cassia fistula et d'autres especes, par 
leurs proprietes medicinales ; le Tamarinier et YArachnide, etc. 

Dans la famille des Rosacees se Irouve un arbre, Ylcaquier, 
dont les fruits en confiture sont tres agreables, et un autre 
dont le bois, extremement dur, est tres employe dans les con- 
structions civiles et maritimes. II porte le nom de Cuajani, et 
celui de Cerasus occidentalis dans la science. 

Parini les Combretacees se trouveaCuha un autre arbre d'une 
solidite remanjuable. C'est le Chicharron, introduit nouvelle- 
ment dans la science avec le nom Chicharronia intermedia; et 
a cole de lui figure un autre arbre a bois tendre, inais utile, le 
Yana (Connocarpus erecta), vlYAwandier de llnde (Termi- 
nalia catappa), acclimate dans Tile ou il orne les promenades 
par ses branches en parasols horizontaux et paralleles. Ses 
amandes, servies sur les tables de Tlnde, n'ont pas encore ete 
admises sur celles des Htivanais, plus riches et plus delicates, 
a cause du bien-etre general du pays et de ses frequents rap- 
ports avec les peuples les plus avances du monde. 

A cdte du Guayabier, bien connu dans toutes les Antilles, 
la famille des Myrtacees olFre un arbre de faibletaille dont le 
bois cependant est employe, le Yaya{Mouriria myrtiloides), et 
deux piments ou Malagueta, appartenant au genre Eugenia. 

Dans les Cucurbitacees il y a un fruit remarquable qui sur- 
passe en delicatesse, quoique non en dimension, toutes les 
Courges d'Europe. C'est le Chayote (Sechium edule), qu'on 
mange cuit et qu'on peut assaisonner de diverses manieres. 

Quatre arbres dont les bois sont tres employes a Cuba, 
savoir : YErithalis fruticosa (Yayajabico) , YE. pentagona 
( Vibona), le Calycophyllumcandidissimum (Dagame) et le Ge- 
nipa amcricana (Jagua), avec quelques especes de Quinquinas 
sausages, appartenant au genre Exostemma,et diverses especes 
medicinales des genres Cephaelis et Psycothria, rendent encore 



242 S0C1KTK 1MPKRIALE ZOOLOGIQUE l^ACCLlMATATION. 

plus utile et reniai'(|iiable la riche famille des Rubiacees, clans 
laquelle le Cafe lient une place si imporlante pour le commerce 
des Antilles. 

Nous sommes force delaisser de cole des families precieuses 
pour la science, afin de nous arreter aux plantes utiles que 
possede le groupe des Sapotacees, ou se trouvent des fruits 
excellents, coinme le Lucuma, la Sapotille et le Caimito, et des 
bois pour la construction civile et maritime. Tels sont, entre 
autres, le Jocuma (Sideroxijlum pallidum), le Cocuyo ou 
Jiqui (Bumelia nigra) , et X Amandier sauvage (Dipholis salici- 
folia). La famille des Ebenacees, du meme groupe, possede 
dans le genre Achras des arbres a bois de construction, parmi 
lesquels le Sapotillier noir (A. laurifolia) merite d'etre cite. 

Une famille dangereuse, celle des Apocynees, offre aussi un 
arbre precieux, dont le bois est tres employe sous le nom de 
Maboa: c'est le Cameraria lati folia, du tronc et des branches 
duquel decoule un sue laiteux, d 1 une action Ires active sur les 
dents cariees, qui les fait eclater en morceaux. 

Jusqu'a ce jour ont ete infructueuses , que je sache. 
toutes les experiences faites pour tirer parti de la soie vege- 
tate qui entoure les graines de quelques Asclepiadees, seul 
aspect utile sous lequel on puisse les regarder jusqu'aujour- 
d'hui. Mais cette famille est suivie de deux autres, celles des 
Bignoniacees et des Cordiacees, riches en plantes usuelles. 
Tels sont le Baria (Cordia geracanthoides) et VAteje femelle 
(C. Valenzuelanea), le Roble negro (Erhetia tini folia), et le 
Roble guayo (E. bourreria), recommandables parleur boisde 
construction. 

Une famille, d'ordinaire caracterisee en Europe par des 
plantes petites et odoriferantes, offre a Cuba des especes arbo- 
rescentes : telles sont les Verbenacees des genres Citharoxylum 
elAvicennia, dont une espece du premier, le C. caudatum, est 
le Roble amarillo ou Chene jaune deCuba, etl'espece tomera- 
tosa du second fournit un bois tendre connu sous le nom de 
Mangle bianco. 

Beaucoup de families a plantes herbacees, et jusqu'a ce jour 
sans application, precedent dans la serie botanique la famille des 



ESPECKS Z00L0G1QUE8 KT BOTANIQL'ES DE CUBA. 243 

Liuiracrt-s. caracterisee par le magniiique et utile Avocatier. 

La I'amille (lis Daplmees, tn'-s pauvre en especes, oft're, dans 
le Lagetta lintearia^ un produit jusqu'a ce jour plus curieux 
qu'utilo : e'est le liber ou couches sous-corticales, connu sous 
le nom de bois-denlelle ; on en fabrique des cordages blancs, 
dime resistance extreme. 

Nous arrivons a la famille des Euphorbiacees, tres riche et 
tres interessante sous les tropiques, dontles plantes utiles pour- 
raient fournir matiere aecrire un volume. Kn diet, nous trou- 
vons des arbres abois de construction, lels <|ue \\s Vaiti (Exccr~ 
carta lucida), le ffueso (Drypetes alba) et le Maco (D. glauca); 
des arbres a graines oleagineuses comestibles, tels quee/ Ave- 
llano ou Noisetier, qui est YOmphalea diandra, elYAleurites 
triloba, appele Noyer de Flnde, parce quil y a ete introduit de 
ce pays. La meme famille fournit aussi des especes a graines 
oleagineuses medicinales. telles que le Ricin et divers Croton 
et Jatropha. En nommant ce deuxieme genre, le botaniste se 
trouve humilie de n'avoir pas encore trouvedes differences assez 
caracteristiques, assez marquantes, pour distinguer les deux 
varietes comestibles de la m6me espece (Manihot), mais dont 
les racints amylacees etdouces de l'une sont mangeables sans 
aucune preparation, tandis que celles de l'autre demandent 
a etre debarrassees du sue nuisible dont elles sont remplies. 
On sait que les racines de cette seconde variete, appelee a 
Cuba Yuca aigre, sont celles dont on fabrique le pain de 
Casabe; celles de Tautre, distinguees par la denomination de 
Yuca douce, se mangent crues ou cuitesal'eau. 

Les Lrticees fournissent des plantes utiles pour trois indus- 
tries extremement importantes, savoir : Tindustrie dela tein- 
ture, par le bois appele du Bre'sil, Fustete a Cuba (Brous- 
sonnetiatinctoria) ; a I'industrie textile, par lesecorcesdu Ficus 
populnea et du F, radula, connus sous le nom do Jaguey a 
Cuba ; celles du Chichicastre [Urtica baccifera) et du Broas-> 
wnnetia papyri fera; et enfin a la nouvelle et important^ 
Industrie qui se sert des matieres elastiques et plastiques, 
telles que le caoutchouc, qu'on peut retirer abondammentd'un 
arbre peu connu encore dans la science, savoir el lie, decrit " 



24/1 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. 

par Cervanilles sous le nom de Castilloa elastica, originaire du 
Mexique, et que nous avons multiplie tres facilement par des 
graines a l'ile de Cuba, ou il croit avec une grande rapidite. 

Nous pouvons fermer ici notre revue des plantes utiles de 
la riche Antille, dans la grande section seulement des especes 
dicotyledonees ; celle des monocotyledonees va nous foumir 
aussi une nombreuse et importante serie. 

Je ne ferai pas mention des belles Orchidees, dont une seule 
espece est parvenue a conquerir I'estime des marchands, le 
Vanilla aromatica, qui croit spontanement dans les forets de 
l'ile, quoiqu'il ne semble pas 6tre aussi riche en arome que 
celui du continent voisin. Je passerai aussi sous silence les 
Zingiberacees a racines stimulantes, que la cuisine franchise 
n'admet pas dans ses condiments delicats; mais, en trouvant 
sur mon passage les Musacees, je dois mentionner l'utilite de 
ces plantes comme de riches et inepuisables magasins de ma- 
tieres textiles, ce qui en recommande la culture, m6medans les 
regions meridionales de l'Europe,~comme le midi de la France, 
la Grece, l'ltalie et l'Espagne, quoique la temperature ne soit 
pas assez elevee pour obtenir des fruits. 

Sous le m6me point de vue des matieres textiles pour la 
fabrication du papier et du carton, l'ile de Cuba merite une 
mention speciale; car, outre les Malvacees , les Tiliacees , 
les Urticees que nous avons citees plus haut, nous trouvons 
maintenant,dansla serie botanique que nous parcourons, deux 
families voisines extr&mementinteressantes et pas encore bien 
etudiees sous le rapport industriel : nous voulons parler des 
Amaryllidacees et des Bromeliacees. Parmi les premieres, 
nous trouvons les genres Agave et Fourcroia, dont les feuilles 
de toutes les especes contiennent une masse enorme de fibres 
textiles d'une extreme longueur et d'une blancheur remar- 
quable. Dans le commerce, on donne inexactement aux pre- 
mieres le nom ft Aloes, qui appartient a une plante d'une 
famille toute differente, qui fournit le sue drastique bien 
connu dans la inedecine. Les especes textiles du genre 
Fourcroia ne sont pas encore bien determinees ; mais elles 
semblent fournir des fibres plus fines et plus tenaces que les 



ESPECES ZOOLOGIQUES ET BOTANIQUES DE CUBA. 245 

Agaves. Quant a la famille des Bromeliacees, presque toutes les 
plantes qui la composent fournisseut des fibres textiles d'une 
longueur, d'une blancheuret d'une tenaciteremarquables.L'ile 
de Cuba possede un Pitcaimia nouveau, le penduli flora de 
Micliaud, et deux Bromelia, le Pinguin et le Karatas, outre 
V Ananas, dont les ieuilles sont formees de fibres extreme- 
merit fines et fortes ; et Ton peut utiliser aussi quelques-unes 
des especes du genre Tillandsia, dont Yusneoides, vulgaire- 
ment nomrne Barbe espagnole, est employe depuis longtemps 
comme crin vegetal dans les matelas des marins. 

Viennent ensuite les especes medicinales du genre Smilax ; 
on en trouve quatre dans file de Cuba, qui remplacent la 
celebre Salsepareille du Mexique : toutes sont des plantes 
grimpantes, a tiges tenaces, qui croissent dans les forCts, s'ap- 
puient sur tousles troncs etsur toutes les branches, respectant 
seulement, comme les plantes de la m6me nature, les colonnes 
palmiferes, dont nous n'osons pas recommander la difficile 
acclimatation en dehors des regions chaudes du globe, ou la 
Providence semble les avoir placees pour l'ornement de ces 
belles contrees et l'utilite des habitants. Ces magnifiques 
plantes, designees par le savant classificateur Linne sous le 
nom de princes du regne vegetal, fournissent tout a l'homme 
de la zone torride : bois eti'euillages persistants pour sacabane, 
nouniture amylacee, boisson rafraichissante et sucree, huile 
pour feclairage, fibres textiles pour l'habillement. 

Quoique le Palmier ne depasse pas, en general, les li- 
mites de la zone torride, on trouve quelques especes dans des 
zones plus eloignees, ce qui indique la probability" de pouvoir 
etendre leurdomaine. Les feuilles de toutes les especes fournis- 
sent des fibres d'une grande lenacite, applicables au tissage, 
au cordage et a la fabrication d'excellents papiers et cartons. 
Nous avons recommande mainles ibis ces produits des Pal- 
miers, qui nous semblent renl'ermer les elements precieux 
d'immenses et profitables industries. 

Nous arrivons aux dernieres families monocotyledones : a 
celles des Cyperacees et des Graminees, desquelles TEurope 
a re<;u deja trois especes d'une utilite immense : le Biz, le 



246 SOCIETE IMPERIALE zoologique dacclimatation. 
Mais et la Cannedsucre. Apres ces riches dons de I'Amerique 
et de l'Asie, les Graminees des pays chauds semblent n'avoir 
plus rien de mieux a ofl'rir; cependant. et sans sortir de Pile 
de Cuba, la science de l'horticulturepourraitpeut-etreessayer 
1'introduction en Europe, aux bords de la Medi terra nee. de 
diverses especes gigantesques de Cyperacees et de Graminees, 
dont la roideur, due a la chaleur du climat natal, pourrait etre 
diminuee sous un ciel moins ardent, et devenir ainsi utiles 
pour la nourriture des animaux. 

Vous me permettrez, Messieurs, de ne pas terminer ma revue 
des plantes utiles de Cuba, sans parler de la section interes- 
sante qui comprend les Cryptogames : ces especes, injuste- 
ment dedaignees du vulgaire, iront pas encore ete appliquees 
dans la riche Anti'.le a l'utilite del'homme. II est a esperer que, 
lorsque les etudes d'observation auront fait plus de progres, 
on decouvrirades applications utiles a quebjues-unes de ces 
innombrables plantes qui tapissent les rocbers, les troncs 
d'arbres, la surface des lacs tranquilles, ainsi que les plaines 
aquatiques de l'Ocean. 

III. — Considerations generates. 

Dans la revue rapide que nous venons de faire des animaux 
et des vegetaux utiles de Tile de Cuba, nous avons mentionne 
des especes plus ou moins aptes a subir les changements que 
la naturalisation suppose. La decouverte des moyens d'y par- 
venir appartienta la science; et a ce sujet nous nous sommes 
permisquelques indications au commencement de ce memoire, 
et relativement aux Oiseaux et aux Poissons. Nous pouvons 
maintenant les exprimer d'une maniere plus precise, en disant 
que, pour parvenir a de grandes conquetes dans le domaine 
de la nature, et relativement a ces deux ordres d'animaux qui 
vivent encore a Cuba dans l'etat sauvage, il fautles soumeltre 
a un systeme d'education prealable, au moyen duquel et sans 
alterer les qualites qui les rendent deja utiles dans leur contree 
natale, on parviendrait a transformer leurs habitudes, de maniere 
a rendre possibles leur existence et leur multiplication dans 



ESPECES ZOOLOGIQl'KS ET BOT.VNIQUES DE CUBA. 247 

d'autres contr^es analogues et en dehors des conditions natu- 
relles sous lesrjuelles ils sont nes. II faut transformer l'£tre 
aile, volage et independant, <|ui traverse les espaces et plane 
sur lesnuages, en pacifique flaneur debasse-cour, etl'habitant 
inconstant des ondes salees en sedentaire pensionnaire des 
viviers et des lacs artificiels dans les pares et dans les bois. 
Par ces changements dans les mceurs, que le progres de nos 
besoins recommande, faits dans le but de nous approprier les 
especes sauvages, on obtiendrait les ameliorations desirables, 
deja 6prouvees par nos especes domestiques, soit dans la 
masse, soit dans la quality de la matiere nutritive, soit dans 
la taille, soit dans la finesse des fourrures, soit enfin dans la 
fecondite m6me des especes. lMienomene etrange et curieux! 
L'esclavage, si nuisible a I'homme, car il porte attejnte a la 
beaute et a la fecondite de la race, produit des efl'ets bienfai- 
sants chez les animaux et chez les plantes. La fecondite dans 
les uns et dans les autres s'accrolt dans des proportions enormes, 
et la qualite repond aussi a la beaute des produits. Cela revele 
I'existence dune loi admirable, mais d'effets divers, dans la 
serie des dependances mutuelles des 6tres, savoir : funesles, 
degradants, mortels m6me, lorsque la loi est soumise a la bru- 
talite arbitrairede la force, comme dans l'esclavage de I'homme 
par I'homme ; bienfaisants, feconds etregenerateurs, lorsqu'elle 
s'applique a l'amelioration des etres inferieurs, au moyen de 
la raison prevoyante de T^tre intelligent. 

Maintenant que notre enqu^te sur les animaux et les plantes 
utiles de Tile de Cuba est terminee, nous pouvons mieux ge- 
neraliser nos reflexions, et vous les soumettre, Messieurs, 
comme a des juges tres competents pour apprecier leur utilite 
et leur opportunity ; car nous croyons qu'elles rentrent dans 
le grand ensemble des etudes qui vous occupent et qui con- 
stituent la science complexe de la theorie des acclimatations 
en general. • 

En dehors du r61e immense, en grande partie mysterieux 
encore, d^voile en partie par la science, que les animaux et 
les plantes remplissentdans I'economie generate du globe pour le 
mainlien des conditions vitales et les rapports merveilleux des 



248 societi: iMPEP.iALE zoologiuue d'acclimatation. 
etres, il en existe un autre plus circonscrit, relatif a la satisfac- 
tion de nos besoins. C'estace point de vue que les Societes 
d'acclimatation doiventles etudier, inais sans negliger aucune 
des autres considerations qui peuvent eclairer la route qu'elles 
suivent avec ardeur et perseverance. 

Sous ce double aspect d'utilite et d'imporlance generate et 
relative des etres de la creation, le savant ne doit jamais ne- 
gliger I'etude des lois imperieuses et plus generates qui 
regissent le premier de ces ordres de faits, lorsqu'il veut 
resoudre les problemes du second : sans cela il risque desou- 
tenir conlre la nature une lutte imprudente et sterile dont 
celle-ci sortirait necessairement victorieuse. 

En effet, Messieurs, la nature a des butsimmenses, etl'honime 
n'en a qu'un seul, sa subsistance. Parmi les innombrables 
rapports que la nature maintient et surveille, il y en a un qui 
se trouve plus en contact que les autres avec le sujet de nos 
etudes, savoir, la multiplication et la conservation des especes. 
Mais ici encore il y a une difference extreme entre les deux 
fins qui sont relatives a la nature de rhomme, car celui-ci 
cherche plutot aobtenir la conservation et la multiplication des 
especes qui lui sont directement utiles, tandis que la nature 
pourvoit a la conservation de toutes. C'est ainsi que l'homme 
s'attache exclusivementa obtenir, dans cbaque espece, l'ame- 
lioration et le developpement des parties dont il fait un usage 
quelconque, plutot quedes aulres. (1'est ainsi que cbez certains 
animaux, il travaille a augmenter, soit le volume total, soit cer- 
taines parties speciales \ chez d'autres , il essaye d'ameliorer 
la fourrure, par exemple, au\ depens de la musculature ou de 
la force. Ici il demande la beaute, Telegance, la souplesse, la 
rapidite des mouvements; la il provoque la monstruosite et la 
lenteur. Pour les plantes, les memes exigences, la meme di- 
versitedans le but de son travail; il demande d'epais feuillages 
a certaines especes, de volumineuses racines a d'autres, des 
lleurs doubles eclatantes a celles-ci, des fruits charnus et 
succulents a celles-la, des gommes, des resines et des baumes 
aux troncs des arbres, des fibres textiles aux ecorces , aux 
feuilles, etc., etc. 



ESPEC-ES ZOOLOGIZES ET BOTANIQUES DE CCBA. 249 

La nature, dans sa marche soiennelle et uniforme, finitpar 
se prater a ces exigences progressives et intinies de l'homme, 
qui, par des efforts assidus, modifie a son profit les grandes 
lois de rensemble. C'estpour cela quesa mission, toute secon- 
dare dans l'ordre physique, devient indispensable au point de 
vue social. Et nous voici revenu au point de depart de nos 
considerations preliminaires, et que je n'ai pas perdues de vue 
dans le cours de ce memoire. 

Dans les pays vierges encore ou presque vierges aux entre- 
prises et aux luttes de rhomme contre la nature, celle-ci offre 
dans son etat primitif un nombre immense d'animaux et de 
vegetaux chez lesquels, si I'industrie ne les voit pas des main- 
tenant, elle peut cependant prevoir deja des sources conside- 
rables de richesse et de travail. Mais elle reconnait aussi que 
tous ces elres se trouvant encore sous la loi universelle des 
rapports generaux, et non pas sous la loi de ceux qui sont 
exclusifs a l'homme et a la societe, ils demandent une trans- 
formation ou modification plus ou moins profonde, plus ou 
moins etendue, avant de parvenir a 6tre utilement applicable? 
aux besoins sociaux. 

Chez les animaux de ces pays, presque toutes les especes 
sont sauvages. Leur chair, comme nourriture , est dure et 
fibreuse ; leur iburrure devient grossiere par Taction des intem- 
peries ; leur graisse ne se forme point dans Texercice fatigant 
qu'impose la recherche de la nourriture. 

Chez les vegetaux, les tubercules des racines sont chetifs : 
la pulpe des fruits est seulement en rapport avec ce qu'exige la 
germination desgraines; bien des fois celles-ci, innombrables, 
dures et insipides, remplissent un pericarpe mince, dont le 
gout agreable fait regretter le manque d'epaisseur. Combien 
riiomme serait satisfait dans ses desirs, s'il pouvait changer 
au gre de ses besoins ces rapports entre les parties d'un ani- 
mal ou d'une plante en d'autres contraires, mais analogues a 
son gout! Bien des fois, dans ses aspirations ideales, il repre- 
sente le personnage de la fable du Gland et la CitrouMe. 
Mais sans aller aussi loin, il demande toujours, et sans cesso 
il essaye de modifier en sa faveur les lois de la nature. 

T. VI. — Juinl8o9. 17 



250 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOG1QUE d'aCCLIMATATION. 

Ces modifications sontnecessaires, il est vrai, pour Taccom- 
plissement des besoins sociaux, etc'est a Ihomme, guide par 
son intelligence, faible rayon de la lumiere divine, quappar- 
tiertla mission de les operer. 

Dieu le permet, sauf a renverser d'un coup formidable tous 
les resultats des essais et des entreprises de I'homme, si, 
oubliant son origine, sa destinee et la soumission qu'il doit a 
la loi supreme, il outrepasse sa mission providentielle. 

Ce sont ces changements et ces modifications rationnelles 
et prealables dans les especes utiles des regions encore vierges 
du globe, que I'homme doit entreprendre avant de s'occuper 
avecsucces de leur introduction et de leur multiplication dans 
d'autres pays. Pour cela, il faut soumettre presque tous les 
animaux et toutes les plants utiles de cos regions aux soins 
de la domestication et de la culture, avant de les transporter 
ailleuis. li faul que les produits spontanes et sauvages du sol 
s'babituent avec Inomme dans leur pays natal, avant de l'ac- 
compagner dans ses voyages et ses conquetes. 

Telle nous parait etre, Messieurs, la condition sine qud non 
du sucees, pour le plus grand nombre des produits animaux et 
vecetaux dont nous avons fait Enumeration. Les animaux 
utiles dont nous avons parle sont presque tous sauvages, 
errants, vagabonds. Beaucoup deplantes dont nous vous avons 
recommande les racines, les fruits, les fibres textiles, deman- 
dent encore a I'borticullure des soins assidusqui amelioreront 
ces partus. II ny a (|ue les arbns a bois de construction dont 
Tintroduciiondans des contrees et des sols analogues pourrait 
etre essay ee sans passer par Tecole de la culture. Tons les 
autres vcgelaux, meme les plus renommes dans leur pays, 
ont immeuscment a gagner par la science, avantde francbir. 
cbacun dans sa sphere respeclive, une distance semblable a 
celle qui separe, par exemple, le chetif fruit du poirier sau- 
vage des magnitiques poires Duchesses et Cressanes qu'etale 
avecun juste orgueil national notre confrere M. Chevet, dans 
ses riches et appetissantes vitrines. 

C'est aussi dans vos abondants marches et dans vos admi- 
rabies iardins horticoles et maraichers, que Thabitant des belles 



ESPECES ZOOLOGIQUES El B0TAN1QUES DE CUBA. 254 

et fertiles contrees de l'Arnerique meridionale peut prendre 
des modeles de transformations prodigieuses pour les vegetaux 
utiles ; c' est en parcourant les etables et les haras de la France, 
les basses-cours et les paturages de TAngleterro, de la Suisse 
et de la Belgique, qu'il trouvera des confirmations etonnantes 
des principes presents par la science de l'education zootech- 
nique ; e'est enfin dans les cours, dans les soeietes savantes et 
dans les expositions et les concours, qu'il puisera abondamment 
des renseignements utiles pour operer dans son pays natal des 
transformations egalement admirables, des conquetes aussi 
glorieuses du genie scientifique de Thomme sur la nature. 

Telle est, entre autres, la mission sociale de la nouvelle ge- 
neration europeenne, destinee a civiliser le nouveau monde. 
Heritiere de toutes les connaissances acquises par le travail 
perseverant et la lutte vigoureuse des generations passees 
pendant la duree des siecles, elle doit en repandre les fruits 
dans les nouvelles contrees, encore endettees eFivers TEurope 
de la civilisation qu'elles lui doivent. C'est par ce moyen, source 
de richesse et de bonheur, qu'elles pourront aussi s'acquitter 
envers TEuropede cette immense dette, et cooperer plus lard 
ensemble au grand ceuvre de la fusion et de Tharmonie de5 
intents communs de l'humanite. 

Excusez-nous , Messieurs, si nous avons abuse quelques 
moments de votre bienveillante attention, pour vous commu- 
niquer des reflexions que vous avez faites vous-mdmes depuis 
longternps. Elles ne vous sont pas directement adressees; elles 
sont plutOt destinees aux habitants de ces pays riches et 
nouveaux oil la nature se montre aussi prodigue que la 
science y est avare, pour qu'ils emploient les facultes de leur 
intelligence, l'ardeur de leur patriotisme et l'experience de 
leurs voyages, a l'amelioration des animaux et des plantes 
qu'ils possedent en abondance, atin qu'un jour ces riches et 
utiles productions deviennent les compagnes des ndtres, de le 
meme maniere que tous les habitants de ces belles contrees 
sont devenus depuis longternps nos amis, et un certain nombiv 
deja les utiles et laborieux collegues de notre Societe d'aecli- 
matation. 



252 SOCIETE IMPEK1ALE ZOOLOGIQUE d'aCGLIMAIATIO . 

LISTE DES PFUNCIPALES ESPECES 
DE MAMMIFfiRES ET D'OISEAUX 

QUI SE SONT REPRODUITES A LA MENAGERIE M MtSEtM 
DE L'ANNfe 1830 a 1858, 

Par M. Florent l»lti;» OS I 



(Stance du 18 fevrier 1859.) 

La liste suivante a ete redigee, au mois de fevrier dernier, a 
la demande de M. de Quatrefages, qui en a extrait quelques 
indications dans sa Notice surTacclimatation des Oiseaux, lue 
et applaudie a la seance annuelle du 10 fevrier. 

M. de Quatrefages et plusieurs autres membres du Conseil 
ont pense qu'il ne serait pas sans interet de publier cette liste 
inextenso dansle Bulletin de la Societe, et nous nous sommes 
empresses de deferer a ce desir. 

Nombre Annies 

des do 

Quadmmanes, individus nes. la naissance. 

Macaque (Macacus cynomolgus) 6 1843 a 1852 

Macaque Rhesus (M. erythrasus) 1 1846 

Mangabey a collier {Cercocebus collaris) 1 

Magot [Inuus pithecus) 1 1858 

Cynoceptaale hamadryas (Cynocephalus hamadryas) . . 1 

Papion (Cynocephalus sphinx) i 1 837 a 1 839 

Grivet (Cercopithecus sabatus) 3 1837 a 1839 

Maki 1 1842 

Ouistiti (Hapale jacchus) 2 1 848 



!; 



Carnassiers. 

Ours (Ursus arctos) 20 1830 a 1858 

Ours a collier (U. collaris) 

oup avec Chieuuc el Chicn avcc Louve 3 1830 a 1849 

]hacal {Canis aureus) 4 1830 a 1858 

Chacal femelle et Cbieu (C.) 1830 a 185*)<D 

Henard (Cants vulpes) 3 1830 

Civette ( Viverra civclla) 3 1 830 

\\) l.'n grand nombre. 



\I\MMIKKRES F/l OlSKAfX. 25S 

Nomhre Anneet 

des de 

Rongeurs. individus nee la naissance. 

I'.. la louche (Pteromys volucella) 11 1840 a 1 857 

Rat rayi 5 (Vus barbarus) 22 1832 a 1849 

Gerbillc 17 1848 a 1857 

derbille de Shw 9 1851 a 1858 

Agouti (Dasyprocta acuti) 15 1838 a 1842 

Porc-£pic (Hystrix cristata) I 1852 

Lievre {Lepus timidus) 1 1858 

Pachjdermes. 

Ilippopotame {Hippopotamus amphibius) I 1858 

Pe>ari a collier {Dicotyles torquatus) 9 1838a 1858 

Cochonchinois 1850 a 1858(1) 

Habiroussa (Sus babirussa) 1 1 831 

Sollpedes. 

Dauw (Equus Burchellii) 6 1833 a 1844 

Hemione (E. hemionus) 16 184 1 a 1856 

ll.Mnn.in' avec Anesse 2 1845 a 1857 (*) 

Zebre avec Anesse 1 

Ruminant*. 

Dromadaire (Camelus dromedarius) 2 1838 a 1845 

Lama (Auchenia glama) 17 1846 a 1858 

Girafe (Camelopardalis girafa) 1 1 856 

Cerf d' A ristote {Cervus Aristolelis) 27 1839 a 1858 

Ccrf de Barbarie (C. barbarus) 9 1849 a 1 850 

Cerf de Corse (Cervus) 3 1851 a 1854 

Cerf des Philippines (C.) 6 1852 a 1857 

Cerf de Virginie (C. virginianus) 33 1831 a 1 856 

Cerf Gymnote avec Biche de Virginie 17 1843 a 1858 

Cerf du Mexique avec Biche de Virginie 

Cerf axis (C. Arris) 53 1830 a 1858 

Cerf pseudaxis avec Biche axis 10 1839 a 1854 

Cerf daim (varictc albine) (Cervus dama) 6 1852 k 1858 

Cerf cochon (Cervus porcinus) 65 1835 a 1856 

Cerf Muntjac (C. muntjacus) 5 1839 a 1845 

Autilopc nik'nu (Antilope picta) G 1855 a 1858 

Antilope bubale (A. bubalus) 2 1856 a 1857 

Antilope kevelU. dorcas) 4 1836 a 1853 

Antilope chikara (A. quadricornis) 2 1838 

Chevre d' Angora 2 1855 a 1858 

Chevre de la haute Egypte 22 1830 a 1858 

Chevre naine (C.) 44 1830 a 1858 

Mouflon de Corse (Ovis amtnon) 8 1830 a 1832 

Mouflon femellc avec BHicr anglais 4 1849. a 1852 

Mouton d'Abyssinie (0.) 15 1836 a 1858 

Yak (Bos grunniens) 7 1855 a 1859 

Yak femelle meHis avec Yak pur. 3 1855 a 1858 

Ziba (Bos indicus) 4 1830 a 1858 

Buffle (Bos bubalus) 7 1849 a 1857 

Buffle de Ceylan 1 1858 

(1) 11 n'y en a pas rooins de 100. 

(2) Nous ne comptonft ici que les iodividiM qui sont restrs a la Menagerie. II y en a on un 
grand nombre d'autras. 



264 SOCIETF IMPKRIALE ZOOLOGIQUE n'ACCLIMATATION. 

Nombre Annees 

des de 

UarKupianx. individus nes. la naissance. 

Didelphe Sarigue {Didelphis virginiana) 

Kangurou a cou roux {Macropus ruficollis) 2 1830 

Kangurou de Bennett (M. Bcnnettii) 2 1 849 

Kangurou Thetis [Halmaturus Thetis) 1 

Kangurou rat (Hypsiprymnus murinus) 2 1853 a 1854 

Rapaces. 

Vautour fauve {Vultur fulvus) 1 1854 

Hibou grand due (Strir bubo) 1 1845 

Grimpeurs. 

Callopsite (Calopsitta) 7 1 847 a 1 848 

Perruche ondulee (Psittacus undulatus) 12 1846 a 1852 

Passereaux. 

Gros-bec fascia (Loxia fasciata) 4 1 849 

Gros-bec Padda (Loxia oryzivora) 

Paroare [L. cucullala) 

Gros-bec commandeur (Emberiza gubernatrix) 8 1849 

Cardinal (Loxia cardinalis) 

Colombo Longup (Columba lophotes) 

Colorabe lumachelle (C. chalcoptera) 

Colombo tourtelette (C. capensis) 

Colombe a large queue (C. malaccensis) 2 1850 

Colombin (C. ucnas) 

Colombe maillee (C. senegalensis) 

Colombe a nuque perl^e (C. ligrina) 15 1846 a 1852 

Colombe a oreillons noirs (C.) 

Goura (C. coronala) 1 

Gallinac£s. 

P6o61ope marail (Penelope marail) ^ 9 1845 a 1856 

Pe'n^lope (P. pi'eifera) 7 

Paon sauvage (Pavo crhtatus) 5 

Faisan a collier (Inde) ( Phasianus torquatus) 20 1851 a 1858 

Dindon sauvage (Meleagris gallopavo) 15 1836 a 1848 

Perdrix de roche (Pcrdix petrosa) 35 1857 

Colin-Houi (Orlyx virginiana) 8 1 8 44 a 1 858 

Colin de la Californie (0. californica) 25 1857 a 1858 

Colin zonecoliu (0. cristata) 40 1858 

Casoar de la Nouvelle-Hollaode (Casuarius Nova Hol- 
lands) 4 1851 a 1852 

Grue de Mantchourie (Grus Montign.) 12 . 1854 a 1858 

Grue cendr^e (Grus cinerea) 8 

Cigogne (Ciconia alba) . . . 8 

Oie du Canada (Anser canadensis) 

Oie d'Egypte (Anser cegyptiacus) 14 1843 a 1854 

Canard de la Caroline (Anas sponsa) 50 1844 a 1858 

Canard de la Chine (Anas galericulata). 4 1858 



I'lscifTLTnti-:. 256 

NOTE 
SCR LA REPRODUCTION DU SALMON DANS UN ETANG 

Par .11. Jules « I OQI i: I 

Membre da I'lntlilul. 



(S6ance du 4 mars 1859.) 

J'ai riionneur de communiquer a la Society tine decou- 
verte qui meparatt deslinee a exercer une veritable influence 
sur les progres ulterieurs de la pisciculture fluviale : jo veux 
parler de la reproduction du Snumon a l'etat de domeslioite. 
dans des bassins clos et sans que les individus, sequeslres des 
leur naissance, aient jamais pu efl'ectuer leur emigration a la 
mer. 

Cette deeouverte vient d'etre faite a Saint-Cucul'a, prcs 
de Saint-Cloud, dans Tun des domaines de I'Empereur, ou, 
depuis plusieurs annees, M. Coste. membre de l'lnslitut. 
execute, sous les ycux de Sa Majeste, des experiences sur 
une grande echelle. 

Le petit etang qui a ete le theatre de ce curieux phenomene, 
situe dans le creux d'une vallee ombragee, n'a pas plus d'un 
hectare de superfine. Sa profondeur est de metres vers 
I'extremite ou se trouve la bonde, tandis que, dans lout le 
reste de son etendue, son fond, richement heibeux, s'eleve 
en mourant vers les bords, comme celui d'une cuvette. Les 
eaux limpides et toujours froides qui I'alimenlent proviennent 
d'une simple filtration des collines d'alentour, mais sont assez 
abondantes pour fournir une cascade au deversoir. 

II y a trois ans, cette piece d'eau, enlierement video, resta 
a sec pendant tout le temps nccessaire pour qu'on pOteu re- 
battrele fond et en reparer les parois. 

Ces operations terminees, on i'erma la bonde, et lorsque les 
eaux s'y furent facilement accumulees, M. Coste y mil un cer- 
tain noinbre de Truites d'un an qu'il avail depostes provisoi- 
rement, sous les yeux de I'Empereur, dans un petit bassin 



256 S0CIETE IMPERIALS Z00L0G1QUE D'aCCLIMATATION. 

lateral, d' environ 2 metres carres. Ces Truites sont aujourd'hui 
agees de quatre ans, et ont de 50 a 55 centimetres de longueur. 

En avril et mai 1857, plusieurs milliers de Saumons, mis 
au college de France deux mois auparavant, furent m6les aux 
Truites de l'etang ; et ces Saumons, malgre les ennemis redou- 
tables qui y etaient deja, y ont prospere en si grand nombre, 
que, dans une p6che executee le mois dernier, par ordre de 
l'Empereur, et en presence de Leurs Majestes, on en a ramene 
d'un seul coup de filet plus de 200 kilogrammes. 

Ces poissons, aujourd'hui ages de vingt-deux mois, pesenl 
enmoyenne 120 grammes et ont une longueur de25 a 30 centi- 
metres. 

Cen'a pas ete sans surprise que M. Coste a constate que 
tous ces poissons etaient en pleine reproduction. Les femelles 
avaient leurs ceufs a maturite, et des fecondations artificielles 
ont pu etre faites sur place. 

J'ai vu les ceufs provenant de ces fecondations. Lesembryons 
y sont arrives a un tel degre de developpement, que les eclo- 
sions sont imminentes. 

La possibility de la reproduction du Saumon dans des eaux 
privees et closes est done un fait acquis a la science. II s'est 
manifeste icid'une maniere si generale, qu'on ne peut le con- 
siderer comme une exception, et si rien nevient entraver cette 
magnifique experience, le resultat sera encore plus saisissant 
a la saison prochaine, quand les animaux auront pris un plus 
grand accroissement. 

De cette experience, il resulte encore que la premiere ponto 
du Saumon a lieu a dix-huit mois comme celle de la Truite, 
et que le nombre d'eeufs de cette premiere ponte est de deux 
cents environ. Si ces ceufs sont moins colores que ceux des 
grands individus pGches en plein reservoir, celatient a ce que 
la chair des jeunes Saumons qui la fournissent n'a pas encore 
pris la teinte qu'elle doit avoir. 

Par la aussi se trouve detruite la derniere objection que 
Ton avait faite a l'eleve du Saumon dans les etangs et les 
bassins fermes; mais pour que cette industrie soit efficace, il 
faut savoir choisir les conditions ou Ton doit l'exercer. 



YRR A SOIR DU i lli'M' *257 

DESCRIPTION 

DKS APPAREILS ADOPTED PAR LA COMMISSION DE SER1CICULTURE 
POUR LE TRANSPORT 

DES COCONS DU VER A SOIE DU CHfiNE 

QUI DOIVENT KTRE ENVOYES DE CHINE PAR MONSBIGNEUR PERNT. 

Par n. le doctenr O. RE VEIL, 

Professeiir ajrrojtf a la FaciiHo do mcdecine et a 1'Ecole de pharmano. 



(S6ance du 15 avril 1859.) 

La Commission de sericiculture a laquelle M. le President 
avait adjoint Mf Perny et MM. Fremy et Reveil, s'est reunie 
plusieurs fois dans le but de rechercher les moyens propres a 
faciliter et permettre le transport des cocons des Vers a soie 
du Ch6ne que Me r Perny doit envoyer de Chine a la Societe 
d'acclimatation. 

La Commission nva charge de vous faire connaitre les moyens 
qu'elle a mis en usage, et ceux qu'elle aurait Tintention d'eni- 
ployer dans d'autres circonstances. Je viens m'acquitter de la 
mission qu'elle a bien voulu me confier. 

Les precedents envois de cocons du Bombyx du Ch6ne ont 
demontre que la temperature elevee des regions equatoriales 
determinait l'eclosion des cocons, et qu'alors les papillons. 
places dans de mauvaises conditions, perissaient. 

La Commission a pense que l'eclosion des cocons et la perte 
des papillons devaient etre attribuees autant a l'air confine dans 
lequel ils etaient places qu'a la temperature elevee a laquelle 
ils etaient soumis ; le probleme a resoudre consistait conse- 
quemment a trouver un moyen peu dispendieux et d'une 
application facile pour maintenir autour des cocons un courant 
d'air froid, ou du moins un renouvellement frequent de cet 
air. Atin de bien comprendre les difficultes qu'il y avait a 
combattre, il est necessaire d'entrer dans quelques details 
climatologiques. 



258 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE n'ACCUMATATION. 

Sur les mers equatoriales, la difference entre les maxi- 
mums et les minimum* dn jour est de 1 on 2 degres au plus, 
landis que sur les continents equatoriaux In difference s'eleve 
a 5 on 6 degres. 

Entre les tropiques, fair dans sea plus hautes temperatures 
est en general un peu plus chaud que la surface de l'eau prise 
dans les plus hautes temperatures. D'apres M. Duperrey, c'esl 
l'eau qui est plus chaude que Pair (1850). 

Entre les tropiques, la temperature de la mer diminue avec 
la profondeur. C'est le contraire au pole, a 1000 brasses la 
temperature est de 6 a 7 degres. II resulte de tout ce qui pre- 
cede, que sous Tequateur la temperature de la surface de la 
mer est sensiblement egale a celle de la couche d'air qui est 
au-dessus d'elle, et que cette temperature s'abaisse a mesure 
que Ton s'enfonce dans l'eau. 

Les differents moyens proposes ont ete longuement discutes 
par la Commission; elle s'est arr6tee a I'usage de trois appa- 
reils: deuxd'entre eux ont ete construits sous la direction et 
la surveillance de MM. Jacquemart et Reveil ; quant au troi- 
sieme, il est d'une construction si simple, qu'il sera facile a 
M& r Perny de le faire construire en Chine. C'est celui-la que 
nous vous ferons d'abord connattre. 

Nous avons pense que Ton pouvait arriver au but que nous 
nous proposions (c'est-a-dire d'avoir un courant d'air froid), 
en meltanl a profit l'abaissementde temperature determine par 
l'evaporation de l'eau dans un courant d'air : pour cela 
nous avons conseille de faire construire une caisse de bois 
blanc perceede trous de m ,0050 de diametre environ sur ses 
parties laterales, porlant a 1'inteVieur des toiles metalliques ou 
de canevas superposees, sur lesquelles seront places les uns 
a cote des autresles cocons, que Ton pourra maintenir sur les 
toiles en les y cousant au moyen d'un fil tres fin. apres avoir 
introduit les cocons dans la caisse ;et celle-ci etant fermee,on 
l'enveloppera d'une grosse toile d'emballage. Le tout, ainsi dis- 
pose, sera place a I'ombre dans un lieu aere, soit par exemple 
sous une tente sur le pont, et plusieurs fois par jour on aurail 
le soin d'humecter la toile enveloppant la caisse avec une 



VKK A SOIF HI' CHKNE. 259 

petite quant ite d'eau froide ; la toile etant ainsi mouillee et 
plaree dans un courant d'air, il en resultera line evaporation 
rapide (jui delci-mincra necessairement un ahaissement de 
it'in|i<M'alure ttffcs irrand dans I'interieur de la caisse. 

L'appareil, dont Vexecution avait ete confiee aux soins de 
M. Jaequemart, a ete construit sous sa direction avec tout le 
soin et l'exaetitude auxquels il vous a deslongtemps habitues. 
Une note qu'il a bien voulu me t'aire parvenir me rendra facile 
la description de cet appareil. un de ceux sur lesquels la Com- 
mission fonde les plus grandcs esperances. La note de 
M. Jaequemart est accompagnee d'un dessin qui permettra de 
mieux saisir chacune des parties et I'ensemble de l'appareil. 






AA. Bon. 

BB'. Anse de fer. 

CC. Cocons. 

DD. C«rcl« tie f«r :« m. 




Details d'un tamis. 
Hauteur d'un tamis. 



Fig. 1. 

Dans un cylindre de tflle etamee (fig. 4), dont le diametre est 
de 0°V26 a m ,27, et d'une hauteur de O-^e a a ,39, on a 
superpose huit tamis de toile metallique perces d'un trou an 
centre pour donner passage a un tube qui conduit l'air de la 
partie superieure de l'appareil a la partie inferieure;surchaque 
tamis, dont la hauteur est de 0"",045 environ, on peut placer 



260 SOCIKTK IMPKMALE ZOOLOGIQIE d'aCCLIMATATION. 

environ 50 cocons, soit A00 dans chaque appareil; entredeux 
tamis il y a une toile metallique destinee a eviter le ballottage 
des cocons; le cylindre, parfaitement ferme sur toutes ses faces, 
montre a sa partie superieure le tube dont nous avons deja 
parle et qui est ferme par un bouchon a vis. L'appareil metal- 
lique est place dans un tonneau de bois garni interieuremenl 
d'une masse de plomb qui le fera plonger ; les douves de ce 
tonneau sont maintenues par des cercles de fer et a vis, de 
maniere que le cylindre metallique puisse etre debarrasse a 
volonte de son enveloppe protectrice; la partie superieure du 
tonneau est fermee par un couvercle maintenu par desvis defer. 

Pour employer cet appareil il faut : 

1° Desserrer et 6ter les vis qui fixent le couvercle des ton- 
neaux aux douves, et enlever ce couvercle. (II y a une des 
quatre vis placee au-dessous du couvercle.) 

"2° Desserrer les vis des cercles de fer du tonneau de ma- 
niere a pouvoir retirer le cylindre de fer-blanc qu'il renferme; 

3° Oter les trois cales de bois fixees au-dessus du cvlindre; 

li" Retirer le cylindre ; 

5° Enlever le couvercle du cylindre, qui n'est pas soude ; 

6° Oter successivement les tamis que renferme le cylindre 
sans ebranler le petit tuyau central qui est soude au fond ; 

7° Coudre legerement les cocons sur les tamis (50 cocons 
par tamis environ)-, 

8° Remettre le premier tamis du fond en place ; 

9° Mettre un rond de toile metallique sur le premier tamis; 

10° Superposer de m6me successivement les tamis et les 
ronds de toile. 

11° Souder avec beaucoup de soin et forternent le couvercle 
du cylindre ; 

12° Serrer avec soin le bouchon a vis du cylindre apres avoir 
introduit la partie conique dans la cavite qui doit la recevoir ; 

13° Remettre r appareil dans le tonneau de bois $ 

111 Resserrer forternent les vis des cercles et des tonneaux; 

15° S'il y a des vides entre le cylindre de fer-blanc et le 
bois, introduire dans ces vides soit du goudron tres epais m6le 
a du sable, soit du goudron pur, epais et chaud qui se fige- 



MM A SOIK DL - ill \| 2tit 

rait en relroidissant. (Insufller de l'air interieuremenl pour 
refroidir Fair tiedi par le goudron.) 

16° Clouer dans l'interieur du tonneau de bois des cales 
qui empechent de jouer de haut en bas ; 

47° Visser le couvercle du tonneau de bois, et attacher la 
patte a charniere pour qu'elle ne s'ouvre pas. 

Soins pendant le voyage. 

18° Cette barrique devra plonger de deux metres dans la 
mer et etre fixee vers le centre du navire pour qu'elle soit 
moins ballottee. 

19° Chaque jour cette barrique sera retiree de l'eau, on 
ouvrira le couvercle a charniere, et Ton debouchera le bouchon 
a vis du cylindre de fer-blanc. 

20° On ajustera un tube de caoutchouc au tuyau central, 
au-dessous de la petite bague qu'il porte; a I'autre extremite 
du tube de caouchouc on ajustera un soufflet que Ton fera 
fonctionner pendant quelques minutes, de facon a renouveler 
l'air dans l'interieur du cylindre ; cela fait, on retablira les 
choses dans l'etat ou elles etaient primitivement. 

Soins avant et apres le voyage. 

Quand le cylindre ne sera pas a la mer, depuis le moment 
ou Ton y mettra les cocons jusqu'au moment ou on les rctirera. 
il faudra le tenir autant que possible dans un endroit frais, et 
y insufller de l'air tous les jours ; pour plus de precautions, on 
pourrait laisser ouvert le bouchon a vis. ce qui n'empecherait 
pas d'ailleurs de laire les insul'ttations. 

On a expedie deux appareils semblables a celui que nous 
venons de decrire; deux tubes de caoutchouc, deux soufflets, 
deux clefs pour les bouchons a vis. 

L'appareil que je m'etais charge de iaire construire (fig. 2) est 
d'une tres grande simplicite. 11 consiste en un vase de terre de la 
capacite de deux litres environ, a rintcrieur duquelon main- 
lient, au moyen de cales de bois, un second vase egalement de 
terre, poiU ; sur des tasseaux(AA),etpresentant dans son inte- 
rieurcinq tamis de toile melallique sur lesquels les cocons de- 



202 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIZE D ACCL1MATATI0JN. 

vront etre places ; au centre du tamis on a pratique des ouver- 
turesqui laissent passer un tube (B) plongeant jusqu'au fond du 
vase interieur, et qui par consequent traverse tous les tamis. 
Ce vase interieur est ferme par un disque de verre arrondi a 
remeri,fermant exactement le vase, et presentant deux ouver- 
tures qui donnent passage auxdeux tubes destines a la rentree 
et a la sortie de Fair (B et B'). Ces deux tubes sont ajustes au 
moyen de bouchons de caoutchouc, et ils traversent le couvercle 
du meme vase, qui est de bois. 







Fig. 2. 

Les cocons ayant ete disposes sur les tamis, et ceux-ci 
places dans le vase interieur, comme nous l'avons dit, il suffira 
de remplir le grand vase d'eau aussi froide que possible, de 
placer Tappareil dans un courant d'air et a Tombre, puis enfin 
d'ajouter deux fois par jour chaque fois 500 grammes de 
nitrate d'ammoniaque dans l'eau. L'eau et le sel se trouvent 
etre dans des proportions telles, que par simple solution lc 
sel determine un abaissement de temperature de 10 degres ; 
de sorte qu'en prenant de Teau a 25 degres, on la ramonera 



VEK A SOIE DU CHfilSfc. 263 

a 15degres; si l'eau elait plus chaude, il faudrait necessaire- 
ment augmenter la proportion de sel a ajouter chaque jour. 

L'eau des vases devra etre renouvelee tous les jours, et il 
suffira d'exposer au soleil dans un vase ces solutions saturees 
de nitrate d'ammoniaque, pour obtenir le sel cristallise, qui 
pourra etre employe de uouveau et indefiniment avec autant 
de succes. 

On comprend sans peine que labaissement de temperature 
dans le vase interieur doit determiner un courant de dehors 
en dedans, de maniere que les cocons se trouvent dans les 
conditions necessaires a leur respiration, respiration qui d'ail- 
leurs est Ires lente et qui n'use pas de grandes quantites d'air. 

La Commission de seiiciculture a fonde de grandes espe- 
rances sur Temploi des moyens que je viens de decrire; mais, 
pour favoriser le succes, elle pense qu'il serait convenable de 
proposer des primes, qui seraient augmentees si les cocons 
arrivaient vivants. 

Si, contre nos esperances, tous ces moyens echouaient, il y 
aurait encore a essayer 1'usage des vases poreux, que Ton serait 
oblige de faire construire a Creil ou a Montereau, car ceux 
que Ton fait a Paris fonctionnent mal et s'obstruent rapide- 
ment. Nous devons egalement nous livrer a des experiences 
pour recHorcher si les Vers veulent se nourrir des feuilles des- 
secbees par le procede que j'ai propose conjoinlement aver 
M. Berjot, feuilles que Ton rafraicbirait au moyen de l'eau, au 
moment du besoin. 

Si 1'experience reussit ici en France en operant avec les 
feuilles du Murier, du Ricin et de I'Ailante glanduleux, il est 
plus que probable qu'elles reussirontegalementavec les feuilles 
du Cbene et son Bombyx; des lors le probleme sera resolu, et 
le fourrage des Vers a soie sera trouve. 



2t>4 SOCIETY IMPERIALS ZOOLOG10.UE d'aCCLIMATAXION. 

SUK LES ESSAIS DE EILATURE 
ENTREPRIS AVEC LES COCONS DU BOMBYX DU RICIN. 



M. Henri S< III I Hit I It 1. 1 It et Cfc. de JOXGII. 

Membres de la Societe. 

LETTRE ADRESSEE A M. LE PRESIDENT 
DE LA SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. 

Par !W. le docteur SKI . 

D&cgue de la Soci&e a Wesserling (Haut-Rhin). 



(Seance du 4 fevrier 1859.) 

La Societe imperiale d'Acclimatation nous avait remis 
h kilogrammes de cocons, auxquels notre savant confrere de 
Hamma, M. Hardy, en a joint 22 kilogrammes ; soit et ensemble 
26 kilogrammes, que nous avons confies a M. Henri Schlum- 
berger. M. Schlumberger, desirant faire cette fois un essai 
complet, appela a son aide M. de Jongh, qui possede la plus 
belle filature de soie de Guebwiller, et qui joint a de pro- 
fondes connaissances en mecanique une grande habitude des 
manipulations chimiques appliquees au travail de la soie. 

Les cocons lurent d'abord decreuses en les faisant bouillir 
pendant deux heures et dernie avec 25 pour 100 de leur poids 
desavon blanc, et assezd'eau pour les submerger entierement. 
Cette operation fut repetee une seconde fois avec 10 pour 100 
de leur poids en cristaux de soude, pendant une heure. Le 
produit de cette operation fut de ll kil ,100 en soie a peu pres 
pure, qui fut peignee a la main, puis livree a Yassortis- 
seuse. L'assortisseuse est une machine toute nouvelle, de 
I'invention de M. de Jongh, et qui lui permet d'assortir les 
soies peignees d'apres leur longueur, en sorle qu'il arrive a 
reproduire avec les longs brins une soie aussi belle que celle 
devidee directement du cocon, comme le prouve le n° 300 
joint a ces lignes. Grace a cette nouvelle et admirable ma- 
chine, arrivee bien a point pour utiliser la soie du nouvcau 



FILATURE DES COCONS DU BOMBYX DU RICIN. 265 

Ver, M. de Jongh a fabriquesix sortes ditterentes de fils, et trois 
especes de dechets qui ont ete remis a M. Henri Schlumberger. 
Ce dernier n'a pas hesite a modifier sa celebre peigneuse a 
soiepourmieux utiliser le nouveau produit, avec lequel il a pu 
i'abriquer 2600 grammes de iil n° 140 a deux brins, mi-perle, 
dont je joins un echantillon a mon envoi ; le resle devant servir 
a tisser une piece d'etoiVe pour M. Hardy. 

Dans un paquet separe se trouvent divers essais de teinture 
faits par M. de Jongh ; iis sont fort beaux, sauf ceux en cou- 
leurs claires, qui onl souffert de la teinte grise propre a la soie 
du Ricin. 

Passons maintenant au detail de l'experience. 26 kilogr. 
de cocons eclos du Ricin ont donne ll kil ,100 de soie, qui ont 
fourni a leur tour : 



kil. 












0,015 de file* 


ii" 


300. 






0,335 


— 


ii" 


120 A, 


5 deux bouts. 


0,495 


— 


n" 


120 B. 






0,240 


— 


n" 


160, m 


i-perle", 


a deux bouts. 


2,600 


— 


n" 


140 




id. 


0,215 


— • 


n" 


70, cordonnel 


:, a deux bouts, 


3,900 


en file" 











0,160 en bas d^chet. 

5,440 en mauvais de"chet des peigneuses. 

1,025 en bon d^chet de Tassorlisseuse. 

0,575 en perte. 



11,100 



Done 26 kilogrammes de cocons vides du Ver a soie du Ricin 
ont produit 3 kil ,900 de til et 6 kil ,625 de dechet, soit bourre 
de soie. 

Pour arriver a fixer le prix du kilogramme de cocons vides 
du Ver a soie du Ricin, comme le demande S. A. I. le prince 
Napoleon, il faudrait connaitre exactement la valeur des di- 
vers numeros de files obtenus, et qui ne sont pas employes en 
Alsace. C'est a Roubaix qu'on les consomme, e'est done a 
Roubaix qu'il faudra les envoyer pour en connaitre le prix reel ; 
on pent cependant, sans se tromper beaucoup, fixer a 25 francs 

T. VI. — Juin 1859. 18 



266 SOCIlSTE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

le kilogramme, valeur des files obtenus, qui vaudraient done 
ensemble 97 fr. 50 c. 

Quant aux dechets, on pourrait faire avec les bons de la filo- 
selle, et avec les mauvais de la toile a voiles ou a baches ; les 
premiers valent 50 francs les 100 kilogrammes, et les seconds 
seulement 18 francs. Commcon a obtenul kil ,185debondechet 
et 5 kil ,/iA0 de mauvais, ils representent une valeur totale de 
1 fr. 56 c, qui, ajoutee a celle des files, forme un total de 
99 fr. 06 c, qui, apres deduction faite des frais de transport 
et filature, ne lerait certainement pas ressortir d'une maniere 
remunerative par le produit le prix du kilogramme de cocons 
vides, puisqu'on ne pourrait pas le payer plus de 3 francs. 

Le travail dont nous venons de donner l'analyse ayant coute 
une peine infinie a MM. Henri Schlumberger et de Jongh, qui 
ont d'ailleurs refuse toute remuneration pour les frais nom- 
breux qu'il leur a occasionnes, je propose au Conseil de bien 
vouloir les remercier d'abord de leur interessante autant 
qu'utile communication, et de vouloir bienensuite la renvoyer 
au Comite d'ericiculture. 

(Ces propositions ont ete adoptees.) . 



1GNAME DE CHINE. 267 

NOTICE SUR LA CULTURE 

KT 

RAPPORT SUR LE PRODUIT DE L'IGNAME DE CHINE 

{Dioscorea batatas), 

APRES CINQ ANNEES D'ESSAIS ET SON ENTREE EN GRANDE CULTURE. 

Par mm. r I II. I.I . I |..it et Ms, 
Horticulteurs et p^pinifristes de la Societs imperiale d' Accliruatation. 



(Seance du 18 mars 1859.) 

Monsieur le President, 
Nous venons vous soumettre, ainsi qu'a tous les membres 
de la Societe d'acclimatation, un rapport sur le produit de 
llgname de Chine, ainsi que quelques observations que nous 
avons pu faire pendant ces cinq annees d'essais, et F entree en 
grande culture de cette precieuse introduction. 

Les semences de cette recolte furent confiees a la terre au 
mois d'avril 185(5, afin d'experimenter les terrains qui pou- 
vaient etre le plus convenables a cette culture ; nous en plan- 
tames done dans diflerentes localites des environs de Paris, le 
tout pou van t former une etendue superficielle de hO ares. 

Cette recolte, que nous avons estimee a 18 000 kilos pesant, 
a ete recueillie dans cette etendue de terrain. Ce produit ne 
semblerait peut-etre pas assez considerable pour la quantite 
de terrain employe ; mais il est utile de faire remarquer ici 
que les plantations qui ont ete faites a cette epoque consis- 
taient en bulbilles et en petits trongons tres faibles; et, en 
raison de ce fait, lors de la pousse de ces tubercules, un grand 
nombre ont manque: nous estimons cette perte par un tiers, 
ee qui reduirait ainsi a 27 ares environ Tetendue de terrain 
ou aurait ete recolte ce produit, qui deviendrait un resultat 
assez satisfaisant. 

Ces plantations nous ont coute environ 350 francs pour 
frais de location et de fumures, 50 francs pour frais d'entre- 
tien des binages durant deux annees, et 150 francs pour 
frais d'arrachage de ces tubercules; ce qui produit un total de 
depenses de 500 francs. Nous avons aussi recolte, en compen- 



268 S0C1ETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

sation des frais d'arrachage, un tres grand nombre de bulbilles 
qui se produisent en grande quantite sur les branches et les 
tiges ; ce fait ne se fait remarquer que dans certaines parties 
de terrain. Nous avons a Chatenay, pres Sceaux, lieu de noire 
nouvel etablissement d'horticultureet de pepinieres,une partie 
de terrain d'environ 8 ares, Ires propice, il est vrai, a la culture 
de rigname, le sol etant d'une nature tres sablonneuse ; nous 
y avons recolte pres d'un hectolitre de ces bulbilles. Les 
autres terrains ou nous essayames l'lgname, tel qu'a Croissy 
et a Nanterre, dont la contenance est deux fois plus grande 
que celle de Chatenay, n'ont produit que 50 litres environ. 
Nous evaluons le prix de ces bulbilles egal aux frais que nous 
a coutel'arrachage. 

Jusqu'a present, par l'experience que nous avons acquise 
sur la culture de l'lgname, nous continuerons a conseiller, 
comme nous l'avons deja fait, de choisir de preference des 
terrains sablonneux et les moins charges degravier ou depier- 
railles ; car partout ou cela existe, les racines n'ont jamais de 
belles formes. Des le principe nous avions aussi recommande 
aux personnes qui s'interessaient a cette culture, de planter les 
semences a 15 ou 20 centimetres les unes des autres 5 mais 
Inexperience nous a montre qu'il fallait faire le contraire, car 
nous avons remarque que partout ou les pieds ou tiges etaient 
agglomerees, et chacun sait que les tiges d'Ignames en poussant 
se relient et s'attachent ensemble par groupes compactes, et 
torment des especes de buttes et de feuillage ; eh bien ! disons- 
nous, nous avons toujours remarque que c'etait en ces 
endroits que nous trouvions toujours les plus belles racines et 
le plus en rapport avec la quantite de bulbilles; le contraire 
se faisait alors remarquer dans les endroits ou les semences 
avaient pousse isolement, par manque de reussite de la 
semence auprintemps,etqui ne trouvaient pas ase rallieravec 
d'autres. Nous conclurnes, par ces diverses observations que 
nous fimes cette annee sur la culture de l'lgname de Chine, 
que ce tubercule peut etre recolte comme la pomme de terre, 
c'est-a-dire la meme annee et avec un produit convertible. 
Jusqu'a present cette plante ayant eteassez 1 are etpeu repandue, 
on n'avait que de tres faibles semences a confier a la terre, 



1GNAMR DE CHINE. 269 

lesquelles semences produisaient, l'annee suivante, une racine 
moycnne (jui, etant laissee en terre, devenait une tres honiu; 
semence pour obtenir, Pannee d'ensuite, un produit satis- 
faisant : ce sont ces fails qui ont fait dire jusqu'a ce jour quMI 
lallait deux annees pour reeolter l'lgname. Cette racine, 
comme tout le monde a pu s'en rend™ eompte, perit tous les 
ans, apres avoir alimente la nouvelle, absolumcnt comme cela 
se produit rhezla pommede terre, dont lasemence sedessecbe 
lorsque les nouveaux tubercules commencent a se produire; 
maissi Ton plante primitivementdes semences d'lgnames d'une 
force convenable, on est certain de reeolter la meme annee 
les memea tubercules qu'on n'aurait cus qu'apres deux ans de 
vegetation en plantantdes tron^ons on collets de racines d'une 
force insuffisante. 

Ainsi done nous pouvons conseiller aux personnes qui s'inte- 
ressent a la culture de cette introduction chinoise, et qui desi- 
rent faire une bonne plantation : 1° de choisir un terrain 
sablonneux ; 2° de planter en mars ou au commencement d'avril 
les semences d'lgnames d'une bonne grosseur. soit des collets 
de racines ou des troncons de 10 a 15 centimetres de longueur, 
etensuite d'espacer les plants de 10 a 12 centimetres les uns 
des autres en tous sens 5 il enresultera, par ce dernier moyen 
de plantation, que Tetendue de terrain employee sera moindre, 
le produit plus considerable et la main-d'oeuvre moins cou- 
teuse pour l'arracbage. 

Si plusieurs personnes, parmi les membres de la Societe que 
cette culture interesse plus particulierement , desirent avoir 
un apercu du produit de notre premiere recolte obtenue en 
grande culture , nous les engageons a venir visiter notre eta- 
blissement de Paris, 011 une partie de cette recolte est emma- 
gasinee depuis deux mois. 

Nous remettons a M. le President quelques specimens de 
cette recolte, terme moyen obtenu en grande culture, depuis 
le minimum jusqu'au maximum, ainsi que des bulbilles recol- 
tes sur les brancbes, et nous prions M. le President de vou- 
loir bien les offrir a messieurs les membres de la Societe qui 
en desireraient. 



270 SOCIETE IMP1SRIALE Z00I.0G1QUE d'aCCLIMATATION. 

NOTE 
SUR LA POMME DE TERRE DES CORDILLERES. 

LETTRE ADRESSEE A M. LE PRESIDENT 
DE LA SOCIETY IMPfiRIALE ZOOLOGIQUE D'aCCLIMATATION 

Par M. II IVIJtXOIS. 



(Seance du 21 Janvier 1859.) 

Monsieur le President, 

Les rapports qui vous sont adresses sur les produits des 
Pommes de terreque laSociete d'acclimatation a fait venirdes 
Cordilleres sur ma proposition sont unanimes a constater a 
la fois la vigueur de la vegetation des plantes et Tinsuffisance 
du nombre et de la grosseur des tubercules. 

Ces resullats n'ont rien de decourageant. II etait facile de 
les prevoir. et ces premiers tubercules doivent en outre 6tre 
tres inferieurs en gout et en saveur a ceux que nous donnent 
nos vieilles Pommes de terre de France. 

En effet, les Pommes de terre envoyees de Sainte-Marthe 
ont do., pour repondre completement a la demande de la 
Societe, 6tre choisies sur les plantes croissant spontanernent 
sur les plateaux des Cordilleres. Or, toutlemonde sait a quel 
point une plante sauvage a ordinairement besoin d'etre ame- 
lioree par la culture, et combien ses premiers produits sont 
loin de valoir ceux qu'elle pourra donner plus tard. 

II est done impossible, je crois, de juger l'avenir des Pommes 
de terre venues de Sainte-Marthe par lesresultats de la pre- 
miere annee de culture, et ce n'est probablement qu'apres plu- 
sieurs reproductions successives bien soignees et faites dans 
les conditions les plus favorables que les tubercules attein- 
dront toute la perfection dont ils sont susceptibles. 

La Pomme de terre figure aujourd'hui sur toutes les tables; 
mais on sait que pendant les premieres annees de son accli- 
matation en Europe, toutlemonde la repoussait presque avec 
degout, et qu'il a fallu la perseverance du celebre Parmentier 
pour en faire adopter l'usage, qui devint bienlot universel. 



POMME Iii 'I I- It It I . DES CORDILLERES. 271 

Cette extreme diflicultede faire apprecier cet excellent legume 
ne tenait-elle pas probablement a ce qu'il etait bien loin alors 
de la bonte qu'il devait acquerir, et ne peut-on pas supposer 
que c'est surtout en en developpant les qualites par une habile 
culture que Paimentier a-su forcer le gout du public? 

Un voyageur revenant des Cordilleres, que j'eus le bonheur 
-de questionner lorsque je pensai pour la premiere fois a faire 
venirdesPommesde terredeces montagnes, medisait : « Elles 
y sont moins que mediocres a manger, et Ion n'en trouve de 
passables que dans quelques jardins; mais la encore elles 
sont bien loin de valoir celles d'Europe. » 

Les Pommes de terre que je fis venir moi-m£me de Sainte- 
Marthe, il y a quatre ans, et qui, grace a Tobligeante inter- 
vention d'un negotiant de Marseille, mefurent ropportees par 
un capitaine au long cours, etaient au moins deux fois plus 
grosses que celles revues dernierement par la Societe. Elles 
ont eonfirme toutes les esperances dont j'avais eu Thonneur 
de vous entretenir, et m'ont donne a la premiere reeolte des 
tubercules tres nombreux, tres beaux et tres bons. II est pro- 
bable que ces Pommes de terre achetees simplement sur It 
marche de Sainte-Marthe, ou Ton aura meme choisi les plus 
belles, provenaient de quelques jardins ou deja la culture les 
avait perfectionnees; tandis que celles de la Societe ont 
du etre choisies sur des plantes venues spontanement. 

Quoi qu'il en soit, il est incontestable que nos Pommes de 
terre d'Europe, dont bien des especes paraissent aujourd'hui 
malheureusement s'aflaiblir et degenerer, proviennent de celles 
qui furentimportees de TAmerique du Sud il y a quatre- vingts 
ans environ. On peut done esperer de reproduire avec les tu- 
bercules venus des Cordilleres, et perfectionnes par la culture, 
la Pomme de terre dans toute sa vigueur et son excellence. 

II importe done beaucoup que les agriculteurs qui ont bien 
voulu tenter des essais dans cette voie ne se decouragenl pas, 
en presence de premiers resultats necessairement peu satisfai- 
sants, mais qu'au conlraire ils continuent leurs experiences 
pendant tout le temps indispensable au perl'ectionnement com- 
pletdune plante tireede 1'etat sauvage. 



272 S0CIETE IMPERIALE ZOOLOGTQUE d'aCCLIMATATION. 

NOTE 
SUR L'INFLUENCE DES CHANGEMENTS DE SEMENCES 

DANS LA CULTURE DES CtiRfiALES, 

Par n. Ansclmc IT, 1 1: 1 IV 



(Seance du 4 fevrier 1859.) 

En 1857, S. Exc. M. le Ministre tie la guerre a bien voulu 
me confier des echantillons de chacune des cereales d'Algerie 
qui figuraient a I'Exposition speciale des produits de notre 
colonie. 

L'experience que j'ai faite sur la plupart de ces grains a ete 
contrariee par la secheresse excessive qui a afflige nos con- 
trees du sud-est. Je la renouvelle cette annee, avec l'espoir 
d'obtenir des resultats plus decisifs. 

Mais, malgre cette circonstance defavorable, l'un de ces 
grains a donne des produits qui meritent d'etre remarques, 
parce qu'ils confirment une loi des longtemps observee par les 
cultivateurs attentii's. 

Notre Seigle vulgaire n'est pas indigene en Algerie, nous l'y 
avons introduit. Celui que j'ai retju de M. le Ministre de la 
guerre provenait de cette cereale deportee de France en 
Afrique. 

Or, elle m'a donne un produit de pres de 12 pour un. (Test 
plus du double de ce que nous obtenons de sa semblable dans 
la culture generale de nos con trees. 

Encore une fois, ce n'est pas la une decouverte : tout culti- 
vates soigneux s'attache a cbanger ses semences aussi sou- 
vent qu'il le peut. Mais ces changements sont necessairement 
bornes a de petites quantites et a de faibles distances. • 

lis auraient une importance bien plus generale et plus radi- 



CULTURE DES CEREALES. 273 

cale, si on les organisait tie I'Algerie a la France, et recipro- 
quement. 

Sans doute ces echanges seraient couteux et embarras- 
sants, s'il fallait que chaque particulier parcourut la chalne 
des intermediates commerciaux ; mais ne pourrait-on pas, 
sous le patronage du Gouvernement, ou memo de notre Societe, 
s'adresser a quelque grande culture impersonnelle : par 
exemple, a celle des venerables cultivateurs de la Trappe de 
Staoueli, dont les produits ligurent si honorableinent sur le 
marche d'Alger ? 

On serait assure ainsi de la loyaute la plus parfaite dans le 
choix et dans lexpedition des grains, de la moderation dans 
les prix 5 en un mot, du zele le plus sincere pour un succes 
qui serait celui de I'interet public. 



274 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

SUR LES SEQUOIA, 

Par M. Arlstlde DUPUI9. 



(Seance dul er avril 1859.) 

La Societe, qui poursuit si activement son ceuvre d'intro- 
duction des especes utiles, veg^tales et animales, que notre 
paysne possede pas, a accueilli avec un vif inter6t la commu- 
nication, faite par notre collegue M. le marquis de Vibraye, 
des resultats obtenus dans les essais de culture des arbres 
resineux exotiques, et notamment des Sequoia, ces geants de 
la famille des Coniferes. II m'a semble utile et tout a fait con- 
forme au but que se propose la Societe de completer le tra^- 
vail de notre honorable collegue, en joignant a mes observa- 
tions personnelles les faits epars reveles par les essais tentes 
dans plusieurs localites, et les donnees que Ton possede surle 
climat et le sol qui conviennent a ces essences, sur leur mode 
de multiplication et de culture, sur l'utilite qu'on peut en re- 
tirer. Je suis loin de pretendre donner un travail acheve, car 
cesujet renferme encore plusieurs points qui ne pourrontetre 
eclaircis que par des experiences ulterieures. 

Les Sequoia sont de grands arbres a feuilles squami- 
formes et imbriquees, ou lineaires et comme distiques ; a 
fleurs monoi'ques placees a l'extremite de rameaux differents; 
les males formant des chatons arrondis, ecailleux. Le fruit, 
dont la maturation s'opere dans l'annee m6me, est un cone ou 
strobile ovo'ide, un peu allonge, a ecailles tronquees, depri- 
mees, ligneuses, epaisses et rugueuses, accompagnees d'une 
bractee aigue qui se soude avec elles dans toute leur longueur. 

Ce genre renferme deux especes : 

I. Le Sequoia sempervirens , Endl. (Taxodium sempervi- 
rens, Lamb., Schubertia sempervirens, Spach), appele a tort 
par quelques jar Aimers Sequoia gigantea ou Taxodium gigan- 
teum, est un arbre a tige droite, reguliere, depassant 80 metres 
de hauteur, couverte d'une ecorce epaisse et spongieuse d'un 
gris rougeatre; a branches etalees et tres ramifiees-, a feuilles 



sfqi;oia. 275 

squamiformes et l&chement imbriquees sur les branches et 
les rameauxprincipaux, lineaires, courbeeset comme distiques 
sur les dernieres ramifications. Les fruits, du volume d'une 
petite prune, portent a l'aisselle de cbaque ecaille trois a cinq 
graines, accompagnees d'une aile mince etechancree. L'arbre 
donne des fruits a un &ge assez peu avance\ 

Les branches etalees et rapprochees, le feuillage leger et 
assez elegant de cette essence, lui d'onnent un port remar- 
quable, l'aspect d'une large pyramide bien garnie, d'un cou- 
vert moyennement epais et d'un tres bon effet. 

Le Sequoia sempervirens est originaire du nord-ouest de 
l'Amerique, et se trouve particulierement dans le nord du 
Mexique, en Californie. Decouvert en 1706 par Menzies, re- 
trouve en 1836 par Douglas, c'est en 1840 qu'il a ete intro- 
duit en Europe. Nous pouvons le regarder comme naturalise, 
car il a fructifie a Angers et en Sologne. 

On doit croire qu'il resistera, dans la generalite des cas, & 
la rigueur de nos hivers. Les observations faites dans celui 
de 1853-1854 par MM. Corbay et Rouillard, dans leurs jar- 
dins de Chaillot, ou les Sequoia etaient exposes en plein nord; 
eel les de M. Hanbury a Poles, a peu de distance au nord de 
Londres; d'autres faites a Uckfield (Sussex) et a Harcourt 
(Eure), tendraient a etablir que ce Conifere peut resister a un 
maximum de froid de — 12 degres centigrades. 

Toutefois il a l'inconvenient, sous le climat de Paris, de 
prolonger sa vegetation fort avant dans l'automne, souvent 
jusqu'a la fin d'octobre, et il peut arriver que ses bourgeons, 
insuffisamment aoutes, soient, ainsi que l'extremite de sa tige, 
atteints et detruitspar le froid. Mais de nouvelles pousses ne 
tardent pas ase reproduire en abondance; le bourgeon terminal 
lui-meme, accidentellement detruit, se remplace facilement, 
par Taction seule de la nature ou par la main de l'homme. 

II peut arriver aussi qu'un sol trop humide, ou des vents 
comme le mistral de Provence, viennent ajouter leur facheuse 
influence a cellede la temperature. Chez M. Masse (Orne), un 
Sequoia dehuitans, haul de 4 m ,45, n'a pu resister a un froid 
de — 20 degres, et sa tige a entierement peri. A Aix (Bouches- 



276 S0CIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

du-Rhdne), des individus se sont ressentis pendant plusieurs 
annees des atteintes d'un froid rigoureux. 

M. Letelie, a la Tremblade (Charente-Inferieure), a reconnu 
que si ces arbres craignent les gelees, ils sont bien plus sen- 
sibles aux vents de mer, et que des abris et une exposition 
septentrionale, mais protegee, etaient les seuls moyens de 
garantir leur feuillage et leur cime, souvent brules par Taction 
dessechante de ces vents. A Barentin (Seine-Inferieure), M. des 
Heberts a employe comme abri des plates-bandes d'arbustes 
et une ceinture d'arbres verts, grace auxquelles ses Sequoia 
ont parfaitement reussi. 

Cette essence est peu difficile sur le choix du terrain ; elle 
prospere meme sur un sol mediocre, pourvu qu'il ne soit pas 
trop bumide. Les essais de M. le marquis de Vibraye en 
Sologne, surun soltourbeux etmarecageux, ont completement 
echoue; tandis qu'en Provence, le Sequoia s'est accommode 
d'un sol de meme nature. Mais les terrains qui lui conviennent 
le mieux sont, sans contredit, comme le dit M. Remont, les 
sables des Landes qui couvrent une partiede l'estetdu sud- 
ouest de la France. Nous ferons remarquer aussi que, dans 
son extreme jeunesse, cet arbre reussit parfaitement dans la 
terre debruyere. A Barentin, M. des Heberts avait confie ses 
plantations a un sol argilo-siliceux, fort et franc, profonde- 
ment defonce, et enricbi par des terreaux de feuilles pris dans 
des massifs seculaires deChenes et de Helres. 

Le Sequoia sempervirens se propage de plusieurs manieres. 

Le semis est le meilleur mode de propagation, malgre les 
obstacles qu'apportentla rarete et la cberte des graines, et la 
rapidite avec laquelle elles perdent leur faculte germinatrice. 
On doit les semer immediatement apres la recolte (au plus 
tard au prin temps, si on les a obtenues en automne), sous 
peine d'avoir une levee fort longue, souvent irreguliere, par- 
fois m6me completement nulle. 

Le bouturage s'emploie frequemment; il se fait : 1" a froid, 
sous des cloches abritees, au nord et en pleine terre ; 2" a 
chaud, en serre, de seplembre en mars, avec les soins ordinaires. 

Le marcottage reussit, mais on l'emploie peu. 



SEQUOIA. 277 

Les Sequoia croissent rapidement; sous ce rapport, ils de- 
passent, d'apres M. Hemont, loutes les autres essences resi- 
neuses. Les pousses annuelles out souvent plus d'un metre de 
longueur. Le Jardin des plantes deParis, Angers, Blois, Nantes, 
possedent de tres beaux echantillons de cet arbre. Plusieurs 
piedsont, a 1'age de dix et douze ans, line hauteur de 10 a 
12 metres, sur m ,66 a n, ,80 de tour. 

Cette essence est donee aussi [d'une tres grande longevite. 
M. Fischer a compte plus demille couches annuelles sur une 
bille de 4 m ,50 de diametre. 

Avec ces deux elements, on ne doit pas s'etonner que le 
Sequoia sempervirens arrive, dans son pays natal, a des 
dimensions colossales; M. Hartweg en a mesure qui attef- 
gnaient 80 metres de hauteur sur 12 metres de circonference. 

Une des proprietes les plus remarquables de ce Conifere, est 
de repousser parfaitement sur le vieux bois. M. Remont a ela- 
gue sur un tronc quelques individus dans toute leur hauteur, 
et de nouvelles pousses se sont developpees aux surfaces de 
section; les arbres se trouverent promptement regarnis. Une 
telle operation eut probablement fait perir toute autre essence 
de cette famille. 

L'elagage ration nel ne pourra done 6tre que tres favorable 
a la croissance de ce Sequoia, et e'est un des resineux chez 
lesquels il sera leplus facile de refaire unefleche por le redres- 
sement d'une branche horizontale. 

Les racines produisent de nombreux drageons, qu'il faut 
m6me enlever pour ne pas nuire a la tige principale. 

Entin, cet arbre repousse tres bien de souche, et presente 
Texemple, unique dans la famille des Coniferes, d'une essence 
pouvant etre cultivee avec autant de succes en taillis qu'en 
futaie. Le mode de taillis sous futaielui conviendra aussi, car 
le couvert assez leger des baliveaux ne nuira pas sensiblement 
au sous-bois, et de nombreux drageons viendront remplir les 
vides laisses par le deperissement des vieilles souches. 

II n'y a pas lieu de s'occuper pour le moment de fixer le 
cliill'ie de la revolution a adopter, soit pour le taillis, soit pour 
la l'utaie. Des observations ulterieures permetlront seules de 



278 SOCIETE IMPERULE Z00L0G1QLE d'aCCLIMATATION. 

determiner d'une maniere precise l'epoque du plus grand 
accroissement moyen. 

On a peu de donnees sur le bois de cet arbre, sur ses qua- 
lites et sur ses usages. On sait seulement qu'il est leger, 
souple, d'un grain fin, serre, susceptible de recevoir un beau 
poli } sa couleur, rouge faible, lui a fait donner en Angleterre 
le nom de red wood (bois rouge). Son ecorce epaisse et spon- 
gieuse pourra sans doute 6tre aussi utilisee. 

II. Le Sequoia gigantea, Endl. ( Wellingtonia gigantea, 
Lindl.), acquiert des dimensions plus considerables encore. Sa 
tige depasse 100 metres de hauteur sur 10 metres de diametre 
a la base, y compris Tepaisseur de l'ecorce, qui va jusqu'a 
m ,45. Les feuilles, courtes, ovales, imbriquees, aigues dans 
leur jeunesse et plus tard obtuses, forment un massif d'une 
belle verdure. Les cones varient du volume d'un ceuf de 
pigeon a celui d'un oeuf de poule. 

Le port de cette espece est tres majestueux. Sa longevite est 
tres grander car on a compte sur les coupes de quelques indi- 
vidus plus de 3000 couches annuelles. Malheureusement ces 
beaux arbres diminuent de jour en jour; la speculation s'est 
jetee sur les magnifiques individus qui existent encore, au 
point de faire craindre leur disparition prochaine. Nous 
croyons savoir que la Societe horticulturale de Londres a fait 
des demarches pour obtenir du gouvernement des Etats-Unis 
la conservation de ces geantsdu regne vegetal. 

Le Sequoia giganteahahile la Californie, et plus particuliere- 
ment les versants de la Sierra Nevada, par 1500 metres d'altitude 
et 38 degres de latitude. On l'a rencontre jusqu'au 50 e degre. 
Cette essence est encore moins connue que la precedente. 
Introduite seulement en 1853 en Angleterre, etl'annee suivante 
en France, elle n'est encore cultivee que comme arbre d'orne- 
ment. Son habitat plus septentrional pouvait faire prevoir 
qu'elle l'emporterait sur son congenere pour la rusticite, la 
facilite de la culture, la vigueur de la vegetation et la regula- 
rite du developpement. L' experience a confirmeces previsions. 
Toutefois l'irregularite des hivers precedents ne permet pas 
encore de se prononcer defmitivement sur le climat qui lui 



SEQUOIA. 279 

convient. Les observations sont d'ailleurs peu nombreuses. On 
saitqu'elle aparfaitement passe en plein air, au Plessis-Piquet 
(pres de Paris), l'hiver de 1857-1858. Elle prospere egalement 
chez notre honorable confrere M. le baron Rouen des Mallels, 
a Saint-Leu-Taverny. Enfin elle a brave les hivers prece- 
dents a Gendbrugge (pres Gand), dans le celebre etablissement 
horticole de M. van Houtte. 

Le Sequoia gigantea se plait dans les climats humides et 
brumeux; il aime les sols siliceux marecageux, et ses racines 
plongent quelquefois dans les eaux courantes oustagnantes. 

M. Herwagen seme les graines dans un melange de 6 parties 
de terre de gazon argileuse, 3 de terre de bruyere, 3 de 
terreau, de fumier et de feuilles (le tout passe a un crible demi- 
fin), auquel il ajoute 2 parties de sable blanc. Les plants qui 
levent sont repiques en pots, sous une bache, al'exposition du 
sud-est; on les habitue peu a peu a Taction del'air et du soleil. 

Les graines germent tres inegalement; on aura soin, dans 
le repiquage, derecueillir celles qui n'ont pas leve et deles 
semer en terrines, dans une serre chaude. Cette operation, 
qu'on reiterera plusieurs fois, est d'autant plus importante, que 
la graine est encore d'un prix fort eleve. 

A defaut de graine, on peut employer le bouturage, qui 
reussil parfaitement. Au bout de quelque temps, comme nous 
avons pu nous en assurer chez notre habile confrere M. Paillet, 
on ne distingue plus les plants obtenus par les deux procedes. 

Les jeunes sujets paraissent pouvoir etre confies de tres 
bonne heure a la pleine terre. 

Le bois de cette espece ressemble beaucoup a celui du 
Sequoia sempervirens ; analogue, pour la durete, au Pin et 
au Cedre, il a, dans les sujets iraichement coupes, une cou- 
leur blanchatre qui rougit au contact de l'air et arrive presque 
a la teinte de 1' Acajou. On pourra sans doute tirer parti de 
Tecorce, qui cede sensiblement a la pression des doigts et se 
diviseaisementen faisceaux fibreux. 

En resume, \esSequoia sontde precieuses acquisitions pour 
l'arboriculture; ils demandent a 6tre mieux etudies, mais des a 
present ils nous paraissent dignes de tout linteret de la Societe. 



280 SOCIETE 1MPERIALE ZOOLOG1QUE d' ACCLIMATATION . 

II. EXTRAIT DES PROOES-VERBAUX 

DES SEANCES GENERALES DE LA SOGlElE. 



SEANCE DU 13 MAI 1859. 
Presidence de M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire. 

M. le President proclame les noms des membres nouvelle- 
ment admis : 

MM. Barth (le docteur), professeur agrege de la Faculte de 
medecine, membre de l'Academie imperiale de mede- 
cine, a Paris. 

Blanchard (lelieulenant-colonelde), secretaire duComite 
de la gendarmerie au ministere de la guerre, membre 
du Conseil general du Calvados, a Paris. 

Chillou (le baron Armand du), a la Gaubretiere, pres les 
Herbiers (Vendee). 

Courty (le docteur Amedee), professeur a la Faculte de 
medecine de Montpellier. 

Daudin (F.-L.-H.), ancien membre du Conseil general de 
l'Oise, au chateau de Pouilly par Meru(Oise), et a Paris. 

Dubois (Edmond), proprietaire, a Chassagne pres Chagny 
(Cote-d'Or). 

Dziatlynski (le comte Titus), proprietaire au chateau de 
Kornik, grand-duche de Posen (Prusse). 

FALL0L T x(le comte de), ancien ministre, membre de l'Aca- 
demie frangaise, President de la Societe de perfection- 
nement des races d'animaux domestiques, a Segre 
(Maine-et-Loire). 

Fortin (le docteur Pierre), a Montreal (Canada). 

Grandidier, ancien notaire, a Paris. 

Grasset (J.-M.-H. de), proprietaire, a Pezenas (Herault). 

Harly Perraud, proprietaire, a Paron pres Sens (Yonne). 

Hervey Saint-Denys (le marquis d ? ), a Paris. 

Ledien, ancien magistral, a Asnieres (Seine). 

Lignag (A.), ancien interne en pharmacie des hopitaux, 
employe principal du chemin de ier d'Orleans, a Paris. 



PHOCES-VEKBAUX. 281 

MM. Lignikiies (de), ancien eleve de l'Ecole polytechnique, 
capitaine d'artillerie en retraifce, a Paris. 

Loynes (de), conseillerreferendairea la Courdes comptes. 

Naudet (J.), secretaire perpetuel de l'Academie des 
inscriptions et belles-lettres, membre de l'Academie 
des sciences morales et politiques, a Paris. 

Neverlee (le comte de), au chateau de la Brulerie, par 
Douchy (Loiret), et a Paris. 

Patte (L.-C.-F.), borloger, a Lagny (Seine-et-Marne). 

RouiLLE(Augustin), juge au tribunal de Napoleon-Vendee. 

Russeil (Aristide), capitaine au long cours, a Bordeaux. 

Salverte (Georges de), auditeurauConseild'Etat, aParis. 

— M. le President informe la Societe de la perte Ires re- 
grettable qu'elle vient de faire dans la personne de I'illustre 
doyen des savants de TEurope, M. le baron de Humboldt, Tun 
de nos plus anciens membres honoraires. 

— M. Drouyn de Lhuys transmet a M. le President une 
lettre de M. le baron de Grancy, ministre de Hesse-Darmstadt 
a Paris, informant que S. A. R. le grand-due de Hesse- 
Darmstadt verra avec plaisir son auguste nom inscrit sur la 
liste des membres de la Societe. 

— Des lettres de remerciments sont ecrites par MM. Cos- 
lallat, sous-prefet de Miliana (Algerie), Heyraud et Mingaud 
(du Gard), a I'occasion de leur admission dans la Societe. 

— M. le general Rolin, adjudant general du palais des Tuile- 
ries, adresse, de la part de I'Empereur, des graines offertes a 
Sa Majeste par notre confrere, M. deMontigny, consul general 
de France, a Chang-hai. Ces graines sont cellesde l'arbre qui 
produit la cire vegetale et du Camphrier du nord de la Chine. 

— Des remerciments sont transmis par TAdministration du 
Museum d'histoire naturelle pour un envoi de graines qui lui a 
ete fait par la Societe, et se composant de cent quatre-vingt- 
huit especes. 

— M. le comte de Sinety depose sur le bureau deux Rap- 
ports sur des essais de culture du Riz sec et des Pois oleagi- 
neux. Renvoi a la 5 C Section. 

T. VI. — Juini859. 19 



282 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

— Le meme renvoi a lieu : 1° pour un Rapport de M. Rrierre, 
de Riez (Vendee), sur les vegetaux exotiques qui lui ont ete 
confies, et qu'il accompagne d'un dessin a l'huile representant 
de grandeur naturelle le Lathyrus platyphyllus; 2° pour un 
Rapport de notre confrere, M. Philippe, jardinier-botaniste, 
entretenu de la Marine et charge de la direction dujardinde 
Saint-Mandrier, pres Toulon, sur les plantes d'origine etran- 
gere qu'il a recues de la Societe. A cette occasion, M. J. Clo- 
quet insiste sur les avantages que peuvent nous offrir les com- 
munications de M. Philippe et sa cooperation a nos travaux, 
en raisonde I'importance du jardin de Saint-Mandrier, ou les 
vegetaux exotiques sont nombreux etreussissent parfaitement. 

— M. H. Daudin transmet une liste des arbres forestiers et 
d'ornement les plus remarquables que renferme son domaine 
de Pouilly (Oise), et un catalogue general des Coniferes qui y 
sont cultivesenpleine terre. Ces pieces sont renvoyeesa l'exa- 
men de la 5 e Section. De plus, notre nouveau confrere fait con- 
naitre ses essais d'acclimatation de differents oiseaux et qu'il 
poursuit depuislongtemps. 

— Notre confrere M. Flury-Herard fait don a la Societe d'unc 
caisse dlgnames de Fernando-Po (Afrique occiden tale) au nom de 
M. le comte de Villoutreys, vice-consul de France a Sierra-Leone. 

— M. Galland, membredela Societe, luiadresse de Ruffec 
(Charente) un petit paquet de graines d'une variete de Melon 
qu'il a obtenue par le croisement de celles elites Prescot fond 
blanc et Melon ananas d'Amerique a chair verte, aqueuse et 
tres sucree. 

— M. Guerin-Meneville offre a la Societe, de la part de 
madame la princesse Drucka-Lubeka, des graines comestibles 
que Ton recolte en Lithuanie dans le gouvernement de Minsk, 
et que Ton nomme Marine. La cereale qui porte cette graine 
croit spontanement dans des terrains marecageux. Notre con- 
frere pense qu'il serait utile d'introduire ce vegetal dans 
quelques contrees marecageuses du nord de la France. 

M. A. Passy emet l'opinion que la plante dont il s'agit doit 
etre le Leerziaoryzoid.es. Renvoi a la 5 e Section. 

— M. Guerin-Meneville donne quelques details sur les re- 



PKOCES-VERBAUX. 283 

sultats des premieres educations commencees cette annee par 
M. E. Robert a la Magnanerie experimentale deSainte-Tulle, 
et sur les produits fournis par le croisement des races de Vers 
a soie dont les larves vivent sur le Ricin et sur l'Ailante. 

Notre confrere depose sur le bureau un travail imprime 
ayant pour titre : Ver dsoiedu Vernis du Japon. 

— Le Secretaire place sous les yeux de l'assemblee un cer- 
tain nombre de cocons provenant des Vers a soie ordinaires, 
dont l'education vient d'etre completementacheveesansfeuilles 
de Murier, a la Menagerie du Museum, par les soinsdeM. Val- 
lee. Tous ces Vers, dont le coconnement a ete par cela meme 
plus hatif, ontrecu exclusivement pour nourriture le leuillage 
du Chardon a foulon. 

— M. Bernard-Durand adresse d'Aouste (Dr6me), ou il se 
livre a l'education des Vers a soie, un travail manuscrit volu- 
mineux, intitule : De la restauration de I Industrie sericicole . 
L'espoir de cette restauration est fonde sur le choix metho- 
dique perpetuel, et un a un, des sujets destines a la reproduc- 
tion | c'est, selon l'auteur, le moyen par excellence pour arri- 
ver a eteindre progressivement les effetsdesastreux de la gat- 
tine et de toutes les maladies constitutionnelles qui peuvent 
frapper le Ver a soie. Le memoire se termine par une Instruc- 
tion populaire dressee sur une serie d'observations et d'expe- 
riences entreprises par l'auteur et par madame Bernard- 
Durand. Renvoi a la h" Section. 

— M. le docteur Girou de Buzareingues lit une Note sur la 
destruction du Hanneton et du Ver blanc. 

A la suite de cette lecture, ou sont mentionnes les ravages 
que produit ce ver, ou plutdt cette larve, M. Jullien emet l'opi- 
nion que des services reels pourraient etre rendus par les 
membres de la Societe, si tous ceux qui peuvent le faire se 
livraieut a une etude attentive des insectes nuisibles qu'on a 
frequemment sous les yeux. Connaissant mieux les habitudes 
et le genre de vie de ces animaux, on pourrait peut-etre arri- 
ver a Temploi de moyens plus efficaces pour leur destruction. 

— M. le comte de Sinety donne communication d'un passage 
de la relation du voyage de M. Isid. de Lowenstern au 



284 SOCIETY 1MPEKIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

Mexique, en 1838. II y est dit que dans le nord de cette con- 
tree, aux environs d'Escuinapa, ville du littoral de la province 
de Simaboa, croit en abondance une plante dont les tiges et 
la racine passent pour etre le remede le plus sur contre la 
morsure des Serpents a sonnettes et des autres animaux veni- 
meux. Cette plante est connue sous le nom de Guaco. Les 
Indiens frottent avec son sue frais le point ou la piqure a ete 
faite, mais I'usage general est d'en distiller la racine dans 
Teau-de-vie, et de l'employer en frictions en meme temps 
qu'on en faitboire quelques gouttes. Le voyageur a ete temoin, 
dit-il, de Tefficacite de ce remede. Comme suivant une tradi- 
tion du pays, un oiseau egalement nomme Guaco se sert de 
cette plante pour s'opposer aux consequences des blessures que 
lui font les Serpents venimeux qu'il combat, M. de Lowenstern 
pense que cette plante pourrait etre employee par Thomme. 

M. Rufz dit que le Guaco, dont I'usage est tres connu a la 
Martinique, n'est pas une substance sur laquelle on puisse bien 
compter. II remercie neanmoins M. le comte de Sinety, au 
nom de la colonie, pour cette communication, car il pense 
que, grace a l'appel fait par la Societe, d'beureux resultats 
seront obtenus dans la guerre entreprise contre le Serpent 
Fer-de-lance. 

— M. Anselme Petetin exprimele vceu que la Societe com- 
plete l'ceuvre qu'elle poursuit relativement a la destruction 
des Serpents venimeux des Antilles, en s'occupant egalement 
des moyens de destruction de la Vipere, qui est encore si com- 
mune dans certaines parties de la France. 

A la suite de quelques observations echangees entre MM. les 
docteurs Girou, Rufz, MM. Ant. Passy etA.Dupuis, sur la 
frequence et le traitement des piqures de la Vipere, ainsi que 
sur les avantages que semblerait devoir offrir I'etablissement 
de primes a payer pour chaque tete de Serpent, M. le President 
renvoie l'examen des diverses questions qui se rattachent a ce 
sujet a une Commission composee de MM. J. Cloquet, Aug. 
Dumeril, A. Dupuis, Girou de Buzareingues, Jullien, Moquin- 
Tandon, A. Passy, A. Petetin, 0. Ueveil, Rufz et le comte do 
Sinety. 



PROCES-VERBAUX. 286 

— Le Secretaire presente un resume d'un travail de M. Po- 
tel-Lecouteux adresse sous forme de lettre a M. le President, 
et qui a pour objet Tetude des moyens dVHendre l'influence de 
la Societe, et de populariser les animaux ainsi que les vege- 
taux etrangers qu'elle juge propres a contribuer au bien-6tre 
du pays et a la prosperite de ragriculture. Le but de notre 
confrere est de demontrer que, pour arriver au but qui vient 
d'etre signale, il serait tres important, comme cela a ete dit 
dans Tun des Rapports sur la fondation du Jardin d'acclima- 
tation, de creer, dans un temps procbain, des annexes pour 
elever, cultiver et multiplier sur une grande echelle, avec 
economie et succes, les especes animales et vegetales. M. Po- 
tel-Lecouteux, dont l'experience dans les questions agricoles 
donne beaucoup de poids a ses opinions, ajoute quelques deve- 
loppements a ceux qui ont ete presentes par le Secretaire. 

II insiste sur la necessite, pour le jardin, qui devra surtout 
servir de lieu d'exhibition, d'avoir une annexe placee a une 
petite distance, pouvant lui fournir constamment les mate- 
riaux de cette exhibition et lui servir en quelque sorte de lieu 
de dep6t,en meme temps que les experimentations s'y feraient 
en grand et dans des conditions vraiment agricoles. II faudrait 
en meme temps, dans l'annexe dont il s'agit, une variete 
suffisante de terrains et d'expositions. 

— M. Isid. GeotTroy Saint-Hilaire expose verbalement les 
conclusions auxquelles il a ete amene par ses etudes sur les 
origines de notre Chat domestique, qui ne descend ni du Chat 
sauvage d'Europe, ni d'une espece cbinoise, contrairement a 
ce qu'on a dit. II a pour souche, ainsi que le prouvent les re- 
cherches de M. Isid. Geofl'roy, un Chat d'Egypte, le Felis 
maniculata, comme l'ont deja admis MM. Temminck et plu- 
sieurs autres zoologistes recents. 

— On remarque, parmi les pieces imprimees, un exemplaire 
de la lettre dadieu adressee par M. de Siebold, au moment de 
son depart pour le Japon, a tous ceux qui s'interessent aux 
resultats scientifiques, agricoles, industriels et commerciaux 
que pourra fournir ce nouveau voyage du savant hollandais. 



286 societe imperiale zoologique d'acclimatation. 

seance du 29 mai 1859. 
Presidence de M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire. 

M. le President proclame les noms ties membres nouvelle- 
ment admis : 

MM. Abdullahad-Khadra, interprete du consulatde France en 

Syrie, a Beyrouth. 
AHMED-BEN-RociLAT,ca'iddesDouairs,a Medeah (Algerie). 
Beaussier, interprete principal de l'armee, a Alger. 
Beg£ (Jules), auditeur au Conseil d'Etat, a Paris. 
Bordet, regisseur de la ferme-modele, pres Birkaden 

(Algerie). 
Bornemann, charge d'affaires de S. A. R. le grand-due de 

Mecklembourg-Strelitz, a Paris. 
Cavailhon, conseiller a la Cour imperiale, a Alger. 
Chevallier, membre del' Academie imperiale demedecine, 

professeur a VEcole de pbarmacie, a Paris. 
Desvignes, pbarmacien, a Alger. 
Dru (le docteur), a Alger. 

Durand, interprete pour la langue arabe, a Alger. 
Ferney, negociant et cultivaleur, a Peronne (Somme). 
Frison (le D r ), professeur al'Ecole demedecine, a Alger. 
Gonot, proprietaire, a Paris. 
Lefebvre (Marie), secretaire particulier du prefet d' Alger, 

a Alger. 
Morin, pharmacien aide-major au laboratoire central, a 

Alger. 
Mouton (le colonel), a Alger. 

P^cholier, professeur aFEcole de medecine, a Alger. 
Perrenod, commissaire civil, a Aumale (Algerie). 
Piron, sous-directeur de l'Administration generate des 

Postes, a Paris. 
Poisson (le docteur), a Alger. 
Riviere, proprietaire, a Paris. 
Robinot-Bertrand, architecte, a Alger. 
Roucher (Ch.), professeur a VEcole de medecine, a Alger. 
Sudre, verificateurdes domaines, a Alger. 



I'ROCES-VERR.UIX. : } S7 

MM. Tellier, chef tie bureau a la prefecture d'Alger. 
Tireau (Charles), avoue, a Napoleon-Vcndcc 
Trolliek, professeur a TKcoletle medecine, a Alger. 
Warnier (le tlocteur A.), a Alger. 

— II est tlonne lecture d'une lettre par laquelle S. Exc. le 
Ministre tie rAgriculture,du Commerce et des Travaux publics 
annonce que la subvention tie 1500 francs deja accordee les 
annees precedentes, sur les fonds de son departernent, sera 
continuee en 1859. M. le Ministre sera prie d'agreer les re- 
merctments de la Societe. 

— MM. le comte de Blanchard, Andre Franche, le tlocteur 
Ernest Godard, Henri de Grasset, Alcinde Lignac, le profes- 
seur Moreau et Vaucher freres, ecrivent pour remercier de 
leur recente admission. 

— M. le President, conformement a l'avis porte sur la lettre 
de convocation pour la seance de ce jour, invite I'assemblee a 
voter sur une proposition de modification a l'article 93 du 
reglement administratis Cette modification, qui, ainsi que 
M. le President le fait observer, est la premiere que le Conseil 
propose depuis notre fondation. est relative a 1'adjonction du 
Credit foncier aux elablissements financiers ou Ton petit verser 
les fonds disponibles. L'assemblee, par un vote unanime. au- 
torise cette adjonction , et decide que l'article 93 sera a 
Tavenir ainsi redige : 

« Les fonds verses entre les mains du tresorier, provenant, 
» soit des cotisations annuelles, soitde dons faits a la Societe, 
» soit enfinde toutes les recettes, seront deposes a la Banque 
» de France, au Credit foncier de France, ou au Comptoir 
/> national d'escompte. » (Le reste comme precedemment.) 

— M. le Prefet d'Alger, en sa qualite de President duComite 
d'acclimatation fontle dans cette ville, adresse vingt exem- 
plaires du 1" numero du Bulletfn de ce Comite, et donne 
quelques details sur la premiere seance et sur les travaux aux- 
quels vont se livrer les membres, dans le but d'etudier les 
([uestions relatives aux acclimatations a tenter dans notre 
colonic (Voyez pour plus de details, p. 228.) 

A l'occasion de cette communication et de Tannonce de ce 



288 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

fait que deux journaux d'Alger rend ant compte de la seance, 
ont ete adresses a la Societe, M. Richard (du Cantal) insiste 
sur l'urgence de l'introduction en Algerie des Vaches laitieres 
et des Chevaux de trait, elements indispensables de toute 
agriculture, et qui y manquent completement. II combat, 
comme completement erronee, l'opinion presque generale- 
mentadmise dans le pays, de l'impossibilite d'acclimater sur 
le sol africain les animaux d'Europe. La Societe, dit M. le 
vice-president, rendra done un important service a l'Algerie 
en demontrant par ses succes l'inexactitude de cette opinion. 

— Un envoi de graines de plantes et d'arbres de la Louisiane 
(Magnolia, Neflier de la Louisiane, ou Diospyros virginiana, 
Momordica balsamica, et une Cucurbitacee vulgairement 
nommee Torchon), est fait par M. J.-B. Maureau, de cepays. 

— Un dessin a l'huile representant le developpement du 
Cyperus edulis, d'une Cucurbitacee de l'lnde et de douze 
plantes chinoises indiquees par les numeros d'envoi , est 
transmis par M. Brierre, de Riez (Vendee), a qui Ton fera 
parvenir les remerciments de la Societe. 

— Notre confrere M. Ch. Latham, du Havre, fait connaitre 
unfaitcurieuxrelatif a l'introduction du Rizdans les Carolines 
(Ainer. septentr.), et qu'il a trouve consigne dans un journal 
americain : Harper 's new Monthly Magazine, avril 1859. Ce 
fait est le suivant. En 1696, un navire hollandais allant de 
Bombay a Charleston, dans la nouvelle colonie anglaise des Ca- 
rolines, dut prendre a Madagascar des vivres, parmi lesquels se 
trouvait une certaine quantite deRiz, dont un demi-boisseau, 
non livre a la consommation de Tequipage, fut oifert en don 
par le capitaine au gouverneur Thomas Smith. Des mains de 
celui-ci, le Rizpassa dans celles de plusieurs personnes, qui le 
semerent, et furent ainsi les propagateurs de cette plante, dont 
la culture, tres etendue maintenantdans les Carolines, fournit 
un Riz d'une qualite tres superieure. 

— M. le docteur Turrel, secretaire du Cornice agricolede 
Toulon, etdelegue de la Societe dans cette ville, insiste sur la 
necessite d'essayer en Provence les cultures de plantes nou- 
velles qui semblentspecialement exiger les conditions de tern- 



PROCKS-VERBAUX. 289 

perature qu'elles pourront y trouver. I)e plus, notre confrere 
revendique en faveur de M. le comte D. de Beauregard l'lion- 
neur d'avoir, le premier, introduit dans une grande exploita- 
tion rurale la culture du Sorgho, surtout comme fourrage., en 
lui consacrant du premier coup, des 1853, 20 hectares: ce 
qui, dans des experiences, lui a permis de constater, depuis 
aout 1858 jusqu'en fevrier 1859, la possibility de nourrir 
exclusivement avec cette plantepres de soixantebceufsde tra- 
vail et d'engrais. Les observations de M. Turrel sontmotivees 
par un passage du travail de M. Jullian Pelon y Rodriguez, in- 
sere plus haut (voy. p. 6/i). 

— M. Pepin lit une Note sur des rhizomes de Tamus com- 
munis pris pour desracinesd'Igname. 

— M. Disse, proprietaire aMoissac(Tarn-et-Garonne), ecrit 
a Poccasion de cette opinion emise par M. de Quatrefages dans 
son recent Rapport sur les Vers a soie, que la graine de nos 
races indigenes est perdue sans ressource, et qu'il est neces- 
saire d'aller chercher au loin des graines que la maladie n'ait 
pas encore attaquees. II tient a ce qu'il soit constate qu'une 
education de Vers provenant de graines indigenes a parfaite- 
ment reussi, en 1858, a la magnanerie deM. Adrien Avy de 
la Bastide Saint-Pierre pres Montauban, etque tout annonce le 
meme succespour cette annee avec des Vers de memeorigine. 

— M. Alcinde Lignac communique le fait suivant, qui temoi- 
gne de la possibility de faire passer I'hiver aux Vers a soie du 
Ricin sous leclimat de Paris, tantils sont robustes et paraissent 
susceptibles de resisler a l'abaissement de la temperature. II 
lui restait huit cents Vers environ, dont le developpement 
n'etait pas encore acheve a 1'automne, au moment ou les pre- 
mieres gelees le priverent de feuillesde Ricin. Places aussitot 
dans une piece secheetfroide, sans feu, deux cents resisterent. 
Les uns se mirent k filer des cocons presqueentiers, d'autres 
ne purent en fabriquer que de tres incomplets, ou s'envelop- 
perent, dans des cornets de papier ou ils avaient ete places, d'un 
reseau mince et transparent. Pour un certain nombre enfin, la 
transformation a l'etat de chrysalide se fit sans qu'ils eussent 
file. Le 15 mai, I'eclosion des papillons a commence : plusieurs 



290 SOCIETE IMP^RIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

sont mal developpes; d'autres, au contraire, apparaissent dans 
un etat normal, et quelques accouplements ont eu lieu. Les 
Vers qui en proviendront seront eleves par les soins de 
M. Lignac, dont la communication est renvoyee a la 5 e Section. 

— M. 0. Reveil depose sur le bureau plusieurs paquets de 
feuilles de Murier blanc, de Chene, de Chardon a foulon et 
d'Ailante glanduleux dessechees par un procede qu'il a fait 
connaltre avecM. Berjot, et surlequelildonne quelques expli- 
cations verbales. Si ces feuilles, ramollies dans de 1'eau tiede, 
puis essuyees et offertes aux Vers a soie, sont mangees par 
eux, on n'aurait plus a redouter l'eelosion des cocons a bord 
des navires, puisqu'il serai t possible d'emporter de quoi nour- 
rir les cbenilles pendant la traversee. 

— M. Perrottet annonce un nouvel envoi de cocons vivants 
du Bombyx Mylitta , au nombre de soixante. 

— M. le general Rolin annonce le don fait a la Societe, par 
TEmpereur, d'un Cerf et d'une Biche adresses de Chang-bai 
par M. de Montigny. M. le President ditque ces animaux pa- 
raissenttres voisins de l'espece dite Cervus pseudaxis, Linn., 
dont ils ne representent peut-6tre qu'une variete. 

Sa Majeste a voulu que la Societe n'eut a supporter aucun 
frais.M. le general Rolin serapri^ devouloir bien faire agreer 
l'expression dela reconnaissance de la Societe. 

— S. Exc. le Ministre de l'Algerie et des colonies annonce 
que, conformement a la demande qui en avait ete adresseepar 
la Societe, trente-neuf toisons provenant du troupeau de 
Chevres d' Angora, pesant ensemble 28 kilogrammes, sont 
mises a notre disposition. M. le Ministre exprime le desir 
qu'il lui soit transmis plus tard quelques ecbantillons des files 
et des etoffes a la fabrication desquels elles seront employees. 

— Le Secretaire communique un extrait d'un passage des 
proces-verbaux des seances de l'Academie des sciences natu- 
rell*es de Philadelphie (1857, p. 209). Ce passage est relatif 
aux services que rendent, dans les Etats-Unis, les Dromadaires 
qui y ont ete transports par M. le major Wayne. Ce dernier, 
laureat de la Societe en 1859 pour cette acclimatation 
(p. lxxix), a donne dans la meme seance de l'Academie des 



PROCfcS-VERIUUX. 291 

details sur l' extreme facilite avec laquelle voyagent sur mer 
ces animaux, dont un cent causerait moins d'embarras sur un 
navire, dit-il, que dix Chevauxou Mulcts. 

A la suite de cette communication , ou il est afllrme que le pied 
du Dromadairc supporte tres bien la marche sur les terrains 
basaltiques, M. le President rappelle que lameme observation a 
(He faiteaTeneriffe,ou ce precieux animal reussit parfaitement 
sur les montagnes seches. Les terrains humides, au contraire, 
lui sont tres defavorables, a ce point qu'on y a vu des Droma- 
daires se refuser a la marcbe apres des pluies, et se laisser 
glisser sur les genoux pendant la descente des montagnes. 

— M. le baron H: Aucapitaine transmet des details sur la 
Kabylie, ou il vient de passer une annee, pendant laquelle il a 
eu occasion d'apprecier la sobriete, Vamour du travail et la 
remarquable intelligence des habitants de ce pays. Par de si 
precicuses qualites, et surtout par leur gout pour 1'agricuU 
ture, ils pourraient, dit notre confrere, venir puissamment en 
aide aux tentatives de colonisation sur notre territoire afri- 
cain. Les montagnes de la Kabylie, souvent couvertes de neige, 
presenteraient, ajoute-t-il, les conditions les plus favorables 
pour nos Chevres d' Angora, qui y trouveraient des conditions 
climatologiques analogues a celles de l'Asie Mineure. 

— M. le President lit un travail sur les origines du Chien 
domestique, et dont les conclusions sont que le Chacal (Canis 
aureus, Linn.) en est la souche principale. 

A la suite de cette lecture, quelques observations sur les 
habitudes sauvages chez certains Chiens, et sur la douceur du 
Chacal a l'etat domestique, sont presentees par M. Anselme 
Petetin et par M. Richard (du Cantal). 

— Parmi les pieces imprimees, on remarque les Comptes 
rendus des seances generates des Societes zoologiques d'accli- 
matation pour la region des Alpes, siegeant a Grenoble, et pour 
la zone du nord-est, dont le siege est a Nancy, (Voy. ci-apres 
Textrait d'un de ces comptes rendus.) 

Le Secretaire des seances, 
Aug. Dum£ril. 



2£»2 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION 

III. FAITS DIVERS ET EXTRA1TS DE CORRESPONDANCE. 



Lettre de S. A. R. le grand-due de Saxe-Weimar. 

LL. A A. RR. les dues rlgnants de Saxe-Weimar et de Hesse-Darmstadt 
ont bien voulu, comme l'avaieat fait LL. MM. les rois deBaviere, deSaxe ct 
de Wuriemberg, bonorer de leurs noms la liste des membres de la Socie'te'. 

Le Bureau s'e"tant empressi* de faire parver.ir les remerciments de la 
Socie'te pour ce t(?moignage de haute bienveillance, S. A. R. le grand-due 
de Saxe-Weimar a bien voulu adresser la lettre suivante a M. Drouyn de 
Lhuys, vice-president de la Socie'te'. 

Monsieur, 

Je viens de recevoir par l'entremise du minislre de France, M. le vicomte 
de Meloiser, l'adresse de la Societe imperiale zoologique d'Acclimatation. 

Je suis charme de voir mon nom inscrit dans la liste des membres d'une 
societe qui, depuis sa fondation, a attire tout mon interet par la renommee de 
son administration excellente et par les resultats de ses travaux. 

En vous priant, Monsieur, d'etre aupres des membres de votre Societe t'in- 
terprete de mes sentiments reconnaissants ainsi que de mes vceux sinceres pour 
la prosperity de l'institution, je vous exprime la haute consideration que je vous 
porte. 

Charles Alexandre. 

Weimar, 9 avril 1859. 

Depart des Dromadaires envoyes au Brcsil par la Societe. 

M. Ch. Ge"ry, preset d'Alger, president du Comitd alg^rien de la Socie'te", 
vient d'annoncer a M. le President, dans les termes suivants, le depart des 
Chameaux qui sont destines a edre acclimates au Brcsil, dans le Ceara et 
dans d'autres regions chaudes et sablonneuses de cet empire. 

Alger, le d8 juin 1859. 
Monsieur le President, 

Je m'empresse de vous annoncer que j'ai fait embarquer ce matin pour le 
Rresil dix Chamelles et quatre Chameaux sur le trois-mats le Splendide (batiment 
nolise a Marseille, pour le compte de la Societe, par son delegue M. Hesse). 

11 a ete constate qu'ils etaient en bon etat. Toutefois un des males a une bles- 
sure au bas de l'oreille gauche ; cette blessure est sans gravite. 

Les sangles et appareils qui avaient ete prepares ayant offert ties dangers pour 
l'embarquement des Chamelles pleines, j'ai du devoir les remplacer parune stalle 
mobile qui a tres bien fonctionne. 

Les animaux ont ete l'objet de soins particuliers pendant leur voyage de Ro- 
ghar (1) a Alger, et pendant leur sejour dans la plaine. 

Les aliments, medicamenls, ustensiles, et la stalle necessaire pour le debar- 
quement, ont ete mis a bord par mes soins. 

Je dois ajouter que treize Chevaux (destines aussi au Rresil) ont ete egalement 
embarques sur le Splendide par M. Vogeli, a la surveillance duquel j'ai confie 
l'envoi des Chameaux. 

(1) M. Richard (du Cantal), qui avait bien voulu aller faire lui-meme le choix des Chameaux 
dans le Sud, les avait laisses a Boghar pour attendee le moment de l'embarquemerit. R. 



FAITS MVKRS. 293 

J'ose espe>er, Monsieur lc President, que les mesures que j'ai prises a Alger 
pour la prompte execution rle la mission que la Societ6 a bien voulu me contier 
auront les bons resultats que nous devons en atlendre. 

J'ai ete heureux de trouver cette occasion de prouver a la Societe l'empressc- 
ment que je mettrai toujours a entrer dans ses vues et a seconder ses efforts. 

It Prifet d' Alger, 
President du Comiti algirien de la Sociili impe'rialc d'Acclimatation, 

Ch. G£ry. 
Unc autre lettre nous a appris que le Splendide a mis a la voile le 21 . 



Seance annuelle de la Societe d'acdiuiatatlon de direnoble. 

Les deux SocicHes rdgionales d'acclimatation gtablies a Grenoble et a 
Nancy ont tenu , Tune le 10 avril. Pautre le l/i, leurs seances ge"ne*rales 
annuelles. Nouspublieronssuccessivement des extrails descomptes rendus 
tri'.s inltfressants des travaux et de la situation des deux Socie'te's, faits par 
leurs honorables secretaires ge'ne'raux, U. Bouleille et M. le baron G. de 
Dumast. Nous publions aujourd'bui l'exlrait du rapport de M. Bouteille : 

Messieurs , 
Votre bureau m'a charge de vous presenter un resume de nos experiences et de 
nos observations sur les principaux animaux que possede la Societe. Je suivrai, 
dans le rapport, l'ordre adopte jusqu'ici dans nos comptes rendus. 

MAMMIFERES. 

V Yak de Chine. — Nous avons entendu Tan dernier, avec le plus vif inte- 
ret, les belles pages ecrites, sur les Yaks, par notre honorable vice-president 
M. Michal-Ladichere. Toutce qu'il a si bien dit sur les avantages que presente- 
rait l'emploi de l'Yak dans nos montagnes a ete pleinement confirme par une nou- 
velle annee d'experience. 

Cependant les Yaks ont leurs detracteurs, et nous entendons dire souvent au- 
tour de nous : A quoi bon? A ceux-la nous n'avons rien a repondre ; mais nous 
dirons aux impatients, avec notre vice-president : II faudra un siecle pour que 
l'Yak soil a la portee des petites bourses; mais qu'importe ! un siecle n'est rien 
dans la vie de l'humanite, et comme nous n'avons pas la pretention egoi'ste de 
travailler pour nous-memes, il nous suffira, pour notre recompense, de prevoir 
le bien qui doit resulter de nos efforts. 

Lc nombre des Yaks confles a la Societe des Alpes, qui etait de quatre l'an 
dernier, s'esl accru en 1858 d'une Genisse nee a Grenoble, et d'un Taureau n6 
a Vaujany (1). 

Chevre nubienne. — Ce que nous disions il y a quelques instants aux impa- 
tients a propos des Yaks, nous pourrions nous le dire a nous-meme a propos de 
la Chevre de Nubie. Notre compte rendu de l'an dernier vous faisait pressentir 
que nous ne tarderions pas a abandonner nos experimentations sur cette race. 
Avant d'arriver a cette extremite, nous avons eu l'heureuse idee de faire rentrer 
a l'etablissement ceux de ces animaux que nous avions en depot, afin de voir par 
nous-m6me. Aujourd'hui nous sommes completement edifie sur ses qualites. 

La Chevre de Nubie est tres feconde ; nous avons eu cinq pelits avec trois 
Chcvrcs, dont une primipare. Elle est rustique et moins delicate que la Chevre 
indigene. Les sujets adultes craignent moins le froid que ne pourrait le faire sup- 

(1) Suivent, sur le lait d'Yak, des experiences dues a M. Bouteille ; ellcs seront reproduiles 
dans un article special du Bulletin. R. 



294 SOCIETE 1MPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

poser leur origine. Cependant il est necessaire de tenir les jeunes dans une 
ecurie chaude, dans les premiers jours de leur naissance, si la mise bas a lieu 
pendant les rigueurs de l'hiver. 

De toutes nos Chevres c'est la plus douce et la plus familiere ; elle se laisse 
traire sans resistance. Son lait est abondant. 

II en a ete fait des fromages facon Mont-d'Or, qui paraissent ne ceder en rien a 
ceux de cette localite. 

Chevre de Malte. — [/experience ne nous a encore rien appris sur les qualites 
de cette chevre. 

Chevre d' Angora — Cette race, nous dirions presque cette espece, tant elle 
differe des autres, est, a notre avis, l'introduction la plus importante que la 
Societe zoologique des Alpes aitfaite en Dauphine. Mais il ne suffit pas d'intro- 
duire une espece, il faut encore poursuivre son utilisation pendant des annces, et 
forcer les incredules et les indifferents a reconnaitre l'utilite de nostravaux. 

Nous ecrivions, Van dernier, dans notre compte rendu : « Ne songeons pas a 
utiliser la Chevre d' Angora comme race laitiere ; elle ne pourra jamais supplanter 
la race indigene dans cette fonction. C'est comme bete a laine et de boucherie que 
nous devons l'exploiter ; et dans ce cas faisons pour elle ce qu'on fait en Anatolie, 
ce que font pour leurs moutons les bergers de Provence. Essayons de la transhu- 
mance pour echapper aux dangers de l'exploitation ruineuse en stabulation con- 
tinue, qui ne peut manquer de decourager les educateurs. » 

Nos nouvelles observations ont confirme les anciennes. 

Mais laissons parler les chiffres. t 

Depense par tete de betail d'un troupeau transhumantde Provence en Dauphine : 

Sejour sur la montagne (5 mois) gardiennage compris 1 fir. 50 c. 

Voyage aller et retour, herbages achetes en route, nourriture et 
gages des bergers 1 » 

Sejour en Provence (7 mois), parcours, nourriture et gages des 
bergers : 

Pour les betes qui agnelent 8 » 

Pour les Mtes qui n'agnelent pas 4 » 

La moyenne entre ces deux chiffres nous paraissant insuffisante, 
nous prenons le plus eleve, soit (1). . 8 » 

10fr.50c. 

Ici ne sont pas comprises les depenses imprevues qui doivent s'elever a 
•10 pour 100, ainsique je l'ai dit en donnantle bilan de la Chevre d' Angora en 
stabulation. 

Resume : 

Produit de la Chevre, 42 francs, moins 4 francs 20 centimes pour les 
depenses imprevues 37fr.80c. 

Depense par la transhumance 10 50 

Benefice net 27 fr. 30 c. 

Depense de la Chevre d' Angora en stabulation 57 fr. 30c. 

Depense par la transhumance 10 50 

Difference , 46fr.80c. 

Voila ce qui nous parait etre la verite sur cette importante question. Je suis 
heureux, en terminant cet article, de vous apprendre que votre conseil d'admi- 

({) On peut regarder ces chiffres comme officiels; ils m'ont ete fournis par mon excel- 
lent parent, M. Jacques Aurillon, un des plus habiles cuiti\ateurs de la Camargue, dont le noni 
est souvent prononce dans les concours d'Arles, soit pour la bonte de ses cultures, soit pour la 
beaute de son betail. II fait transhumer des troupeaux depuis quarante ans. 



FA1TS DIVERS. 295 

nistration, entrant dans ces idees, a resolu de former un petit troupeau transhu- 
mant; il sera confid a un liomme sur et habile qui depuis trenteans opere par le 
mode d'elevage que nous preconisons. 

Je suis convaincu que la Society y trouvera un double avantage : celui de sou- 
lager sa caisse, et celui de faire le premier essai serieux sur l'eleve de la Chevre 
d'Angora, depuis sa nouvelle introduction. 

Cerfaxis. — Nous avons acquis l'automne dernier un couple du Cerfaxis. 

Gazelle. — Comme espece de mammiferes la Societe possede un couple de 
Gazelles ordinaires. 

Races gallines. — Les races suivantes se trouvent a l'6tablissementde la Societe : 
races de Houdan, de Crevecceur, de Caux, de la Fleche, de Dorking, de Breda, 
espagnole, de Cochinchine, de Brahma-Pootra, malaise. 

Races de fantaisie. — La poule coucou de France, la poulc Bantam patlue, 
les poules de Bantam argentees et dorees. 

Classement de ces races selon le produit des oeufs donnes en 1858 : Brahma- 
pootra, espagnole, Houdan, Cochinchine, Caux, Dorking, ardoisee, Crevecceur, 
malaise. 

On peut divisor ces dix races : les cinq premieres en bonnes pondeuses, elles 
ont donne en dix mois de quatre-vingts a cent oeufs ; les cinq dernieres en pon- 
deuses mediocres, elles ont donne de quarante a soixanle oeufs. 

Pour fitre dans le vrai, il fautaugmenterces nombres d'un tiers, lorsque l'ani- 
mal est dans de bonnes conditions de liberty et de parcours. 

La privation de liberie n'est pas, d'ailleurs, la seule cause de l'abaissemcnt dc 
la moyenne de production dans notre etablissement; il faut aussi tenir compte du 
grand nombre de Poules qui s'y trouvent occupees, soit a couver, soit a conduire 
des Poussins. 

Voici maintenant ces monies races classees selon leur poids : 

Kilogr. Kilogr. 

Poule de la Fleche 2,700 

Coq de Dorking 2,900 

Poule id 2,300 



Coq Brahma-Pootra 4,500 

Poule id 4,050 

Coq de Cochinchine 3,800 

Poule id 3,400 

Coq de Breda 3,950 

Poule id 2,750 

Coq de Caux 3,7'iO 

Poule id 2,500 

Coq de la Fleche 3,570 



Coq espagnol 2,850 

Poule id 2,450 

Coq de Crevecceur 2.750 

Poule id 2,550 

Coq de Houdan 2,550 

Poule id 2,250 



En comparant les deux lisles ci-dessus, on peut voir que l'abondance de la 
ponte est souvent inverse du poids. Toutefois cette observation ne peut etre 
applicable qu'aux races indigenes, les races asiatiques possedant le double avan- 
tage de la taille et de la fecondite. 

Nous regreltons vivement de ne pouvoir reproduire, faute de place, le 
compie rendu plein d'inte"rftt qu'a fait aussi M. Julhiet , trdsorier , et 
le remarquable discours par lequel M. FeMix R£al, president, a termine 
la stance. 

La Soctete" des Alpes, qui comptait des Panned de sa fondation (1854) , 
281 membres, en a aujourd'hui pres de 1000. M. le President de la Socie'te 
impi'-i iali' d'Acclimatation en a gte" nomme' president honoraire, alin de 
rattacher encore plus intimement a la Societe mere sa premiere Socie'te 
affilile. 

Le Secretaire du Conseil, 
Gd^bin-M^neville. 



296 S0C1ETE IMPERIALE Z00L0G1QUE d'aCCLIMATATION. 
OnitAUI'lS Ol I I It IS A LA SO« III A-,. 



SEANCES DES k ET 18 FEVRIER 1859. 

Bulletins du Cornice agricole de 1'arrondissement de Saint-Quentin (Aisne). 
Tome VII, 1858, n os I a 12. 

De la vigne et de ses produits, par M. le docteur Arthaud (de Bordeaux). 
1 vol. in-8. 

SocieHe" philomatique de Paris. Extraits des proces-verbaux des stances pendant 
Panned 1858. 1 vol. in-8. 

Revue europ^enne, lettres, sciences, arts, voyages, politique. l rc annee, l er vo- 
lume, l er f^vrier 1859. 1 vol in-8. 

Histoire et geographie de Madagascar, par Henry Descamps. 1 vol. in-8, 1858. 

Le Japon et ses derniers trailes avec les puissances europ^ennes, par L6on Pages, 
ancien attache de legation en Chine, 1859. 

The Atlantis : a Register of Literature and Science, conducted by members of 
the Catholic University of Ireland, N° 3, January 1859 (with two plates). 
1 vol. in-8. 

Anbau-Versuche mit neuen oder wenig bekanntenNutzgewachsen, nebst Andeu- 
tungen zur Begrttndung neuer Industriezweige , par le docteur A. Rauch , 
1859. I vol. in-8. 

De 1'acclimalation des travailleurs blancs dans les colonies franchises. Discours 
lu a la stance de rentr^e de la Socie'te' impcriale zoologique d'Acclimatation, 
le 18 fdvrier 1859, par M. Foucou (notice). 

SocieUe" d'agriculture, des belles-lettres, sciences et arts de Rochefort. Travaux. 
Annies 1857-58. 

SEANCE DU h MARS 1859. 

Resume des vues sur l'espece organique ^mises par les principaux naturalistes 
francos du xvm* siecle et du commencement du xix% et de la theorie de la 
variability limited de l'espece, par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, 1859. 

Des origines des animaux domestiques,ct des lieux et des ^poques de leur do- 
mestication (extrait des Comptes rendus des stances de PAcademie des 
sciences, tome xlviii, stance du 17 Janvier 1859). Par le mfime. 

M^moires de la SocieHe" d'agriculture, commerce, sciences et arts dud^partement 
de la Marne. Ann£e 1858. 

L'annee scientifique et industrielle, ou expose" annuel des travaux scientifiques, 
des inventions et des principales applications de la science a l'industrie et 
aux arts, qui ont attirt 1 , l'attention publique en France et a l'etranger, par 
Louis Figuier. Troisieme ann£e, 2 vol. 

Osservazioni zoologico-anatomiche sopra un nuovo genere di Crustacei isopodi 
sedentarii (Gyge branchialis), par MM. E. Cornalia et P. Panceri. 



DKOMADAIHES. 297 



I. TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOCI^Tfi. 



ENVOI 
DUNE TROUPE DE DROMADAIRES 

FAIT AU GOUVERNEMENT BRESILIEN 

mi; SA DEMANDE 

PAR LA SOCIETE IMPERIALE D'ACCLIMATATION. 

COMPTE RENDU 

DES MESURES PRISES PAR LE BUREAU, LA COMMISSION SPECIALE ET MM. LES DELEGUES 

A MARSEILLE ET A ALGER, 

Par M. Is. CSEOFFROY MINI nil \li:i 

I'HE.SIDENT. 
I 

(Seance du Conseil du 8 juillct 1859.) 

Messieurs, 

Des lettres de M. Gery, prefet d 1 Alger, president de notre 
Comi te algerien , et de qnelques-uns de nos honorables confreres 
d'Algerie, viennentde nous informer du depart des Chameaux 
destines au Bresil. Leur emharquement a eu lieu le 18 juin sur 
le Splmdide, nolise en notre nom par notre delegue a Mar- 
seille, M. Hesse ; et ce navire a mis a la voile le 21. II est sorti 
du port d'Alger en presence de plusieurs de nos confreres et 
d'un grand nombre de spectateurs, associes du moins par 
leurs voeux au succes de notre entreprise. 

Quoique votre Bureau etune Commission speciale vous aient, 
a plusieurs reprises, entretenus des mesures prises pour pre- 
parer rintroduction et Tacclimatation du Dromadaire au Bre- 
sil, il aparuconvenable, au moment ou nous venons d'alteindre 
le terme de nos travaux, d'en resumer I'ensemble, et de rap- 
peler ce que nous devons au zele eclaire de plusieurs de nos 
confreres de Paris, de Marseille el d'Alger, dont le concours a 
divers titres, comme savants, comme adminislrateurs, comme 
armateurs , nous etait egalement indispensable dans une 
oeuvre aussi complexe et aussi difficile. 

T. VI. — Juillet 1859. 20 



2P8 SOCIETE lMl'EMALE Z00L0G1QUE u'aCCLIMATATION. 

La pensce d 1 in trod u ire le Dromadaire au Bresil a ete plu- 
sieurs fois emise, soit dans ce pays, soit meme en France (1) ; 
elle ne ponvait manquer de trouver faveur aupres du gouver- 
nement ami du progres, qui preside aujourd'hui aux destinees 
de ce vaste empire. Plusieurs provinces sablonneuses et arides, 
etparticulierementleCeara, oul'eau manque presque complete- 
ment pendant plusieurs mois de l'annee, n'ontque trop d'ana- 
logie avec les regions ou , en Asie et en Afrique, le Droma- 
daire rend de si grands services, et des services pour lesquels 
nul autre animal ne saurait le remplacer. La question de son 
introduction ayant ete posee dans Flnstitut hislorique de Rio- 
de- Janeiro, qui asouvcnt l'lionneur d'etre preside parl'Empe- 
reur lui-meme, un membre de cet Institut, M. le capitaine de 
Capanema, fut charge par son gouvernement de s'adresser 
a la Societe imperiale d'Acclimatation dont il est ledeleguea 
Rio-de-Janeiro, et de lui demander son opinion sur ce projet 
d'introduction , et, s'il y avait lieu , son concours actif pour le 
realiser. C'est dans les derniers jours de decembre 1856 que 
nous parvint la lettre de notre delegue, et le Conseil, puis la 
Societe tout entiere , en eurent connaissance dans leurs pre- 
mieres seances de 1857 (2). 

La Societe proceda aussitdta unedouble information. Deux 
de nos confreres, MM. Richard (du Cantal) et Albert Geoflroy 
Saint-Hilaire, partaient en ce moment meme pourTAlgerie : 
ils furent charges de recueillir sur les lieux tous les docu- 
ments propres a eclairer la Societe, soit sur l'opportunite de 
Tintroduction du Dromadaire au Bresil, soit sur les moyens les 
plus propres a en assurer le succes, dans le cas ou la Societe 
aurait a la tenter (3). En meme temps, a Paris, la lettre de 
M. de Capanema etait renvoyee a la premiere section de la 

(1) Par M. Ferdinand Denis, si bien au courant de tout ce qui concerne 
le Portugal et le Bresil, qui sont pour lui des pays d'adoption. M. Denis a 
insiste" sur les services que pent rendrc rintroduction du Dromadaire au 
Bresil, particulierement dans les provinces du Ce"ara et du Piauhy. (Voy. le 
Bulletin, t. IV, p. 199.) 

(2) Bulletin, t.IV,p. 53. 

(3) Ibid., p. 54. 



DKOMADAIHES. ~2W) 

Societe, avec invitation de reunir tous les elements scienti- 
iiques et pratiques de la reponse qui nous etait demandee. Les 
nsiiltats des etudes qui furent faites el de la discussion qui 
cut lieu au sein do la premiere section, furent consignees dans 
tin rapport tres developpede M. Dareste, qui fut entendu avec 
le plus grand intoriH par la Societe dans sa seance du 
mars J 857 (1). Le savant rapporteur, apres avoir resume ce 
qu'on sait de 1'emploi des Chameaux on divers pays, et des 
conditions ou ils peuvent reussir et etre utilises, et apres avoir 
rappele les introductions plus ou moins heureusement faites 
en divers pays de Tune ou de I'autre des especes camelines (2), 
s'arretait aux conclusions suivantes : 

« La tentative du gouvernement du Bresil est possible, et 
» pourra dcvenir pour certaines provinces de. cet empire une 
» source d'abondantes ricbesses. La Societe doit s'associeraux 
» ellorts du gouvernement bresilien, etlui preter son concours 
» dans la limite de sespouvoirs (3). » 

(Test aux memes conclusions que tendaient les resultals 
des informations prises en Algerie par MM. Ricbard et Albert 
Geoftroy Saint-Hilaire. Etc'est #ussi en ce sens que le bureau 
de la Societe repondit a noire honorable delegue au Bresil, et. 
par son intermediaire, au gouvernement, auquel fut immedia- 



(1) II a 616 insere* en trois parties dans le Bulletin, t. IV, numeros de 
mars, avrilet mai. 

(1) Les deux especes ont dti? r^cemment introduites en Bolivie et dans 
divers fctats m^ridionaux des fitats-Unis de l'Ame'riquo du Nord, notam- 
ment dans les plaines arides qui sdparent la Californie ou l'Or^gon des £tats 
de l'Atlantique. « Le Congres, dit M. Dareste (loc. cit., p. 199), apres avoir 
discute" la question (1853), a vote" une somme considerable (30 000 dollars) 
pour assurer le succes de cette entreprise. » Le succes a e"te" dd a M. le ma- 
jor Wayne, do Tarmee desh'tats-Unis, que la SocitMe" a admis, en raison de 
ce service, au nombre de ses membres honoraires. Divers documents rela- 
tifs a l'exp&lition dirigde par M. Wayne ont e*tt { publics a Wasbinglon, 
en 1857. Voy. Report of the Secretary of War; Information respecting 
lit? Purchase of Camels, 1 vol. in-8. Cclivre a ete" fort utile a la Societe' pour 
la redaction des instructions dont il sera question plus loin. 

(3) Loc. ct7.,p. "201 



300 SOCIETE IMPEKIALE ZOOLOGIQUE d'acCLIMATATION. 

tement adresse, a l'appui et comme developpement de notre 
reponse, le savant rapport de M. Dareste. 

Des le mois d'aout, le Bureau avait eu I'bonneur de rece- 
voir les remerciments de S. M. VEmpereur du Bresil ; et au 
mois de decembre, le gouvernement, apres avoir renouvele 
ses remerciments dans les termes les plus bienveillants et les 
plus honorables pour la Societe, lui demandait de se charger de 
realiser elle-meme Introduction dont elle avait reconnu la pos- 
sibility etTutilite. M.leMinistrederEmpireayantprislesordres 
de son Souverain, les mesures suivantes avaient ete arretees: 

Acquisition de quatorze Dromadaires, savoir, quatre males 
et dix femelles, tous de race forte ou de transport. 

Engagement de quatre Arabes pour le soin des animaux 
pendant la traversce et dans les premiers temps de leur sejour 
au Bresil. 

Transport des homines et des animaux, sur deux points de 
la cole, Fortalezza, chef-lieu de la province du Ceara, et la 
Granja, autre port bresilien; lieux designes pour deux depots 
on les animaux devaient arriver du commencement de juin a 
la fin d'aout, saison particufierement favorable a plusieurs 
points de vue. 

Sur tout le reste, le gouvernement bresilien s'en remettait 
a la Societe en lui donnant pleins pouvoirs, en lui ouvrant un 
credit illimite , et en lui assurant le precieux concours de la 
Legation bresilienne en France. 

Le Conseil d'administration de la Societe ne s'est pas dissi- 
mule toutes les difficultes de I'entrepvise dont elle etait invitee 
a se charger, et qui etait de nature a faire peser sur elle, a 
divers titres , une grave responsabilite. Mais le Conseil savait 
aussi que le succes de cette entreprise serait un immense 
service rendu a plusieurs provinces, et dans Tordre meme des 
travaux de notre Societe, essentiellement internationale en 
meme temps que franchise. Nous ne pouvions non plusoublier, 
non-seulement que la Societe a l'honneur de compter parmi 
ses membres S. M. TEmpereur du Bresil , mais ([ue ce prince 
eclaire est le premier souverain etranger dont le nom ait 
honore notre lisle. 



DROMADAIRES. 301 

LeConseil n't done pas hesite a repondre affirmativement ; 
et une commission d'exeqition a ete aussitot nommee. Elle se 
composait, avec MM. Richard (du Cantal), Dareste et Albert 
Geoftroy Saint-Hilaire, designes a 1'avance par la part deja 
prise par eux aux travaux preliminaires, de M. le general de 
division Daumas, direcleur des affaires de 1'Algerie au minis- 
Irre de la guerre (1), de M. Davin, vice-president de la pre- 
miere section (2), et de M. Antoine Hesse, notre honorable 
delegue a Marseille, specialement charge de choisir dans le 
port de cette ville et de noliser le baliment de transport. 

La Commission s'est r&nie a plusieurs reprises a la fin 
de 1857 et au commencement de 1858; mais quelques fen* 
seignements complementaires ayant du etre demandes en 
divers lieux (3), il fut reconnu que l'expedition ne saurait 
etre prele assez tot pour arriver des cette annee dans lasaison 
specialemenldesigneepar legouvernement bresilien; et toutes 
les etudes necessaires ayant ete faites des 1858, l'execution 
fat remise a 1859. 

Cet inevitable ajournement nous a permis de mettre a profit 
un nouveau sejour fait cet hiver* en Algerie par notre devoue 
vice-president, M. Richard (du Cantal). Notre collegue a bien 
voulu se rendre lui-m6me dans le sud de l'Algerie, entre Boghar 
et Lagouat, dans une region habitee par une des tribus les plus 
renommees pour la multitude el la beaute de leurs Droma- 
daires; et e'est parmi un nombre considerable dindividus 
qu'il a fait le choix de dix femelles de trois a quatre ans, de 
trois males de quatre ans et. d'un de sept, tous dans les meil- 
leures conditions de force et de sante, et tous aussi acquis a 
des prix tres moderes, relativement a la valeur, en d'autres 

(1) Voy. un travail de M. le ge"neral Daumas sur le Chameau, dans La 
Bulletin, t. I, p. 652. 

(2) Voy. aussi le Bulletin, t. IV, p. 253, sur les belles holies de poilde 
chameau fahriqu^es par notre habile confrere M. Davin. 

La Socie'te' vient d'envoyer au Brcsil, en meme temps que les chameaux, 
des ^clinntillons de ces e"toffes, et parliculierement un ires beau drap- 
velours, fabrique par M. Davin avec du poil de dromadaire d'Afrique. 

(3) Notamment aux Etals-Unis. pour obtenir divers renseigncments de 
M. le major Wayne. 



302 SOCIETE JMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

provinces, d'animaux d'une bien moindre qualite (380 fr. en 
moyenne). Les quatorze dromadaires ont ete aussitot marques 
au chiffre du Bresil, et places aux environs de Bogbar, cliez un 
agba, pour y recevoir les soins les plus convenables jusqu'au 
moment de l'embarquement. M. Ricbard a aussi engage quatre 
Arabes cbameliers, dont deux parlent un peu notre langue et 
lacomprennent bien; condition indiquee, dans les instructions 
envoyees du Bresil, sinon comme indispensable, du moins 
comme Ires utile a remplir. 

Dans le m6me temps, a Marseille, le delegue de la Societe, 
M. Antoine Hesse passait avec undltrmateur de la meme ville 
un traite pour le nolisement d'un des meilleurs marcbeurs et 
des plus beaux batiments de la marine marchande, le trois-mats 
le Splendid e , et y faisait faire (1) toutes les dispositions ne- 
cessaires a Installation des quatorze Chameaux, et de plus, de 
treize Chevaux qui venaient d'etre acquis aussi en Algerie, 
pour Amelioration de la race cbevaline bresilienne. Les di- 
mensions du Splendide, qui ne jauge pas moins de 730 ton- 
neaux, ont permis de faire cette installation dans les meilleures 
conditions bygieniques. 

Grace a nos deux collegues, tout etait pr6t a la fin de mai, 
soit a Marseille, soil a Alger, et lorsque le Splendide est arrive 
a Alger pour prendre les animaux, il ne restait plus qu'a pro- 
ceder k leurembarquementet a celui de leurs gardiens. L'em- 
barquement des clievaux n'oflrait aucune difficulte. II n'en 
etait pas de meme de celui des Dromadaires, qui exigeait, non- 
seulement beaucoup plus de precautions, mais des appareils 
particuliers •, d'autant que plusieurs des chamelles se trouvaient 
pleines. M. Gery, prefet d' Alger, et notre delegue en cette 
ville, a fait ajouter aux appareils prepares par les ordres de 
M. Hesse une sellette mobile quia tres bien fonclionne-, et il a 
bien voulu presider lui-meme a l'embarquement, qui etait 
heureusement termine le 18juin. Les fourrages, les grains, 
l'eau, une provision de medicaments, et tous les ustensiles ne- 

(1) Sous sa surveillance et celle de ses flls, MM. fidouard et Ernest Hesse, 
membres de la Socie'te'. 



DROMADAIRES. 303 

cessaires avaient ete a I'avance places a bord, soit a Marseille, 
soil a Alger. On y a joint les appareils d'embarquement qui 
doivent servir de nouveau pour le debarquement. 

M. Gery a aussi complete les instructions que lui avait fait 
tenir la Societe, en l'invitant a ajouter les prescriptions dont 
Pobservation des animaux et I'experience locale feraient re- 
connaitre la necessile. 

Enfin, coni'ormement aussi aux mesures arretees par le 
Conseil d'administration de la Societe, M. Gery a installe a 
bord du Splendide, en lui confiantla surveillance du convoi, 
M. # Vogeli, veterinaire francos au service du Bresil, que nous 
avait designe M. l'envoye du Bresil en France, et par lequel 
avait ete faite l'acquisition des treize Chevaux embarques avec 
les Dromadaires. M. Vogeli devra tenir un journal detaille du 
voyage; il y consignera toutes les observations de nature a 
eclairer sur les soins a donner aux Chameaux pendant leur 
acclitnatalion au Bresil, ou qui pourraient etre ulterieurement 
mises a profit pour d'autres expeditions analogues. Ce journal 
sera mis sous les yeux du Conseil aussitot qu'il nous aura ete 
transmis. 

Tel est l'ensemble des mesures successivement prises, au 
nom de la Societe, par son Bureau, sa Commission speciale et 
ses delegues, pour repondre a la confiance qu'a mise en 
elle le gouvernement bresilien. Nous croyons pouvoir dire 
que rien n'a ete neglige pour assurer le succes de cette 
grande entreprise d'acclimatation. Le reste ne depend plus de 
nous. Tous les animaux etaient au depart dans le meilleur 
etat; le navire qui les porte est un des plus surs et un des 
plus rapides de la marine franchise : esperons qu'il ne rencon- 
trera pas une mer trop difficile. 

Le Splendide aquittel'Afrique le 21 juin. A Marseille, ou 
la marchede ce navire estbien connue, on evalue a quarante 
jours le temps de la traversee. Le Splendide loucbera done 
vraisemblablement la cote d'Amerique au commencement 
d'aout; et la duree du voyage fut-elle augmentee des deux 
tiers par des accidents de mer, l'arrivee des animaux aurait 
encore lieu a I'epoque indiquec par le gouvernement bresilien. 



30A societe impjsriale zoologique d'acclimatation. 

Je ne saurais, Messieurs, terminer ce compte rendu sans 
vous rappeler une coincidence remarquable. Si l'execution de 
toutes les mesures que vous avez prises n'est pas entravee par 
des evenements imprevus et de force majeure, une autre 
expedition maritime est aussi sur le point de s'accomplir, 
mais celle-ci en sens inverse : d'Amerique en Europe. II s'en 
faudra de peu que le Splendide, portant au Bresil un trou- 
peau de Chameaux del'ancien monde, nese croisesur 1' Ocean 
avec les deux navires qui doivent amener en France pour la 
Societe, par les soins deM.lecapitaineRusseil etdeM.Roehne, 
cinquante Alpacas, Vigognes et Lamas; ces Chameaux d'Anje- 
rique, « plus precieux que tout For du nouveau monde », selon 
les expressions du mGme grand naturaliste qui a appele le Dro- 
madaire « le tresor de l'Asie ». 

Felicitons-nous, Messieurs, de voir la Society assez puissante, 
apres cinq ans a peine d'existence, pour faire marcher de 
front deux entreprises aussi considerables, et appliquer, sur 
une si grande echelle, le fecond principe qu'elle proclamait a 
son origine meme, en se proposant pour but « Techange reci- 
» proquemenl utile, entre tous les pays, de leurs productions 
» nalurelles, dans les limites tracees par les climats et les 
» besoins des peuples. » 

Ex trait du proces-verbal de la seance du Conseil 
du 8 juillet 1859. 

Le Conseil, apres avoir entendu ce compte rendu, invite le 
Bureau a renouveler en son nom a M. Richard (du Cantal), 
vice-president de la Societe, a M. le prefet Gery et a M. Hesse, 
delegues du Conseil a Alger et a Marseille, les remerciments 
dui deja leur ont ete votes par la Societe tout entiere; 

Et il decide que ce compte rendu sera adresse a S. Exc. le 
Ministre de TEmpire au Bresil, a M. l'envoye du Bresil a Paris, 
dont le bienveillant et empresses concours , ainsi que celui de 
M. le secretaire dela legation, ont ete fort utiles a la Societe, 
et a M. le capitaine de Capanema, delegue du Conseil a Rio- 
de- Janeiro. 



MONofiRAPHiE MM BltMHlttM'. 305 

ETUDE SUR LA BASSE-COUR. 

MOJNOGRAPHIE DES GALLINACES. 

RACES PRINCIPALES INDIGENES ET EXOTIQUES. 

Par M. Paul lllliitM. 



(Stance du 10 d^cembre 1858.) 



PREMIERE PARTIE. — Races franchises. 

§ I. — Race francaise de Crevecceur. 

II y a en France plusieurs races de Poules qui donnent de 
grands avantages a la culture: ce sontles Poules de la Fleche, 
de Crevecceur, de Houdan, de Bresse, de Barbezieux, etc. 
Parmi ces races, il y' en a trois que nous connaissons par- 
faitement; nous nous sommes occupe de leur elevage, et 
c'est pourquoi nous pouvons vanter avec assurance leur 
merite et devoiler leursdefauts. Apresles Flechoises que nous 
mettons au premier rang, nous faisons choix des Crevecoeur 
preferablement aux Houdan qui proviennent d'elles. 

La race de Crevecceur se trouve en Normandie, dans la 
vallee d'Auge; son elevage s'etendau loin dans la contree. On 
trouve de tres beaux sujets de l'espece dans beaucoup de com- 
munes voisines de Lisieux, dans la direction de Caen : nous 
devons citcr Crevecceur, point central, Saint-Julien, Mezidon, 
les Authieux, Saint-Pierre-sur-Dives, etc. 

Cet excellent type de volaille s'est prete a d'beureux croi- 
sements; tels sont parmi les anciens : les races metisses de 
Caux, obtenues avec la race de la Fleche ; celle de Houdan, 
avec la race anglaise Dorking; et la belle volaille dont la repu- 
tation n'est pas encore generalisee, qui est elevee dans les 
environs de Livarol, Falaise et Argentan, connue dans le pays 



306 S0C1ETE IMPElUALE Z00LOGIQUE u'aCCLIMATATION. 

sous Ie nom de Poule tlu Biot ou Billot, ancien marche place 
a la limite des deux communes de Saint-Martin et Saint- 
Julien de Fresnay, dans l'arrondissement de Lisieux, ou elle 
se vend en quantite. Cette derniere doit son existence au croi- 
sement de Crevecceur avecla Poule de Caumont, autre magni- 
fique Poule du Calvados, dont nous parlerons. 

Les grands amateurs ontcru devoir accorderleur preference 
a un choix a faire parmi les Crevecoeur, ceux dont le plumage 
est completement noir. Ces volailles, dit-on, sembleraient 
marquer une origine plus pure, mais elles sont assez rares a 
trouver dans le pays meme, parce que la on s'occupe fort peu 
de cette preference. En general, les Coqs de Crevecceur ont 
plus ou moins dans la huppe, sur le cou et le croupion des 
plumes colorees de brun sur un fond gris jaunatre, et quel- 
quefois celles du vol sont aussi mi-parties blanches et noires. 
Mais depuis que cette volaille est etudiee par des eleveurs 
soigneux, ceux-ci sont arrives a faire disparaitre ces nuances 
disparates plus ou moins melangees dans le plumage. Ayant 
trouve pres de Mezidon un Coq et quelques Poules qui se rap- 
prochaient de cette unite de couleur, nous avons suivi cette 
recherche, en faisant la premiere annee une epuration parmi 
les eleves obtenus, et en continuant ainsi depuis d'autres 
selections, nous aussi, sommes arrive par ces soins areconsti- 
tuer cette couleur uniforme du plumage. 

La volaille de Crevecceur est d'une construction peu elegante $ 
son corps parait tres allonge, parce qu'il se trouve monte sur des 
pattes comparativement courtes. Sa demarche estinquiele et 
etourdie : la forte huppe qui orne satete, gene considerable- 
ment sa vue, elle ne voit pas en face d'elle, ni en arriere et 
fort peu de cote 5 ce qui fait que dans sa course, elle se jette 
tres souvent contre les obstacles sans les voir. 

Cette race qui vit dans un pays ou la plus richeherbe croit 
partout en abondance, ou meme les chemins, les cours de fermes 
sontun perpetuel gazon,abeaucoupde mala s'acclimater dans 
d'autres lieux ou elle ne trouve plus une tiede temperature, 
des terrains toujours frais 'et ombrages ou croissent en quan- 
tite des vers de terre (lombrics), et ou elle ne peut plusramasser 



MONOGRAPHIE DES GALLIN.VCKK. 307 

taut de larves et d'insectes qui vivent duns les herbes, base 
d'une nourriture qui lui est saine et dont elle est tres friande. 
Ilobusle dans res riches paturages, elle devient maladive, 
delicate, lorsqu'on l'eleve en sequestration, et qu'on lui refuse 
une nourrilure animalisee et du vert. 

Bien plus que toute autre volaille, la Poule de Crevecoeur, 
deshabituee de cette vie cbasseresse si necessaire a toute 
1'espece galline, perdnon-seulementson etatrobuste, lafaculte 
remarquable decroltre rapidement, niais aussi ses dispositions 
naturelles a la production. Par ce regime different, son 
embonpoint normal ne declinera pas sensiblement peut-etre, 
mais elle fournira a peine la moitie du rendement en oeufs 
qu'elle donne lorsqu'elle est libre et bien placee. Nous avons 
pu constater ce fait, en donnant la liberie a un lot de ces 
Ponies, qui chercherentleur vie dans de bonsgazons, en grat- 
tant sous des mousses et les feuilles seches d'un taillis ouelles 
divagu&rent pendant la belle saison. Ces animaux se nour- 
rissant en cet etat d'herbes et d'insectes a leur cboix et de 
quelques graines qu'on leur distribuait, ont donne, comparati- 
vement a I'annee precedente, exactement plus de la moitie des 
oeufs en surcroit; l'incubation a etc plus certaine, les eleves 
plus forts et mieux venants que precedemment; et avec cela, 
bien entendu, lasante deces volailles a toujours ete parfaite. 

Pour bien juger les merites d'un animal que Ton acclimate, 
il faut avant tout tenir un compte fidele de ses habitudes et 
de ses besoins, sans quoi Ton s'expose a rencontrer toutes 
sortes de deceptions, par les pertes et la degenerescence de 
1'espece soumise a Tepreuve : ainsi pour les Crevecoeur et les 
Flechoises. Si celles-ci, apres avoir ete deplacees de leur 
propre pays, ne sont pas etablies et nourries d'unefa^on a peu 
pres semblable ailleurs, ilarrivera ce dont on se plaint, que ces 
races d'un temperament lymphatique degenerenta l'etatscro- 
fuleux pour arriver ensuite a laconsomption. Cette nature de 
temperament, propre et indispensable a toutes les volailles d'en- 
graissement, ne doit point etre modifiee ni forcee. Quelques 
varietes dans 1'espece galline peuvent peut-etre moins souffrir 
d'(Mre relenues que celles-ci, mais il ne faut pas oublier que 



308 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

l'elevage a Tetatlibre est leseul naturel : la sante y est entre- 
tenue par l'exercice, le bon air etle contentement, et la seule 
economie possible d'entretien s'y rencontre. Les Crevecoeur, 
les Flechoises, avec quelques autres volailles d'une meme orga- 
nisation, appartiennent absolument a la basse-cour rurale, et 
non aux parquets si restreints clesvilles. 

Coq de Crevecoeur. — Le Coq de Crevecoeur, dont la tete 
est ornee d'une forte huppe formee de plumes droites et 
eparses ; qui a cette garniture de petites plumes agencees des 
deux cotes des joues et sousle bee, servant d'accompagnement 
et imitant un cordon de barbe; cette crete bifurquee imitant 
deux cornes rondes et epaisses, bien ecartees, se tenant droites 
et roides; ce bee fortement recourbe, grossi par le renflement 
enormedes narines, qui, vu ensilbouette, imite assezla forme 
d 7 un nez crochu, doit-il elre considere comme un bel animal? 
En ajoutant a cela de grands yeux ronds et ardents, et sous le 
bee deux barbillons courts et contournes, partages par une 
forte mouche deplumes; tout cet ensemble ne communique-t-il 
pas a la tete de cet oiseau l 1 aspect de ces diablotins a surprise, 
sorte de jouets d'enfants? Serait-ce anotre gout prononee des 
Gallinaces, que nonobstant nous trouvons a ce Coq un carac- 
tere de beaute meme dans cette reunion de formes et d'orne- 
ments bizarres ! 

Le Coq de Crevecoeur est un oiseau robuste. Ses pattes sont 
plus fortes et un peu plus longues que celles de la Poule-, son 
corps, d'apres les proportions, parait etre moins allonge ; il 
porte bien sa queue, qui est amplement fournie de plumes for- 
mant 1'arc. C'est bien le plus precoce et le plus diligent cocbeur 
parmi les Coqs; il se conserve parfait reproducteur jusqu'a 
trois ans. Le plus grand nombre des Coqs ontles plumes de la 
huppe du cou et du dos d'un jaune sale, melange de roux, le 
reste du corps estnoir. Nous avons dit que les amateurs prefe- 
raient ceux dont le plumage est unicolore; ces derniers con- 
servent sur le dos et aux ailes quelques tacbes de feu qui se 
fondent dans la masse noire. Cet oiseau domestique ne manque 
pas de vivacite, il surveille avec inquietude et diligence toutes 
ses Ponies ; sans etre pusillanime, il est tres prodigue de son 



MONOGKAPHIE DKS GALLINAU S. 309 

cri d'avertissement qui est saccade eomme le rire, etses com- 
pagnesobeissent promptementa cequi-vivedeleurmaitre, qui, 
a cause de sa huppe plus degagee que la leur, voit mieux et 
plus promptement le danger dont il veut les garer. Le Coq de 
Crevecoeur a le caractere doux et gai, il n'est pas batailleur : 
cela semble donner un dementi a son air rebarbatif. II atteint 
le poids de 3 kilogrammes en moyenne; son corps est trapu, 
ses pattes ardoisees sent courtes, d'une grosseur mediocre, 
nuos; l'eperon est aigu. 

Poide de Crevecoeur. — La Poule de Crevecoeur a le corps 
allonge et pose sur de courtes jambes; son plumage est noir et 
long. Sa tete, ornee d'une huppe tres fournie de plumes de la 
m6me couleur, disposee pour prendre la forme d'un champi- 
gnon et la recouvrir de maniere a ne laisser visible qu'une 
partie du bee, presente un grand contraste dans sa physiono- 
mie en la comparant avec celle du plus grand nombre des 
Gallinaces; sa crele et ses barbillons d'une meme forme sont 
les veritables diminutifs de ces appendices du Coq ; son bee est 
moins gros, mais plus long; ses joues aussi sont garnies d'un 
meme entourage de plumes, et la mouche placee entre les 
barbillons a plus d'ampleur. Cette exuberance d'ornement, qui 
appartient a plusieurs races, est une gene continuelle pour 
celle-ci : particulierement, lorsqu'elle gratte la terre humide, 
elle se salit; quand il pleut, tout cet appareil est en desordre, 
et s'il gele, des glacons s'attachent a ces plumes ; dans la belle 
saison, c'estveritablement une parure, mais celle-ci a encore 
I'inconvenient de Taveugler. 

Les races qui portent la huppe se trouventtoutes en Europe. 
Parmi les Asiatiques, on ne connait jusqu'ici que les petites 
races chinoises a plumes soyeuses, qui aient une toufle de 
poils; encore cette coiffure prend-elle plutot I'aspect d'une 
aigrette epanouie n'occupant que le sommet de leur t6te, qui 
par sa roideur et son inflexion en arriere laisse parfaitement 
degagesles yeux, le bee, lacrete et les barbillons. 

Si nous nous en rapportons a l'opinion si juste et sagement 
raisonnee de nos grands naturalistes, qui ne reconnaissent 
dans I'ojuvre de la creation qu'un seul etre primitif pour chaque 



310 SOCIETE IMPEK1ALE ZOOLOGIZE u'ACCUMATATION. 

espece d'animaux. nous conviendrons que Tespece galline pre- 
sente d'enormes changements dans sa forme, son habillement, 
son aptitude a produire, son intelligence et sesbesoins.depuis 
cette epoque inconnue. Les causes de ces transformations si 
diverses se trouvent bien expliquees en reconnaissant cette 
loi toute-puissante de l'equilibre que la nature approprie a 
tout ce qui ressort d'elle : c'est ainsi que par des migrations 
dans desclimats divers, par 1'assujettissement oula domestica- 
tion, et par une nourriture differente, etc., cesoiseaux denos 
basses-cours ont avec le temps subi, comme tout ce quivit, ces 
cbangements qui nous etonnent. Cette bonne pourvoyeuse ne 
devait-elle pasaccorder aquelques Gallinaces ce systemed'un 
plumage duveteuxplus ample et plus chaud, comme ellel'afait 
pour tousles oiseaux qui sejournent dans les regions boreales, 
de meme qu'elle adonned'epaisses fourrures auxquadrupedes 
qu 1 on y rencontre? 

Dans r espece galline, celles qui portent la huppe et un plu- 
mage plus cbaud, le devraient done a leur transportation ou 
migration dans les paysfroids, ou en s'acclimalant, cette sin- 
guliere couverture protectrice de la tete se sera developpee et 
completee par degres. Ne pourrait-on pas dire aussi que les 
races franchises de Crevecceur, de Caux, de Houdan, courtes 
pattes, les Hollandaises, les Polonaises ou Padoue, quidonnent 
tantde varietes obtenues par artifice, proviennent toutes d'une 
m6me souche, et que cette souche serait la race de Crevecceur, 
car celle-cipossede, dans cette sortedefamille,le plumage le plus 
long et le plus cbaud, qui, m6me a cause de sa coloration 
noire, seprelelemieux al'absorption de lacbaleur?II estassez 
presumable que toutes ces varietes ou races que nous citons 
plus haut devraient avoir ete obtenues apres une succession 
repetee de croisements avec ce type encapuchonne et d'autres 
especes ayant un plumage diversement colore. 

Si ces opinions conjecturales que nous soumettonsarappre- 
ciation de tous ceux qui liront notre travail, paraissent a 
quelques-uns un peu basardecs, nous avons du moins I'assu- 
rance qu'elles sont en concordance avec la base admise par 
Tautorite la plus respectable. 



MONOGIWPHIK DliS GALLINACES. 311 

§ II. — Race francaise de Houdan. 

La race de Houdan est mctisso ; elle est due a des croise- 
ments faits entre les Crevecceur et les Dorking. Tous les 
earacteres exterieurs de cet oiseau sont trop significatifs pour 
qu'on puisse conserver le moindre doute a cet egard. Le carac- 
tere de cette volaille, et son temperament meme, quoiquc 
moins lymphatique que celui du CrevecoRur et du Dorking, et 
scsqualites productives, servent ensemble a prouver cette ori- 
gine en dehors de son signalement, que nous donnerons plus 
loin. 

Ce n'est pas du premier jet que Ton a constitue cette bonne 
variete, ainsi que beaucoup d'autres dont l'origine reste un 
mystere. Ceux qui ont etudie peu ou beaucoup le melange des 
races, n'ignorent pas qu'on ne parvient a d'beureux resultats 
qu'apres de nombreux essais \ quelquefois le hasard aura servi 
de puissant auxiliaire dans ces recherches, mais disons-le, il 
faut du raisonnement et unecertaine connaissance des especes 
pour entreprendre avec fruit les croisements. De plus, il faut 
de la perseverance dans ce travail ; car on netrouve pas tout de 
suite de bons metis, se reproduisant identiquement ; faculte 
quedoivent avoir ceux-ci pour constituer de nouvelles races. 
II nous semble que pour atteindre ce but, c'est dans les pro- 
duits des premiers accouplements que les femelles devraient 
etre prises pour servir a la deuxieme epreuve du croisement, 
en les reunissant avec un male de Tune des races choisies pour 
l'epreuve, et ainsi de suite, en alternant par l'autre male, et 
autant de fois qu'on en reconnaitrait la necessite pour trouver 
dans les metis un beureux partage de formes exterieures et de 
notables qualites nouvelles qui puissent oflrir un avantage a sa 
conservation. II faut croire que ce n'est point en alliant des 
races par trop en opposition tlansleur structure, les habitudes 
et surtout le temperament, que Ton aura une bonne creation 
de metis, mais en choisissant les varietes de races quiserap- 
prochent le plus entre elles. De la reunion d'une qualite avec 
un drl'aul, le moins mal (jue Ton puisse obtenir, ce sera une 
faculte neutre ou mediocre, et de rassemblage de deux qua- 



312 S0C1ETE IMPERIALS ZOOLOGIOUE d'aCCLIMATATION. 

lites resultera bien certainement plus de perfection : en reu- 
nissantainsi les races d'engraissementavec les races d'engrais- 
sement, les pondeuses avec les pondeuses, les couveuses avec 
les couveuses, toutes inevitablementgagneront en merite. 

Le temperament des animaux se modifie et se transforme 
plutot par les influences des climats et la nourriture qu'ils y 
trouvent que par une alliance \ il ne fautpas alors craindre de 
marier les races lymphatiques entre elles. Plus ce genre de 
temperament sera prononce, meilleure sera la chair, et plus son 
engraissementsera profitable. II y a des pays ou ces sortes de 
volailles vivent bien, ou elles ne sont pas plus maladives qu'au- 
cune autre race, etou par cette raison de temperament, elles 
ont oblenu une reputation bien meritee. Beaucoup d'essais 
pour acclimater les races de la Fleche et de Crevecceur ont ete 
faits un peu partoutdepuis quelques annees : les unsse plaignent, 
c'est le plus grand nombre; les autres sont satisfaits. Certes, 
les premiers n'auront pu placer ces animaux dans le centre 
voulu de leur elevage habituel, etles seconds auront compris 
ou pu satisfaire ces imperieuses necessites du besoin qu'ont 
ces oiseaux de vivre dans une atmosphere douce que Ton ne 
trouve que dans les prairies et les pays de bocage. 

Ces digressions, qui nousparaissent a leur place, nous sont 
inspirees par le sujetmeme que nous traitons, etne s'en ecar- 
tent pas, puisqu'elles nous ramenent a placer ici, a l'occasion 
de la racede Houdan, cette observation qui, a cause d'une mo- 
dification que le croisement lui a fait accepter, la designe 
comme un presque equivalent de ces Poules de Crevecoeur, de 
la Fleche et. Dorking, qui, dit-on, se preterit mal a leur accli- 
matation dans le voisinage de Paris. En effet, n'est-elle pas 
l'espece la plus repandue et celle que cultivent de preference 
les agriculteurs environnant la capitale? 

La race de Houdan tire son nom de la localile ou son ele- 
vage est le plus generalise et ou sa vente se pratique en 
grand (1). Dans cette race metisse, on rencontre ces merites 

(1) Houdan est une petite ville commercante du department de Seine- 
et-Oise. 



MONOUKAl'IIIK DBS GALLINACKS. 313 

reunis : une grande precocite dans l'elevage ; veritable rappro- 
chement avec la race de Crevecoeur; une ponte abondante ; 
une chair parfaite et un bel engraissement, qualites partagees 
entre les Dorking et les Crevecoeur. Cette volatile est tres ro- 
buste et tres facile a acclimater. 

Cog de Houdan. — Le Coq de Houdan a une ressemblance 
certaine avec le coq de Crevecoeur par la conformation du bee, 
sa crete et les barbillons, sahuppe, ses joues et lesysteme de 
plumage, qui nediffere que par la coloration. Ce coq a de plus, 
avec le Crevecoeur, une analogiede construction, bien que son 
corps soit un peu plus ramasse el ses pattes un peu plus lon- 
gues. II a cinq doigts comme le Dorking, toutes les autres 
races n'en ontquequatre. Ce cinquieme doigt, qui est place en 
arriere, reste moins ecarte que celui du Dorking, il est moins 
long et ne I'embarrasse pas autant pour marcher et courir. La 
coloration des pattes est rose, tachee de gris-ardoise sur la 
partie anterieure du canon et le dessus des doigts ; il participe 
dans cette circonstance de Tune et de l'autre race. La coloration 
de ses plumes est la m6me que celle du Dorking, mais les 
nuances ne sont pas absolument appliquees de la meme ma- 
niere; celies-cisontplutotdisposeesparplaquesoumouchetures 
imitant le cailloutis. Les plumes du cou et du recouvrement de 
la queue n'offrent pas une grande difference avec toutes les 
autres plumes qui le recouvrent, mais elles sont d'un ton plus 
jaunatrc et plus uniforme. Les plumes des ailes sont noires, 
vertes et blanches; celles de la queue sont noires et d'un vert- 
emeraude borde de blanc; celles de la poitrine sont d'un brun 
noir avec des taches noires et blanches aux extremites-, celles 
du dos sont cailloutees par un melange de plusieurs couleurs. 
L'abdomen est d'un gris sale; les plumes de la huppe sont 
etalees comme celle du Coq de Crevecoeur, elles sont de toutes 
nuances. En general, le plumage de cette race differebeaucoup, 
il est rare d'y rencontrer la meme disposition des couleurs. On 
distingue deux varieles, la noire et la blanche, simple indica- 
tion du fond de la robe. Sa crete est cornue a trois rangs, 
transversale dans le sens du bee; quelques Crevecoeur l'ont 
ainsi faite. Les barbillons sont d'une longueur moyenne; 

T. VI. — Juillet 1859. 21 



314 S0CIETE IMPERIALS Z00L0GIQUE DACCL1MATATI0N. 

ceux-ci sont divises par une mouche de petites plumes reunies. 
La tete est ornee autour de l'ceil de plumes semblables imi- 
tant un collier de barbe. Le bee est recourbe et fort, les na- 
rines sont tres ouvertes ; I'ceil est grand, couleur brique brune. 
Le poids ordinaire de ce coq estde2 kilogr. 50 decagrammes a 
3 kilogrammes. 

Le caractere du Coq de Houdan est doux; il est moins tur- 
bulent et moins inquiet dans sa surveillance que le Creve- 
cceur. II est bon cocheur et de bonne conservation. Son 
chant tient del'une et de Tautrerace; sa phrase musicale est 
bien accentuee, mais sa tonalite, sourde et quelquefois che- 
vrotante, reste dans le medium du chant ordinaire des coqs 
dont il releve. 

Poide de Houdan. — La Poule de Houdan presente encore 
mieux une similitude de formes avec la Poule de Crevecceur, 
que celle qui existe entre les deux Coqs de ces deux races ; a 
cela pres des cinq doigts, de son plumage de diverses couleurs 
et un peu plus de longueur dans les pattes, on dirait qu'elle en 
est Texacte image. 

Cette Poule robuste est, dans les races franchises, une de 
celles dont la ponte est tres precoce et qui donne le plus 
grand nombre d'eeufs. Son engraissement est facile; il se fait 
a l'entonnoir. 

Ce mode expeditif d'engraissement donne des resultats assez 
bons, mais il nous semble fautif ; car les farines que Ton em- 
ploie delayees, doivent moins se preter a l'assimilation des 
principes nutritifs qu'une nourriture consistante comme celle 
despatons : la privation de boire, qui aide si puissamment a la 
prompte realisation del'engraissement, n'est point ici observee. 
II serait a desirer qu'on employat une meilleure methode ; nous 
conseillons fortement le traitement si certain auquel sont sou- 
mises les volailles de la Pleche. Cette maniere parfaite d'en- 
graisser a ete publiee in extenso dans notre Notice sur la basse^ 
cour (1). Nous sommes convaincu que les Coqs et Poules de 

(1) On trouve cette brochure cliez maclame veuve Bouchard- (fuzard, 
rue de I'Eperon-Saint-Andre, 5, a Paris. 






MONOUKAPIIIti DM GALLINACES. 315 

Houdan, sans qu'il soit besoin qu'on les chaponne, devraient 
p.itlaitement s'en accommoder et donner des produits supe- 
rieurs. Cette race, qui se rapprorhe beaucoup de celle de la 
Fleche par le volume et lYxcellence de la chair, offrirait, nous 
en avons la certitude, aux eleveurs du Vexin qui ne peuvent 
bien acclimater cette derniere, une veritable compensation en 
la traitant ainsi. Nous sommes assure de m6me que les Cre- 
vecceur, les Dorking et toutes les races d'engraissement proli- 
teraient du regime suivi dans la Sartbe, car il a contribue 
puissamment a la reputation des poulardes de la Fleche. 

Nous lisons dans I'ouvrage de M. C. Jacque, intitule le Pou- 
lailler, au cbapitre de l'engraissement par Xentonnage : « La 
» paille, ai-je dit, doit etre changec tous les jours, parce que 
» les bons eleveurs, et surtout ceux qui elevent pour eux, 
» n'adoptent jamais le systeme de laisser les animaux sur leur 
» fiente, ce qui leur communique toujours un mauvais gout. » 
Ceconseil de proprete devrait etre suivi ponctuellement, si en 
effet la fiente des volailles a l'engraissement etait d'une nature 
aussi infectante que celle de ces animaux omnivores vivant 
libres. La digestion des farineux provenant de cereales, seul 
aliment qu'ils prennent, repand simplement une odeur de le- 
vain qui ne peut donner mauvais gout a la chair ; aussi nVt-on 
jamais songe a reprocher aux poulardes de la Fleche d'avoir 
un gout de poulailler. II en sera de m6me bien certainement 
pour toutes volailles dontonentreprendra l'engraissement par 
le procede de Tentonnage, tel qu'il est decrit, a moins que les 
dejections ne soientliquides,cequiserait i'acheux,carceserait, 
selon nous, une infnmation bien precise du procede. Enfin, si 
les eleveurs du pays de la Fleche ne trouvaient pas un avan- 
tage assure en laissant ces animaux sur leur salete, ils ne 
negligeraient pas de nettoyer les loges, et de donner de Tair au 
local ou ces patients industriels sont obliges de ne sojourner que 
trop longtemps pour leur sante. Leur vieille experience vaut 
mieux que toute theorie conlrevenante , car il a ete observe 
que plus la chambree se trouve garnie, par consequent les 
emanations abondantes, mieux se fait l'engraissement. C'est 
par ce motif qu'il est d'usage a la Fleche de ne nettoyer les 



3I<> SOCIETE IMPERIAL!': ZOOLOGIQUE d'aCCLIM ATATION. 

cageots ou divisions qu'apres l'enlevement des poulardes arri- 
vees au termede l'engraissement. Mais le sol est tou jours Bails 
liliere : on a reconnu que la paille, par sa fermentation, occa- 
sionnait une trop forte odeur, et qu'elle communiquait aux 
animaux engraisses un gout sui generis detestable. 

Fl est regrettable que M. C. Jacque n'ait pas indique deux 
choses utiles dans son cbapitredel'engraissement par Tenton- 
nage : combien une volaille absorbe de farine pendant son 
traitement 5 et combien l'animal gagne en poids. 

A cause de cette ressemblance de formes qui existe entre 
les Poules de Houdan ej, de Crevecceur, nous avons peu de 
choses a ajouter. Les habitudes et les besoins sont peu diffe- 
rents. Le temperament de la Poule de Houdan, quoique d'une 
meme nature, se preterait mieux a un changement de climat 
que celui de la Poule de Crevecceur. Cette volaille pond beau- 
coup et. de beaux ceufs ; elle couve bien, et elle atteint le poids 
de 2 kil. 50 decagrammes a l'etat ordinaire; elle prend, dit- 
un, 25 a 30 decagrammes en plus lorsqu'on 1'engraisse. Le 
bee de cette poule est moins gros que celui du coq, il a la meme 
forme; la crete et les barbillons sont encore plus petits. A 
l'exception des plumes de la huppe, qui est plus fournie chez 
celle-ci, etdecelles du cou et du dos, la disposition est la meme. 
Quelques poules presentent des differences entre elles sous le 
rapport d'une nuance de fond plus ou moins foncee; elles ont 
aussi, comme lescoqs, des plumes contournantreeil a partir du 
bee iusqu'a l'oreille et une moucheplacee entre les deux bar- 
billons. 

§ 3. — Race francaise de Caux. 

Le melange du sang des Crevecceur avec celui des Flechoises, 
nous ne craignons pas de l'affirmer, a donne naissance a la race 
de Caux. Les caracteres exterieurs de l'une et de Fautre espece 
sont trop bien indiques chez cette variete metisse pour qu'il 
soit possible de recuser cette assertion ; nous dirons plus, la 
Poule de Caux ne meritepas qu'on la classe au rang des types 
parfaits, e'est-a-dire au nombre de ceux qui ont la puissance 
de reproduire par eux-memes des sujets d'un aspect uniforme 



.MONCHillAI'HIK I)KS GALLINACES. 317 

ou semblable. En eft'et, la race de Caux n'a pas ce pouvoir ; 
I an tot clle se rapproche davanlage de la race llechoise, tantot 
elle lient par la ressemblance aux Crevecoeur. Celte variete 
metisse estcependant une excellente volaille; mais commeelle 
n'a rien gagne en merite sur ces deux remarquables races de la 
Fleche etde Crevecoeur, qu'elle n'est pas plus volumineuse, ni 
plus robuste,etquesesqualites sont moins assurees, nous devons 
dire qu'elle a un peu usurpe sa reputation, et qu'elle ne me- 
rite d'etre mentionnee que comme un produit. assez insigni- 
tiant, quoique bon. Si Ton trouvait seulement en elle un tem- 
perament bien dispose pour son acclimatation, ce serait alors 
sur ce seul avantage que nous proposerions de la comprendre 
comme une race bonne a repandre, mais il n'en est rien ! Nous 
avons etudie I'elevage de cette volaille ; jeunes et adultes, la 
plupart ont mal fini. Les races de la Fleche et de Creveca*ur 
s'elevent cependant tres bien et sans degenerer dans notre con- 
tree du Percbe. 

II est assez difficile de decrire les formes de cette espece, 
puisqu'elles sont variables. Toules ont des demi-huppes plus 
ou moins garnies de plumes qui se rejettent sur l'occiput. Le 
bee est aussi plus ou moins incline, sa forme tient de Tune et 
l'autrerace mere. La crete est composee depetites excroissances 
rondes variant beaucoup dans leur assemblage ; generalement 
elle est moins grande que celle du Crevecoeur, quelquefois elle 
ressemble a celle des Coqs flechois. Les barbillons sont ronds 
et de moyenne longueur. La conformation du corps est encore 
plus indecise : quelques-unes de ces volailles pourront etre 
prises pour des Crevecoeur mal coiflees, parce qu'elles ont les 
pattes courtes, le corps plus allonge et sont pourvues de la 
jugulaire etde la moucbe ; d'autres auront une grande ressem- 
blance avec la race de la Flecbe, parce qu'elles seront montees 
sur de bautt s jambes, et que la cnHe mOnie se rapprocbora de 
celle-ci. C'est precisemenl celte reproduction des formes de la 
I'oule de la Fleche qui acontribue a induire en erreur (juelques 
auteurs ecrivant sur la basse-cour, qui ont pretendu que la 
Poule du Mans ou de la Flecbe a une demi-buppe, et qu'elle est 
de race normande. 



318 S0C1ETE IMPEKIALE Z0OLOGIQIE DACCLLUATATION. 

Nous ne pensons pas qu'il faille decourager les eleveurs du 
pays de Caux et leur conseiller Tabandon de cette volaille, 
puisqu'elle a des qualites • mais il est bon que Ton sache qu'elle 
est plutot l'inferieure que l'egale des bonnes races qui l'ont 
produite. 

Tel amateur qui voudra se procurer la Poule de Caux, l'ob- 
tiendra sans beaucoup de frais et par un premier croisement 
fait chez lui, en reunissant dans un pare soit le Coq de Creve- 
coeur et la Poule de la Fleche, soit le Coq flechois et la Poule 
de Crevecoeur, indifferemment. Un de nos voisins de campagne 
l'a ainsi obtenue par un Coq de Crevecoeur. 

Le plumage de la race de Caux est noir avec les reflets verts 
et violets. Le poids du Coq est de 3 kilogrammes-, sa chair est 
excellente, fine, bonne a l'engraissement. La poule de Caux 
ne couve pas ; elle pond mediocrement et ses oeufs sont gros. 
Cette volaille a le caractere sauvage. Le chant du Coq est 
sonore et prolonged 

Ilnousresteraitencore, pour terminer la monographic de nos 
Poules franchises le plus en reputation, les trois races : de 
Caumont en Normandie, de Barbezieux en Saintonge, et la 
Bressoise. Ces trois races ne nous etant pas connues, nous 
laissons ce travail a faire a de plus competents que nous, et 
nous passons immediatement a Fetude des races etrangeres. 

(La suite prochainement .) 



YII'KUES DE FHANCE. 310 

QUESTIONNAIRE 
SUR LES VIPfcRES DE FRANCE 

REDIGE AC NOM D'UNE COMMISSION (1), 
Par M A. im ti I .ici I. . 



(Seance du 24 juin 1859. 



Inattention de la Societe d'acclimatation a ete appelee, a 
diverses reprises, par plusieurs de ses membres, et particu- 
lierement par M. le docteur Ruiz de Lavison, sur les blessures 
faites par les serpents venimeux. Un prix a ele propose pour 
Introduction et raeelimatation a la Martinique d'un animal 
destructeur du serpent dit Fer-de-lance (Bothrops Ian- 
ceolatus). Aujourd'bui la Societe, desirant se fai,re une juste 
idee des accidents occasionnes dans notre propre pays par les 
Viperes indigenes, et ne pas s'en rapporler uniquement a ce 
qui a ete ecrit jusqu'ici sur cette matiere, a decide qu'une 
enquite serait ouverte sur ces serpents. Elle en a confie le soin 
a une Commission speciale qu'elle a instituee dans sa seance 
du 27 avril. Pour repondre aux vues de la Societe, et recueillir 
tons les renseignements propre* a Teclairer, cette Commission 
a prepare un Questionnaire, qui sera adresse a toutes les 
Societes et a lous les Cornices agricoles en rapport avec la 
Societe imperiale d'Acclimatation, aux Conseils generaux, a 
MM. les conservateurs des forels, et aux personnes que leur 
position et leurs etudes speciales mettent en mesure de 
resoudre les questions posees. 

(1)* Cette Commission est composee des membres dont les noms suivenl : 
M. A.'passy, vice-president de la Societe, president; MM. J. Cloquet, A. Di- 
mlril, Arist. Diplis, GiROt de Luzakeincues , Jlllien, MofitiN -Tanuon, 
A. I'kTETiN, 0. Heveil, Hi fz he Lavjson, el le tonite de Sinety. 



320 SOC1KTE 1MPERIALE ZOOLOGIQUE B-'aCCLIMATATION 

Nous appelons a l'avance les reponses de nos confreres, en 
inserant le Questionnaire dans le Bulletin. 

1. Existe-t-il des Viperes dans votre departement? 

2. Distinguez-vous uneou plusieurs especes? 
A quels caracteres les reconnaissez-vous? 

(Voyez les caracteres et les figures ci-apres qui sont celles des trois 
especes admises comme existant en Fiance) (1). 

VIPERES. 

(cornu. . . Vipere ammodyte. 

Sur la tele ( P3S ?T? ' ^^ 1 ™n «° r ™- Vi P* re ordinaire. 
I des plaques Peliade ordinaire. 




Vipero ammodvle (Vipera ammodytes). 





Vipere ordinaire (Vipera aspis). Peliade ordinaire (Pelias Berus). 

3. Quelles sont les localitds habitees de preference par chacune de ces 
especes? 

Les trouve-t-on dans les buissons ou dans les arbres? 

Vont-ellesa l'eau ; les voit-on nager sur les lacs et les e"tangs? 

Penetrent-elles quelquefois dans les habitations ? 

U. Les rencontre-t-on en tcute saison ? 

Quelles sont celles ouon les rencontre leplus frequemment? 

5. Sont-ce des animaux nocturnes, ou bien les trouve-t-on a certaines 
heures du jour ? 

6. Se retirent-elles pendant l'hiver en grand nombre dans une mSme 
retraite et entortillees les unes avec les autres ? 

7. Quelle est leur nourriture ? 

l'eut-on les conside"rer comme des destructeurs d'animaux nuisibles, tels 
qu'insectes, mollusques, taupes, mulots, rats et autres rongeurs? 
Mangent-elles des oiseaux? 

(I) Ces figures sont extraites des Elements de zoologie medicale de notre 
eollegue M. Moqnin-Tandon (Paris, 1859, in-18, chez-J.-B. Bnilliere et fils). 



VIPERES DE FRANCE. 321 

8. Onl-elles quclques inconvenient.* pour les animaux de basse-cour 
(poules, dindons, etc.) ? 

9. Blessent-clles les chevaox et autres animaux qui paissent dans ies 
pre*s? 

Ke"sulte-t-il des accidents de ces blessures? 

10. Quels sont les accidents observes chez les chicns? 

11. Quel est, approximativement, le nombre des personnes pique*es 
dans voire de*partement? 

12. Quels sont les accidents determines par cespiqAres?. 

13. Ces piquressont-ellesquelquefois raortellesetdans quelle proportion 
environ ? 

14. Quand elles ne sont pas mortelles, laissent-ellesapreselles des lesions 
el des maladies chroniques? 

15. Y a-t-il des conditions de saisons, d'Age, de sexe, de temperament, 
ou autres, qui influent sur la gravite des accidents? 

16. Les accidents resultant des piqures faites soit a Phomme, soit aux 
animaux, et qui n'entrainent pas la mort, sedissipent-ils naturellement ou 
bien exigent-ils un traiiement ? 

17. Quels sont les traitements en usage dans votre departement ? 
Y en a-t-il un qui soit plus ge"ne"ralement pre"fe>e" ? 

18. Quels seraient les moyens les plus convenables a employer pour 
amener la destruction de la Vipere? 

19. Y a-t-il des animaux reputes pour etre ennemis et destrucleurs de 
ce reptile? 

Que pensez-vous comme tels deschiens terriers, du heVisson, du cochon 
et de la cigogne ? 

20. Distribue-t-on des primes dans votre departement ? 
Quels en sont les re*sultats? 

La SocieUe" d'acclimatation serai t desire use dereccvoir des specimens des 
differentes especes de Viperes. 

Par la mfime occasion, la Socidte" sollicite quelques renseignements sur la 
Tort ue d'eau douce qui, a une certaiue epoque, servait dans divers depar- 
tements a ('alimentation. 

1. Cette Tortue se trouve-t-elle dans votre departement ? 

2. Quels sont les caracteres qui la distinguent? 

3. Est-elle encore employee comme aliment ? 



3'22 SOCIETY IMPERIALE ZOOLOGIQLE 1)'aCCLIMATATION. 

CULTURE ET USAGE DE L'ORANGER DU JAPON 

(Citrus japonica). 

Par M. le docteur SACC. 

Delcgue dc la Societe a Wesserling (Haut-Rhiii). 



(Stance du 4 fevrier 1859.) 



Ce charmant arbrisseau, dont les feuilles et les fleurs sont 
presque aussi grandes que celles du Citronnier commun, ne 
s'eleve cependant pas a plus de 30 centimetres de hauteur, 
mais tend beaucoup a s'elargir a la surface du sol qu'il couvre 
de ses branches noueuses, epineuses et ramifiees des la base, 
de maniere a presenter une forme hemispherique. 

Aux fleurs succedent en abondance des fruits de la grosseur 
d'une forte groseille epineuse, et meme de celle d'un oeuf de 
poule quand la plante est forte et ne porte que deux ou trois 
fruits. 

Cette espece, bien connue des jardiniers sous le nom 
ftOrangerde Chine ou d'Ota'iti, est excessivement repandue, 
parce qu'elle se multiplie facilement et qu'elle orne admira- 
blement pendant toute l'annee les serres et lesappartements; 
grace a son excessive rusticite, on y voit fleurir et murir ses 
fruits avec la plus grande facilite. Malheureusement les fruits 
sont acides, en sorte que cette gracieuse conqu6te de Ihor- 
ticulture europeenne restait sans utilite pratique, 

II y a un an que je recus de Canton un petit bocal de veri- 
tables chinois confits, dans lesquels je reconnus aussitot les 
fruits de l'espece qui nous occupe. La marmelade en question 
etait formee uniquement de jolis petits citrons jaunes, deli- 
cieusement parfumes, et nageant dans un siropde sucre; leur 
peau fine et tendre ne ressemble en rien a celle des chinois 



On ANGER DU 4 A PON. .V23 

verts confits en Europe, et auxquels on les substituera sans 
doute avec avantage. Comme les orangettes a contire forment 
DO article d'importation important pour la France, nous pen- 
sons qu'il serait bon de tenter de s'y soustraire en cultivant 
en grand dans les departements du Midi, et dans l'Algerie, 
l'Oranger du Japon, qui echapperait facilement aux gelees, 
grace a sa rusticite et a sa petite taille. 

Depuis six ans que je cultive dans mon salon cet interessant 
arbrisseau, je le tiens constamment en pot et ne le sors qu'au 
mois de mai, quand les gelees ne sont plus a craindre. On le 
rentre a la fin de septembre j sa vegetation est continue. 

II exige une terre tres fertile qu'on renouvelle chaque 
annee, des arrosements tres frequents, et rapporte en 
moyenne, quand sa t£te mesure 30 centimetres en tous sens, 
dix citrons chaque annee j tenu en pleine terre, il est pro- 
bable que le produit decuplera et payera largement les frais 
de culture. 



324 S0CIETE IMPER1ALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

NOTE 
SUR LES VINS FABMQIES AVEC DES CEPAGES DU MIDI 

CCLTIVES DANS LE CENTRE DE LA FRANCE. 

Par M. BECQI lit II 

Membre de l'lnstilut. 



(Seance du 24 decembre 1858.) 

Je m'occupe depuis plusieurs annees d'acclimater, dans mon 
jardin de Chalillon-sur-Loing (Loirel), de la conlenance d'un 
hectare et entoure de murs de 10 metres de hauteur et de 
2 metres d'epaisseur, divers cepages du Midi, dans le but de 
faire arriver les raisins a un degre de maturite suffisant pour 
en obtenir des vins ayant a peu pres les qualites de ceux des 
localites d'ou ces cepages sont tires. Ce jardin, ou se cultivent 
egalement desorangers pour fruits, estsitue dans une vallee; 
il estabrite des vents du nord par une colline dirigee de Test 
al'ouest, et se trouve, par consequent, dans une position fa- 
vorable pour racclimatation des vegetaux des contrees meri- 
dionales. En outre, le mur de ceinture possedant nuit et jour 
une temperature d'environ 111 degres, a une profondeur de 
m , 76 cent, pendant l'ete etTautomne, et une autre superieure 
a la moyenne diurne a une profondeur de ra ,02, on conceit 
l'avantage que Ton retire de semblables abris. 
. Parmi les cepages que je cultive, je citeraiparticulierement 
le Muscat ordinaire de France, celui d'Alexandrie, les Mal- 
voisies de FArdeche et de Touraine, le petit Pineau de Bour- 
gogne. qui produit les vins fins de cette province, etc., etc. 
Le Muscat y murit bien et se colore comme le Chasselas de 
Fontainebleau ; son gout musque est bien developpe , mais 
la maliere sucree manquant, la fermentation ne se developpe 
quelentement en produisant une tresfaible proportion (Falcool. 



VINS FABRIQUKS AVKC LKS CKPAGKS 1)1 MIDI. 3">5 

En v ajoutant du sucre, environ 100 grammes par litre de 
mout, on arrive aobtenir un bon vin muscat. Voici comment 
il fa u t operer. Lorsque la cueillette est faite, on peut laisser 
le raisin sur la paille au soleil, comme il est d'usage pour la 
fabrication du vin dit de paille ; mais il vaut mieux le laisser 
pendant un mois dans une etuve chauflee a 20 degres, pour 
amener completement la maturite et rendre le raisin moins 
aqueux. Si Ton chauffait beaucoup au-dessus, on courrait 
risque de volatiliser le principe qui constitue le gout muscat. 
On prepare le mout comme il est d'usage et on le laisse fer- 
menter pendant quinze jours avec la pulpe, apres quoi on 
enleve le vin pour le mettre dans un tonneau, d'ou on le soutire 
au printemps pour le mettre dans un second tonneau, dans 
lequel s'eleve la fermentation, qui dure environ deux ans, 
plus ou moins, suivant la quantite de sucre ajoutee au mout. 
Apres ce temps, le vin est clair, tres agreable au gout, et 
contenant de 12 a 15 pour 100 d'alcool ; il a la plus grande 
ressemblance avecles vins muscats du Midi. 

Les raisins des differents cepages de Malvoisie ont donne, 
par les mernes procedes, des vins agreables en raison de leur 
parfaite maturite et de l'addition de sucre, et la couleur de 
ces vins est legerement rougeatre. 

Mon intention, l'annee prochaine, est de donner plus d'ex- 
tcnsion a mes essais de culture, non plus en plac,ant les cepages 
en espaliers, mais en pleine terre, a 12 kilometres de Cha- 
tillon-sur-Loing, dans un terrain silico-argileux, humide eta 
proximite de bois tailles, par consequent dans une localite 
pen favorable a l'acclimatation de cepages des pays meridio- 
naux j mais en drainant, puis en echauffant simultanement 
les parties inferieures du sol, suivant un procede mis en pra- 
tique sur quatre ou cinq hectares de terre dans les environs 
de Saverne, pour y cultiver des cepages du Midi. Ce procede 
consiste aechauffer le sol, au moyen de conduits de briques, 
construits a h ou 5 decimetres au-dessous et recouverts de 
terre ; lesquels aboutissenl, (Tun cote a une fosse servant de 
foyer, egalement de briques et aciel ouvert, s'echauflant sous 
la radiation solaire, etderautre a une petite cheminee d'appel 



326 S0C1ETE 1MPER1ALE ZOOLOG1QUE IVACCL1MATAT10N. 

entretenant un courant d'air echauffe dans le foyer par l'effet 
de la radiation solaire. L'air chaud, en parcourant le conduit, 
echauffe successivement lesbriques, et par suite, la terre con- 
tigue. 

Les conduits sont assez rapproches pour que toutes les 
parties du sol cultive participent a l'echauffement. 

Mon intention, dans les experiences queje vais entreprendre, 
est de faire servir ces memes conduits au drainage tie la terre, 
afin d'obtenir un meme efl'et. 

En terminant, j'ajouterai que dans cette meme terre, repu- 
teefroide dans le pays, j'ai obtenu la maturite de differents 
cepages de Malvoisie en repandant sur le sol, par are, deux 
voitures de fraisil ou terre calcinee, melee de poussiere de 
charbon qui recouvre les places a cbarbon apres la cuisson. 
Cette terre, qui est un melange d'argile calcinee et de ma- 
tieres cbarbonneuses, diviselesol, lui donne une teinte noire, 
facilite par la Tecoulement des eaux, et augmente, par sa cou- 
leur noire, son pouvoir absorbant pour la cbaleur. De cette 
maniere la terre est plus seche, s'echauffe davantage, ce qui 
hate d'autant la maturite du raisin. 



PROCES-VERBAUX. 327 

II. EXTRAIT DES PROCESVERBAUX 
DES SEANCES GENERALES DE LA SOCIETE. 



SEANCE DU 10 JUM 1859. 
Presidence de M. Is. Geoffroy Saint-HilAire. 

M. le President proclame les noms des membres nouvelle- 
ment admis : 

MM. Andre (le baron a"), ministre de France a la Cour des 
Pays-Bas. 

Conrad, sous-prefet de l'arrondissement de Meaux, a 
Meaux (Seine-et-Marne). 

Courcy (le comte Rene de), premier secretaire de la Lega- 
tion de France, en Grece, a Athenes. 

Crosse, notaire, a Paris. 

Hubert de Sainte-Croix, ancien magistrat, niembre de 
diverses Soeietes savantes, proprielaire, a Coudiat- 
Otman, province de Constantino (Algerie), a Paris. 

Jansse, proprietaire, a Paris. 

Lejeune (Cesar-Napoleon), a Paris. 

Renault, membre correspondant de l'lnstitut, directeur 
de l'Ecole imperiale veterinaire d'Alfort, membre de 
l'Academie imperiale de medecine, a Alfort. 

— Conformement a l'ordre du jour special indique pour 
cette seance, M. le President soumet aux deliberations de 
l'assemblee une proposition du Conseil relative a la participa- 
tion de la Societe a une souschption ouverte pour rerectiorl 
du tombeau de Paul Gaimard, membre du Conseil et secreiaif d 
pour l'etranger. 

L.ecture est donnee de Vappel adresse aux amis de notre 
ancien collegue par le comite de souscription, puis M. le 
President rappelle les titres qui peuventmotivef cet homntage 
a rendre a la memoire d'un bomme de cdcur et de scionco, 
mort pauvre. L'assemblee, appelee alors h voter, decide, a 
Tunanimite, qu'une somme de 300 francs, proposee pat* le 
Conseil, sera offerteparla Societe au comit6de souscription. 



328 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIO.UE d'aCCLIMATA'IION. 

— L'Institut agricole Catalan de San-Isidro de Barcelone 
remercie de sa recente admission au nombre de nos Societes 
agregees. 

— Des lettres de reinerciments sont adressees a l'occasion 
de leur entree dans la Societe, par M. le baron Brenier qui, 
sur le point d'aller occuper le poste d'ambassadeur a Naples, 
se met a la disposition du Conseil, et par MM. Millet, depute 
de Vaucluse, et A. Portalis, de Beyrouth. 

• — M. Leo d'Ounous rend compte des principaux resultats 
obtenus dans les recents concours regionaux du sud-ouest et 
du centre de la France, etpartieulierement dans Tun des plus 
importants, celui de Foix (Ariege). On y a ju^e de Futilite de 
la creation'de la Societe hippique dans ce departementou il y 
a un accroissement notable de l'elevage des Chevaux. Notre 
confrere passe rapidement en revue les ditferentes races 
bovines, ovines et porcines qui etaient representees a ce con- 
cours. En terminant, il appelle l'attention sur les avantages 
que les Pyrenees senibleraient devoir ofirir pour racclimata- 
tion des animaux etrangers qui, comme le Lama, l'Yak et la 
Chevre d'Angora, doiventvivre sur les montagnes. 

— Des remerciments pour des envois de plantes sont' 
adresses par M. le Ministre de Wurtemberg, au nom de son 
Souverain. 

— M. le comte de Sinety depose sur le bureau un rapport 
favorable concernant la culture des Pechersde Tullins fournis 
par les noyaux qui lui avaient ete remis. 

— M. Brierre, de Riez (Vendee), fait parvenir onze dessins a 
Taquarelle des plantes obtenues des graines de Chine, et 
adressees sous des numeros inscrits au-dessous de chaque 
dessin. 

— M. Bourlier, professeur a l'Ecole de medecine d'Alger, 
ayant, a la suite d'un voyage dans I'Asie Mineure, et sur la 
demande de la Societe , rapporte de la graine de Vers a 
soie, dont on obtient des produits excellents, ecrit pour se 
mettre a la disposition du Conseil, qui lui avait demande, de 
fournir les indications necessaires pour qif une nouvelle acqui- 
sition de graine put etre faite. Atin d'eviter les fraudes el 



PROCES-VEHBALX. 329 

d'obtenir des resultats satisfaisants, notre confrere offre do 
sollicker un conge, afin de pouvoir aecompagner la personne 
qui serait chargee des achats. II lui servirait volontiers de 
guide, et il pense qu'il pourrait ainsi epargner a la Societe des 
deceptions dont une personne ne connaissant ni lepays, ni la 
langue, ni les usages, ne pourrait peut-etre pas la preserver. 
La lettre de M. Bourlier est renvoyee a l'examen du Conseil. 

— M. ledocleur Weddell.membrede la Societe, lui adresse 
quelques notes qui lui ont ete communiquees par notre con- 
frere, M. le docteur Costallat, relativement au lac pyreneen 
d'Oncet, dont il desirerait tenter rempoissonnement, s'il rece- 
vait de nous un avis favorable sur ropportunite de cet essai. 
Ce lac est situe dans les Hautes - Pyrenees , au voisinage 
immediat du pic du Midi de Bigorre, a une elevation do 
2300 metres au-dessus du niveau de la mer. Sa longueur est 
de 500 metres et sa largeur de 300; on n'en connait pas la 
profondeur. Sa surface, exceptc sur ses bords, est couverte de 
glace et de neige pendant six ou sept mois de l'annee. Aucune 
plante ne croit ni dans ses eaux, ni sur ses rives, mais on y 
rencontre un certain nombre de Mollusques (Lymncea ovata, 
var. glacialis , Ancylus fluviatilis); les larves de quatre 
especes de Fhryganes y vivent egalement et y sont abondantes. 
Enlin, la degradation des berges y amene accidenlellement un 
assez grand nombre de larves ou d'insectes parl'aits d'ordres 
varies : des Carabiques, des Forlicules et beaucoup de chenilles 
de papillons alpins. Des tentatives d'empoissonnement du lac 
Bleu, dontl'altitude est de 2000 metres, ont elefaitesen 183J, 
et couronnees de succes. Renvoi ji la 3 e Section. 

— M. le docteur Bufz lit un travail ayant pour titre : Des 
Tortues consider ees au point de vue de I' alimentation et de 
I'acclimatation. II ne parle aujourd'hui que de la Tortue de 
mer, dite Tortue franche ou verte (Testudo Midas), et reserve 
pour la procbaine seance ce qui concerne les autres Tortues. 

— II est donne lecture de quelques passages d'un travail 
manuscrit de M. Moreau de Jonnes, membre de l'lnstitut, 
et qui font connaitre qu'en 1819, sur les indications qu'il 
avait donnees des 1816 dans sa Monographie da Trigonoce- 

T. VI. — Juillet 1859. ^2 



330 SOCIETE 1MPEK1ALE ZOOLOG1QIE DACCLIMATAT10N. 

phaledes Antilles, M. le baron Portal, alors ministre de la 
marine, ordonna l'importation, du cap de Bonne- Esperance a 
la Martinique, de deux oiseaux de l'espece dite Falco serpen- 
tarius, que leur instinct porte a combattre et a detruire les 
Serpents. 

— M. David Richard, directeur de Tasile public d'alienes 
de Stephansfeld (Bas-Rhin), fait connaitre les primes qu'il a 
obtenues au concours regional de Strasbourg avec les produits 
fournis par les vegetaux que la Societe lui avait remis, et 
avec la Chevre d'Egypte. Neanmoins cette Chevre, tout excel- 
lente qu'elle est, ne lui semble pas devoir etre substitute avec 
avantage, en Alsace, a la Chevre de tres bonne race dite Chevre 
d'Appenzell. II propose done a la Societe de lui rendre les 
individus de cette race egyptiennequi lui ontete con ties. M. Ie 
President dit alors que les membres qui pourraient desirer ces 
animaux devront adresser une demande au Conseil. 

— Mb le baron Anca adresse de Palerme un Rapport tres 
satisfaisant sur les Chevres d' Angora que la Societe possede 
en Sicile, et sur la culture du Sorgho dans ce pays. 

— Hi David, ancien ministre plenipotentiaire a Venezuela, 
transmet un nouveau travail manuscrit de M. de Tourreil, 
chancelier du consulat de France a Caracas et notre Delegue, 
qui, apres avoir fait connaitre les conditions climateriques de 
cette contree, fournit, dans ce second memoire, des ren- 
seignements sur les plantes alimentaires dont l'acclimatation 
pourrait etre tentee en Europe et en Algerie. 

— Une nouvelle Note est adressee parM. A. Lignac, dans 
laquelle, apres avoir etudie les conditions actuelles de Tindustrie 
de la soie du Ricin, et les moyens propres a favoriser le develop- 
pement de cette industrie en At'rique, il expose ceux qui lui 
paraissent applicables pour obtenir une grande production do 
cette soie. II enumere ensuite les avantages que procurement 
a l'Algerie et a la France elle-meme son devidage et la fabrica- 
tion des produits industries que peut fournir I'huile de Ricin. 
Ce travail est renvoye a une Commission composee de MM. Mo- 
quin-Tandon, president, Chatin, Dareste, Fremy et Wurtz. 

— On remarque, parmi les pieces imprimees : 1° une disser- 



PROCES-VERBaUX. &'6i 

tation inaugurate soutenue devant la Faculte de medecine de 
Paris, par M. le docteur Ch. Ozenne, el ayant pour litre : 
Essai sur les Mollusques considered comme aliments, medica- 
ments et poisons; i° uu travail de M. le docteur Ebrard, 
membre de la Societe d'horticulture de l'Ain, dont le litre est 
le suivant : Des Escargols au point de vue de l alimentation, 
de la viticulture et de I' horticulture. 



SKANCE 1)U Ik JUIN 1859. 
Presidence de M. Is. Geoffroy Saint- Hii.urk. 

M. le President proclame les noms des membres nouvelle- 
ment admis : 

MM. Almagro (Manuel de), de la Havane, medecin, a Paris, 
Arlin (Prosper), proprietaire, a Champagne-Mouton 

(Charente). 
Borel, velerinaire, a Alger. 

Breaute, commandant de place, a Medeah (Algerie). 
Cassicouri, proprietaire, maire de Gernelles, pres Me- 

zieres (Ardennes). 
Jadim (Godefroy), peintre dauiniaux, a Paris. 
Kolb (le docteur), a Alger. 
Lagneau (le docteur Gustave), a Paris. 
Lallemanu, proprietaire, au Petit-Montrouge, pres Paris. 
Lepine (J.), chef destitution a Choisy-le-Roi (Seine). 
Marmagne (Alexandre), conducteur des travaux au 

domaine de Ferrieres, pres Lagny (Seine-et-Marne). 
Pein (le colonel) commandant la subdivision de Batna 

(Algerie). 
Pkrregalx (le baron Guillaume de), proprietaire, a Neu- 

clialel (Suisse). 
Pitta (le docteun, a Funehal (Madeiv . 
Roland-Gosselin, ancien agent de change, a Passy,pres 

Paris. 
Smm-A.mvm) (le docteur de), a Meaux (Seine-el-Marne) 
S\iM-jAMKS(de), proprietaire, a Paris. . 



332 SOCIETE IMPEMAEE ZOOI.OGIQUE d'aCCLIMATATION. 

MM. Say (Constant)", proprietaire, j\ Paris. 

Tavano (le docteur), a Novo-Redondo, an Congo (Afrique 

portugaise). 
Wannebroucq (Emile), interne des hopitaux, a Paris. 

— M. le President informe que, depuis sa derniere assem- 
ble, la Societe a perdu trois de ses membres : MM. Jose Marco 
del Pont, consul general du Cbili et du Perou a Paris; le 
prince dc Metternicb, et le marquis de Villette. 

— M, Rouille, juge a Napoleon-Vendee, ecritpour remer- 
cier de sa recente admission dans la Societe. 

— Notre confrere M. Alfred Perrot annonce a M. le Presi- 
dent que, dans le but de conlribuer pour sa part au temoi- 
gnage d'affectueuse confraternite decerne par l'assemblee dans 
la derniere seance a la memoire de M. Paul Gaimard, il se met 
completement, en sa qualite d'arcbitecte, a la disposition dela 
Commission du monument a elever sur la tombe de notre 
ancien collegue. M. le President pric M. Perrot de recevoir les 
remerciments de la Societe. 

— Conformementarordre du jour special portesur la lettre 
de convocation pour la seance de ce jour, l'assemblee est 
appelee a voter sur une demande d'affiliation adressee par la 
Societe d 'horticulture et d ' acclimatatioti de T am- et -Garonne 
siegeant a Montauban. Cette affiliation est prononcee par un 
vote unanime. 

A cette occasion, M. Lignac, originaire de Moissac pres 
Montauban, exprimele desir qu'on informe cette Societe qu'il 
luiofl're ses services pour toutce qui pourrait faciliter ses rap- 
ports avec la notre. 

M. le President fait observer que cette Societe veut creer 
un jardin d'acclimatalion comme il y en a deja dansd'autres 
villes de France, soit seulement pour les vegetaux,soit en outre 
pourles animaux. M. le President cite comme ayant, des a 
present, deja commence ces applications, les villes de Grenoble, 
de Lyon, de Nancy etde Marseille. « Les idees a la realisation 
desquelles la Societe s' est consacree font done, dit-il, de remar- 
quables progres. » 



I'HOCES-VERBAUX. 333 

— M. le President informe que le reverend pere Besson, 
dominicain, prefel apostolique de la mission de Mossoul et du 
Kurdistan, sur le point de parlir pour l'Asie, olfre a la Societe 
ses services et ceux des six missionnaires qui le secondent 
dans ses travaux apostoliques. Des remerciments lui seront 
adresses. Selon son desir, il lui sera remis des graines de 
vegetaux pouvant etre utilement acclimates dans sa mission. 

— De plus, Mgr Desfleches, ev6que du Su-tchuen, pro- 
vince centrale de la Chine, voisinc du Kouy-tcheou, dans 
laquelle reside Mgr Perny, fait parvenir des oflres de service. 
II sera prie d'agreer les remerciments de la Societe. 

— M. Kaufmann, vice-president de notre Societe aliiliee 
d'acclimatation pour les Flats royaux de Prusse, donne verba- 
lement quelques details sur les progres de cette ceuvre. II 
remercie des graines qui lui ont ete envoyees, etfaithommage 
des derniers numeros qui ont paru du journal relatif a l'accli- 
matalion qu'il publie a Berlin. 11 annonce que les Societesdont 
les travaux se rattachent a ceux de la Societe centrale de Berlin 
sont maintenant au nombre de quaranle-quatre. 

— M. le Ministre des Pays-Bas en France informe qu'il a 
expedie a S. M. le roi de Hollande les graines ofl'ertes par la 
Societe, et il transmet les remerciments de son Souverain. 

— M. Brierre, de Biez (Vendee), fait parvenir une nouvelle 
serie de vingt-huit dessins en couleur reproduisant Taspect 
que presentent, pendant leur developpement, dilferents vege- 
taux exotiques dont les numeros d'envoi qui accompagnaient 
les graines sont places au-dessous des dessins. 

— M. Dupuis piesente une Note descriptive concernant 
deux varietes nouvelles de Fraises obtenues par noire confrere 
31. Graindorge, a Bagnolet, pres Paris. L'une, qui est demi- 
hative et deja passee, n'a pu 6tre placee sous les yeux de 
l'assemblee; l'autre, qui est tardive, au eontraire, est doposee 
sur le bureau. Elles ont re^u les nomsdc mndame ■■ Louesse et 
de madame Collonge. 

— M. le professeur Bazin, president du Comitc reifiunal de 
Bordeaux, annonce que M. Delisse, de Blanqucfort, inembre 
de la Societe, a vingt pieds de Vun des Nerpruns de Chine 



334 SOCIETE 1MPEUIALE ZOOLOG1QUE DACCLlMATA'flOiX. 

(celui nomine Hhamnus ch/orophorus), et qui i'ournissent le 
vert de Chine ou Loza. Ces vingt pieds, apres avoir passe 
Thiver en pleine terre, avaient atteint, au commencement du 
printemps, 1 metre a l m ,50 de hauteur. lis out fleuri et sont 
en pleine fructification. M.Delisse enverrades graines aussitdt 
qu'il les aura recoltees. 

Notre delegue donne des renseignements sur les resultals 
heureux obtenus par ce confrere et par M. Castillon, dans la 
culture des Pommes de terre de Siberie et de Saiute-Marthe, 
ainsi que du Tabac de la Nouvelle-Hollande ; il ajoute que des 
rapports seront adresses ulterieurement a la Societe sur ces 
differentes cultures. 

— M. Guerin-Menevilleecrit pour annoncer que M. C. Aguil- 
lon adresse, pour qu'on les distribue aux membres de la Societe 
qui habilent le midi de la France et l'Algerie, des cones d 1 une 
preeieuse espece de Pin {Pinus pinea tenerrima), originaire 
de Naples, et que notre confrere a acclimatee a Toulon dans 
son jardin de 1'Eygoutier. Les graines, qui sont douces et 
bonnes a manger, sont tendres comme les amandes dites Prin- 
cesses. 

A cet envoi, M. Aguillon joint des Patales douces de diverses 
varietes. 

— Un Rapport satisfaisant sur une education de Vers a 
soie de l'AsieMineure. poursuivie a Sartene (dorse) par made- 
moiselle Rosine Ortoli, est adresse par notre confrere M. le 
vicomte F. de Susini. Renvoi a la Ix" Section. 

— Le meme renvoi a lieu pour un Rapport sous forme de 
journal, redige avec un grand soin et adresse par madame de 
La Bedoyere, sur une education de Vers a soie de Perse qu'elle 
afaite a sa terre de Bragny pres Verdun, et pour une lettre 
ecrite par notre collegue M. Guerin-Meneville sur les expe- 
riences sericicoles qu'il a entreprises chez nos confreres, 
MM. E. Robert, a la magnanerie experimentale de Sainte- 
Tulle, et C. Aguillon, a Toulon. 

— M. Giot annonce les bons resultats qu'il a obtenus de 
Temploi du fumier sur un champ de Betteraves, aussitot apres 
le semis, contre les ravages d'un insecte dont les troupes 



I'ROCES-VEltBAUX. 335 

innombrahles avaient detruit en trois ou quatre jours, dans 
un espace de 6 hectares, les jeunes pousses d'une premiere 
semaille. L'insectc est un Coleoptere de tres petite taille 
(Atomaria linearis), deja signale par des degats sur des 
champs de Betteraves dans le department de l'Oise. II a ete 
l'objet d'un travail particulier de M. Hipp. Lucas {Bullet, de 
laSocie'te entomolog., 185/i, p. xxxix). 

— II est donne lecture, au nom de la Commission nommee 
pour s'occuper des moyens de destruction de la Vipere en 
France, d'un Questionnaire relatif aux fails principaux qui se 
rattachent a Thistoire naturelle de ce reptile et aux accidents 
causes par ses blessures. En ouvrant cette enquete, la Com- 
mission a pour but de reunir le plus de materiaux qu'il lui 
sera possible en vue de la solution des questions que souleve ce 
sujet important. II est decide que le Questionnaire sera insere 
dansle Bulletin, et qu'un tirage a part nombreux en permettra 
la distribution a toutes les Societes d'agriculture, a tous les 
Conseils generaux, aux Conservateurs des for6ts, ainsi qu'aux 
chefs de service de cette administration, et enfin a toutes les 
personnes en position de pouvoir adresser des reponses. 

— M. le docteur Rufz depose sur le bureau, I'ordre du jour 
n'en permetlantpas la lecture, la seconde partiedeson travail 
sur les Tortues au point de vue de I 'alimentation et de I'ac- 
climatation. II complete ainsi son sujet, en passant en revue 
toutes les especes autres que la Tortue de mer dite Tortue 
franche, qui avait ete Tobjet principal de sa premiere Note. 
Renvoi au Comite de publication. 

— M . Millet annonce que la 3' Section se propose de presenter 
un Questionnaire relatif a l'emploi du thermometre pour la me- 
sure de la temperature des eaux. II donne ensuite quelques de- 
tails sur un instrument qu'il a imagine pour obtenir les minima 
de temperature, et dans lequel il introduit de petites boules 
composeesde matieres grasses dont le degre exact de fusibilite 
est connu. Si, par exemple, une de ces boules qui doit fondre 
a -4- 5 degres est retiree intcicte, il en conclut que Teau dans 
laquelle l'instrument estplonge ne monte pas a cette tempera- 
ture. M. Millet expose aussi les resultats auxquelsil est arrive 



336 SOCIETE 1MPERIALE ZOOLOG1QUE d'aCCLIMATATION. 

dans la determination de ia temperature des poissons, en leur 
faisant avalerdes noyaux de cerises ou sont renfermees des 
boules fondantes dont le degre de fusibilite est bien deter- 
mine. II a trouve ainsi que leur temperature depasse un peu 
celle du milieu dans lequel ces animaux vivent. 

— M. P. Jannet, membre de la Societe, adresse line Notice 
sur trois ouvrages relatifs aux diverses races de Gallinaces 
eleves dans les basses-cours, et dont la publication recenteest 
due a M. Ch. Lcefler (de Berlin). Cette Notice est renvoyee a 
l'examen de la 2 e Section. 

— M.Davelouis fait connaitre qu'il ne lui est pas possible de 
se rendre a la seance de ce jour, et par consequent de pre- 
senter a Tassemblee une carte qu'il adressee pour les travaux 
de la 2 e Section. II annonce, en sa qualite de secretaire de cette 
Section, qu'elle a, comme les annees precedentes, nomme une 
Commission permanente qui s'assemblera regulierement pen- 
dant Tintervalle des deux sessions. Cette Commission se 
compose de MM. Berrier-Fontaine, Davelouis, J. Delon, Hubert- 
Brierre et Florent Prevost. M. le President informe que des 
remerciments seront adresses a la Section pour ce nouveau 
temoignage de son zele. 

— 31. Ferdinand Denis, qui a rendu plusieurs services a la 
Societe et qui s'interesse beaucoup aux tentatives d'acclimata- 
tion, envoie le renseignement hislorique suivant qu'il a extrait 
du journal ayant pour titre : Revista Irimensal de Rio de 
Janeiro, t. XV, p. 18 : « Les premiers Lamas ou Guanacos 
(ce qui n'est pas tout a fait la meme chose) furent envoyes a 
Charles-Quint par le navigateur Diego Garcia en 1527. » 

— M. Girard, professeur de sciences physiques et naturelles 
au college Rollin, transmet uneNote concernant des tentatives 
heureuses d'acclimatation sur des Chevres de race tibetaine 
dites Chevres-cachemire, poursuivies pendant vingt annees, a 
partir de 1820, aux environs de Reims, par M. Petit-Hutin. 

Notre confrere annonce, en outre, que cet agronome a 
contribue, en Champagne, d'une maniere efficace, a la pro- 
pagation destroupeaux Meri?ios,et a rec^u trois medailles d'or 
de la Societe d'agriculture de Chalons. . 



PUOCfeS-VERBAUX. o'o7 

— M. Bouteille, secretaire general de la Societe zoologigue 
des Alpes, annonce qu'une femelle de Yak, deja malade depuis 
assez longtenips, a succombe, mais que les autres animaux de 
cette meme race sont depuis plus de deux mois deja sur la 
montagne, et jouissent d'un parfait etat de sante. 

— M. Dutrone, dans le but d'inslituer une race bovine 
bretonne sans comes, comme il a deja constitue la race coten- 
tine a tete nue, annonce qu'il vient de faire l'acquisition d'une 
petite Vaclie arabe sans cornes qu'il croisera avec un Taureau 
de Bretagne. 

II demande que la Commission qui s'est occupee des deux 
Bceufs a tete nue nommes Sarlabot I", et Sarlabotll, soit char- 
gee d'examiner cette Vache arabe, ainsi que le troisieme spe- 
cimen de la race du Cotentin sans cornes, qui va etreprochai- 
nement abattu au profit des Bureaux de bienfaisance de Paris, 
Sceaux et Poissy et de la caisse de secours de la Boucberie. 
Renvoi a la Commission precedemment designee. 

— 11 est donne lecture d'une proposition de la Commission 
permanente de l'Algerie, contenant le vceu que « la Societe 
imperiale d'Acclimatation veuille bien prier M. le Ministre de 
l'Algerie et des Colonies de faciliter par tous les moyens en 
son pouvoir les etudes experimentales necessaires pour doter 
I'Afrique franchise des animaux utiles, notammentde Chevaux 
de trait, qui manquent a l'agriculture et a I'industrie de ce 
ricbe et beau pays. » 

M. J. Dupre de Saint-Maur, proprietaire de la ferme 
d'Arbal (province d'Oran), insiste pour qu'il soit donne suite 
au vceu qui vient d'etre exprime; car, malgre la presence dans 
notre colonie d'animaux de pur sang qui peuvent elre croises 
avec des Juments provenant de la reforme de 1'armee, il faut 
de toute necessile, pour avoir des Chevaux de trait, introduire 
des clalons de race percheronne. II fait ensuite observer que 
dans la province d'Oran, on s'est deja occupe beaucoup plus 
que dans celle d' Alger de la production de la race che- 
valine. 

M. le comte de Fontenay presente ensuite quelques obser- 
vations sur les precieuses qualites des Chevaux du Perche, et 



338 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQLi: d'aCCLIMATATION. 

sur la prudence qu'il faut apporter dans le choix des croise- 
ments auxquels on veut les faire servir. 

La proposition de la Commission permanente do l'Algerie 
est renvoyee a Texamen du Conseil. 

— M. John Le Long annonce de Parana renvoi : 1° d'un 
certain nombre de cocons d'un Ver a soie qui vit sur Parbre 
dit Espenillo (Mimosa), et qu'il n'a trouve sur cet arbre que 
dans les provinces d'Entre-Rios et de Santa-Fe, c'est-a-dire 
du 33" au 30 e degre de latitude sud ; 2° d'une collection de 
graines provenant de diverses plantes medicinales, textiles, 
tinctoriales et oleagineuses, dont racclimatation, pense-t-il, 
sera facile dans le midi de la France ou en Algerie ; elles 
sont toutes etiquetees et la plupart accompagnees de l'indica- 
tion de la latitude etde la qualite des terres ou elles croissent 
naturellement ; 3° de differents tubercules, et particulierement 
eeux de la Pommede terre indigene; h° d'oiseaux, dont il a 
deja parte dans une lettre precedente, et qui sont le Pavo del 
monte (Dindon des bois), et le Mitu (nom guarani), dont la 
chair est excellenle et sur lequel il adresse une Note detaillee. 

— M. Pepin depose sur le bureau un specimen de graminee 
tres precoce, I'Alpistebleuatre [Phalaris ccerulescens , Desfont.) 
qui formera, un jour, dit-il, d'excellentes prairies naturelles; 
elle croit spontanement en Egypte ainsi qu'en Algerie, et il en 
a obtenu Vacclimatation en France, ou il la cultive en pleine 
terre au Museum d'histoire naturelle depuisplus de trente ans. 
Notre confrere joint a cet envoi une Note detaillee sur cette 
plante et sur le mode de culture qui lui convient. 

— M. Bouchard-Huzard fait hommage d'un volume com- 
prenant la fin de la premiere partie de son ouvrage sur les 
Constructions rurales. M. le President adresse a notre confrere 
les remerciments de la Societe, et renvoie ce livre al'examen 
de la Commission qui a deja ete chargee de faire un Rapport 
sur le premier fascicule. 

— M. Girard offre a la Societe un ouvrage qu'il a publie 
en 1857 sous ce titre : Vie et travaux de Francois Peron, et 
qui a ete couronne par la Societe d'emulation de l'Allier. Notre 
confrere accompagne ce livre de la Note suivante, quimontre 



I>R0CES-VKUB\IX. 339 

que, des 180/i, 1'habile naturalisle, mort peu de temps apresle 
retour de son grand voyage, appreciait tous les avantages que 
petit promeltre 1'iniportation d'animaux utiles dans des pays 
autres (|ue Cell* ou ils vivent d'ordinaire. « Peron, dit-il, indique 
un certain nombre d'animaux auslraliens dont l'acclimatation 
serait desirable. Tels sont le Dromee ou Casoar, dont il a trouve 
excellents la chair et les ceufs; leCygne noir ; 1'Oie du detroit 
de Bass (Cereopsis cinereus) ; plusieurs Kanguroos : K.gr\s(Ma- 
cropus rufogriseus, Geoff.) •, le Potoroo elegant, dont la chair 
est preferable a celledu Kanguroo geant; enfin le Phascolome 
wombat, deja rendu domestique a la facon du Lapin par les 
pecheurs anglais etablis sur l'ile de King au commencement de 
ce siecle. Peron signale un Zebre qu'il ramena parfaitement 
dresse, se laissant bien monter. 11 a egalement essaye de rap- 
porter vivant en France le poisson a chair delicieuse, nomme 
Gourami (Osphromenus olfax). » 

A l'occasion de ce poisson, le Secretaire rappelle les tenta- 
lives genereuses repetees a plusieurs reprises par notre con- 
frere M. Lienard pere, de l'ile Maurice, pour doter la France 
de cette precieuse espece. 

— On remarque, parmi les pieces imprimees, de nombreuses 
brochures relatives aux travaux des Comites d'acclimatation 
de Moscou. Elles sont deposees surle bureau par M. le profes- 
seur Anat. Bogdanow, fondateur de ces Comites, et a qui M. le 
President transmet aussitotles remerciments de la Societe. 

— M. le President, apres avoir rappele que cette seance est 
la derniere de la session 1858-1859. donne quelques details 
sur les trois grandes questions qui ont occupe la Societe pen- 
dant cet espace de temps : 1° le choix, 1'acquisition en Algerie 
et le transport des Dromadaires destines au Bresil : 2° la deter- 
mination prise par la Societe de faire venir du Perou en France 
des Alpacas et des Vigognes ; 3° enfin, la fondation du jardin 
zoologique d'acclimatation dubois de Boulogne, ou les travaux, 
entrepris des que les automations administratives ont ete 
obtenues, sont poursuivis avecactivite. 

Le Secretaire des seances, 
Aio. DUMfiML. 



SAO SOCIETY 1MPERIALE ZOOLOGIQUE I>'aCCLIMATaTION*. 

III. FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. 



Inscription de S. M. le Roi dc Grece snr la liste des 
membres de la Societe. 

Le Conseil d'administration de la Socie'te" a recu , dans sa stance du 
29 juillet, la nouvelle que S. M. le Roi de Grece a bien voulu donner un 
t^moignage de la haute bienveillance qu'il accorde a nos iravaux, en auto- 
risant Inscription de son nom sur la lisle des membres de la Societe". 

Cette nouvelle a e'le' annonce"e au Conseil par M. Drouyn de Lhuys, vice- 
president de la Socie'te', qui en avait ele" lui-mgme informe par une leltre 
de M. de Montherot, ministre de France en Grece. « Le roi Othon, » dit 
M. de Montherot dans cette leltre, « est charme* d'associer son nom a ceux 
» des autres Souverains qui patronnent la Socie'te" d'acclimatation. » 



Seance annuclle de la Societe d'acclimatation de Nancy. 

Nous avons insure", dans le dernier nume^ro, un exlrait du Compte rendu 
des Iravaux de la Societe d'acclimatation des Alpes, par M. Bouteille. 
Nous donnonsaujourd'hui un extrait de ceux de la Societe regionale pour 
la zone du Nord-Est (Society d'acclimatation de Nancy), par son honorable 
secretaire ge*n£ral, M. le baron G. de Dumas. 

Messieurs, 

Comme il est bon que, dans une assemblee generale, on puisse presenter aux 
societaires les recettes et les depenses de l'exercice ecoule, les grandes seances 
periodiques sont moins bien placees a la fin des annees dont il s'agit de passer la 
revue qu'au debut des annees suivantes. Aussi tel est l'usage adopte par la So- 
ciete imperiale d'Acclimatation, dont la v6tre est la fille. 

Pendant 1857 et 1858, vous avezjete du jour surplusieurs chapitres concer- 
nant ou l'acclimatation proprement dite, c'est-a-dire l'introduction de nouvelles 
ressources, ou bien le perfectionnement et l'extension des ressources existantes; 
ce second resultat n'etant pas, a vos yeux, moins interessant que le premier. 
Acclimater des Ures nouveaux, voila ce qu'on regarde assez generalement, mais 
a tort, comme l'unique but de vos sollicitudes; — utiliser les elres d'une facon 
nouvelle, a la bonne heure. Si ce n'est pas la le corps et la leltre de votre devise, 
e'en est l'esprit. 

Le premier argent gagne, disait Franklin, e'est celui que Von a, pourvu qu'on 
sache le bien employer. De meme, les premiers vegetaux, les premiers animaux 
dont l'Europe ait a s'occuper, ce sont ceux qu'elle possede; et la tache d'une 
Societe comme la votre, messieurs, est de verifier d'abord s'ils sont bien mis en 
oeuvre, s'il n'y aurait pas a en titer plus de profit qu'on ne sait le faire. Com- 
baltre perpetuellement l'inertie et la routine, communiquer aux esprits une sage 
hardiesse, tel est le point essentiel ; mais le progres, le benefice a obtenir n'a pas 
toujours besoin de venir d'une source etrangere au pays. Ameliorer peut quel- 
quefois dispenser d'innover. 

Les deux grands rameaux du regne organique se sont partage vos soins. 
Voyons d'abord la division vegetale. 

Vous avez encourage vos concitoyens a cultiver l'lgname de Chine. L'Igname, 



FAITS DIVERS. 341 

— ties bon aliment, dont l'arrachage seul rend la reeollc assez difficile, — est 
assurement le meilleur des succedanes de la Pomme de terre. 

S'il ne faut pas s'attendre, cornme en Algerie et pent-etre en Provence ou en 
Languedoc, a voir le Sorgho prendre chez nous une place dans l'industrie sucriere, 
il promet ici un excellent fourrage. Sous ce rapport, vous en avez recommande et 
rendu facile la semaille. 

Vous avez fait tenter la culture de Carottes, de Navets et d'Oignons venus de 
Russie, dont l'origine septentrionale donne lieu d'esperer une rusticitc plus 
graude. Vous avez aussi distribue des Pois oleagineux ; et si le public, toujours 
si long a sortir de I'indifference, n'a pas encore su tirer parti de ce legume, tene- 
ment populaire a la Chine, ce n'est pas que l'acquisition en soit impossible, car 
Tun des essais fails par vos membres a tres bien reussi. 

Mais une de vos entreprises les plus louables et dont la poursuite vous fera le 
plus d'honneur, e'est la demande que vous formez tous les ans, de voir planter 
les routes ; de les voir planter non en peupliers, mais en arbres varies et utiles, 
et surtout en arbres a cidre. G'est aussi, messieurs, la guerre incessante que vous 
faites a la plus facheuse erreur dont nos contrees soient victimes ; nous voulons 
dire a la ridicule et funeste manie qui y domine, de detruire partout les haies et 
les buissons. Nudite des routes, nudite m£me des campagnes, voila deux fleaux 
dont il faudra longtemps pour triompher, parce que, sur ce chapitrc, l'Fgnorance 
a pris pour alliee l'Avarice. 

En quitt<jnt le regne vegetal pour le regne vivant proprement dit, nous nous 
trouvons sur un terrain ou votre action a moins de facilite pour s'exercer. II n'est 
pas, en effet, si aise de se procurer des animaux que des plantes ; il est surtout 
plus couteux de les entre^tenir. Cette branche de l'acclimatalion parait done peu 
en rapport avec la modicite de vos ressources. Malgre cela, vous etes parvenus a 
creer une oisellerie, qui, si elle n'est pas encore remplie d'especes fort rares, 
commence toutefois a exercer sur les basses-cours du pays une influence avan- 
tageuse. A present, que la construction du batiment va se trouver payee, et que 
le soin de loger les volatiles ne sera plus l'affaire majeure, il deviendra possible 
d'appliquer un peu plus d'argent aux oiseaux eux-m6mes; et deja vous venez, 
grace a l'obligeancede M. Sacc, de placer dans une de vos loges la Perdrix alpestre 
dite de roche. 

Depuis quatre ans, messieurs, vous avez appele l'attention publique sur le Coq 
de bruyere, et signale les essais entrepris dans les Vosges pour domestiquer cet oi- 
seau. Commences a Etival par M. de Rosieres, ils se continuent a Remiremont sous 
la direction de l'un de vos membres les plus intelligents et les plus hardis, 
M. Galmiche. 

Vous n'avez pas encore de menagerie pour les quadrupedes, et il sera difficile 
d'en former une tant que le nombre ou la liberalite de vos membres ne viendra 
pas a s'augmenter. De belles choses seraient a faire si quelque citoyen genereux 
venait a tourner de votre cote ses munificences pecuniaires. En attendant, comme 
marque d'estime et comme temoignage du rang dont vous jouisscz dans l'opinion, 
vous avez rem de M. Rarbey, l'armateur, un superbe Lama. 

Aides par la complaisance de plusieurs de vos confreres, vous avez eleve' des 
betes caprines de diverses sortes. Si la Chevre de Nubie n'a pas pu, malgre les 
soins les plus parfaits, s'habituer a notre climat, trop different du sien, celle 
d'Angora, originaire d'un pays plutot sec que chaud, a beaucoup mieux resiste au 
changement de lieu. Amenes en Lorraine dans un deplorable etat de sante, les ru- 
minants de cette race n'y ont pas peri tous ; bien s'en faut. Plusieurs d'entre 
eux s'y sont retablis, voire meme reproduits ; il ont fourni de belle laine et fait 
naitre de beaux Chevreaux. Pcut-etre les resultats ont-ils ete moindres que ceux 
qu'on oblieodra dans le Cantal, ou la Socicte impdriale vient de les reunir au 
troupeaudesCevennes; mais les experiences faites par vous dans la Meurtheet dans 
les Vosges auront prouve qu'en somme l'Angora peut y subsister et s'y multiplier. 



3/|2 SOCIETE 1MPER1ALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

Aussi zeles partisans des sages idees conservatrices que vous etes ennemis de 
la routine, vous vous opposez fortement a toutes les destructions inintelligentes. 
A cote du vandalisme qui brise ou gate les ceuvres de l'art, il y en a un autre 
qui ravage les ceuvres de la nature Depuis quelque temps, comme on suit, le pre- 
mier des deux est en recul ; mais le second reste en progres, parce que sur ce 
point l'opinion s'egare encore. Or, vous ne laissez passer aucune occasion de la 
redresser. Ce que vous avez fait pour combattre le prejuge relatif aux haies et 
buissons, vous le faites pour une autre aberration d'espnt que, maintes fois, des 
voyageurs qui traversaient la Lorraine ont signalee comme une affligeante bizar- 
rerie de notre province. Vous ne craignez pas d'attaqucr, malgre son credit, l'idee 
stupide (plus stupide encore que cruelle) qui, non-seulement permet ici, mais en- 
courage la tendue aux oiseaux a bee fin ; a ces precieux insectivores donl pas un 
seul n'est inutile et dont on ne possede jamais assez de nichees. L'ernur que 
vous osez fletrir, est cependant aussi triompbante que possible. Cette tuerie des 
jobs chanties du printemps, on l'a regularises, pronee, misea la mode. 

Par des raisons analogues (quoique avec moins de chaleur, parce qu'ici les in- 
convenients, soit maleriels, soit moraux, sont beaucoup moindres), vous avez 
aussi deconseille, messieurs, la guerre faito aux oiseaux de nuit, lesquels, se 
nourrissant de mulots et de campagnols, rendent, par leur existence, service aux 
laboureurs, et devraient etre favorises dans les l'ermes. 

Vos demarches deja anciennes pour essayer de faire peupler des cours d'eau, 
et voire souscription en faveur de la famille Remy, avaient laisse voir, des l'ori- 
gine, quel interet vous preniez a la pisciculture. Vous avez continue d'en suivre 
avec attention les progres, toujours prets que vous etes a y faire songer les in- 
differents, la ou il y a quelque chance de la repnndre, 4 et publiant les noms des 
operateurs qui la propagent. N'est-ce pas dans voire zone regionale qu'elle a pris 
naissance' et tous ceux qui s'en disputent rinvention ne sont-ils pas Lorrains? 

Plus recemment, vous venez d'eveiller fortement l'atlention puhlique sur une 
autre industrie agricole, sur la sericiculture. l.e membre qui, dans votre Conseil 
regional, represente specialement les Vosges, a remue de nouveau cette belle 
question ; il ne croit pas impossible en Lorraine l'education des Vers a soie. Et, en 
effet, dut-on s'abstenir d'y clever le Bombyx ordinaire (qui cependant y a vecu 
autrefois, tant a l'aide du murier que de la scorsonere), aucune difficulte ne pa- 
rait exister pour les deux nouveaux Vers exotiques dontM. lluerin-Meneville tra- 
vaille si activement a doter la France ; car l'un pourrait vivre des feuilles du char- 
don a foulon et l'autre des feuilles de l'ailante glanduleu^ (vernis du Japon). 

Nous aurions a mentionner aussi votre post-scriptum,cobrt mais decisif, ausujet 
de l'hippophagie ; car, sans etre revenus ex professo sur une these dont votre pre- 
mier volume contenait, par des temoignages empruntes a tous les pays et a tous 
les siecles, la demonstration presque surabondante, vous avez du moins enre- 
gistre le fait final et peremptoire qui ne permet plus aux reglmaux la moindre 
incertitude, puisqu'il s'est passe a Nancy. Superieure a tous les plaidoyers du 
monde, cette experimentation (,faite, comme vous savez, chez un de vos membres) 
a constate et mis en lumiere un resultat, fort aise a prevoir, mais etonnant encore 
pour bien des gens : dix hommes sains de corps et desprit, dix invites Hon 
aver lis, a qui Ton avait servi du cheval, a qui pourtant on en avait servi sous 
la forme la plus simple (roti non deguise par aucune sauce), ne s'en vtaievl pas 
meme apercus, et n'avaient su distinguer, ni en bien nien mal, qu'ils mangeaient 
la autre chose que du filet de bceuf. 

Sans doute, on ne saurait, malgre rnille de ces demonstrations accablanles, 
esperer de vaincre, d'ici a longtemps, rentetement, la peur absurde des popula- 
tions occidentales ; car les prejuges sont d'autant plus tenaces qu'ils sont plus 
bStes, et la deraison, quand elle est au comblc, semble puiser une double force 
dans son enormite meme. Non, sans doute, nos Europeens n'arriveront guere plus 



FAI1S DIVEKS. Zkl 

vite a manger du cheval que les Hindous a manger du boeuf, ou que le* Levantins 
a manger du pore. Quelque atTligeant qu'il soil, et pour l'honneurde 1'humanite, 
el pour son bien-clrc, de songer qu'une routine insensee condamne encore nos 
conciloyens, meme en presence de la cherle croissante des vivrcs de boucherie, 
a se priver et a priver leur prochain d'une substance nutritive excellente, aussi 
agreable au gout que favorable a la sanle, il faut bien prendre en patience un 
pareil aveuglement, et s'attendre a le voir durer longtemps, surtout chez les Fran- 
cais, ces passionnes adversaires de tout ce qui n'est point a la mode. Mais il n'y 
a pas la motif suffisant pour cesser un moment de parler et d'agir aupres d'eux en 
faveur de la verite. 



Lettre He HI. fciierin-JIeiieville. 



M. Gueriu-Meneville, qui fait en ce moment un voyage se'ricicolc dans 
le Midi, a adresse" a M. !e President une lettre deslin^e a faire connaltre les 
principaux re\sultats qu'il a obtenusou conslates. 

Nous croyons devoir metire celle lellre sous les yeux de nos lecteurs, en 
altendant le Happoit que noire savant confrere a 1'intenlion de faire au 
Conseil, apres avoir achevd ses voyages en France et en Alge"rie. 

Toulon, lu 21 juin 1859. 
Monsieur le President, 

Permettez-moi de dortner brievement a la Societe quelques nouvelles des 
uombreuses experiences sericicoles que j'ai entreprises pour elle, chez nos de- 
\ on. > confreres MM. E. Robert, de Sainte-Tulle, et C. Aguillon, de Toulon. 

Chez M. E. Robert, les nombreuses categories de graines du Ver a soie du 
murier appartenant a la Societe ont 6teelevees separement, et cependant dans les 
conditions de la grande culture. Elles ont montre des phenomenes ties divers et 
presque tons plus ou moins alarmants, qui ont necessity un redoublement de soins 
pour isoler chaque experience. J'ai du me rendre plusieurs fois cliez M. E. Ro- 
bert pour constater et noter les diverses phases de ces educations experimentales 
et si utiles pour bien connaitre l'etat de I'epidemie qui ravage encore les Vers a 
soil 1 , et il est rcsulto de ces observations, qu'il serait trop long de mentionner ici, 
que la gattine est encore dans presque toutes les graines des diverses provenances 
dont la Societe a dispose, et qu'il est impossible de faire de la bonne graine avec 
les cocons obtenus des races qui ont le mieux reussi ; que j'y ai constate des 
traces plus ou moins intenses de gattine. Parmi les races qui ont ete les moins 
atteintes, il faut placer en premiere ligne la graine faite en Orient par noire sa- 
vant confrere M . Rourlier. 

Quant aux experiences faites chez M. Aguillon avec des Vers a soie exotiques 
et avec quelques cocons de Ver a soie du murier obtenus au Jardin des plantes, 
elles ne sonl pas encore terminees et promeltent beaucoup de travail et des re- 
sultatstres divers. Ainsi les cocons de Ver asoiedu murier out donne des Papillons 
mous, faibles, souvent taches et porlant tous les caracteres de la gattine intense, 
et je n'ai pas cru prudent de garder les rares graines qu'ilsont donnees autrement 
que pour constater I'annee prochaine qu'elles donneront des Vers gattines. Les 
cocons de la race Trevoltini (de mademoiselle de Susini) if out pas ete meilleurs ; 
mais, cependant, j'eleve en ce moment des Vers provenant de la ponte des rares 
papillons, a peu pies sains, que j'en ai obtenus, et qui sont eclos douze jours apres 
la ponte, au lieu de rester inactif* jusqu'aii printemps prochain, comme ceux des 
races annuelles. Je vais suivre ce'.te education avec beaucoup d'inter^t et de soin. 
Les cocons de Ver a soie du ricin, que j'ai encore conserves I'hiver dernier dans 
de la flanelle pour les empecher d'eclore, m'ont donne des papillons vers la fin 
de mai, et les oeufs que j'en ai obtenus vienncirt d'ecloTe. Je vais elevcr ces Vers 



344 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOG1QUE d'aCCLIMATATION. 

avec du ricin, car il n'y a pas de chardon a foulon ici. Des cocons de la meme es- 
pece, provenant des educations du Jardin des plantes, m'ont donne des papillons 
quelques jours apres, et leurs ceufs eclosent en ce moment. 

Quant aux metis de ricin et vernis du Japon, les cocons que j'ai apportes ici 
sont eclos des mon arrivee; et, dans ce moment, j'ai en plein air des Vers pres 
de faire leurs cocons. , 

Les Vers a soie du vernis du Japon, dont j'avais apporte de nombreux cocons, 
ont donne leurs papillons beaucoup plus tard, car les premiers n'ont eclos que le 
5 juin. Depuis, il en apparait tous les jours ; et je suis constamment occupe a re- 
cueillir leurs oeufs et a les separer par journees de ponte. 

Le fait le plusinteressant est l'eclosion simultanee enfin de males et de femelles 
du Ver a soie du chene (Bomb. Mylilta), et surtout d'un moyen d'avoir des accou- 
plements en domesticite, sans etre oblige d'attacher les femelles et de mettre les 
males en liberie au risque de les perdre. Sans entrer ici dans le detail des conside- 
rations qui m'ont engage a faire cet essai, je dirai tout de suite qu'ayant coupe une 
aileau male pour luioter touteideede voler,et l'ayantmis, avec deux femelles nees 
le meme jour, sous une cloche de toile metallique placee le soir dans un buisson 
du Jardin, j'ai trouve, le lendemain, un accouplement qui a persiste toute la jour- 
nee. Ces deux individus s'etant separes le soir, j'ai retire la femelle fecondee, qui 
m'a donn6 ensuite beaucoup d'oeufs, et j'ailaisse le male avec l'autre femelle. Se 
resignant probablcment a l'esclavage, puisqu'il se sentait dans l'impossibilite de 
voler, le male, a ma grande surprise, ctait accouple le lendemain avec la seconde 
femelle, qui me donne actuellement de nombreux oeufs. 

Je compte bien renouveler l'experience de la mutilation du male des que j'en 
aurai d'autres ; car, si elle reussissait toujours, elle donnerait un moyen certain 
d'avoir surement des fecondations d'especes rebelles, telles que le Polypheme de 
l'Amerique du Nord, et d'autres encore. Et peut-etre ce procede permettrait- 
il d'obtenir la fecondation de beaucoup d'autres papillons que les entomologistes 
ne sont jamais parvenus a faire reproduire en domesticite. On arriverait a ce ru- 
sultat sans etre oblige d'attacher les femelles et de lacher les males, ce qui expose 
a les perdre, surtout dans un pnys tres peuple comme la France, ou sont tant 
de jardins pleins d'oiseaux domestiques ou sauvages, et d'autres ennemis 
susceptibles de devorer ces males ainsi laches, sans leur laisser le temps de venir 
feconder les femelles captives. 

Je borne la, pour aujourd'hui, cette leltre, reservant pour des notes plus detail- 
lees les nombreuses observaiions que je fais journellement, et qui me tiennent ici 
dans une sorte d'etat d'esclavage : car je ne puis plus quitter mes experiences un 
seul jour, tant les travaux qu'elles necessitent sont minutieux, multiplies et in- 
cessants. 

J'ai eu le plaisir de voir ici noire savant confrere M. Jules Gloquet, dans son 
admirable jardin dufort La Malgue, qu'on peut nommer a juste titre un veritable 
jardin d'acclimalation. II ne tardera pas a retourner a Paris, ou il vous fera 
connaitre les remarquables experiences qu'il a institutes, et que je vais suivre 
avec le plus vif interet, pour arriver, comme lui, a faire murir les dattes dans 
nos contrees. 

Veuillez agreer, etc. Guerin-Meneville. 

Pour le Secretaire du Conseil absent, 

Le Secretaire des seances, 
Aug. Dcm^ril 



VENEZUELA. 346 



I. TRAVAUX DES NEMBRES DE LA SOCIETE. 



NOTICE GEOGRAPHIQUE ET CL1MATOLOGIQUK 
SUR VENEZUELA. 

POSITION GEOGRAPHIQUE, ASPECT PHYSIQUE 

DU PAYS, SAISONS, ZONES CLIMATERIQUES, OBSERVATIONS 

METEOROLOG1QUES. 

Par 'I A. ■>■ 101 Itltill 

Cliuncelicr du Consulat de (Vance, 
Uclt'jjuii de la Societc impcrialc d'Accliraatation a Caracas (Venezuela). 



(Seance du 15 avril 1859.) 

I. — Position geographique. 

Venezuela est une des trois sections qui formerenl, lors de 
lindependance de l'Amerique du Sud, la grande republique 
de Colombie (1). 

Cet Etat a pour limites : a Test, la Guyane anglaise ; au sud, 
■'empire du Bresil; a l'ouest, la Nouvelle-Grenade, etau nord, 
I'ocean Atlantique, sur lequel ses c6tes lormentune courbe de 
5221ieues d'etendue et renferment 50 rades et 32 ports. 

Placee a I'extremite septentrionale de l'Amerique du Sud, 
cette republique se trouve comme a l'avant-garde des jeunes 
nations du nouveau continent. Son territoire s'etend du 
1" degre S'au 12 e degre 16' de latitude boreale, et comprend 
J 5°?/ de longitude, savoir : 8° A9' a Test du meridien de Ca- 
racas et 6° 13' a l'ouest. Caracas, qui en est la capitale, est 
situee a 69°25'de longitude occidentale du meridien de Paris. 

La superficie totale de Venezuela embrasse 35 951 lieues 

(i) Les deux amies sonl In republique de la Nouvelle-Grenade et celle 
de I'tquateur. 

T. VI. — Aout 1859. 23 



3A6 S0CIETE 1MPEK1ALE ZOOLOGIZE d'aCCLIMATATIOIN. 

carrees, non compris plus de6000 lieues disputables avec les 
nations limitrophes, et ne comple qu'environ un million et 
demi d'habitants. 

II. — Aspect physique du pays. 

Tout est gigantesque en Amerique : les montagnes, les 
lleuves et la masse de la vegetation. Ce n'est point comme 
dans notre vieille Europe, ou l'homme semble avoir maitrise 
la nature. Dans le nouveau monde, l'homme isole se sent 
petit a l'aspect grandiose de cette nature imposante; emu par 
le silence profond de ces vastes solitudes, il n'a que la con- 
science de sa faiblesse individuelle. 

Sur toute I'etendue du littoral de Venezuela s'eleve une 
Cordillere qui s'avance jusquedans la mer, ramification d'une 
partie des iles qui avoisinent la cote. Plusieurs branches du 
meme systeme sont echelonnees en lignes paralleles vers la 
partie meridionale, etbornent la region des savanes. Dans les 
intervalles qui separent ces montagnes et sur leurs plateaux 
setrouventde vastes et fer tiles vail eesarrosees par de nom- 
breuses rivieres, des lacs et une infinite de courants d'eau. 
(Test la partie la plus peuplee et la plus cultivee du pays ; elle 
occupe une etendue de 1460 lieues carrees de 20 au degre, 
sur une superficie de 2000 lieues. 

Deuxautres grands systemes complement la partie monta- 
gneuse de Venezuela. Le premier appartient a rimmense 
chaine des Andes, dont un rameau sert de limites occidentales 
avec la Nouvelle-Grenade. La branche la plus importante de 
ce systeme est consideree comme la region alpine de ces con- 
trees, c'est la region des Paramos. Tandis que la cime de ces 
masses enormes est couronnee de neige et privee de toute 
vegetation, leurs bases sont couvertes de forets epaisses, 011 
croil sans culture le Theobroma cacao. Son etendue est de 
1765 lieues carrees sur une superficie de 2000 lieues. 

Le troisieme systeme est celui de la Parima ; ilse distingue 
des deux autres par sa position et sa constitution geologique. 
Ce systeme va se perdre, sur un espace immense, dans les 



NINEZUELV. 347 

I in ^mcs limitrophes; la vaste region qu'il embrasse presente 
un terrain convexe, peu eleve, qui se prolonge de Test a 
I'ouest, sur lequel on voit percer de distance en distance, 
entre des forets et des prairies naturelles, des montagnes plus 
ou moins baules, de formes bizarres, dont les sommels les 
plus elevcs, bien qu'ils ne parviennent point aux limites des 
neiges perpetuelles ni a la region i'roide et orageuse des Para- 
mos, sont depourvues de vegetaux. La partie de la chalne de 
la Parima comprise sur le territoire venezuelien, actuellement 
reconnu, occupe une etendue de 510/1 lieues carrees et une 
superiicie de 20 000 lieues. 

III. — Bassins hydrographiques. 

La nature, si prodigue pour ces contrees, a place dans le 
COMir des groupes de montagnes qui separtagent le territoire 
de Venezuela , des sources intarissables d'eaux vives qui 
fecondentla terre, se reunissent en lacs immenses, et torment 
degrandes voies de communications tluviales. 

Le vaste sol decette republique est traverse par 1050 ri- 
vieres, dont 4 2 seulement prennent naissance bors du pays, 
dans I'Etat voisin de la Nouvelle-Grenade. Les diverses direc- 
tions de ces nombreux courants constituent liuit bassins hy- 
drograpbiques, designes sous les denominations suivantes : 
bassins de TOrenoque, du Cuyuni, du rio Negro, du lac de 
Maracaibo, du lac de Tacarigua ou de Valence, du golfe de 
Cariaco, du goll'e de Paria et des versants a la mer des 
Antilles. 

Bassin de I'Orenoque. — L'Orenoque est le principal fleuve 
de Venezuela ; c'est un canal naturel qui traverse le pays 
d'une extremitea l'autre et communique avec les principales 
provinces de la republique par ses nombreux affluents. Sur 
116 lieues de cours, 400 sont navigables '; ses grands tribu- 
taires, au nombre de 436, non compris plus de 2000 petites 
rivieres, lui apportent les eaux que leur fournit une superficie 
de 31 000 lieues carrees. Son bassin . une Ibis et demie 
grind comme la France, recoit une quantite triple d'eau de 
pluie. 



348 S0CIETE IMPEK1ALE ZOOLOGIQUE u'aCCLIMATATION. 

HassinduCuyuni. — Le bassin du lleuveCuvuni embrasse 
un espace de 3699 lieues carrees. Quatre-vingt douze rivieres 
principales, parmi lesquelles on compte le Yurnari, fameux 
aujourd'hui par ses depots auriferes, et 400 petits couranls, 
composent ce bassin, que termine l'Esequiveou le Cuyuni lui- 
meme a son embouchure. On calcule qu'il y tombe annuelle- 
ment 90 pouces d'eau. 

Bassin du rio Negro. — Le rio Negro est ainsi appele du 
nom indien Curana, qui signifie noir, parce que ses eaux sont 
extremement noires. II entre sur le territoire de Venezuela 
par la Nouvelle-Grenade, qu'il traversesous le nom deGuamia, 
et prend sa source sur un terrain inconnu, dans des forets 
eloignees de la Cordillere des Andes. Le bassin du rio Negro, - 
qui correspond au Venezuela, embrasse une superficie de 
•2350 lieues carrees, sur laquelle les ea-ux pluviales sont cal- 
culees a 100 pouces par an. Ces eaux sont portees au rio 
Negro par 36 grands affluents et 60 petites rivieres. Le prin- 
cipal de ses tributaires est le Casiquiare, bras de TOrenoque, 
de 72 lieues de navigation, qui relie ces deux grands fleuves 
a TAmazone. 

Du lac de Maracaibo. — Le lac de Maracaibo a 214 lieues 
de circonference, et ses eaux occupent une superficie de 
700 lieues carrees. Ce grand recipient est alimente par 
120 rivieres principales et 400 petits versants, qui lui appor- 
tentles eaux recueillies sur une etendue de 2900 lieues carrees 
du territoire de Venezuela et de 400 lieues de la Nouvelle- 
Grenade. On evalue les eaux pluviales qui tombent annuel- 
lement dans la partie meridionale du lac a 86 pouces 1/2; 
mais, dans la partie septentrionale, elles ne s'elevent qu'a 
52 pouces. 

Du lac de Valence. — Le lac de Valence, prirnitivement 
nomine Tacarigua par les indigenes, ne le cede point en 
beautes naturelles a celui de Geneve. Sa situation au centre 
de la vallee la plus fertile de Venezuela et des groupes de 
montagnes qui Tentourent offre les perspectives les plus pitto- 
resques et les plus variees. Place a 435 metres au-dessus du 
niveau de la mer, il re^oit le tribut de 22 petites rivieres qui 



VKNfiZUELA. :',/|9 

lui apportent les eaux repandues sur une superficie tie 
86 lieues carrees. Ce lac, forme au nord par la Cordillere du 
littoral, au sud par la chainequi le met a l'abri des venlsbru- 
larits desplaines, a Test et a l'ouest par des collines elevcos 
qui semblent lui seryir de digues transversales, n'a aucune 
issue par ou ses eaux puissent s'ecouler. Soumises seulement 
a la puissante influence de l'evaporation, elles se melent a 
latmosphere, et contribuent a entretenir sur les terrains envi- 
ronnants une feconde et vigoureuse vegetation. On a observe, 
d'apres des donnees historiques et la configuration des bords 
du lac, que depuis plus d'un siecle ses eaux baissent sensible- 
ment,l'equilibre entre laur produit et leur evaporation etant 
rompu,bien que les terrains dont le lac est le grand reservoir 
recoivent annuellement 72 pouces d'eau pluviale. La plus 
grande longueur du lac de Valence est actuellement de 
9 lieues, dans la direction de Test a l'ouest, et sa plus grande 
largeur, du nord au sud, est de h lieues. Ses endroitsles plus 
profonds mesurent 37 brasses et sa profondeur moyenne en 
comptel3. Son perimetre est de 25 lieues, et sur sa surface 
s'elevent 22 lies, dont la plus grande, appelee Tile de Burro 
(de lYine), a 2millesde long. 

Du golfedeParia. — Entre l'ile anglaise de la Trinite et la 
cote ferme se trouve le grand golfe nomme Paria, forme sans 
doute par un ancien cataclysme qui submergea cette partie du 
continent, et en separa, selon les apparences geologiques, les 
terrains qui composent actuellement l'ile de la Trinite et les 
autres lies de ce golfe. Les versants du golfe de Paria sont 
formes : au nord, par la Cordillere de la peninsule de ce 
nom, qui lui envoie 31 rivieres a travers des vallees d'une 
fertilite admirable, et par une partie de la chaine qui se de- 
tache de cette Cordillere et le separe du golfe de Cariaco ; vers 
le sud, par les monts Guanipa, sur les confins de la province 
de Barcelone ; et vers l'ouest, par les ramifications du plateau 
de Juanipa, qui s'etendent en digues transversales jusqu'au 
pied de la montagne de Turumiquiri, la plus elevee de la 
province de Cumana. Ce bassin embrasse une etendue 
de 604 lieues carrees, ou Ton compte 90 rivieres et plus de 



.350 SOCIETE IMPERIALS Z00L0GIQUE d'aCCLIMVTATION. 

200 ravins. Lesplus grandes de ces rivieres sont le Guarapiche 
et le Guanipa. On calcnle les eaux pluviales qui arrosent ces 
terrains a 70 pouces par an. 

Dugolfede Cariaco. — Le go lie de Cariaco, compris entre 
la peninsule de Araya et les cotes orientales de Cuiuana, doit 
egalement son origine a un affaissement des lerres suivi (rune 
irruption de I'Ocean, catastrophe dont les Indiens conservaient 
encore le souvenir lorsque Colomb aborda sur ces plages. 
Les rivieres qui onl leurs embouchures au golfe de Cariaco 
sont au nombre de 34, et se trouvent toutes vers les parties 
meridionale et orientaledu golfe ; la peninsule de Araya, qui 
est au nord, n'a aucune riviere. Les terrains qui torment le 
bassin de ce golfe appartiennent exclusivemenl a la province 
de Cumana et embrassent 165 lieues carres. Divisees en deux 
parties, on a observe que les eaux pluviales ne sont que de 
50 pouces par an sur Tune, tandis que sur I'autre elles s'ele- 
vent a 70 pouces. 

Versants a la mer des Antilles. — Les terrains compris 
entre la peninsule de Paraguana, dans la province de Coro, a 
1'ouest de Caracas, jusqu'a l'extremite orientale de la peninsule 
de Paria, qui ont leur versant a la mer des Antilles, presen- 
tent une superticie de 2907 lieues carrees, qui recoit annuel- 
lement une moyenne de 72 pouces d'eau pluviale. L'ecoule- 
ment des eaux de ces terrains se fait par 230 rivieres et plus 
de 400 ravins. Les plus importantes de ces rivieres sont le 
Tocuyo, qui recoit le tribut de 650 lieues carrees ; TUnare, 
dont les eaux sont le produit d'un espace de 400 lieues, el le 
Tuy, qui rend celles de 250 lieues. 

Principales rivieres. — Venezuela compte 7 fleuves de 
premier ordre, 33 rivieres de second ordre et 19 de troi- 
sieme ordre : celles de quatrieme ordre sont au nombre de 
1000. 

Les fleuves de premier ordre sont : l'Orenoque, l'Apure, le 
Guaviare, le Meta, le Caroni, le Cuyuniet le rio Negro. lis ont 
graduellement de 160 a 426 lieues de cours, presque toutes 
navigables. Si ce pays parvient a faire un traite equitable de 
delimitation avec leBresil, il pourra comprendre aussi parmi 



VfcNEZUtiLA. 351 

ses voies iluviales DM partie asse/. considerable du fleuve des 
Amazones. 

Les rivieres de second ordre ont un cours de 60 a 175 lieues, 
et celles de troisieme ordre de 40 a 58 lieues. La plupart de 
ces rivieres sont aussi navigables, ou le deviendraientaisement 
j)ar le secoursdel'art et del'industrie. 

IV. — Zone agricole. 

Par sa nature, le terrain de Venezuela se divise en trois 
zones bien caracterisees, que Tillustre de Humboldt consi- 
dera, a son passage dans ces contrees, comme l'image par- 
faite des trois ages de la societe. 

La premiere zone qui se presente aux yeux du voyageurest 
la region cultivee. C'est la que se trouve la classe la plus 
civilisee do la population , et que Ton voit acclimates les 
mreurs, les usages et les produits de I'industrie des autres 
parties du monde. 

La zone agricole s'etend, dans sa plus grande longueur, 
du promontoire de la peninsule de Paria a Test, jusqu'aux 
sources du Tacbira a 1'ouest, limites entre le Venezuela et la 
Nouvelle-Grenade.Sonetendueeu lignedroiteestde 240 lieues. 
Une moitie de cette zone> a de 10 a 14 lieues de largeur du 
nord au sud, et l'autre moitie de 40 a 45 lieues, a partir du 
littoral jusqu'a l'entree des savanes. Elle embrasse une super- 
ficie de8737 lieues carrees. 

Mais cet espace est loin d'etre entierement cultive, il ne 
porte encore que la premiere empreinte des travaux aratoires, 
coni'ondus ci et la avec les productions spontanees de l'agreste 
nature. Comme aux temps primitifs de la societe, la terre 
etant ici surabondante, Thomme n'est point reduit a s'enfer- 
mer dans l'enclos qu'il a trace, ni tenu de bonifier le sol qu'il 
veut cultiver; presque tous les ans, il defriche un nouveau 
terrain etl'abandonne successivement pour un autre, aprcs en 
avoir obtenu une abondante recolte. 

A Texception des grandes plantations de Cafe, de Cacao, 
de Sucre, de Colon, de Tabac et d'Indigo, dont la culture est 



352 SOCIETY IMPERIALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

permanente, les champs de Mais, de Manioc, el en general les 
ensemencements des cereales et des legumineuses, ofl'rent une 
culture mobile. La culture permanente occupe a peine une 
centaine de lieues carrees, et la culture mobile en comprend 
environ 500. Le reste de cette zone compte 1800 lieues de 
plaines propres a Televe des bestiaux, un espace a peu pres 
egal occupe par des montagnes escarpees, des lacs et des 
marecages, non susceptibles de culture, et une etendue de 
4500 lieues de forets vierges qui renferment mille especes de 
bois precieux, de Tencens, des gommes et des resines, des 
baumes aromatiques et du miel en abondance, richesses natu- 
relles dont l'industrie n'a pas encore su profiter. 

Par les inegalites de son terrain, la zone agricole offre 
presque toutes les pressions atmospheriques sous lesquelles 
l'homme peut vivre et qui conviennent le mieux a ses gouts ou a 
sa sante ; dans la meme journee, et souvent en quelques heures, 
on peut passer de la chaleuretouffante d'un soleil tropical a la 
douce fralcheur des belles journees d'automne. Malgre tous 
ses avantages, cette partie du territoire de Venezuela, bien 
qu'elle soit la plus peuplee, ne compte que 8 a 900000 ames, 
tandis qu'elle pourrait nourrir dans I'aisance plus de 10 millions 
d'habitants. 

V. — Zone des pdturages. 

A mesure que Ton penetre dans l'interieur du pays, entre 
les Cordilleres et les epaisses forets dela Guyane, la zone des 
paturages se dessine comme un ocean terrestre ; elle se com- 
pose d'immenses savanes de graminees. C'est la que paissent 
en pleineliberte d'innombrables troupeaux, Excepte quelques 
villes placees a l'entree de ces vastes prairies naturelles , 
ou au bord des grandes voies fluviales qui les traversent, 
la population de ces contrees est disseminee dans les ber- 
geries ou dans des cabanes isolees, et constitue un peuple 
de pasteurs dont la vie et les usages ont quelque ressem- 
blance avec ceux des anciennes peuplades nomades de 
1' Arabic 



VENEZUELA. 353 

Jusqu'au milieu du xvi* siecle, les plaines de Venezuela 
netaient habitees que par des Ceils, des Chiguires (espece du 
genre Cabiai), desSangliers (Vaquiras), des Dantes (Tapirs), 
des Cachicamos (genre Tatou), et par une multitude d'autres 
animaux appartenant aux difTerents ordres des edentes et des 
rongeurs. Le Taureau et le Cheval n'y furent introduits qu'en 
1548 par un Espagnol nomme Christophe Rodriguez, qui avait 
deja reside dans la Nouvelle-Grenade. 

Les savanes de Venezuela, par leur physionomie locale, se 
presentent sous cinq aspects divers, caracterises par des traits 
particuliers dignes d'etre connus (1). Leur superficie est de 
9000 lieues carrees, reparties entre sept provinces de la 
maniere suivante : 

Savanes du Garico et de Carabobo, superficie. . . 2273 lieues. 

— de Barcelone et de Cumana , id 1979 

— de Bariiias id 1300 

— de PApure id 1512 

— de la Guyane id 1936 

Total 9000 lieues. 

Sur toutce vaste espace, on ne compte qu 1 environ 500 000 
habitants, tandis qu'une population de plus de 6 millions 
(Fames y trouverait une existence aisee. 

Zone des forHs. — Au dela de tout centre de population, 
dans la plus profonde solitude, s'etend la zone des forets, vaste 
region ou la nature, pleine de vie, deploie avec ostentation 
Taction libre et spontanee des forces organiques de la plus 
vigoureuse vegetation. 

Cette zone, presque deserte, au fond de laquelle se tiennent 
cachees les sources des grands fleuves, rappelle l'etat primitif 
de la creation. Pas la moindre trace des travaux de l'homme 
ne s'y fait remarquer, l'interieur en est meme reste pour lui 
impenetrable; elle est parcourue seulement par quelques tri- 
bus d'lndiens sauvages, d'une nudite complete, vivant de la 

(1) Je supprime les details relatifs a cbaque division de ces savanes, pour 
ne pas £tre trop long. 



35Z| SOCIETE IMPER1ALE ZOOLOGIQUE d'aCCLIMATATION. 

chasse et de la peche, leur unique occupation, et des fruits 
sylvestres que la terre prodigue, sans eprouver aucun autre 
besoin : fidele image de l'origine dela race humaine. 

C'est a travers ces bois immenses que les premiers conque- 
rants du nouveau monde chercbaient l'empire fabuleux du 
grand Patiti et la magnifique residence de Manoa, avec ses 
palais couverts de plaques d'or massif, au lac imaginaire de 
la Parima. Chimere seduisante que les indigenes savaient 
entretenir pour se defaire de leurs botes incommodes, etqui 
donna lieu aux expeditions memorables des Ordaz , des 
Herrera, et des Spiro sur la terre classic) ue de Vel Dorado 
de Raleigh. 

A peine a-t-on quitte les cotes de la Guyane, que Ton com- 
mence a entrer dans la region des forets, ou se trouvent reunies 
les plus utiles et les plus precieuses productions de la famille 
vegetale. C'est un tresor auquel personne n'ose toucher, et qui 
est encore le domaine exclusif des betes sauvages ; mais la 
science saura sans doute un jour se l'approprier pour le bien de 
l'humanite. 

Pour penetrer dans ces contrees, il n'est d'autre voie que le 
cours des rivieres, qui se detachent de tous cdtes comme les 
bras d'un grand arbre, dont le tronc est represents par l'Ore- 
noque, ou elles vont toutes aboutir. Mais cette voie est semee 
de dangers : a tout moment on est expose a etre entrainepar le 
courant sous la chute d'une cataracte, ou a tomber sous les 
traits des Indiens errants, dont les flecbes empoisonnees 
donnent la mort presque instantanement. Si Ton descend a 
terre, au milieu de cette masse epaisse de vegetation, on ne 
sait ou poser le pied sans avoir a craindre les morsures mor- 
telles des serpents qui pullulent sous l'herbe; et si Ton est 
surpris par la nuit dans l'epaisseur des bois, on court risque 
de devenir la proie du terrible jaguar qu'on ne tarde pas a 
entendre rugir. Au reste, tout le long de cette penible na- 
vigation, on est assailli, nuit et jour, par des nuees de mous- 
tiques et de petites mouches venimeuses (Jejenes ou Simulies) 
qui vous criblent de piqures et vous causent un tourment 
incessant. 



VtiNtfZUfiLA . 355 

Plus de la moitiedu territoirede Venezuela estoccupee par 
lazonedes forets, qui embrasse unesuperficiede 18 21 A lieues 
earrees. Cette zone, ou Ton coinpte a peine quelques milliers 
de families Creoles el 50 000 Iudiens ou soumis ou sauvages, 
pourrail fournir abondamment a l'existence de plus de 20 mil- 
lions d'habitants. 

En resume, lorsque dans leur marche inalterable, les pro- 
gres auront penetre dans ces contrees, (|uand le sol inculte de 
Venezuela sera defriche, et que I'homme, changeant la super- 
ficie de la terre, changera aussi la constitution de 1'atmosphere 
pour pouvoir utiliser, sans danger, les innombrables elements 
de richesses qu'elle renferme, cet etat, si insignifiant et 
presque inconnu aujourd'hui, bien que plus de deux Ibis 
plus grand en etendue que la France, pourra elever sa 
population a plus de 70 millions d'ames qui jouiront de tons 
les bienfaits dont la nature est prodigue envers les regions 
equinoxiales. 



[La suite prochainement. 



356 SOCIETE IMPERIALS ZOOLOGIQCJE d'aCCLIMATATIOIS'. 



SUR LE LAIT D'YAK 

Par M. BOl 1 1 II I I . 

Secretaire general de la Societe zoologique des Alpes, 
Direcleur du Musee d'histoire naturelle de Grenoble. 



(Seance du 24 juinl859.) 

La Societe zoologique des Alpes a reuni , en 1858 , a Gre- 
noble, pour les faire hiverner dans nos ecuries, tous les Yaks 
que lui aconfies la Societe imperiale d'Acclimatation. Ce sejour 
nous a permis d'ajouter aux renseignements deja donnes nos 
experiences sur le lait de la vache Yak. 

Le plus difficile dans cette experience etait de se procurer 
le lait. Nous savions par les recits du P. Hue, missionnaire 
apostolique dans le Tibet, que la mulsion de la vache Yak 
presentait des difficultes. 

Le jour de notre premier essai, la vache avait ete privee de 
son petit depuis vingt-quatre heures ; la tetine etait gorgee de 
lait. Pour prevenir tout accident, I'animal fut entrave. Malgre 
ces precautions, la mulsion, quoique faite par une main exer- 
cee, ne put faire sortir une goutte de lait. Nous eumes alors 
recours au procede tibetain : Tun des trayons fut abandonne 
au petit, tandis qu'on operait sur le trayon oppose. Le resultat 
fut satisfaisant, sinon complet. La patience et la perseverance 
de notre fille de basse-cour ont fait le reste. Cette bonne fille, 
apres bien des coups de pieds recus,'est parvenue a traire nos 
deux vaches Yaks comme des Vaches ordinaires, sans entraves 
et sans artifices. Ce resultat est d'autant plus remarquable, qu'il 
s'obtient rarement dans le pays dont l'Yak est originaire. 

A la vue et au gout, deux moyens d'analyse a la portee de 
toutle monde, il est facile de sapercevoir que le lait d'Yak 
a des qualites qui lui sont propres. II est si epais que, lorsqu'il 
est refroidi, on pourrait le prendre pour de la creme. Sa saveur 
est d'une grande finesse et sans aucun des arriere-gouts que 
donnent quelques laits, surtout ceux de Chevre. La couleur 



lait d'yak. 357 

jaune caracteristique des bons laits est plus prononcee dans 
celui de 1'Yak que dans celui de Vache ordinaire; meme lors- 
quMI est ecreme, le lait d'Yak n'a jamais ces teintes azurees 
propres aux laits de mauvaise nature. Abandonne a lui-meme, 
il peut se conserver sans aigrir, et il se decompose en un temps 
plus long du double que le lait deVacbe place dans les m£mes 
conditions. 

Tous ses produits participent de ses qualites. La creme de 
lait d'Yak est d'une saveur exquise et onctueuse, si je puis 
m'exprimer ainsi; lorsqu'elle est battue, elle prend une con- 
sistance qu'on ne donne le plus souvent a la creme ordinaire 
qu'en y ajoutant de la gomme adragante et autres drogues qui 
en changent le gout et amenent promptement sa decompo- 
sition. La propriete qu'a la creme de lait d'Yak de se con- 
server longtemps ne peut manquer de la t'aire recbercher pour * 
les preparations culinaires. 

Le caille de lait d'Yak a une finesse et un gout parfaits. 

Son beurre est tres abondant et ne laisse rien a desirer; ses 
qualites nous paraissent superieures a celles du beurre ordi- 
naire. 

Un litre de lait d'Yak a donne 55 grammes de beurre. 

Un litre de lait de vache ordinaire a donne 32 grammes de 
beurre. 

Ces chiffres ont leur signification, et il faut noter que 
l'experience a ete faite dans les conditions les plus defa- 
vorables au lait d'Yak. Le lait de Vache qui a servi de point 
de comparaison provenait d'une bretonne dont les produits ont 
une superiorite incontestee. D'autre part, nous devions faire 
l'essai avec partie egale du lait de nos deux femelles, lorsque 
celle dont le lait avait ete reconnu comme plus cremeux est 
lombee malade et a perdu son lait. 

Apres cette experience, nous pouvons dire sans exageration 
que le lait d'Yak contient une fois plus de beurre que celui 
de la Vache commune. 

Le lait d'Yak donne aussi d'excellents fromages. Nous 
n'avons pas encore constate si le caseum y est plus ou moins 
abondant que dans le lait de Vache, la maladie de noire con- 



358 SOCIETY 1MPERIALE ZOOLOGlQUli d'aCCLIMATATION. 

cierge ayant interrompu nos essais; mais je puis dire des au- 
jourd'liui que 1'albumine s ? y trouve en grande proportion , ce 
qui rapproche sa composition de celle du lait de Buille. 

A ces iaits, deja exposes dans un Rapport a la Societe zoolo- 
gique des Alpes, j'ajouterai, en terminant, une observation 
qui m'avait echappe dans la .rapide composition de mon Rap- 
port. 

Dans le lait d'Yak, les principes immediats se separent 
difficilement. Pour operer cette separation , il faut plus de 
reactif, plus de temps, et une temperature plus elevee que 
pour les laits de Vache et de Chevre. C'est probablement a 
cette cohesion de ses principes constituants que le lait d'Yak 
doit la propriete de se conserver longtemps. 

De tous les laits de ruminants que j'ai pu observer, c'est 
' celui de Brebis qui me parait avoir le plus d'analogie avec le 
lait d'Yak 5 l'un et l'autre sont en effet epais, cremeux et 
riches en beurre. Leur coagulum est abondant, mais il ne 
donne pas la quantite de fromage que cette abondance pourrait 
faire supposer. II s'en ecoule a travers la faisselle, outre le 
reste du petit-lait, une matiere visqueuse assez abondante qui 
me parait contenir beaucoup d'albumine. Cependant le lait 
d'Yak sera toujours prefere a celui de Brebis [»ar le gout plus 
tin de ses produits et par la consistance de sa creme et de son 
beurre. 



MOiNOGRAlMllE l)ES GALLLNAGES. o 59 

ETUDE SUR LA BASSE-COUR. 

MOINOGRAPHIE DES GALLINACES. 
RACES PRINCIPALES INDIGENES ET EXOTIQUES. 

Par IN. Paul II I RON] . 

(Stance du 10 d6cembre 1858.) 



DEUXIEME PARTIE. — Races etrangeres. 

§ I. — Race anglaise Dorking. 

La plus estimee des volailles qu'on eleve en Angleterre, 
est la race Dorking. Cette race aevidemment degrandes qua- 
lites; sa chair delicate et son engraissement tres facile decident 
en sa faveur. Elle possede une grande douceur de caractere, et, 
sans etre familiere, on peut l'approcher sans exciter chez 
elle de l'inquietude et du trouble. En liberte, elle est disposee 
a s'ecarter au loin : elle compte sur la solidite de son vol, car 
sa marclie es